Louis Aldonze Donatien

SADE

Donatien Alphonse François

{accueil}



Les Cent-Vingt Journées de Sodome,
ou
l’École du libertinage

[1785]




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Les guerres considérables que Louis XIV eut à soutenir pendant le cours de son règne, en épuisant les finances de l’État et les facultés du peuple, trouvèrent pourtant le secret d’enrichir une énorme quantité de ces sangsues toujours à l’affût des calamités publiques qu’ils font naître au lieu d’apaiser, et cela pour être à même d’en profiter avec plus d’avantages. La fin de ce règne, si sublime d’ailleurs, est peut-être une des époques de l’empire français où l’on vit le plus de ces fortunes obscures qui n’éclatent que par un luxe et des débauches aussi sourdes qu’elles. C’était vers la fin de ce règne et peu avant que le Régent eût essayé, par ce fameux tribunal connu sous le nom de Chambre de Justice, de faire rendre gorge à cette multitude de traitants, que quatre d’entre eux imaginèrent la singulière partie de débauche dont nous allons rendre compte.

Ce serait à tort que l’on imaginerait que la roture seule s’était occupée de cette maltôte ; elle avait à sa tête de très grands seigneurs. Le duc de Blangis et son frère l’évêque de ***, qui tous deux y avaient fait des fortunes immenses, sont des preuves incontestables que la noblesse ne négligeait pas plus que les autres les moyens de s’enrichir par cette voie. Ces deux illustres personnages, intimement liés et de plaisirs et d’affaires avec le célèbre Durcet et le président de Curval, furent les premiers qui imaginèrent la débauche dont nous écrivons l’histoire, et l’ayant communiquée à ces deux amis, tous quatre composèrent les acteurs de ces fameuses orgies.

Depuis plus de six ans ces quatre libertins, qu’unissait une conformité de richesses et de goûts, avaient imaginé de resserrer leurs liens par des alliances où la débauche avait bien plus de part qu’aucun des autres motifs qui fondent ordinairement ces liens ; et voilà quels avaient été leurs arrangements. Le duc de Blangis, veuf de trois femmes, de l’une desquelles il lui restait deux filles, ayant reconnu que le président de Curval avait quelque envie d’épouser l’aînée de ces filles, malgré les familiarités qu’il savait très bien que son père s’était permises avec elle, le duc, dis-je, imagina tout d’un coup cette triple alliance. « Vous voulez Julie pour épouse, dit-il à Curval ; je vous la donne sans balancer et je ne mets qu’une condition : c’est que vous n’en serez point jaloux, qu’elle continuera, quoique votre femme, à avoir pour moi les mêmes complaisances qu’elle a toujours eues, et, de plus, que vous joindrez à moi pour déterminer notre ami commun Durcet de me donner sa fille Constance, pour laquelle je vous avoue que j’ai conçu à peu près les mêmes sentiments que vous avez formés pour Julie. — Mais, dit Curval, vous n’ignorez pas sans doute que Durcet, aussi libertin que vous… — Je sais tout ce qu’on peut savoir, reprit le duc. Est-ce à notre âge et avec notre façon de penser que des choses comme cela arrêtent ? Croyez-vous que je veuille une femme pour en faire ma maîtresse ? Je la veux pour servir mes caprices, pour voiler, pour couvrir une infinité de petites débauches secrètes que le manteau de l’hymen enveloppe à merveille. En un mot, je la veux comme vous voulez ma fille : croyez-vous que j’ignore et votre but et vos désirs ? Nous autres libertins, nous prenons des femmes pour être nos esclaves ; leur qualité d’épouses les rend plus soumises que des maîtresses, et vous savez de quel prix est le despotisme dans les plaisirs que nous goûtons. »

Sur ces entrefaites Durcet entra. Les deux amis lui rendirent compte de leur conversation, et le traitant, enchanté d’une ouverture qui le mettait à même d’avouer les sentiments qu’il avait également conçus pour Adélaïde, fille du président, accepta le duc pour son gendre aux conditions qu’il deviendrait celui de Curval. Les trois mariages ne tardèrent pas à se conclure, les dots furent immenses et les clauses égales. Le président, aussi coupable que ses deux amis, avait, sans dégoûter Durcet, avoué son petit commerce secret avec sa propre fille, au moyen de quoi les trois pères, voulant chacun conserver leurs droits, convinrent, pour les étendre encore davantage, que les trois jeunes personnes, uniquement liées de biens et de nom à leur époux, n’appartiendraient relativement au corps pas plus à l’un des trois qu’à l’autre, et également à chacun d’eux, sous peine des punitions les plus sévères si elles s’avisaient d’enfreindre aucune des clauses auxquelles on les assujettissait.

On était à la veille de conclure lorsque l’évêque de ***, déjà lié de plaisir avec les deux amis de son frère, proposa de mettre un quatrième sujet dans l’alliance, si on voulait le laisser participer aux trois autres. Ce sujet, la seconde fille du duc et par conséquent sa nièce, lui appartenait de bien plus près encore qu’on ne l’imaginait. Il avait eu des liaisons avec sa belle-sœur, et les deux frères savaient à n’en pouvoir douter que l’existence de cette jeune personne, qui se nommait Aline, était bien plus certainement due à l’évêque qu’au duc : l’évêque qui s’était, dès le berceau, chargé du soin d’Aline, ne l’avait pas, comme on imagine bien, vu arriver à l’âge des charmes sans en vouloir jouir. Ainsi il était sur ce point l’égal de ses confrères, et l’effet qu’il proposait dans le commerce avait le même degré d’avarie ou de dégradation ; mais comme ses attraits et sa tendre jeunesse l’emportaient encore sur ses trois compagnes, on ne balança point à accepter le marché. L’évêque, comme les trois autres, céda en conservant ses droits, et chacun de nos quatre personnages ainsi liés se trouva donc mari de quatre femmes.

Il s’ensuivit donc de cet arrangement, qu’il est à propos de récapituler pour la facilité du lecteur : que le duc, père de Julie, devint l’époux de Constance, fille de Durcet ; que Durcet, père de Constance ; devint l’époux d’Adélaïde, fille du président ; que le président, père d’Adélaïde, devint l’époux de Julie, fille aînée du duc, et que l’évêque, oncle et père d’Aline, devint l’époux des trois autres en cédant cette Aline à ses amis, aux droits près qu’il continuait de se réserver sur elle.

On fut à une terre superbe du duc, située dans le Bourbonnais, célébrer ces heureuses noces, et je laisse aux lecteurs à penser les orgies qui s’y firent. La nécessité d’en peindre d’autres nous interdit le plaisir que nous aurions de peindre celles-ci. À leur retour, l’association de nos quatre amis n’en devint que plus stable, et comme il importe de les faire bien connaître, un petit détail de leurs arrangements lubriques servira, ce me semble, à répandre du jour sur les caractères de ces débauches, en attendant que nous les reprenions chacun à leur tour séparément pour les mieux développer encore.

La société avait fait une bourse commune qu’administrait tour à tour l’un d’eux pendant six mois ; mais les fonds de cette bourse, qui ne devait servir qu’aux plaisirs, étaient immenses. Leur excessive fortune leur permettait des choses très singulières sur cela, et le lecteur ne doit point s’étonner quand on lui dira qu’il y avait deux millions par an affectés aux seuls plaisirs de la bonne chère et de la lubricité.

Quatre fameuses maquerelles pour les femmes et un pareil nombre de mercures pour les hommes n’avaient d’autres soins que de leur chercher, et dans la capitale et dans les provinces, tout ce qui, dans l’un et l’autre genre, pouvait le mieux assouvir leur sensualité. On faisait régulièrement ensemble quatre soupers par semaine dans quatre différentes maisons de campagne situées à quatre extrémités différentes de Paris. Le premier de ces soupers, uniquement destiné aux plaisirs de la sodomie, n’admettait uniquement que des hommes. On y voyait régulièrement seize jeunes gens de vingt à trente ans dont les facultés immenses faisaient goûter à nos quatre héros, en qualité de femmes, les plaisirs les plus sensuels. On ne les prenait qu’à la taille du membre, et il devenait presque nécessaire que ce membre superbe fût d’une telle magnificence qu’il n’eût jamais pu pénétrer dans aucune femme. C’était une clause essentielle, et comme rien n’était épargné pour la dépense, il arrivait bien rarement qu’elle ne fût pas remplie. Mais pour goûter à la fois tous les plaisirs, on joignait à ces seize maris un pareil nombre de garçons beaucoup plus jeunes et qui devaient remplir l’office de femmes. Ceux-ci prenaient depuis l’âge de douze ans jusqu’à celui de dix-huit, et il fallait, pour y être admis, une fraîcheur, une figure, des grâces, une tournure, une innocence, une candeur bien supérieures à tout ce que nos pinceaux pourraient peindre. Nulle femme ne pouvait être reçue à ces orgies masculines dans lesquelles s’exécutait tout ce que Sodome et Gomorrhe inventèrent jamais de plus luxurieux. Le second souper était consacré aux filles du bon ton qui, obligées là de renoncer à leur orgueilleux étalage et à l’insolence ordinaire de leur maintien, étaient contraintes, en raison des sommes reçues, de se livrer aux caprices les plus irréguliers et souvent même aux outrages qu’il plaisait à nos libertins de leur faire. On y en comptait communément douze, et comme Paris n’aurait pas pu fournir à varier ce genre aussi souvent qu’il l’eût fallu, on entremêlait ces soirées-là d’autres soirées, où l’on n’admettait uniquement dans le même nombre que des femmes comme il faut, depuis la classe des procureurs jusqu’à celle des officiers. Il y a plus de quatre ou cinq mille femmes à Paris, dans l’une ou l’autre de ces classes, que le besoin ou le luxe oblige à faire de ces sortes de parties ; il n’est question que d’être bien servi pour en trouver, et nos libertins, qui l’étaient supérieurement, trouvaient souvent des miracles dans cette classe singulière. Mais on avait beau être une femme honnête, il fallait se soumettre à tout, et le libertinage, qui n’admet jamais aucune borne, se trouvait singulièrement échauffé de contraindre à des horreurs et à des infamies ce qu’il semblait que la nature et la convention sociale dussent soustraire à des telles épreuves. On y venait, il fallait tout faire, et comme nos quatre scélérats avaient tous les goûts de la plus crapuleuse et de la plus insigne débauche, cet acquiescement essentiel à leurs désirs n’était pas une petite affaire. Le troisième souper était destiné aux créatures les plus viles et les plus souillées qui pussent se rencontrer. À qui connaît les écarts de la débauche, ce raffinement paraîtra tout simple ; il est très voluptueux de se vautrer, pour ainsi dire, dans l’ordure avec des créatures de cette classe ; on trouve là l’abandonnement le plus complet, la crapule la plus monstrueuse, l’avilissement le plus entier, et ces plaisirs, comparés à ceux qu’on a goûtés la veille, ou aux créatures distinguées qui nous les ont fait goûter, jettent un grand sel et sur l’un et sur l’autre excès. Là, comme la débauche était plus entière, rien n’était oublié pour la rendre et nombreuse et piquante. Il y paraissait cent putains dans le cours de six heures, et trop souvent toutes les cent ne sortaient pas entières. Mais ne précipitons rien ; ce raffinement-ci tient à des détails où nous ne sommes pas encore. Le quatrième souper était réservé aux pucelles. On ne les recevait que jusqu’à quinze ans depuis sept. Leur condition était égale, il ne s’agissait que de leur figure : on la voulait charmante, et de la sûreté de leurs prémices : il fallait qu’elles fussent authentiques. Incroyable raffinement du libertinage : Ce n’était pas qu’ils voulussent assurément cueillir toutes ces roses, et comment l’eussent-ils pu, puisqu’elles étaient toujours offertes au nombre de vingt et que, de nos quatre libertins, deux seulement étaient en état de pouvoir procéder à cet acte, l’un des deux autres, le traitant, n’éprouvant plus absolument aucune érection, et l’évêque ne pouvant absolument jouir que d’une façon qui peut, j’en conviens, déshonorer une vierge, mais qui pourtant la laisse toujours bien entière. N’importe, il fallait que les vingt prémices y fussent, et celles qui n’étaient pas endommagées par eux devenaient devant eux la proie de certains valets aussi débauchés qu’eux et qu’ils avaient toujours à leur suite pour plus d’une raison. Indépendamment de ces quatre soupers, il y en avait tous les vendredis un secret et particulier, bien moins nombreux que les quatre autres, quoique peut-être infiniment plus cher. On n’admettait à celui-là que quatre jeunes demoiselles de condition, enlevées de chez leurs parents a force de ruse et d’argent. Les femmes de nos libertins partageaient presque toujours cette débauche, et leur extrême soumission, leurs soins, leurs services la rendaient toujours plus piquante. À l’égard de la chère faite à ces soupers, il est inutile de dire que la profusion y régnait autant que la délicatesse ; pas un seul de ces repas ne coûtait moins de dix mille francs et on y réunissait tout ce que la France et l’étranger peuvent offrir de plus rare et de plus exquis. Les vins et les liqueurs s’y trouvaient avec la même finesse et la même abondance, les fruits de toutes les saisons s’y trouvaient même pendant l’hiver, et l’on peut assurer en un mot que la table du premier monarque de la terre n’était certainement pas servie avec autant de luxe et de magnificence.

Revenons maintenant sur nos pas et peignons de notre mieux au lecteur chacun de ces quatre personnages en particulier, non en beau, non de manière à séduire ou à captiver, mais avec les pinceaux mêmes de la nature, qui malgré tout son désordre est souvent bien sublime, même alors qu’elle se déprave le plus. Car, osons le dire en passant, si le crime n’a pas ce genre de délicatesse qu’on trouve dans la vertu, n’est-il pas toujours plus sublime, n’a-t-il pas sans cesse un caractère de grandeur et de sublimité qui l’emporte et l’emportera toujours sur les attraits monotones et efféminés de la vertu ? Nous parlerez-vous de l’utilité de l’un ou de l’autre ? Est-ce à nous de scruter les lois de la nature, est-ce à nous de décider si le vice lui étant tout aussi nécessaire que la vertu, elle ne nous inspire pas peut-être en portion égale du penchant à l’un ou à l’autre, en raison de ses besoins respectifs ? Mais poursuivons.


Le duc de Blangis, maître à dix-huit ans d’une fortune déjà immense et qu’il a beaucoup accrue par ses maltôtes depuis, éprouva tous les inconvénients qui naissent en foule autour d’un jeune homme riche, en crédit, et qui n’a rien à se refuser : presque toujours dans un tel cas la mesure des forces devient celle des vices, et on se refuse d’autant moins qu’on a plus de facilités à se procurer tout. Si le duc eût reçu de la nature quelques qualités primitives, peut-être eussent-elles balancé les dangers de sa position, mais cette mère bizarre, qui paraît quelquefois s’entendre avec la fortune pour que celle-ci favorise tous les vices qu’elle donne à de certains êtres dont elle attend des soins très différents de ceux que la vertu suppose, et cela parce qu’elle a besoin de ceux-là comme des autres, la nature, dis-je, en destinant Blangis à une richesse immense, lui avait précisément départi tous les mouvements, toutes les inspirations qu’il fallait pour en abuser. Avec un esprit très noir et très méchant, elle lui avait donné l’âme la plus scélérate et la plus dure, accompagnée des désordres dans les goûts et dans les caprices d’où naissait le libertinage effrayant auquel le duc était si singulièrement enclin. Né faux, dur, impérieux, barbare, égoïste, également prodigue pour ses plaisirs et avare quand il s’agissait d’être utile, menteur, gourmand, ivrogne, poltron, sodomite, incestueux, meurtrier, incendiaire, voleur, pas une seule vertu ne compensait autant de vices. Que dis-je ? non seulement il n’en révérait aucune, mais elles lui étaient toutes en horreur, et l’on lui entendait dire souvent qu’un homme, pour être véritablement heureux dans ce monde, devait non seulement se livrer à tous les vices, mais ne se permettre jamais une vertu, et qu’il n’était pas non seulement question de toujours mal faire, mais qu’il s’agissait même de ne jamais faire le bien. « Il y a tout plein de gens, disait le duc, qui ne se portent au mal que quand leur passion les y porte ; revenue de l’égarement, leur âme tranquille reprend paisiblement la route de la vertu, et passant ainsi leur vie de combats en erreurs et d’erreurs en remords, ils finissent sans qu’il puisse devenir possible de dire précisément quel rôle ils ont joué sur la terre. De tels êtres, continuait-il, doivent être malheureux : toujours flottants, toujours indécis, leur vie entière se passe à détester le matin ce qu’ils ont fait le soir. Bien sûrs de se repentir des plaisirs qu’ils goûtent, ils frémissent en se les permettant, de façon qu’ils deviennent tout à la fois et vertueux dans le crime et criminels dans la vertu. Mon caractère plus ferme, ajoutait notre héros, ne se démentira jamais ainsi. Je ne balance jamais dans mes choix, et comme je suis toujours certain de trouver le plaisir dans celui que je fais, jamais le repentir n’en vient émousser l’attrait. Ferme dans mes principes parce que je m’en suis formé de sûrs dès mes plus jeunes ans, j’agis toujours conséquemment à eux. Ils m’ont fait connaître le vide et le néant de la vertu ; je la hais, et l’on ne me verra jamais revenir à elle. Ils m’ont convaincu que le vice était seul fait pour faire éprouver à l’homme cette vibration morale et physique, source des plus délicieuses voluptés ; je m’y livre. Je me suis mis de bonne heure au-dessus des chimères de la religion, parfaitement convaincu que l’existence du créateur est une absurdité révoltante que les enfants ne croient même plus. Je n’ai nullement besoin de contraindre mes penchants dans la vue de lui plaire. C’est de la nature que je les ai reçus, ces penchants, et je l’irriterais en y résistant ; si elle me les a donnés mauvais, c’est qu’ils devenaient ainsi nécessaires à ses vues. Je ne suis dans ses mains qu’une machine qu’elle meut à son gré, et il n’est pas un de mes crimes qui ne la serve ; plus elle m’en conseille, plus elle en a besoin : je serais un sot de lui résister. Je n’ai donc contre moi que les lois, mais je les brave ; mon or et mon crédit me mettent au-dessus de ces fléaux vulgaires qui ne doivent frapper que le peuple. » Si l’on objectait au duc qu’il existait cependant chez tous les hommes des idées de juste et d’injuste qui ne pouvaient être que le fruit de la nature, puisqu’on les retrouvait également chez tous les peuples et même chez ceux qui n’étaient pas policés, il répondait affirmativement à cela que ces idées n’étaient jamais que relatives, que le plus fort trouvait toujours très juste ce que le plus faible regardait comme injuste, et qu’en les changeant tous deux de place, tous deux en même temps changeaient également de façon de penser ; d’où il concluait qu’il n’y avait de réellement juste que ce qui faisait plaisir et d’injuste que ce qui faisait de la peine ; qu’à l’instant où il prenait cent louis dans la poche d’un homme, il faisait une chose très juste pour lui, quoique l’homme volé dût la regarder d’un autre œil ; que toutes ces idées n’étant donc qu’arbitraires, bien fou qui se laisserait enchaîner par elles. C’était par des raisonnements de cette espèce que le duc légitimait tous ses travers, et comme il avait tout l’esprit possible, ses arguments paraissaient décisifs. Modelant donc sa conduite sur sa philosophie, le duc, dès sa plus tendre jeunesse, s’était abandonné sans frein aux égarements les plus honteux et les plus extraordinaires. Son père, mort jeune, et l’ayant laissé, comme je l’ai dit, maître d’une fortune immense, avait pourtant mis pour clause que le jeune homme laisserait jouir sa mère, sa vie durant, d’une grande partie de cette fortune. Une telle condition déplut bientôt à Blangis, et le scélérat ne voyant que le poison qui pût l’empêcher d’y souscrire, il se détermina sur-le-champ à en faire usage. Mais le fourbe, débutant pour lors dans la carrière du vice, n’osa pas agir lui-même : il engagea une de ses sœurs, avec laquelle il vivait en intrigue criminelle, à se charger de cette exécution, en lui faisant entendre que si elle réussissait, il la ferait jouir d’une partie de la fortune dont cette mort le rendrait le maître. Mais la jeune personne eut horreur de cette action, et le duc, voyant que son secret mal confié allait peut-être être trahi, se décida dans la minute à réunir à sa victime celle qu’il avait voulu rendre sa complice. Il les mena à une de ses terres d’où les deux infortunées ne revinrent jamais. Rien n’encourage comme un premier crime impuni. Après cette épreuve, le duc brisa tous les freins. Dès qu’un être quelconque opposait à ses désirs la plus légère entrave, le poison s’employait aussitôt. Des meurtres nécessaires, il passa bientôt aux meurtres de volupté : il conçut ce malheureux écart qui nous fait trouver des plaisirs dans les maux d’autrui ; il sentit qu’une commotion violente imprimée sur un adversaire quelconque rapportait à la masse de nos nerfs une vibration dont l’effet, irritant les esprits animaux qui coulent dans la concavité de ces nerfs, les oblige à presser les nerfs érecteurs, et à produire d’après cet ébranlement ce qu’on appelle une sensation lubrique. En conséquence, il se mit à commettre des vols et des meurtres, par unique principe de débauche et de libertinage, comme un autre, pour enflammer ces mêmes passions, se contente d’aller voir des filles. À vingt-trois ans, il fit partie avec trois de ses compagnons de vice, auxquels il avait inculqué sa philosophie, d’aller arrêter un carrosse public dans le grand chemin, de violer également les hommes et les femmes, de les assassiner après, de s’emparer de l’argent dont ils n’avaient assurément aucun besoin, et de se trouver tous trois la même nuit au bal de l’Opéra afin de prouver l’alibi. Ce crime n’eut que trop lieu : deux demoiselles charmantes furent violées et massacrées dans les bras de leur mère ; on joignit à cela une infinité d’autres horreurs, et personne n’osa le soupçonner. Las d’une épouse charmante que son père lui avait donnée avant de mourir, le jeune Blangis ne tarda pas de la réunir aux mânes de sa mère, de sa sœur et de toutes ses autres victimes, et cela pour épouser une fille assez riche, mais publiquement déshonorée et qu’il savait très bien être la maîtresse de son frère. C’était la mère d’Aline, l’une des actrices de notre roman et dont il a été question plus haut. Cette seconde épouse, bientôt sacrifiée comme la première, fit place à une troisième, qui le fut bientôt comme la seconde. On disait dans le monde que c’était l’immensité de sa construction qui tuait ainsi toutes ses femmes, et comme ce gigantesque était exact dans tous les points, le duc laissait germer une opinion qui voilait la vérité. Ce colosse effrayant donnait en effet l’idée d’Hercule ou d’un centaure : le duc avait cinq pieds onze pouces, des membres d’une force et d’une énergie, des articulations d’une vigueur, des nerfs d’une élasticité… Joignez à cela une figure mâle et fière, de très grands yeux noirs, de beaux sourcils bruns, le nez aquilin, de belles dents, l’air de la santé et de la fraîcheur, des épaules larges, une carrure épaisse quoique parfaitement coupée, les hanches belles, les fesses superbes, la plus belle jambe du monde, un tempérament de fer, une force de cheval, et le membre d’un véritable mulet, étonnamment velu, doué de la faculté de perdre son sperme aussi souvent qu’il le voulait dans un jour, même à l’âge de cinquante ans qu’il avait alors, une érection presque continuelle dans ce membre dont la taille était de huit pouces juste de pourtour sur douze de long, et vous aurez le portrait du duc de Blangis comme si vous l’eussiez dessiné vous-même. Mais si ce chef-d’œuvre de la nature était violent dans ses désirs, que devenait-il, grand dieu ! quand l’ivresse de la volupté le couronnait. Ce n’était plus un homme, c’était un tigre en fureur. Malheur à qui servait alors ses passions : des cris épouvantables, des blasphèmes atroces s’élançaient de sa poitrine gonflée, des flammes semblaient alors sortir de ses yeux, il écumait, il hennissait, on l’eût pris pour le dieu même de la lubricité. Quelle que fût sa manière de jouir alors, ses mains nécessairement s’égaraient toujours, et l’on l’a vu plus d’une fois étrangler tout net une femme à l’instant de sa perfide décharge. Revenu de là, l’insouciance la plus entière sur les infamies qu’il venait de se permettre prenait aussitôt la place de son égarement, et de cette indifférence, de cette espèce d’apathie, naissaient presque aussitôt de nouvelles étincelles de volupté. Le duc, dans sa jeunesse, avait déchargé jusqu’à dix-huit fois dans un jour et sans qu’on le vît plus épuisé à la dernière perte qu’à la première. Sept ou huit dans le même intervalle ne l’effrayaient point encore, malgré son demi-siècle. Depuis près de vingt-cinq ans, il s’était habitué à la sodomie passive, et il en soutenait les attaques avec la même vigueur qu’il les rendait activement, l’instant d’après, lui-même, quand il lui plaisait de changer de rôle. Il avait soutenu dans une gageüre jusqu’à cinquante-cinq assauts dans un jour. Doué comme nous l’avons dit d’une force prodigieuse, une seule main lui suffisait pour violer une fille ; il l’avait prouvé plusieurs fois. Il paria un jour d’étouffer un cheval entre ses jambes, et l’animal creva à l’instant qu’il avait indiqué. Ses excès de table l’emportaient encore, s’il est possible, sur ceux du lit. On ne concevait pas ce que devenait l’immensité de vivres qu’il engloutissait. Il faisait régulièrement trois repas, et les faisait tous trois et fort longs et fort amples, et son seul ordinaire était toujours de dix bouteilles de vin de Bourgogne ; il en avait bu jusqu’à trente et pariait contre qui voudrait d’aller même à cinquante. Mais son ivresse prenant la teinte de ses passions, dès que les liqueurs ou les vins avaient échauffé son âme, il devenait furieux ; on était obligé de le lier. Et avec tout cela, qui l’eût dit ? tant il est vrai que l’âme répond souvent bien mal aux dispositions corporelles, un enfant résolu eût effrayé ce colosse, et dès que pour se défaire de son ennemi, il ne pouvait plus employer ses ruses ou sa trahison, il devenait timide et lâche, et l’idée du combat le moins dangereux, mais à égalité de forces, l’eût fait fuir à l’extrémité de la terre. Il avait pourtant, selon l’usage, fait une campagne ou deux, mais il s’y était si tellement déshonoré qu’il avait sur-le-champ quitté le service. Soutenant sa turpitude avec autant d’esprit que d’effronterie, il prétendait hautement que la poltronnerie n’étant que le désir de sa conservation, il était parfaitement impossible à des gens sensés de la reprocher comme un défaut.


En conservant absolument les mêmes traits moraux et les adaptant à une existence physique infiniment inférieure à celle qui vient d’être tracée, on avait le portrait de l’évêque de ***, frère du duc de Blangis. Même noirceur dans l’âme, même penchant au crime, même mépris pour la religion, même athéisme, même fourberie, l’esprit plus souple et plus adroit cependant et plus d’art à précipiter ses victimes, mais une taille fine et légère, un corps petit et fluet, une santé chancelante, des nerfs très délicats, une recherche plus grande dans les plaisirs, des facultés médiocres, un membre très ordinaire, petit même, mais se ménageant avec un tel art et perdant toujours si peu, que son imagination sans cesse enflammée le rendait aussi fréquemment que son frère susceptible de goûter le plaisir ; d’ailleurs des sensations d’une telle finesse, un agacement si prodigieux dans le genre nerveux, qu’il s’évanouissait souvent à l’instant de sa décharge et qu’il perdait presque toujours connaissance en la faisant. Il était âgé de quarante-cinq ans, la physionomie très fine, d’assez jolis yeux, mais une vilaine bouche et de vilaines dents, le corps blanc ; sans poil, le cul petit, mais bien pris et le vit de cinq pouces de tour sur dix de long. Idolâtre de la sodomie active et passive, mais plus encore de cette dernière, il passait sa vie à se faire enculer, et ce plaisir qui n’exige jamais une grande consommation de force s’arrangeait au mieux avec la petitesse de ses moyens. Nous parlerons ailleurs de ses autres goûts. À l’égard de ceux de la table, il les portait presque aussi loin que son frère, mais il y mettait un peu plus de sensualité. Monseigneur, aussi scélérat que son aîné, avait d’ailleurs par-devers lui des traits qui l’égalaient sans doute aux célèbres actions du héros qu’on vient de peindre. Nous contenterons d’en citer un ; il suffira à faire voir au lecteur de quoi un tel homme pouvait être capable et ce qu’il savait et pouvait faire ayant fait ce qu’on va lire.

Un de ses amis, homme puissamment riche, avait autrefois eu une intrigue avec une fille de condition, de laquelle il y avait eu deux enfants, une fille et un garçon. Il n’avait cependant jamais pu l’épouser, et la demoiselle était devenue la femme d’un autre. L’amant de cette infortunée mourut jeune, mais possesseur cependant d’une fortune immense ; n’ayant aucun parent dont il se souciât, il imagina de laisser tout son bien aux deux malheureux fruits de son intrigue. Au lit de mort, il confia son projet à l’évêque et le chargea de ces deux dots immenses, qu’il partagea en deux portefeuilles égaux et qu’il remit à l’évêque en lui recommandant l’éducation de ces deux orphelins et de leur remettre à chacun ce qui leur revenait, dès qu’ils auraient atteint l’âge prescrit par les lois. Il enjoignit en même temps au prélat de faire valoir jusque-là les fonds de ses pupilles, afin de doubler leur fortune. Il lui témoigna en même temps qu’il avait dessein de laisser éternellement ignorer à la mère ce qu’il faisait pour ses enfants et qu’il exigeait qu’absolument on ne lui en parlât jamais. Ces arrangements pris, le moribond ferma les yeux, et monseigneur se vit maître de près d’un million en billets de banque et de deux enfants. Le scélérat ne balança pas longtemps à prendre son parti : le mourant n’avait parlé qu’à lui, la mère devait tout ignorer, les enfants n’avaient que quatre ou cinq ans. Il publia que son ami en expirant avait laissé son bien aux pauvres, et dès le même jour le fripon s’en empara. Mais ce n’était pas assez de ruiner ces deux malheureux enfants ; l’évêque, qui ne commettait jamais un crime sans en concevoir à l’instant un nouveau, fut, muni du consentement de son ami, retirer ces enfants de la pension obscure où l’on les élevait, et les plaça chez des gens à lui, en se résolvant dès l’instant de les faire tous deux bientôt servir à ses perfides voluptés. Il les attendit jusqu’à treize ans. Le petit garçon atteignit le premier cet âge ; il s’en servit, l’assouplit à toutes ses débauches, et comme il était extrêmement joli, s’en amusa près de huit jours. Mais la petite fille ne réussit pas aussi bien : elle arriva fort laide à l’âge prescrit sans que rien arrêtât pourtant la lubrique fureur de notre scélérat. Ses désirs assouvis, il craignit que s’il laissait vivre ces enfants, ils ne vinssent à découvrir quelque chose du secret qui les intéressait. Il les conduisit à une terre de son frère, et sûr de retrouver dans un nouveau crime des étincelles de lubricité que la jouissance venait de lui faire perdre, il les immola tous deux à ses passions féroces, et accompagna leur mort d’épisodes si piquants et si cruels que sa volupté renaquit au sein des tourments dont il les accabla. Le secret n’est malheureusement que trop sûr, et il n’y a pas de libertin un peu ancré dans le vice qui ne sache combien le meurtre a d’empire sur les sens et combien il détermine voluptueusement une décharge. C’est une vérité dont il est bon que le lecteur se prémunisse avant que d’entreprendre la lecture d’un ouvrage qui doit autant développer ce système.

Tranquille désormais sur tous les événements, monseigneur revint jouir à Paris du fruit de ses forfaits, et sans le plus petit remords d’avoir trompé les intentions d’un homme hors d’état, par sa situation, d’éprouver ni peine ni plaisir.


Le président de Curval était le doyen de la société. Âgé de près de soixante ans, et singulièrement usé par la débauche, il n’offrait presque plus qu’un squelette. Il était grand, sec, mince, des yeux creux et éteints, une bouche livide et malsaine, le menton élevé, le nez long. Couvert de poils comme un satyre, un dos plat, des fesses molles et tombantes qui ressemblaient plutôt à deux sales torchons flottant sur le haut de ses cuisses ; la peau en était tellement flétrie à force de coups de fouet qu’on la tortillait autour des doigts sans qu’il le sentît. Au milieu de cela s’offrait, sans qu’on eût la peine d’écarter, un orifice immense dont le diamètre énorme, l’odeur et la couleur le faisaient plutôt ressembler à une lunette de commodités qu’au trou d’un cul ; et pour comble d’appas, il entrait dans les petites habitudes de ce pourceau de Sodome de laisser toujours cette partie-là dans un tel état de malpropreté qu’on y voyait sans cesse autour un bourrelet de deux pouces d’épaisseur. Au bas d’un ventre aussi plissé que livide et mollasse, on apercevait, dans une forêt de poils, un outil qui, dans l’état d’érection, pouvait avoir environ huit pouces de long sur sept de pourtour ; mais cet état n’était plus que fort rare, et il fallait une furieuse suite de choses pour le déterminer. Cependant il avait encore lieu au moins deux ou trois fois de la semaine, et le président alors enfilait indistinctement tous les trous, quoique celui du derrière d’un jeune garçon lui fût infiniment plus précieux. Le président s’était fait circoncire, de manière que la tête de son vit n’était jamais recouverte, cérémonie qui facilite beaucoup la jouissance et à laquelle tous les gens voluptueux devraient se soumettre. Mais l’un de ses objets est de tenir cette partie plus propre : il s’en fallait beaucoup qu’il se trouvât rempli chez Curval, car aussi sale en cette partie-là que dans l’autre, cette tête décalottée, déjà naturellement fort grosse, là devenait plus ample d’au moins un pouce de circonférence. Également malpropre sur toute sa personne, le président, qui à cela joignait des goûts pour le moins aussi cochons que sa personne, devenait un personnage dont l’abord assez malodorant eût pu ne pas plaire à tout le monde : mais ses confrères n’étaient pas gens à se scandaliser pour si peu de chose, et on ne lui en parlait seulement pas. Peu d’hommes avaient été aussi lestes et aussi débauchés que le président ; mais entièrement blasé, absolument abruti, il ne lui restait plus que la dépravation et la crapule du libertinage. Il fallait plus de trois heures d’excès, et d’excès les plus infâmes, pour obtenir de lui un chatouillement voluptueux. Quant à la décharge, quoiqu’elle eût lieu chez lui bien plus souvent que l’érection et presque une fois tous les jours, elle était cependant si difficile à obtenir, ou elle n’avait lieu qu’en procédant à des choses si singulières et souvent si cruelles ou si malpropres, que les agents de ses plaisirs y renonçaient souvent, et de là naissait chez lui une sorte de colère lubrique qui quelquefois, par ses effets, réussissait mieux que ses efforts. Curval était si tellement englouti dans le bourbier du vice et du libertinage qu’il lui était devenu comme impossible de tenir d’autres propos que de ceux-là. Il en avait sans cesse les plus sales expressions à la bouche comme dans le cœur, et il les entremêlait le plus énergiquement de blasphèmes et d’imprécations fournis par la véritable horreur qu’il avait, à l’exemple de ses confrères, pour tout ce qui était du ressort de la religion. Ce désordre d’esprit, encore augmenté par l’ivresse presque continuelle dans laquelle il aimait à se tenir, lui donnait depuis quelques années un air d’imbécillité et d’abrutissement qui faisait, prétendait-il, ses plus chères délices. Né aussi gourmand qu’ivrogne, lui seul était en état de tenir tête au duc, et nous le verrons, dans le cours de cette histoire, faire des prouesses en ce genre qui étonneront sans doute nos plus célèbres mangeurs. Depuis dix ans, Curval n’exerçait plus sa charge, non seulement il n’en était plus en état, mais je crois même que quand il l’aurait pu, on l’aurait prié de s’en dispenser toute sa vie.

Curval avait mené une vie fort libertine, toutes les espèces d’écarts lui étaient familiers, et ceux qui le connaissaient particulièrement le soupçonnaient fort de n’avoir jamais dû qu’à deux ou trois meurtres exécrables la fortune immense dont il jouissait. Quoi qu’il en soit, il est très vraisemblable à l’histoire suivante que cette espèce d’excès avait l’art de l’émouvoir puissamment, et c’est à cette aventure qui, malheureusement, eut un peu d’éclat, qu’il dut son exclusion de la Cour. Nous allons la rapporter pour donner au lecteur une idée de son caractère.

Curval avait dans le voisinage de son hôtel un malheureux portefaix qui, père d’une petite fille charmante, avait le ridicule d’avoir des sentiments. Déjà vingt fois des messages de toutes les façons étaient venus essayer de corrompre ce malheureux et sa femme par des propositions relatives à leur jeune fille sans pouvoir venir les ébranler, et Curval, directeur de ces ambassades et que la multiplication des refus ne faisait qu’irriter, ne savait plus comment s’y prendre pour jouir de la jeune fille et pour la soumettre à ses libidineux caprices, lorsqu’il imagina tout simplement de faire rouer le père pour amener la fille dans son lit. Le moyen fut aussi bien conçu qu’exécuté. Deux ou trois coquins gagés par le président s’en mêlèrent ; et avant la fin du mois le malheureux portefaix fut enveloppé dans un crime imaginaire que l’on eut l’air de commettre à sa porte et qui le conduisit tout de suite dans les cachots de la Conciergerie. Le président, comme on l’imagine bien, s’empara bientôt de cette affaire, et comme il n’avait pas envie de faire traîner l’affaire, en trois jours, grâce à ses coquineries et à son argent, le malheureux portefaix fut condamné à être roué vif, sans qu’il eût jamais commis d’autres crimes que celui de vouloir garder son honneur et de conserver celui de sa fille. Sur ces entrefaites, les sollicitations recommencèrent. On fut trouver la mère, on lui représenta qu’il ne tenait qu’à elle de sauver son mari, que si elle satisfaisait le président, il était clair qu’il arracherait par là son mari au sort affreux qui l’attendait. Il n’était plus possible de balancer. La femme consulta : on savait bien à qui elle s’adresserait, on avait gagné les conseils, et ils répondirent sans tergiverser qu’elle ne devait pas hésiter un moment. L’infortunée amène elle-même sa fille en pleurant au pied de son juge ; celui-ci promet tout ce qu’on veut, mais il était bien loin d’avoir envie de tenir sa parole. Non seulement il craignait, en la tenant, que le mari sauvé ne vînt à faire de l’éclat en voyant à quel prix on avait mis sa vie, mais le scélérat trouvait même encore un délice bien plus piquant à se faire donner ce qu’il voulait sans être obligé de rien tenir. Il s’était offert sur cela des épisodes de scélératesse à son esprit dont il sentait accroître sa perfide lubricité ; et voici comme il s’y prit pour mettre à la scène toute l’infamie et tout le piquant qu’il put. Son hôtel se trouvait en face d’un endroit où l’on exécute quelquefois des criminels à Paris, et comme le délit s’était commis dans ce quartier-là, il obtint que l’exécution serait faite sur cette place en question. À l’heure indiquée, il fit trouver chez lui la femme et la fille de ce malheureux. Tout était bien fermé du côté de la place de manière qu’on ne voyait, des appartements où il tenait ses victimes, rien du train qui pouvait s’y passer. Le scélérat, qui savait l’heure positive de l’exécution, prit ce moment-là pour dépuceler la petite fille dans les bras de sa mère, et tout fut arrangé avec tant d’adresse et de précision que le scélérat déchargeait dans le cul de la fille au moment où le père expirait. Dès que son affaire fut faite : « Venez voir, dit-il à ses deux princesses en ouvrant une fenêtre sur la place, venez voir comme je vous ai tenu parole. » Et les malheureuses virent, l’une son père, l’autre son mari, expirant sous le fer du bourreau. Toutes deux tombèrent évanouies, mais Curval avait tout prévu : cet évanouissement était leur agonie, elles étaient toutes deux empoisonnées, et elles ne rouvrirent jamais les yeux. Quelque précaution qu’il prît pour envelopper toute cette action des ombres du plus profond mystère, il en transpira néanmoins quelque chose ; on ignora la mort des femmes, mais on le soupçonna vivement de prévarication dans l’affaire du mari. Le motif fut à moitié connu, et de tout cela sa retraite résulta enfin. De ce moment, Curval, n’ayant plus de décorum à garder, se précipita dans un nouvel océan d’erreurs et de crimes. Il se fit chercher des victimes partout, pour les immoler à la perversité de ses goûts. Par un raffinement de cruauté atroce, et pourtant bien aise à comprendre, la classe de l’infortune était celle sur laquelle il aimait le plus à lancer les effets de sa perfide rage. Il avait plusieurs femmes qui lui cherchaient nuit et jour, dans les greniers et dans les galetas, tout ce que la misère pouvait offrir de plus abandonné, et sous le prétexte de leur donner des secours, ou il les empoisonnait, ce qui était un de ses plus délicieux passe-temps, ou il les attirait chez lui et les immolait lui-même à la perversité de ses goûts. Hommes, femmes, enfants, tout était bon à sa perfide rage, et il commettait sur cela des excès qui l’auraient fait porter mille fois sa tête sur un échafaud, sans son crédit et son or qui l’en préservèrent mille fois. On imagine bien qu’un tel être n’avait pas plus de religion que ses deux confrères, il la détestait sans doute aussi souverainement, mais il avait jadis plus fait pour l’extirper dans les cœurs, car, profitant de l’esprit qu’il avait eu pour écrire contre elle, il était auteur de plusieurs ouvrages dont les effets avaient été prodigieux, et ces succès, qu’il se rappelait sans cesse, étaient encore une de ses plus chères voluptés.

Plus nous multiplions les objets de nos jouissances…


Placez là le portrait de Durcet, comme il est au cahier l8, relié en rose, puis, après avoir terminé ce portrait par ces mots du cahier :… les débiles années de l’enfance, reprenez ainsi :



Durcet est âgé de cinquante-trois ans, il est petit, court, gros, fort épais, une figure agréable et fraîche, la peau très blanche, tout le corps, et principalement les hanches et les fesses, absolument comme une femme ; son cul est frais, gras, ferme et potelé, mais excessivement ouvert par l’habitude de la sodomie ; son vit est extraordinairement petit : à peine a-t-il deux pouces de tour sur quatre de long ; il ne bande absolument plus ; ses décharges sont rares et fort pénibles, peu abondantes et toujours précédées de spasmes qui le jettent dans une espèce de fureur qui le porte au crime ; il a de la gorge comme une femme, une voix douce et agréable, et fort honnête en société, quoique sa tête soit pour le moins aussi dépravée que celle de ses confrères ; camarade d’école du Duc, ils s’amusent encore journellement ensemble, et l’un des grands plaisirs de Durcet est de se faire chatouiller l’anus par le membre énorme du duc.


Tels sont en un mot, cher lecteur, les quatre scélérats avec lesquels je vais te faire passer quelques mois. Je te les ai dépeints de mon mieux pour que tu les connaisses à fond et que rien ne t’étonne dans le récit de leurs différents écarts. Il m’a été impossible d’entrer dans le détail particulier de leurs goûts : j’aurais nui à l’intérêt et au plan principal de cet ouvrage en te les divulguant. Mais à mesure que le récit s’acheminera, on n’aura qu’à les suivre avec attention, et l’on démêlera facilement leurs petits péchés d’habitude et l’espèce de manie voluptueuse qui les flatte le mieux chacun en particulier. Tout ce que l’on peut dire à présent en gros, c’est qu’ils étaient généralement susceptibles du goût de la sodomie, que tous quatre se faisaient enculer régulièrement, et que tous quatre idolâtraient les culs. Le duc cependant, relativement à l’immensité de sa construction et plutôt sans doute par cruauté que par goût, foutait encore des cons avec le plus grand plaisir. Le président quelquefois aussi, mais plus rarement. Quant à l’évêque, il les détestait si souverainement que leur seul aspect l’eût fait débander pour six mois. Il n’en avait jamais foutu qu’un dans sa vie, celui de sa belle-sœur, et dans la vue d’avoir un enfant qui pût lui procurer un jour les plaisirs de l’inceste ; on a vu comment il avait réussi. À l’égard de Durcet, il idolâtrait le cul pour le moins avec autant d’ardeur que l’évêque, mais il en jouissait plus accessoirement ; ses attaques favorites se dirigeaient dans un troisième temple. La suite nous dévoilera ce mystère.

Achevons des portraits essentiels à l’intelligence de cet ouvrage et donnons aux lecteurs maintenant une idée des quatre épouses de ces respectables maris.


Quel contraste ! Constance, femme du duc et fille de Durcet, était une grande femme mince, faite à peindre, et tournée comme si les Grâces eussent pris plaisir à l’embellir. Mais l’élégance de sa taille n’enlevait rien à sa fraîcheur : elle n’en était pas moins grasse et potelée et les formes les plus délicieuses, s’offrant sous une peau plus blanche que les lys, achevaient de faire imaginer souvent que l’Amour même avait pris soin de la former. Son visage était un peu long, ses traits extraordinairement nobles, plus de majesté que de gentillesse et plus de grandeur que de finesse. Ses yeux étaient grands, noirs et pleins de feu, sa bouche extrêmement petite et ornée des plus belles dents qu’on pût soupçonner ; elle avait la langue mince, étroite, du plus bel incarnat, et son haleine était plus douce que l’odeur même de la rose. Elle avait la gorge pleine, fort ronde, de la blancheur et de la fermeté de l’albâtre ; ses reins, extraordinairement cambrés, amenaient, par une chute délicieuse, au cul le plus exactement et le plus artistement coupé que la nature eût produit depuis longtemps. Il était du rond le plus exact, pas très gros, mais ferme, blanc, potelé et ne s’entrouvrant que pour offrir le petit trou le plus propre, le plus mignon et le plus délicat ; une nuance du rose le plus tendre colorait ce cul, charmant asile des plus doux plaisirs de la lubricité. Mais, grand dieu ! qu’il conserva peu longtemps tant d’attraits ! Quatre ou cinq attaques du duc en flétrirent bientôt toutes les grâces, et Constance, après son mariage, ne fut bientôt plus que l’image d’un beau lys que la tempête vient d’effeuiller. Deux cuisses rondes et parfaitement moulées soutenaient un autre temple, moins délicieux sans doute, mais qui offrait au spectateur tant d’attraits que ma plume entreprendrait en vain de les peindre. Constance était à peu près vierge quand le duc l’épousa, et son père le seul homme qu’elle eût connu, l’avait, comme on l’a dit, laissée bien parfaitement entière de ce côté-là. Les plus beaux cheveux noirs, retombant en boucles naturelles par-dessus les épaules et, quand on le voulait, jusque sur le joli poil de même couleur qui ombrageait ce petit con voluptueux, devenaient une nouvelle parure que j’eusse été coupable d’omettre, et achevaient de prêter à cette créature angélique, âgée d’environ vingt-deux ans, tous les charmes que la nature peut prodiguer à une femme. À tous ces agréments, Constance joignait un esprit juste, agréable, et même plus élevé qu’il n’eût dû être dans la triste situation où l’avait placée le sort, car elle en sentait toute l’horreur, et elle eût été bien plus heureuse sans doute avec des perceptions moins délicates. Durcet, qui l’avait élevée plutôt comme une courtisane que comme sa fille et qui ne s’était occupé qu’à lui donner des talents bien plutôt que des mœurs, n’avait pourtant jamais pu détruire dans son cœur les principes d’honnêteté et de vertu qu’il semblait que la nature y eût gravés à plaisir. Elle n’avait point de religion, on ne lui en avait jamais parlé, on n’avait jamais souffert qu’elle en pratiquât aucun exercice, mais tout cela n’avait point éteint dans elle cette pudeur, cette modestie naturelle, indépendantes des chimères religieuses et qui, dans une âme honnête et sensible, s’effacent bien difficilement. Elle n’avait jamais quitté la maison de son père, et le scélérat, dès l’âge de douze ans, l’avait fait servir à ses crapuleux plaisirs. Elle trouva bien de la différence dans ceux que goûtait le duc avec elle ; son physique s’altéra sensiblement de cette distance énorme, et le lendemain de ce que le duc l’eut dépucelée sodomitement, elle tomba dangereusement malade : on lui crut le rectum absolument percé. Mais sa jeunesse, sa santé, et l’effet de quelques topiques salutaires, rendirent bientôt au duc l’usage de cette voie défendue, et la malheureuse Constance, contrainte à s’accoutumer à ce supplice journalier qui n’était pas le seul, se rétablit entièrement et s’habitua à tout.


Adélaïde, femme de Durcet et fille du président, était une beauté peut-être supérieure à Constance, mais dans un genre absolument tout autre. Elle était âgée de vingt ans, petite, mince, extrêmement fluette et délicate, faite à peindre, les plus beaux cheveux blonds qu’on puisse voir. Un air d’intérêt et de sensibilité, répandu sur toute sa personne et principalement dans ses traits, lui donnait l’air d’une héroïne de roman. Ses yeux, extraordinairement grands, étaient bleus ; ils exprimaient à la fois la tendresse et la décence. Deux grands sourcils minces, mais singulièrement tracés, ornaient un front peu élevé, mais d’une noblesse, d’un tel attrait, qu’on eût dit qu’il était le temple de la pudeur même. Son nez étroit, un peu serré du haut, descendait insensiblement dans une forme demi-aquiline. Ses lèvres étaient minces, bordées de l’incarnat le plus vif, et sa bouche un peu grande, c’était le seul défaut de sa céleste physionomie, ne s’ouvrait que pour faire voir trente-deux perles que la nature avait l’air d’avoir semées parmi des roses. Elle avait le col un peu long, singulièrement attaché, et, par une habitude assez naturelle, la tête toujours un peu penchée sur l’épaule droite, surtout quand elle écoutait ; mais que de grâce lui prêtait cette intéressante attitude ! Sa gorge était petite, fort ronde, très ferme et très soutenue, mais à peine y avait-il de quoi remplir la main ; c’était comme deux petites pommes que l’Amour en se jouant avait apportées là du jardin de sa mère. Sa poitrine était un peu pressée, aussi l’avait-elle fort délicate. Son ventre était uni et comme du satin ; une petite motte blonde peu fournie servait comme de péristyle au temple où Vénus semblait exiger son hommage. Ce temple était étroit, au point de n’y pouvoir même introduire un doigt sans la faire crier, et cependant, grâce au président, depuis près de deux lustres, la pauvre enfant n’était plus vierge, ni par là, ni du côté délicieux qu’il nous reste encore à tracer. Que d’attraits possédait ce second temple, quelle chute de reins, quelle coupe de fesses, que de blancheur et d’incarnat réunis ! mais l’ensemble était un peu petit. Délicate dans toutes ses formes, Adélaïde était plutôt l’esquisse que le modèle de la beauté ; il semblait que la nature n’eût voulu qu’indiquer dans Adélaïde ce qu’elle avait prononcé si majestueusement dans Constance. Entrouvrait-on ce cul délicieux, un bouton de rose s’offrait alors à vous et c’était dans toute sa fraîcheur et dans l’incarnat le plus tendre que la nature voulait vous le présenter. Mais quel étroit, quelle petitesse ! ce n’était qu’avec des peines infinies que le président avait pu réussir, et il n’avait jamais pu renouveler que deux ou trois fois ces assauts. Durcet, moins exigeant, la rendait peu malheureuse sur cet objet, mais depuis qu’elle était sa femme, par combien d’autres complaisances cruelles, par quelle quantité d’autres soumissions dangereuses ne lui fallait-il pas acheter ce petit bienfait ! Et d’ailleurs, livrée aux quatre libertins, comme elle le devenait par l’arrangement pris, que de cruels assauts n’avait-elle pas encore à soutenir, et dans le genre dont Durcet lui faisait grâce, et dans tous les autres ! Adélaïde avait l’esprit que lui supposait sa figure, c’est-à-dire extrêmement romanesque ; les lieux solitaires étaient ceux qu’elle recherchait avec le plus de plaisir, et elle y versait souvent des larmes involontaires, larmes que l’on n’étudie pas assez et qu’il semble que le pressentiment arrache à la nature. Elle avait perdu depuis peu une amie qu’elle idolâtrait, et cette perte affreuse se présentait sans cesse à son imagination. Comme elle connaissait son père à merveille et qu’elle savait à quel point il portait l’égarement, elle était persuadée que sa jeune amie était devenue la victime des scélératesses du président, parce qu’il n’avait jamais pu la déterminer à lui accorder de certaines choses, et le fait n’était pas sans vraisemblance : elle s’imaginait qu’on lui en ferait quelque jour autant, et tout cela n’était pas improbable. Le président n’avait pas pris pour elle la même attention, relativement à la religion, que Durcet avait prise pour Constance, il avait laissé naître et fomenter le préjugé, imaginant que ses discours et ses livres le détruiraient facilement. Il se trompa : la religion est l’aliment d’une âme de la complexion de celle d’Adélaïde. Le président eut beau prêcher, beau faire lire, la jeune personne resta dévote, et tous ces écarts qu’elle ne partageait point, qu’elle haïssait et dont elle était victime, étaient bien loin de la détromper sur des chimères qui faisaient le bonheur de sa vie. Elle se cachait pour prier Dieu, elle se dérobait pour remplir ses devoirs de chrétienne, et ne manquait jamais d’être punie très sévèrement, ou par son père, ou par son mari, dès que l’un ou l’autre s’en apercevait. Adélaïde souffrait tout en patience, bien persuadée que le Ciel la dédommagerait un jour. Son caractère d’ailleurs était aussi doux que son esprit, et sa bienfaisance, l’une des vertus qui la faisaient le plus détester de son père, allait jusqu’à l’excès. Curval, irrité contre cette classe vile de l’indigence, ne cherchait qu’à l’humilier, à l’avilir davantage ou à y trouver des victimes ; sa généreuse fille, au contraire, se serait passée de sa propre subsistance pour procurer celle du pauvre, et on l’avait souvent vue aller lui porter en cachette toutes les sommes destinées à ses plaisirs. Enfin Durcet et le président la tancèrent et la morigénèrent si bien, qu’ils la corrigèrent de cet abus et lui en enlevèrent absolument tous les moyens. Adélaïde, n’ayant plus que ses larmes à offrir à l’infortune, allait encore les répandre sur leurs maux, et son cœur impuissant, mais toujours sensible, ne pouvait cesser d’être vertueux. Elle apprit un jour qu’une malheureuse femme allait venir prostituer sa fille au président, parce que l’extrême besoin l’y contraignait. Déjà le paillard enchanté se préparait à cette jouissance du genre de celle qu’il aimait le mieux ; Adélaïde fit vendre en secret une de ses robes, en fit donner tout de suite l’argent à la mère et la détourna, par ce petit secours et quelque sermon, du crime qu’elle allait commettre. Le président venant à le savoir (sa fille n’était pas encore mariée) se porta contre elle à de telles violences qu’elle en fut quinze jours au lit, et tout cela sans que rien pût arrêter l’effet des tendres mouvements de cette âme sensible.


Julie, femme du président et fille aînée du duc, eût effacé les deux précédentes sans un défaut capital pour beaucoup de gens, et qui peut-être avait décidé seul la passion de Curval pour elle ; tant il est vrai que les effets des passions sont inconcevables et que leur désordre, fruit du dégoût et de la satiété, ne peut se comparer qu’à leurs écarts. Julie était grande, bien faite, quoique très grasse et très potelée, les plus beaux yeux bruns possibles, le nez charmant, les traits saillants et gracieux, les plus beaux cheveux châtains, le corps blanc et dans le plus délicieux embonpoint, un cul qui eût pu servir de modèle à celui que sculpta Praxitèle, le con chaud, étroit et d’une jouissance aussi agréable que peut l’être un tel local, la jambe belle et le pied charmant, mais la bouche la plus mal ornée, les dents les plus infectes, et d’une saleté d’habitude sur tout le reste de son corps, et principalement aux deux temples de la lubricité, que nul autre être, je le répète, nul autre être que le président, sujet aux mêmes défauts et les aimant sans doute, nul autre assurément, malgré tous ses attraits, ne se fût arrangé de Julie. Mais pour Curval, il en était fou : ses plus divins plaisirs se cueillaient sur cette bouche puante, il était dans le délire en la baisant, et quant à sa malpropreté naturelle, bien loin de la lui reprocher, il l’y excitait au contraire et avait enfin obtenu qu’elle ferait un parfait divorce avec l’eau. À ces défauts Julie en joignait quelques autres, mais moins désagréables sans doute : elle était très gourmande, elle avait du penchant à l’ivrognerie, peu de vertu, et je crois que si elle l’eût osé, le putanisme l’eût fort peu effrayée. Élevée par le duc dans un abandon total de principes et de mœurs, elle adoptait assez cette philosophie, et de tout point sans doute il y avait de quoi faire un sujet ; mais, par un effet encore très bizarre du libertinage, il arrive souvent qu’une femme qui a nos défauts nous plaît bien moins dans nos plaisirs qu’une qui n’a que des vertus : l’une nous ressemble, nous ne la scandalisons pas ; l’autre s’effraye, et voilà un attrait bien certain de plus. Le duc, malgré l’énormité de sa construction, avait joui de sa fille, mais il avait été obligé de l’attendre jusqu’à quinze ans, et malgré cela il n’avait pu empêcher qu’elle ne fût très endommagée de l’aventure, et tellement, qu’ayant envie de la marier, il avait été obligé de cesser ses jouissances et de se contenter avec elle de plaisirs moins dangereux, quoique pour le moins aussi fatigants : Julie gagnait peu avec le président, dont on sait que le vit était fort gros, et d’ailleurs quelque malpropre qu’elle fût elle-même par négligence, elle ne s’arrangeait nullement d’une saleté de débauche telle qu’était celle du président, son cher époux.


Aline, sœur cadette de Julie et réellement fille de l’évêque, était bien éloignée et des habitudes et du caractère et des défauts de sa sœur. C’était la plus jeune des quatre : à peine avait-elle dix-huit ans ; c’était une petite physionomie piquante, fraîche et presque mutine, un petit nez retroussé, des yeux bruns pleins de vivacité et d’expression, une bouche délicieuse, une taille très bien prise quoique peu grande, bien en chair, la peau un peu brune, mais douce et belle, le cul un peu gros, mais moulé, l’ensemble des fesses le plus voluptueux qui pût s’offrir à l’œil du libertin, une motte brune et jolie, le con un peu bas, ce qu’on appelle à l’anglaise, mais parfaitement étroit, et, quand on l’offrit à l’assemblée, elle était exactement pucelle. Elle l’était encore, lors de la partie dont nous écrivons l’histoire, et nous verrons comme ces prémices furent anéanties. À l’égard de celles du cul, depuis huit ans l’évêque en jouissait paisiblement tous les jours, mais sans en avoir fait prendre le goût à sa chère fille qui, malgré son air espiègle et émoustillé, ne se prêtait pourtant que par obéissance et n’avait pas encore démontré que le plus léger plaisir lui fît partager les infamies dont on la rendait journellement victime. L’évêque l’avait laissée dans une ignorance profonde ; à peine savait-elle lire et écrire, et elle ignorait absolument ce que c’était que la religion. Son esprit naturel n’était guère que de l’enfantillage, elle répondait drôlement, elle jouait, aimait beaucoup sa sœur, détestait souverainement l’évêque et craignait le duc comme le feu. Le jour des noces, quand elle se vit au milieu de quatre hommes, elle pleura, et fit d’ailleurs tout ce qu’on voulut d’elle, sans plaisir comme sans humeur. Elle était sobre, très propre et n’ayant d’autre défaut que beaucoup de paresse, la nonchalance régnant dans toutes ses actions et dans toute sa personne, malgré l’air de vivacité que ses yeux annonçaient. Elle abhorrait le président presque autant que son oncle, et Durcet, qui ne la ménageait pourtant pas, était néanmoins le seul pour lequel elle eût l’air de n’avoir aucune répugnance.


Tels étaient donc les huit principaux personnages avec lesquels nous allons vous faire vivre, mon cher lecteur. Il est temps de vous dévoiler maintenant l’objet des plaisirs singuliers qu’on se proposait.

Il est reçu, parmi les véritables libertins, que les sensations communiquées par l’organe de l’ouïe sont celles qui flattent davantage et dont les impressions sont les plus vives. En conséquence, nos quatre scélérats, qui voulaient que la volupté s’imprégnât dans leur cœur aussi avant et aussi profondément qu’elle y pouvait pénétrer, avaient à ce dessein imaginé une chose assez singulière. Il s’agissait, après s’être entouré de tout ce qui pouvait le mieux satisfaire les autres sens par la lubricité, de se faire en cette situation raconter avec les plus grands détails, et par ordre, tous les différents écarts de cette débauche, toutes ses branches, toutes ses attenances, ce qu’on appelle en un mot, en langue de libertinage, toutes les passions. On n’imagine point à quel degré l’homme les varie, quand son imagination s’enflamme. Leur différence entre eux, excessive dans toutes leurs autres manies, dans tous leurs autres goûts, l’est encore bien davantage dans ce cas-ci, et qui pourrait fixer et détailler ces écarts ferait peut-être un des plus beaux travaux que l’on pût voir sur les mœurs et peut-être un des plus intéressants. Il s’agissait donc d’abord de trouver des sujets en état de rendre compte de tous ces excès, de les analyser, de les étendre, de les détailler, de les graduer et de placer au travers de cela l’intérêt d’un récit. Tel fut en conséquence le parti qui fut pris. Après des recherches et des informations sans nombre, on trouva quatre femmes déjà sur le retour (c’est ce qu’il fallait, l’expérience ici était la chose la plus essentielle), quatre femmes, dis-je, qui, ayant passé leur vie dans la débauche la plus excessive, se trouvaient en état de rendre un compte exact de toutes ces recherches. Et, comme on s’était appliqué à les choisir douées d’une certaine éloquence et d’une tournure d’esprit propre à ce qu’on en exigeait, après s’être entendues et recordées, toutes quatre furent en état de placer, chacune dans les aventures de leur vie, tous les écarts les plus extraordinaires de la débauche, et cela dans un tel ordre, que la première, par exemple, placerait dans le récit des événements de sa vie les cent cinquante passions les plus simples et les écarts les moins recherchés ou les plus ordinaires, la seconde, dans un même cadre, un égal nombre de passions plus singulières et d’un ou plusieurs hommes avec plusieurs femmes ; la troisième également, dans son histoire, devait introduire cent cinquante manies des plus criminelles et des plus outrageantes aux lois, à la nature et à la religion ; et comme tous ces excès mènent au meurtre et que ces meurtres commis par libertinage se varient à l’infini et autant de fois que l’imagination enflammée du libertin adopte de différents supplices, la quatrième devait joindre aux événements de sa vie le récit détaillé de cent cinquante de ces différentes tortures. Pendant ce temps-là, nos libertins, entourés, comme je l’ai dit d’abord, de leurs femmes et ensuite de plusieurs autres objets dans tous les genres, écouteraient, s’échaufferaient la tête et finiraient par éteindre, avec ou leurs femmes ou ces différents objets, l’embrasement que les conteuses auraient produit. Il n’y a aucun doute rien de plus voluptueux dans ce projet que la manière luxurieuse dont on y procéda, et ce sont et cette manière et ces différents récits qui vont former cet ouvrage, que je conseille, d’après cet exposé, à tout dévot de laisser là tout de suite s’il ne veut pas être scandalisé, car il voit que le plan est peu chaste, et nous osons lui répondre d’avance que l’exécution le sera encore bien moins.

Comme les quatre actrices dont il s’agit ici jouent un rôle très essentiel dans ces mémoires, nous croyons, dussions-nous en demander excuse au lecteur, être encore obligé de les peindre. Elles raconteront, elles agiront : est-il possible, d’après cela, de les laisser inconnues ? Qu’on ne s’attende pas à des portraits de beauté, quoiqu’il y eût sans doute des projets de se servir physiquement comme moralement de ces quatre créatures. Néanmoins, ce n’était uniquement leur esprit et leur expérience, et il était, dans ce sens-là, impossible d’être mieux servi qu’on ne le fut.


Madame Duclos était le nom de celle que l’on chargeait du récit des cent cinquante passions simples. C’était une femme de quarante-huit ans, encore assez fraîche, qui avait de grands restes de beauté, des yeux fort beaux, la peau fort blanche, et l’un des plus beaux culs et des plus potelés qu’on pût voir, la bouche fraîche et propre, le sein superbe et de jolis cheveux bruns, la taille grosse, mais élevée, et tout l’air et le ton d’une fille du très bon air. Elle avait passé, comme on le verra, sa vie dans des endroits où elle avait été bien à même d’étudier ce qu’elle allait raconter, et on voyait qu’elle devait s’y prendre avec esprit, facilité et intérêt.


Madame Champville était une grande femme d’environ cinquante ans, mince, bien faite, l’air le plus voluptueux dans le regard et dans la tournure ; fidèle imitatrice de Sapho, elle en avait l’expression jusque dans les plus petits mouvements, dans les gestes les plus simples et dans ses moindres paroles. Elle s’était ruinée à entretenir des femmes, et sans ce goût, auquel elle sacrifiait généralement ce qu’elle pouvait gagner dans le monde, elle eût été très à son aise. Elle avait été très longtemps fille publique et, depuis quelques années elle faisait à son tour le métier d’appareilleuse, mais elle était resserrée dans un certain nombre de pratiques, tous paillards sûrs et d’un certain âge ; jamais elle ne recevait de jeunes gens, et cette conduite prudente et lucrative raccommodait un peu ses affaires. Elle avait été blonde, mais une teinte plus sage commençait à colorer sa chevelure. Ses yeux étaient toujours fort beaux, bleus et d’une expression très agréable. Sa bouche était belle, fraîche encore et parfaitement entière ; pas de gorge, le ventre bien ; elle n’avait jamais fait d’envie, la motte un peu élevée et le clitoris saillant de plus de trois pouces quand il était échauffé : en la chatouillant sur cette partie, on était bientôt sûr de la voir se pâmer, et surtout si le service lui était rendu par une femme. Son cul était très flasque et très usé, entièrement mou et flétri, et tellement endurci par les habitudes libidineuses que son histoire nous expliquera, qu’on pouvait y faire tout ce qu’on voulait sans qu’elle le sentît. Une chose assez singulière, et assurément fort rare à Paris surtout, c’est qu’elle était pucelle de ce côté comme une fille qui sort du couvent, et peut-être, dans la maudite partie où elle s’engagea, et où elle s’engagea avec des gens qui ne voulaient que des choses extraordinaires et à qui par conséquent celle-là plut, peut-être, dis-je, sans cette partie-là, ce pucelage singulier fût-il mort avec elle.


La Martaine, grosse maman de cinquante-deux ans, bien fraîche et bien saine et douée du plus gros et du plus beau fessier qu’on pût avoir, offrait absolument le contraire de l’aventure. Elle avait passé sa vie dans cette débauche sodomite, et y était tellement familiarisée qu’elle ne goûtait absolument de plaisir que par là. Une difformité de la nature (elle était barrée) l’ayant empêchée de connaître autre chose, elle s’était livrée à cette espèce de plaisir, entraînée et par cette impossibilité de faire autre chose et par de premières habitudes, moyennant quoi elle s’en tenait à cette lubricité dans laquelle on prétend qu’elle était encore délicieuse, bravant tout, ne redoutant rien. Les plus monstrueux engins ne l’effrayaient pas, elle les préférait même, et la suite de ces mémoires nous l’offrira peut-être combattant valeureusement encore sous les étendards de Sodome comme le plus intrépide des bougres. Elle avait des traits assez gracieux, mais un air de langueur et de dépérissement commençait à flétrir ses attraits, et sans son embonpoint qui la soutenait encore, elle eût pu déjà passer pour très usée.


Pour la Desgranges, c’étaient le vice et la luxure personnifiés : grande, mince, âgée de cinquante-six ans, l’air livide et décharné, les yeux éteints, les lèvres mortes, elle donnait l’image du crime prêt à périr faute de force. Elle avait été jadis brune ; on avait prétendu même qu’elle avait un beau corps ; peu après, ce n’était plus qu’un squelette qui ne pouvait inspirer que du dégoût. Son cul flétri, usé, marqué, déchiré, ressemblait plutôt à du papier marbré qu’à de la peau humaine, et le trou en était tellement large et ridé que les plus gros engins, sans qu’elle le sentît, pouvaient y pénétrer à sec. Pour comble d’agréments, cette généreuse athlète de Cythère, blessée dans plusieurs combats, avait un téton de moins et trois doigts de coupés ; elle boitait, et il lui manquait six dents et un œil. Nous apprendrons peut-être à quel genre d’attaques elle avait été si maltraitée ; ce qu’il y a de bien sûr, c’est que rien ne l’avait corrigée, et si son corps était l’image de la laideur, son âme était le réceptacle de tous les vices et de tous les forfaits les plus inouïs. Incendiaire, parricide, incestueuse, sodomite, tribade, meurtrière, empoisonneuse, coupable de viols, de vols, d’avortements et de sacrilèges, on pouvait affirmer avec vérité qu’il n’y avait pas un seul crime dans le monde que cette coquine-là n’eût commis ou fait commettre. Son état actuel était le maquerellage ; elle était l’une des fournisseuses attitrées de la société, et comme à beaucoup d’expérience elle joignait un jargon assez agréable, on l’avait choisie pour remplir le quatrième rôle d’historienne, c’est-à-dire dans le récit duquel il devait se rencontrer le plus d’horreurs et d’infamies. Qui, mieux qu’une créature qui les avait toutes faites, pouvait jouer ce personnage-là ?


Ces femmes trouvées, et trouvées dans tous points telles qu’on pouvait les désirer, il fallut s’occuper des accessoires. On avait d’abord désiré de s’entourer d’un grand nombre d’objets luxurieux des deux sexes, mais quand on eut fait attention que le seul local où cette partie lubrique pût commodément s’exécuter était ce même château en Suisse appartenant à Durcet et dans lequel il avait expédié la petite Elvire, que ce château peu considérable ne pourrait pas contenir un si grand nombre d’habitants, et que d’ailleurs il pouvait devenir indiscret et dangereux d’emmener tant de monde, on se réduisit à trente-deux sujets en tout, les historiennes comprises ; savoir : quatre de cette classe, huit jeunes filles, huit jeunes garçons, huit hommes doués de membres monstrueux pour les voluptés de la sodomie passive, et quatre servantes. Mais on voulut de la recherche à tout cela ; un an entier se passa à ces détails, on y dépensa un argent immense, et voici les précautions que l’on employa pour les huit jeunes filles afin d’avoir tout ce que la France pouvait offrir de plus délicieux. Seize maquerelles intelligentes, ayant chacune deux secondes avec elles, furent envoyées dans les seize principales provinces de France, pendant qu’une dix-septième travaillait dans le même genre à Paris seulement. Chacune de ces appareilleuses eut un rendez-vous indiqué à une terre du duc auprès de Paris, et toutes devaient s’y rendre dans la même semaine, à dix mois juste de leur départ : on leur donna ce temps-là pour chercher. Chacune devait amener neuf sujets, ce qui faisait un total de cent quarante-quatre, huit seulement devaient être choisies. Il était recommandé aux maquerelles de ne s’attacher qu’à la naissance, la vertu et la plus délicieuse figure. Elles devaient faire leurs recherches principalement dans des maisons honnêtes, et on ne leur passait aucune fille qui ne fût prouvée ravie, ou dans un couvent de pensionnaires de qualité, ou dans le sein de sa famille, et d’une famille de distinction. Tout ce qui n’était pas au-dessus de la classe de la bourgeoisie et qui, dans ces classes supérieures, n’était pas et très vertueuse, très vierge et très parfaitement belle, était refusé sans miséricorde. Des espions surveillaient les démarches de ces femmes et informaient à l’instant la société de ce qu’elles faisaient. Le sujet, trouvé comme on le désirait, leur était payé trente mille francs, tous frais faits. Il est inouï ce que ça coûta. À l’égard de l’âge, il était fixé de douze à quinze, et tout ce qui était au-dessus ou au-dessous était impitoyablement refusé. Pendant ce temps-là, avec les mêmes circonstances, les mêmes moyens et les mêmes dépenses, en mettant de même l’âge de douze à quinze, dix-sept agents de sodomie parcouraient de même et la capitale et les provinces ; et leur rendez-vous était indiqué un mois après le choix des filles. Quant aux jeunes gens que nous désignerons dorénavant sous le nom de fouteurs, ce fut la mesure du membre qui régla seule : on ne voulut rien au-dessous de dix pouces ou douze pouces de long sur sept et demi de tour. Huit hommes travaillèrent à ce dessein dans tout le royaume, et le rendez-vous fut indiqué un mois après celui des jeunes garçons. Quoique l’histoire de ces choix et de ces réceptions ne soit pas de notre objet, il n’est pourtant pas hors de propos d’en dire un mot ici, pour mieux faire connaître encore le génie de nos quatre héros. Il me semble que tout ce qui sert à les développer et à jeter du jour sur une partie aussi extraordinaire que celle que nous allons décrire ne peut pas être regardé comme hors-d’œuvre.

L’époque du rendez-vous des jeunes filles étant arrivée, on se rendit à la terre du duc. Quelques maquerelles n’ayant pu remplir leur nombre de neuf, quelques autres ayant perdu des sujets en chemin, soit par la maladie ou par l’évasion, il n’en arriva que cent trente au rendez-vous. Mais que d’attraits, grand dieu ! Jamais, je crois, on n’en vit autant de réunis. Treize jours furent consacrés à cet examen, et chaque jour on en examinait dix. Les quatre amis formaient un cercle, au milieu duquel paraissait la jeune fille, d’abord vêtue telle qu’elle était lors de son enlèvement. La maquerelle qui l’avait débauchée en faisait l’histoire : si quelque chose manquait aux conditions de noblesse et de vertu, sans en approfondir davantage la petite fille était renvoyée à l’instant, sans aucun secours et sans être confiée à personne, et l’appareilleuse perdait tous les frais qu’elle avait pu faire pour elle. Ensuite la maquerelle ayant donné son détail, on la faisait retirer et on interrogeait la petite fille pour savoir si ce qu’on venait de dire d’elle était vrai. Si tout était juste, la maquerelle rentrait et troussait la petite fille par-derrière, afin d’exposer ses fesses à l’assemblée ; c’était la première chose qu’on voulait examiner. Le moindre défaut dans cette partie la faisait renvoyer à l’instant ; si, au contraire, rien ne manquait à cette espèce de charme, on la faisait mettre nue, et, en cet état, elle passait et repassait, cinq ou six fois de suite, de l’un à l’autre de nos libertins. On la tournait, on la retournait, on la maniait, on la sentait, on écartait, on examinait les pucelages, mais tout cela de sang-froid et sans que l’illusion des sens vînt en rien troubler l’examen. Cela fait, l’enfant se retirait, et à côté de son nom placé dans un billet, les examinateurs mettaient : reçue, ou : renvoyée, en signant le billet ; ensuite ces billets étaient mis dans une boîte, sans qu’ils se communiquassent leurs idées ; toutes examinées, on ouvrait la boîte : il fallait, pour qu’une fille fût reçue, qu’elle eût sur son billet les quatre noms des amis en sa faveur. S’il en manquait un seul, elle était aussitôt renvoyée, et toutes inexorablement, comme je l’ai dit, à pied, sans secours et sans guide, excepté une douzaine peut-être dont nos libertins s’amusèrent quand les choix furent faits et qu’ils cédèrent à leurs maquerelles. De cette première tournée, il y eut cinquante sujets d’exclus. On repassa les quatre-vingts autres, mais avec beaucoup plus d’exactitude et de sévérité : le plus léger défaut devenait dès l’instant un titre d’exclusion. L’une, belle comme le jour, fut renvoyée, parce qu’elle avait une dent un peu plus élevée que les autres ; plus de vingt autres le furent, parce qu’elles n’étaient filles que de bourgeois. Trente sautèrent à cette seconde tournée : il n’en restait donc plus que cinquante. On résolut de ne procéder à ce troisième examen qu’en venant de perdre du foutre par le ministère même de ces cinquante sujets, afin que du calme parfait des sens pût résulter un choix plus rassis et plus sûr. Chacun des amis s’entoura d’un groupe de douze ou treize de ces jeunes filles. Les groupes varièrent de l’un à l’autre ; ils étaient dirigés par des maquerelles. On changea si artistement les attitudes, on se prêta si bien, il y eut en un mot tant de lubricité de faite que le sperme éjacula, que la tête fut calme et que trente de ce dernier nombre disparurent encore à cette tournée. Il n’en restait que vingt ; c’était encore douze de trop. On se calma par de nouveaux moyens, par tous ceux d’où l’on croyait que le dégoût pourrait naître, mais les vingt restèrent : et qu’eût-on pu retrancher sur un nombre de créatures si singulièrement célestes qu’on eut dit qu’elles étaient l’ouvrage même de la divinité ? Il fallut donc, à beauté égale, chercher en elles quelque chose qui pût au moins assurer à huit d’entre elles une sorte de supériorité sur les douze autres, et ce que proposa le président sur cela était bien digne de tout le désordre de sa tête. N’importe, l’expédient fut accepté ; il s’agissait de savoir qui d’entre elles ferait mieux une chose que l’on leur ferait souvent faire. Quatre jours suffirent pour décider amplement cette question, et douze furent enfin congédiées, mais non à blanc comme les autres ; on s’en amusa huit jours complètement et de toutes les façons. Ensuite elles furent, comme je l’ai dit, cédées aux maquerelles, qui s’enrichirent bientôt de la prostitution de sujets aussi distingués que ceux-là. Quant aux huit choisies, elles furent mises dans un couvent jusqu’à l’instant du départ, et pour se réserver le plaisir d’en jouir à l’époque choisie, on n’y toucha pas jusque-là.

Je ne m’aviserai pas de peindre ces beautés : elles étaient toutes si également supérieures que mes pinceaux deviendraient nécessairement monotones. Je me contenterai de les nommer et d’affirmer avec vérité qu’il est parfaitement impossible de se représenter un tel assemblage de grâces, d’attraits et de perfections, et que si la nature voulait donner à l’homme une idée de ce qu’elle peut former de plus savant, elle ne lui présenterait pas d’autres modèles.

La première se nommait Augustine : elle avait quinze ans, elle était fille d’un baron de Languedoc et avait été enlevée dans un couvent de Montpellier.

La seconde se nommait Fanny : elle était fille d’un conseiller au parlement de Bretagne et enlevée dans le château même de son père.

La troisième se nommait Zelmire : elle avait quinze ans, elle était fille du comte de Terville qui l’idolâtrait. Il l’avait menée avec lui à la chasse, dans une de ses terres en Beauce, et, l’ayant laissée seule un instant dans la forêt, elle y fut enlevée sur-le-champ. Elle était fille unique et devait, avec quatre cent mille francs de dot, épouser l’année d’après un très grand seigneur. Ce fut celle qui pleura et se désola le plus de l’horreur de son sort.

La quatrième se nommait Sophie : elle avait quatorze ans et était fille d’un gentilhomme assez à son aise et vivant dans sa terre au Berry. Elle avait été enlevée à la promenade, à côté de sa mère qui, voulant la défendre, fut précipitée dans une rivière où sa fille la vit expirer sous ses yeux.

La cinquième se nommait Colombe : elle était de Paris et fille d’un conseiller au parlement ; elle avait treize ans et avait été enlevée en revenant avec une gouvernante, le soir, dans son couvent, au sortir d’un bal d’enfants. La gouvernante avait été poignardée.

La sixième se nommait Hébé : elle avait douze ans, elle était fille d’un capitaine de cavalerie, homme de condition vivant à Orléans. La jeune personne avait été séduite et enlevée dans le couvent où on l’élevait ; deux religieuses avaient été gagnées à force d’argent. Il était impossible de rien voir de plus séduisant et de plus mignon.

La septième se nommait Rosette : elle avait treize ans, elle était fille du lieutenant général de Chalon-sur-Saône. Son père venait de mourir ; elle était à la campagne chez sa mère, près de la ville, et on l’enleva sous les yeux mêmes de ses parents, en contrefaisant les voleurs.

La dernière s’appelait Mimi ou Michette : elle avait douze ans, elle était fille du marquis de Senanges et avait été enlevée dans les terres de son père, en Bourbonnais, à l’instant d’une promenade en calèche qu’on lui avait laissé faire avec deux ou trois seules femmes du château, qui furent assassinées.

On voit que les apprêts de ces voluptés coûtaient bien des sommes et bien des crimes. Avec de tels gens, les trésors faisaient peu de chose, et quant aux crimes, on vivait alors dans un siècle où il s’en fallait bien qu’ils fussent recherchés et punis comme ils l’ont été depuis. Moyen en quoi, tout réussit, et si bien que nos libertins ne furent jamais inquiétés des suites et qu’à peine y eut-il des perquisitions.


L’instant de l’examen des jeunes garçons arriva. Offrant plus de facilités, leur nombre fut plus grand. Les appareilleurs en présentèrent cent cinquante, et je n’exagérerai sûrement pas en affirmant qu’ils égalaient au moins la classe des jeunes filles, tant par leur délicieuse figure que par leurs grâces enfantines, leur candeur, leur innocence et leur noblesse. Ils étaient payés trente mille francs chacun, le même prix que les filles, mais les entrepreneurs n’avaient rien à risquer parce que ce gibier étant plus délicat, et bien plus du goût de nos sectateurs, il avait été décidé qu’on ne ferait perdre aucun frais, qu’on renverrait bien, à la vérité, ce dont on ne s’arrangerait pas, mais que, comme on s’en servirait, ils seraient également payés. L’examen se fit comme celui des femmes. On en vérifia dix tous les jours, avec la précaution très sage et qu’on avait un peu trop négligée avec les filles, avec la précaution, dis-je, de décharger toujours par le ministère des dix présentés, avant de procéder à l’examen. On voulait presque exclure le président, on se méfiait de la dépravation de ses goûts ; on avait pensé être dupe, dans le choix des filles, de son maudit penchant à l’infamie et à la dégradation. Il promit de ne s’y point livrer, et s’il tint parole, ce ne fut vraisemblablement pas sans peine, car lorsqu’une fois l’imagination blessée ou dépravée s’est accoutumée à ces espèces d’outrages au bon goût et à la nature, outrages qui la flattent si délicieusement, il est très difficile de la ramener dans le bon chemin : il semble que l’envie de servir ses goûts lui ôte la faculté d’être maîtresse de ses jugements. Méprisant ce qui est vraiment beau et ne chérissant plus que ce qui est affreux, elle prononce comme elle pense, et le retour à des sentiments plus vrais lui paraîtrait un tort fait à des principes dont elle serait bien fâchée de s’écarter. Cent sujets furent unanimement reçus dès les premières séances achevées, et il fallut revenir cinq fois de suite sur ces jugements pour extraire le petit nombre qui devait seul être admis. Trois fois de suite il en resta cinquante, lorsqu’on fut obligé d’en venir à des moyens singuliers pour déparer en quelque sorte les idoles qu’embellissait encore le prestige, quoi qu’on pût faire, et ne se procurer que ce qu’on voulait admettre. On imagina de les habiller en filles : vingt-cinq disparurent à cette ruse qui, prêtant à un sexe qu’on idolâtrait l’appareil de celui dont on était blasé, les déprima et fit tomber presque toute l’illusion. Mais rien ne put faire varier le scrutin à ces vingt-cinq derniers. On eut beau faire, beau perdre du foutre, beau n’écrire son nom sur les billets qu’à l’instant même de la décharge, beau mettre en usage le moyen pris avec les jeunes filles, les vingt-cinq mêmes restèrent toujours, et on prit le parti de les faire tirer au sort. Voici les noms qu’on donna à ceux qui restèrent, leur âge, leur naissance et le précis de leur aventure, car pour les portraits, j’y renonce : les traits de l’Amour même n’étaient sûrement pas plus délicats et les modèles où l’Albane allait choisir les traits de ses anges divins étaient sûrement bien inférieurs.


Zélamir était âgé de treize ans ; c’était le fils unique d’un gentilhomme de Poitou qui l’élevait avec le plus grand soin dans sa terre. On l’avait envoyé à Poitiers voir une parente, escorté d’un seul domestique, et nos filous qui l’attendaient assassinèrent le domestique et s’emparèrent de l’enfant.

Cupidon était du même âge ; il était au collège de La Flèche ; fils d’un gentilhomme des environs de cette ville, il y faisait ses études. On le guetta et on l’enleva dans une promenade que les écoliers faisaient le dimanche. Il était le plus joli de tout le collège.

Narcisse était âgé de douze ans ; il était chevalier de Malte. On l’avait enlevé à Rouen où son père remplissait une charge honorable et compatible avec la noblesse. On le faisait partir pour le collège de Louis-le-Grand, à Paris ; il fut enlevé en route.

Zéphire, le plus délicieux des huit, à supposer que leur excessive beauté eût laissé la facilité d’un choix, était de Paris ; il y faisait ses études dans une célèbre pension. Son père était un officier général, qui fit tout au monde pour le ravoir sans que rien pût y réussir. On avait séduit le maître de pension à force d’argent, et il en avait livré sept dont six avaient été réformés. Il avait tourné la tête au duc, qui protesta que s’il avait fallu un million pour enculer cet enfant-là, il l’aurait donné à l’instant. Il s’en réserva les prémices, et elles lui furent généralement accordées. Ô tendre et délicat enfant, quelle disproportion ! et quel sort affreux t’était donc préparé !

Céladon était fils d’un magistrat de Nancy. Il fut enlevé à Lunéville où il était venu voir une tante. Il atteignait à peine sa quatorzième année. Ce fut lui seul qu’on séduisit par le moyen d’une jeune fille de son âge qu’on trouva le moyen de lui faire voir : la petite friponne l’attira dans le piège en feignant de l’amour pour lui, on le veillait mal, et le coup réussit.

Adonis était âgé de quinze ans. Il fut enlevé au collège du Plessis où il faisait ses études. Il était fils d’un président de grand-chambre, qui eut beau se plaindre, beau remuer, les précautions étaient si bien prises qu’il lui devint impossible de jamais en entendre parler. Curval, qui en était fou depuis deux ans, l’avait connu chez son père, et c’était lui qui avait donné et les moyens et les renseignements nécessaires pour le débaucher. On fut très étonné d’un goût aussi raisonnable que celui-là dans une tête aussi dépravée, et Curval, tout fier, profita de l’événement pour faire voir à ses confrères qu’il avait, comme on le voyait, quelquefois le goût bon encore. L’enfant le reconnut et pleura, mais le président le consola en l’assurant que ce serait lui qui le dépucellerait ; et en lui administrant cette consolation tout à fait touchante, il lui ballottait son énorme engin sur les fesses. Il le demanda en effet à l’assemblée et l’obtint sans difficulté.

Hyacinthe était âgé de quatorze ans ; il était fils d’un officier retiré dans une petite ville de Champagne. On le prit à la chasse, qu’il aimait à la folie et où son père faisait l’imprudence de le laisser aller seul.

Giton était âgé de treize ans. Il fut enlevé à Versailles chez les pages de la grande écurie. Il était fils d’un homme de condition du Nivernais qui venait de l’y amener il n’y avait pas six mois. On l’enleva tout simplement à une promenade qu’il était allé faire seul dans l’avenue de Saint-Cloud. Il devint la passion de l’évêque, auquel ses prémices furent destinées.


Telles étaient les déités masculines que nos libertins préparaient à leur lubricité : nous verrons en temps et lieu l’usage qu’ils en firent. Il restait cent quarante-deux sujets, mais on ne badina point avec ce gibier-là comme avec l’autre : aucun ne fut congédié sans avoir servi. Nos libertins passèrent avec eux un mois au château du duc. Comme on était à la veille du départ, tous les arrangements journaliers et ordinaires étaient déjà rompus, et ceci tint lieu d’amusement jusqu’à l’époque du départ. Quand on s’en fut amplement rassasié, on imagina un plaisant moyen de s’en débarrasser : ce fut de les vendre à un corsaire turc. Par ce moyen toutes les traces étaient rompues et on regagnait une partie de ses frais. Le Turc vint les prendre près de Monaco, où on les fit arriver par petits pelotons, et il les emmena en esclavage ; sort affreux sans doute, mais qui n’en amusa pas moins bien complètement nos quatre scélérats.

Arriva l’instant de choisir les fouteurs. Les réformés de cette classe-ci n’embarrassaient point ; pris à un âge raisonnable, on en était quitte pour leur payer leur voyage, leur peine, et ils s’en retournaient chez eux. Les huit appareilleurs de ceux-ci avaient d’ailleurs eu bien moins de peine, puisque les mesures étaient à peu près fixées et qu’ils n’avaient aucune gêne pour les conditions. Il en arriva donc cinquante. Parmi les vingt plus gros, on choisit les huit plus jeunes et plus jolis, et de ces huit, comme il ne sera, dans le détail, guère fait mention que des quatre plus gros, je vais me contenter de nommer ceux-là.


Hercule, vraiment taillé comme le dieu dont on lui donna le nom, avait vingt-six ans et il était doué d’un membre de huit pouces deux lignes de tour sur seize de long. Il ne s’était jamais rien vu de si beau ni de si majestueux que cet outil presque toujours en l’air et dont huit décharges, on en fit l’épreuve, remplissaient une pinte juste. Il était d’ailleurs fort doux et d’une physionomie très intéressante.

Antinoüs, ainsi nommé parce qu’à l’exemple du bardache d’Adrien, il joignait au plus beau vit du monde le cul le plus voluptueux, ce qui est très rare, était porteur d’un outil de huit pouces de tour sur douze de long. Il avait trente ans et la plus jolie figure du monde.

Brise-cul avait un hochet si plaisamment contourné qu’il lui devenait presque impossible d’enculer sans briser le cul, et de là lui était venu le nom qu’il portait. La tête de son vit, ressemblant à un cœur de bœuf, avait huit pouces trois lignes de tour ; le membre n’en avait que huit, mais ce membre tortu avait une telle cambrure qu’il déchirait exactement l’anus quand il y pénétrait, et cette qualité bien précieuse à des libertins aussi blasés que les nôtres l’en avait fait singulièrement rechercher.

Bande-au-ciel, ainsi nommé parce que son érection, quelque chose qu’il fit, était perpétuelle, était muni d’un engin de onze pouces de long sur sept pouces onze lignes de tour. On en avait refusé de plus gros pour lui, parce que ceux-là bandaient difficilement, au lieu que celui-ci, quelque quantité de décharges qu’il fit dans un jour, était en l’air au moindre attouchement.


Les quatre autres étaient à peu près de la même taille et de la même tournure. On s’amusa quinze jours des quarante-deux sujets réformés, et après s’en être bien fait donner et les avoir mis sur les dents, on les congédia bien payés.

Il ne restait plus que le choix des quatre servantes, et celui-ci sans doute était le plus pittoresque. Le président n’était pas le seul dont les goûts fussent dépravés ; ses trois amis, et Durcet principalement, étaient bien un peu entichés de cette maudite manie de crapule et de débauche, qui fait trouver un attrait plus piquant avec un objet vieux, dégoûtant et sale qu’avec ce que la nature a formé de plus divin. Il serait sans doute difficile d’expliquer cette fantaisie, mais elle existe chez beaucoup de gens. Le désordre de la nature porte avec lui une sorte de piquant qui agit sur le genre nerveux peut-être bien autant et plus de force que ses beautés les plus singulières. Il est d’ailleurs prouvé que c’est l’horreur, la vilenie, la chose affreuse qui plaît quand on bande : or, où se rencontre-t-elle mieux qu’en un objet vicié ? Certainement si c’est la chose sale qui plaît dans l’acte de la lubricité, plus cette chose est sale, plus elle doit plaire, et elle est sûrement bien plus sale dans l’objet vicié que dans l’objet intact ou parfait. Il n’y a pas à cela le plus petit doute. D’ailleurs la beauté est la chose simple, la laideur est la chose extraordinaire, et toutes les imaginations ardentes préfèrent sans doute toujours la chose extraordinaire en lubricité à la chose simple. La beauté, la fraîcheur ne frappent jamais qu’en sens simple ; la laideur, la dégradation portent un coup bien plus ferme, la commotion est bien plus forte, l’agitation doit donc être plus vive. Il ne faut donc point s’étonner d’après cela que tout plein de gens préfèrent pour leur jouissance une femme vieille, laide et même puante à une fille fraîche et jolie, pas plus s’en étonner, dis-je, que nous ne le devons être d’un homme qui préfère pour ses promenades le sol aride et raboteux des montagnes aux sentiers monotones des plaines. Toutes ces choses-là dépendent de notre conformation, de nos organes, de la manière dont ils s’affectent, et nous ne sommes pas plus les maîtres de changer nos goûts sur cela que nous ne le sommes de varier les formes de nos corps. Quoi qu’il en soit, tel était, comme on l’a dit, le goût dominant, et du président, et presque en vérité de ses trois confrères, car tous avaient été d’un avis unanime sur le choix des servantes, choix qui pourtant, comme on va le voir, dénotait bien dans l’organisation ce désordre et cette dépravation que l’on vient de peindre. On fit donc chercher à Paris, avec le plus grand soin, les quatre créatures qu’il fallait pour remplir cet objet, et quelque dégoûtant que puisse en être le portrait, le lecteur me permettra cependant de le tracer : il est trop essentiel à la partie des mœurs dont le développement est un des principaux objets de cet ouvrage.


La première s’appelait Marie. Elle avait été servante d’un fameux brigand tout récemment rompu, et, pour son compte, elle avait été fouettée et marquée. Elle avait cinquante-huit ans, presque plus de cheveux, le nez de travers, les yeux ternes et chassieux, la bouche large et garnie de ses trente-deux dents à la vérité, mais jaunes comme du soufre ; elle était grande, efflanquée, ayant fait quatorze enfants qu’elle avait, disait-elle, étouffés tous les quatorze, de peur de faire de mauvais sujets. Son ventre était ondoyé comme les flots de la mer et elle avait une fesse mangée par un abcès.

La seconde se nommait Louison. Elle avait soixante ans, petite, bossue, borgne et boiteuse, mais un beau cul pour son âge et la peau encore assez belle. Elle était méchante comme le diable et toujours prête à commettre toutes les horreurs et tous les excès qu’on pouvait lui commander.

Thérèse avait soixante-deux ans. Elle était grande, mince, l’air d’un squelette, plus un seul cheveu sur la tête, pas une dent dans la bouche et exhalant par cette ouverture de son corps une odeur capable de renverser. Elle avait le cul criblé de blessures et les fesses si prodigieusement molles qu’on en pouvait rouler la peau autour d’un bâton ; le trou de ce beau cul ressemblait à la bouche d’un volcan par la largeur, et pour l’odeur c’était une vraie lunette de commodités ; de sa vie Thérèse n’avait, disait-elle, torché son cul, d’où il restait parfaitement démontré qu’il y avait encore de la merde de son enfance. Pour son vagin, c’était le réceptacle de toutes les immondices et de toutes les horreurs, un véritable sépulcre dont la fétidité faisait évanouir. Elle avait un bras tordu et elle boitait d’une jambe.

Fanchon était le nom de la quatrième. Elle avait été pendue six fois en effigie, et il n’existait pas un seul crime sur la terre qu’elle n’eût commis. Elle avait soixante-neuf ans, elle était camuse, courte et grosse, louche, presque point de front, n’ayant plus dans sa gueule puante que deux vieilles dents prêtes à choir ; un érésipèle lui couvrait le derrière, et des hémorroïdes grosses comme le poing lui pendaient à l’anus ; un chancre affreux dévorait son vagin et l’une de ses cuisses était toute brûlée. Elle était saoule les trois quarts de l’année, et dans son ivresse, son estomac étant très faible, elle vomissait partout. Le trou de son cul, malgré le paquet d’hémorroïdes qui le garnissaient, était si large naturellement qu’elle vessait et pétait et faisait souvent plus sans s’en apercevoir.

Indépendamment du service de la maison au séjour que l’on se proposait, ces quatre femmes devaient encore prendre part à toutes les assemblées pour tous les différents soins et services de lubricité que l’on pourrait exiger d’elles.


Tous ces soins remplis et l’été déjà commencé, on ne s’occupa plus que du transport des différentes choses qui devaient, pendant les quatre mois de séjour à la terre de Durcet, en rendre l’habitation commode et agréable. On y fit porter une nombreuse quantité de meubles et de glaces, des vivres, des vins, des liqueurs de toutes les espèces, on y envoya des ouvriers, et petit à petit on y fit conduire les sujets que Durcet, qui avait pris les devants, recevait, logeait et établissait à mesure. Mais il est temps de faire ici au lecteur une description du fameux temple destiné à tant de sacrifices luxurieux pendant les quatre mois projetés. Il y verra avec quel soin on avait choisi une retraite écartée et solitaire, comme si le silence, l’éloignement et la tranquillité étaient les véhicules puissants du libertinage, et comme si tout ce qui imprime, par ces qualités-là, une terreur religieuse aux sens dût évidemment prêter à la luxure un attrait de plus. Nous allons peindre cette retraite, non comme elle était autrefois, mais dans l’état et d’embellissement et de solitude encore plus parfaite où les soins des quatre amis l’avaient mise.

Il fallait, pour y parvenir, arriver d’abord à Bâle ; on passait le Rhin, au-delà duquel la route se rétrécissait au point qu’il fallait quitter les voitures. Peu après, on entrait dans la Forêt-Noire, on s’y enfonçait d’environ quinze lieues par une route difficile, tortueuse et absolument impraticable sans guide. Un méchant hameau de charbonniers et de gardes-bois s’offrait environ à cette hauteur. Là commence le territoire de la terre de Durcet, et le hameau lui appartient. Comme les habitants de ce petit village sont presque tous voleurs ou contrebandiers, il fut aisé à Durcet de s’en faire des amis, et, pour premier ordre, il leur fut donné une consigne exacte de ne laisser parvenir qui que ce fût au château par-delà l’époque du premier novembre, qui était celle où la société devait être entièrement réunie. Il arma ses fidèles vassaux, leur accorda quelques privilèges qu’ils sollicitaient depuis longtemps, et la barrière fut fermée. Dans le fait, la description suivante va faire voir combien, cette porte bien close, il devenait difficile de pouvoir parvenir à Silling, nom du château de Durcet. Dès qu’on avait passé la charbonnerie, on commençait à escalader une montagne presque aussi haute que le mont Saint-Bernard et d’un abord infiniment plus difficile, car il n’est possible de parvenir au sommet qu’à pied. Ce n’est pas que les mulets n’y aillent, mais les précipices environnent de toutes parts si tellement le sentier qu’il faut suivre, qu’il y a le plus grand danger à s’exposer sur eux. Six de ceux qui transportèrent les vivres et les équipages y périrent, ainsi que deux ouvriers qui avaient voulu monter deux d’entre eux. Il faut près de cinq grosses heures pour parvenir à la cime de la montagne, laquelle offre là une autre espèce de singularité qui, par les précautions que l’on prit, devint une nouvelle barrière si tellement insurmontable qu’il n’y avait plus que les oiseaux qui pussent la franchir. Ce caprice singulier de la nature est une fente de plus de trente toises sur la cime de la montagne, entre sa partie septentrionale et sa partie méridionale, de façon que, sans les secours de l’art, après avoir grimpé la montagne, il devient impossible de la redescendre. Durcet a fait réunir ces deux parties, qui laissent entre elles un précipice de plus de mille pieds de profondeur, par un très beau pont de bois, que l’on abattit dès que les derniers équipages furent arrivés : et, de ce moment-là, plus aucune possibilité quelconque de communiquer au château de Silling. Car, en redescendant la partie septentrionale, on arrive dans une petite plaine d’environ quatre arpents, laquelle est entourée de partout de rochers à pic dont les sommets touchent aux nues, rochers qui enveloppent la plaine comme un paravent et qui ne laissent pas la plus légère ouverture entre eux. Ce passage, nommé le chemin du pont, est donc l’unique qui puisse descendre et communiquer dans la petite plaine, et une fois détruit, il n’y a plus un seul habitant de la terre, de quelque espèce qu’on veuille le supposer, à qui il devienne possible d’aborder la petite plaine. Or, c’est au milieu de cette petite plaine si bien entourée, si bien défendue, que se trouve le château de Durcet. Un mur de trente pieds de haut l’environne encore ; au-delà du mur, un fossé plein d’eau et très profond défend encore une dernière enceinte formant une galerie tournante ; une poterne basse et étroite pénètre enfin dans une grande cour intérieure autour de laquelle sont bâtis tous les logements. Ces logements fort vastes, fort bien meublés par les derniers arrangements pris, offrent d’abord au premier étage une très grande galerie. Qu’on observe que je vais peindre les appartements non tels qu’ils pouvaient être autrefois, mais comme ils venaient d’être arrangés et distribués relativement au plan projeté. De la galerie on pénétrait dans un très joli salon à manger, garni d’armoires en forme de tours qui, communiquant aux cuisines, donnaient la facilité d’être servi chaud, promptement et sans qu’il fût besoin du ministère d’aucun valet. De ce salon à manger, garni de tapis, de poêles, d’ottomanes, d’excellents fauteuils, et de tout ce qui pouvait le rendre aussi commode qu’agréable, on passait dans un salon de compagnie, simple, sans recherche, mais extrêmement chaud et garni de fort bons meubles. Ce salon communiquait à un cabinet d’assemblée, destiné aux narrations des historiennes : c’était, pour ainsi dire, là le champ de bataille des combats projetés, le chef-lieu des assemblées lubriques, et comme il avait été orné en conséquence, il mérite une petite description particulière. Il était d’une forme demi-circulaire. Dans la partie cintrée se trouvaient quatre niches de glaces fort vastes et ornées chacune d’une excellente ottomane ; ces quatre niches par leur construction, faisaient absolument face au diamètre qui coupait le cercle. Un trône élevé de quatre pieds était adossé au mur formant le diamètre. Il était pour l’historienne : position qui la plaçait non seulement bien en face des quatre niches destinées à ses auditeurs, mais qui même, vu que le cercle était petit, ne l’éloignant point trop d’eux, les mettait à même de ne pas perdre un mot de sa narration ; car elle se trouvait alors placée comme est l’acteur sur un théâtre, et les auditeurs, placés dans les niches, se trouvaient l’être comme on l’est à l’amphithéâtre. Au bas du trône étaient des gradins sur lesquels devaient se trouver les sujets de débauche amenés pour servir à calmer l’irritation des sens produite par les récits : ces gradins, ainsi que le trône, étaient recouverts de tapis de velours noir garnis de franges d’or, et les niches étaient meublées d’une étoffe pareille et également enrichie, mais de couleur bleu foncé. À chaque pied des niches était une petite porte, donnant dans une garde-robe mitoyenne à la niche et destinée à faire passer les sujets qu’on désirait et qu’on faisait venir des gradins, dans le cas où l’on ne voulût pas exécuter devant tout le monde la volupté pour l’exécution de laquelle on appelait ce sujet. Ces garde-robes étaient munies de canapés et de tous les autres meubles nécessaires aux impuretés de toute espèce. Des deux côtés du trône, il y avait une colonne isolée et qui allait toucher le plafond ; ces deux colonnes étaient destinées à contenir le sujet que quelque faute aurait mis dans le cas d’une correction. Tous les instruments nécessaires à cette correction étaient accrochés en la colonne, et cette vue imposante servait à maintenir une subordination si essentielle dans des parties de cette espèce ; subordination d’où naît presque tout le charme de la volupté dans l’âme des persécuteurs. Ce salon communiquait à un cabinet qui se trouvait faire dans cette partie l’extrémité du logement. Ce cabinet était une espèce de boudoir ; il était extrêmement sourd et secret, fort chaud, très sombre le jour, et sa destination était pour les combats tête à tête ou pour certaines autres voluptés secrètes qui seront expliquées dans la suite. Pour passer dans l’autre aile, il fallait revenir sur ses pas, et une fois dans la galerie au fond de laquelle on voyait une fort belle chapelle, on repassait dans l’aile parallèle qui achevait le tour de la cour intérieure. Là se trouvait une fort belle antichambre, communiquant à quatre très beaux appartements ayant chacun boudoir et garde-robe. De très beaux lits à la turque, en damas à trois couleurs, avec l’ameublement pareil, ornaient ces appartements dont les boudoirs offraient tout ce que peut désirer la lubricité la plus sensuelle, et même avec recherche. Ces quatre chambres furent destinées aux quatre amis, et comme elles étaient fort chaudes et fort bonnes, ils y furent parfaitement bien logés. Leurs femmes devant occuper, par les arrangements pris, les mêmes appartements qu’eux, on ne leur affecta point de logements particuliers. Le second étage offrait une même quantité d’appartements, à peu près mais différemment divisés. On y trouvait d’abord, d’un côté, un vaste appartement orné de huit niches garnies chacune d’un petit lit, et cet appartement était celui des jeunes filles, à côté duquel se trouvaient deux petites chambres pour deux des vieilles qui devaient en avoir soin ; au-delà, deux jolies chambres égales destinées à deux des historiennes. Sur le retour, on trouvait un même appartement à huit niches en alcôve pour les huit jeunes garçons, ayant de même deux chambres auprès pour les deux duègnes que l’on destinait à les surveiller, et, au-delà, deux autres chambres également pareilles pour les deux autres historiennes. Huit jolis capucins, au-dessus de ce qu’on vient de voir, formaient le logement des huit fouteurs, quoique destinés à fort peu coucher dans leur lit. Dans le rez-de-chaussée se trouvaient les cuisines avec six cellules pour les six êtres que l’on destinait à ce travail, lesquelles étaient trois fameuses cuisinières. On les avait préférées à des hommes pour une partie comme celle-là, et je crois qu’on avait eu raison. Elles étaient aidées de trois jeunes filles robustes, mais rien de tout cela ne devait paraître aux plaisirs, rien de tout cela n’y était destiné, et si les règles que l’on s’était imposées sur cela furent enfreintes, c’est que rien ne contient le libertinage, et que la vraie façon d’étendre et de multiplier ses désirs est de vouloir lui imposer des bornes. L’une de ces trois servantes devait avoir soin du nombreux bétail que l’on avait amené, car, excepté les quatre vieilles destinées au service intérieur, il n’y avait absolument point d’autre domestique que ces trois cuisinières et leurs aides. Mais la dépravation, la cruauté, le dégoût, l’infamie, toutes ces passions prévues ou senties avaient bien érigé un autre local dont il est urgent de donner une esquisse, car les lois essentielles à l’intérêt de la narration empêchent que nous ne le peignions en entier. Une fatale pierre se levait artistement sous le marchepied de l’autel du petit temple chrétien que nous avons désigné dans la galerie ; on y trouvait un escalier en vis, très étroit et très escarpé, lequel, par trois cents marches, descendait aux entrailles de la terre dans une espèce de cachot voûté, fermé par trois portes de fer et dans lequel se trouvait tout ce que l’art le plus cruel et la barbarie la plus raffinée peuvent inventer de plus atroce, tant pour effrayer les sens que pour procéder à des horreurs. Et là, que de tranquillité ! Jusqu’à quel point ne devait pas être rassuré le scélérat que le crime y conduisait avec une victime ! Il était chez lui, il était hors de France, dans un pays sûr, au fond d’une forêt inhabitable, dans un réduit de cette forêt que, par les mesures prises, les seuls oiseaux du ciel pouvaient aborder, et il y était dans le fond des entrailles de la terre. Malheur, cent fois malheur à la créature infortunée qui, dans un pareil abandon, se trouvait à la merci d’un scélérat sans loi et sans religion, que le crime amusait, et qui n’avait plus là d’autre intérêt que ses passions et d’autres mesures à garder que les lois impérieuses de ses perfides voluptés. Je ne sais ce qui s’y passera, mais ce que je puis dire à présent sans blesser l’intérêt du récit, c’est que, quand on en fit la description au duc, il en déchargea trois fois de suite.

Enfin tout étant prêt, tout étant parfaitement disposé, les sujets déjà établis, le duc, l’évêque, Curval, et leurs femmes, suivis des quatre seconds fouteurs, se mirent en marche (Durcet et sa femme, ainsi que tout le reste, ayant pris les devants comme on l’a dit) et non sans des peines infinies arrivèrent au château le 29 octobre au soir. Durcet, qui était allé au-devant d’eux, fit couper le pont de la montagne sitôt qu’ils furent passés. Mais ce ne fut pas tout : le duc, ayant examiné le local, décida que, puisque tous les vivres étaient dans l’intérieur et qu’il n’y avait plus aucun besoin de sortir, il fallait, pour prévenir les attaques extérieures peu redoutées et les évasions intérieures qui l’étaient davantage, il fallait, dis-je, faire murer toutes les portes par lesquelles on pénétrait dans l’intérieur, et s’enfermer absolument dans la place comme dans une citadelle assiégée, sans laisser la plus petite issue, soit à l’ennemi, soit au déserteur. L’avis fut exécuté ; on se barricada à tel point qu’il ne devenait même plus possible de reconnaître où avaient été les portes, et on s’établit dans le dedans, d’après les arrangements qu’on vient de lire. Les deux jours qui restaient encore jusqu’au premier novembre furent consacrés à reposer les sujets, afin qu’ils pussent paraître frais dès que les scènes de débauche allaient commencer, et les quatre amis travaillèrent à un code de lois, qui fut signé des chefs et promulgué aux sujets sitôt qu’on l’eût rédigé. Avant que d’entrer en matière, il est essentiel que nous les fassions connaître à notre lecteur, qui, d’après l’exacte description que nous lui avons faite du tout, n’aura plus maintenant qu’à suivre légèrement et voluptueusement le récit, sans que rien trouble son intelligence ou vienne embarrasser sa mémoire.


Règlements

On se lèvera tous les jours à dix heures du matin. À ce moment, les quatre fouteurs qui n’auront pas été de service pendant la nuit viendront rendre visite aux amis et amèneront chacun avec eux un petit garçon ; ils passeront successivement d’une chambre à l’autre. Eux agiront au gré et aux désirs des amis, mais dans les commencements les petits garçons qu’ils amèneront ne seront que pour la perspective, car il est décidé et arrangé que les huit pucelages des cons des jeunes filles ne seront enlevés que dans le mois de décembre, et ceux de leurs culs, ainsi que deux des culs des huit jeunes garçons, ne le seront que dans le cours de janvier, et cela afin de laisser irriter la volupté par l’accroissement d’un désir sans cesse enflammé et jamais satisfait, état qui doit nécessairement conduire à une certaine fureur lubrique que les amis travaillent à provoquer comme une des situations les plus délicieuses de la lubricité.

À onze heures, les amis se rendront dans l’appartement des jeunes filles. C’est là que sera servi le déjeuner, consistant en chocolat ou en rôties au vin d’Espagne, ou autres confortatifs restaurants. Ce déjeuner sera servi par les huit filles nues, aidées des deux vieilles Marie et Louison, que l’on affecte au sérail des filles, les deux autres devant l’être à celui des garçons. Si les amis ont envie de commettre des impudicités avec les filles pendant ce déjeuner, avant ou après, elles s’y prêteront avec la résignation qui leur est enjointe et à laquelle elles ne manqueraient pas sans une dure punition. Mais on convient qu’il ne sera point fait de parties secrètes et particulières à ce moment-là, et que si l’on veut paillarder un instant, ce sera entre soi et devant tout ce qui assistera au déjeuner. Les filles auront pour coutume générale de se mettre toujours à genoux chaque fois qu’elles verront ou rencontreront un ami, et elles y resteront jusqu’à ce qu’on leur dise de se relever. Elles seules, les épouses et les vieilles seront soumises à ces lois. On en dispense tout le reste, mais tout le monde sera tenu à n’appeler jamais que monseigneur chacun des amis.

Avant de sortir de la chambre des filles, celui des amis chargé de la tenue du mois (l’intention étant que chaque mois un ami ait le détail de tout et que chacun y passe à son tour dans l’ordre suivant, savoir : Durcet pendant novembre, l’évêque pendant décembre, le président pendant janvier et le duc pendant février), celui donc des amis qui sera de mois, avant de sortir de l’appartement des filles, les examinera toutes les unes après les autres, pour voir si elles sont dans l’état où il leur aura été enjoint de se tenir, ce qui sera signifié chaque matin aux vieilles et réglé sur le besoin que l’on aura de les tenir en tel ou tel état. Comme il est sévèrement défendu d’aller à la garde-robe ailleurs que dans la chapelle, qui a été arrangée et destinée pour cela, et défendu d’y aller sans une permission particulière, laquelle est souvent refusée, et pour cause, l’ami qui sera de mois examinera avec soin, sitôt après le déjeuner, toutes les garde-robes particulières des filles, et dans l’un ou l’autre cas de contravention aux deux objets ci-dessus désignés, la délinquante sera condamnée à peine afflictive.

On passera de là dans l’appartement des garçons, afin d’y faire les mêmes visites et de condamner également les délinquants à peine capitale. Les quatre petits garçons qui n’auront point été le matin chez les amis les recevront cette fois-là, quand ils viendront dans leur chambre, et ils se déculotteront devant eux ; les quatre autres se tiendront debout sans rien faire et attendront les ordres qui leur seront donnés. Messieurs paillarderont ou non avec ces quatre qu’ils n’auront point encore vus de la journée, mais ce qu’ils feront sera en public : point de tête-à-tête à ces heures-là. À une heure, ceux ou celles des filles ou des garçons, tant grands que petits, qui auront obtenu la permission d’aller à des besoins pressés, c’est-à-dire aux gros (et cette permission ne s’accordera jamais que très difficilement et à un tiers au plus des sujets), ceux-là, dis-je, se rendront à la chapelle où tout a été artistement disposé pour les voluptés analogues à ce genre-là. Ils y trouveront les quatre amis qui les attendront jusqu’à deux heures, et jamais plus tard, et qui les disposeront, comme ils le jugeront convenable aux voluptés de ce genre qu’ils auront envie de se passer. De deux à trois, on servira les deux premières tables qui dîneront à la même heure, l’une dans le grand appartement des filles, l’autre dans celui des petits garçons. Ce seront les trois servantes de la cuisine qui serviront ces deux tables. La première sera composée des huit petites filles et des quatre vieilles ; la seconde des quatre épouses, des huit petits garçons et des quatre historiennes. Pendant ce dîner, messieurs se rendront dans le salon de compagnie où ils jaseront ensemble jusqu’à trois heures. Peu avant cette heure, les huit fouteurs paraîtront dans cette salle le plus ajustés et le plus parés qu’il se pourra. À trois heures on servira le dîner des maîtres, et les huit fouteurs seront les seuls qui jouiront de l’honneur d’y être admis. Ce dîner sera servi par les quatre épouses toutes nues, aidées des quatre vieilles vêtues en magiciennes. Ce seront elles qui sortiront les plats des tours où les servantes les apporteront en dehors et qui les remettront aux épouses qui les poseront sur la table. Les huit fouteurs, pendant le repas, pourront commettre sur les corps nus des épouses tous les attouchements qu’ils voudront, sans que celles-ci puissent ou s’y refuser ou s’en défendre ; ils pourront même aller jusqu’aux insultes et s’en faire servir la verge haute, en les apostrophant de toutes les invectives que bon leur semblera.

On sortira de table à cinq heures. Alors, les quatre amis seulement (les fouteurs se retireront jusqu’à l’heure de l’assemblée générale), les quatre amis, dis-je, passeront dans le salon, où de petits garçons et deux petites filles, qui se varieront tous les jours, leur serviront nus du café et des liqueurs. Ce ne sera point encore là le moment où l’on pourra se permettre des voluptés qui puissent énerver ; il faudra encore s’en tenir au simple badinage. Un peu avant six heures, les quatre enfants qui viendront de servir se retireront pour aller s’habiller promptement. À six heures précises, messieurs passeront dans le grand cabinet destiné aux narrations et qui a été dépeint plus haut. Ils se placeront chacun dans leurs niches, et tel sera l’ordre observé pour le reste : sur le trône dont on a parlé sera l’historienne ; les gradins du bas de son trône seront garnis de seize enfants, arrangés de manière à ce que quatre, c’est-à-dire deux filles et deux garçons, se trouvent faire face à une des niches ; ainsi de suite, chaque niche aura un pareil quatrain vis-à-vis d’elle : ce quatrain sera spécialement affecté à la niche devant laquelle il sera, sans que la niche d’à côté puisse former des prétentions sur lui ; et ces quatrains seront diversifiés tous les jours, jamais la même niche n’aura le même. Chaque enfant du quatrain aura une chaîne de fleurs artificielles au bras qui répondra dans la niche, en sorte que, lorsque le propriétaire de la niche voudra tel ou tel enfant de son quatrain, il n’aura qu’à tirer à lui la guirlande, et l’enfant accourra se jeter vers lui. Au-dessus du quatrain, sera une vieille attachée au quatrain, et aux ordres du chef de la niche de ce quatrain. Les trois historiennes qui ne seront point de mois seront assises sur une banquette, au pied du trône, sans être affectées à rien, et néanmoins aux ordres de tout le monde. Les quatre fouteurs qui seront destinés à passer la nuit avec les amis pourront s’abstenir de l’assemblée ; ils seront dans leurs chambres occupés à se préparer à cette nuit qui demande toujours des exploits. À l’égard des quatre autres, ils seront chacun aux pieds d’un des amis dans leurs niches, sur le sofa desquelles sera placé l’ami à côté d’une des épouses à tour de rôle. Cette épouse sera toujours nue ; le fouteur sera en gilet et caleçon de taffetas couleur de rose ; l’historienne de mois sera vêtue en courtisane élégante ainsi que ses trois compagnes ; et les petits garçons et les petites filles des quatrains seront toujours différemment et élégamment costumés, un quatrain à l’asiatique, un à l’espagnole, un autre à la turque, un quatrième à la grecque, et le lendemain autre chose, mais tous ces vêtements seront de taffetas et de gaze : jamais le bas du corps ne sera serré par rien et une épingle détachée suffira pour les mettre nus. À l’égard des vieilles, elles seront alternativement en sœurs grises, en religieuses, en fées, en magiciennes et quelquefois en veuves. Les portes des cabinets attenant les niches seront toujours entrouvertes, et le cabinet, très échauffé par des poêles de communication, garni de tous les meubles nécessaires aux différentes débauches. Quatre bougies brûleront dans chacun de ces cabinets et cinquante dans le salon. À six heures précises, l’historienne commencera sa narration, que les amis pourront interrompre à tous les instants que bon leur semblera. Cette narration dure jusqu’à dix heures du soir et pendant ce temps-là, comme son objet est d’enflammer l’imagination, toutes les lubricités seront permises, excepté néanmoins celles qui porteraient atteinte à l’ordre de l’arrangement pris pour les déflorations lequel sera toujours exactement conservé. Mais on fera du reste tout ce qu’on voudra avec son fouteur, l’épouse, le quatrain et la vieille du quatrain, et même avec les historiennes, si la fantaisie en prend, et cela, ou dans sa niche, ou dans le cabinet qui en dépend. La narration sera suspendue tant que dureront les plaisirs de celui dont les besoins l’interrompent, et on la reprendra quand il aura fini. À dix heures, on servira le souper. Les épouses, les historiennes et les huit petites filles iront promptement souper entre elles et à part ; jamais les femmes n’étant admises au souper des hommes, et les amis souperont avec les quatre fouteurs qui ne seront pas du service de nuit et quatre petits garçons. Les quatre autres serviront, aidés des vieilles. En sortant du souper, on passera dans le salon d’assemblée pour la célébration de ce qu’on appelle les orgies. Là, tout le monde se retrouvera, et ceux qui auront soupé à part, et ceux qui auront soupé avec les amis, mais toujours excepté les quatre fouteurs du service de nuit. Le salon sera singulièrement échauffé et éclairé par des lustres. Là, tout sera nu : historiennes, épouses, jeunes filles, jeunes garçons, vieilles, fouteurs, amis, tout sera pêle-mêle, tout sera vautré sur des carreaux, par terre, et, à l’exemple des animaux, on changera, on se mêlera, on incestera, on adultérera, on sodomisera et, toujours excepté les déflorations, on se livrera à tous les excès et à toutes les débauches qui pourront le mieux échauffer les têtes. Quand ces déflorations devront se faire, tel sera le moment où l’on y procédera, et une fois qu’un enfant sera défloré, on pourra jouir de lui, quand et de quelle manière que l’on le voudra. À deux heures précises du matin, les orgies cesseront. Les quatre fouteurs destinés au service de nuit viendront dans d’élégants déshabillés chercher chacun l’ami avec lequel il devra coucher, lequel amènera avec lui une des épouses, ou un des sujets déflorés, quand ils le seront, ou une historienne, ou une vieille, pour passer la nuit entre elle et son fouteur, et le tout à son gré et seulement avec la clause de se soumettre à des arrangements sages et d’où il puisse résulter que chacun change toutes les nuits ou le puisse faire.

Tel sera l’ordre et l’arrangement de chaque journée. Indépendamment de cela, chacune des dix-sept semaines que doit durer le séjour au château sera marquée par une fête. Ce sera d’abord des mariages : il en sera rendu compte en temps et lieu. Mais comme les premiers de ces mariages se feront entre les plus jeunes enfants et qu’ils ne pourront pas les consommer, ils ne dérangeront rien à l’ordre établi pour les déflorations. Les mariages entre grands ne se faisant qu’après les déflorations, leur consommation ne nuira à rien puisque, agissant, ils ne jouiront que de ce qui sera déjà cueilli.

Les quatre vieilles répondront de la conduite des quatre enfants. Quand ils feront des fautes, elles se plaindront à celui des amis qui sera de mois, et on procédera en commun aux corrections tous les samedis au soir, à l’heure des orgies. Il s’en tiendra liste exacte jusque-là. À l’égard des fautes commises par les historiennes, elles seront punies à moitié de celles des enfants, parce que leur talent sert et qu’il faut toujours respecter les talents. Quant à celles des épouses ou des vieilles, elles seront toujours doubles de celles des enfants. Tout sujet qui fera quelque refus de choses qui lui seront demandées, même en étant dans l’impossibilité, sera très sévèrement puni : c’était à lui de prévoir et de prendre ses précautions. Le moindre rire, ou le moindre manque d’attention, ou de respect et de soumission, dans les parties de débauche, sera une des fautes les plus graves et les plus cruellement punies. Tout homme pris en flagrant délit avec une femme sera puni de la perte d’un membre, quand il n’aura pas reçu l’autorisation de jouir de cette femme. Le plus petit acte de religion de la part d’un des sujets, quel qu’il puisse être, sera puni de mort. Il est expressément enjoint aux amis de n’employer dans toutes les assemblées que les propos les plus lascifs, les plus débauchés et les expressions les plus sales, les plus fortes et les plus blasphématoires. Le nom de Dieu n’y sera jamais prononcé qu’accompagné d’invectives ou d’imprécations, et on le répétera le plus souvent possible. À l’égard de leur ton, il sera toujours le plus brutal, le plus dur et le plus impérieux avec les femmes et les petits garçons, mais soumis, putain et dépravé avec les hommes, que les amis, en jouant avec eux le rôle de femmes, doivent regarder comme leurs maris. Celui des messieurs qui manquera à toutes ces choses, ou qui s’avisera d’avoir une seule lueur de raison et surtout de passer un seul jour sans se coucher ivre, payera dix mille francs d’amende.

Quand un ami aura quelque gros besoin, une femme, dans celle des classes qu’il jugera à propos, sera tenue de l’accompagner pour vaquer aux soins qui lui seront indiqués pendant cet acte-là. Aucun des sujets soit hommes, soit femmes, ne pourra remplir de devoirs de propreté quels qu’ils puissent être, et surtout ceux après le gros besoin, sans une permission expresse de l’ami qui sera de mois, et si elle lui est refusée et qu’il les remplisse malgré cela, sa punition sera des plus rudes. Les quatre épouses n’auront aucune sorte de prérogative sur les autres femmes ; au contraire, elles seront toujours traitées avec plus de rigueur et d’inhumanité, et elles seront très souvent employées aux ouvrages les plus vils et les plus pénibles, tels, par exemple, que le nettoiement des garde-robes communes et particulières établies à la chapelle. Ces garde-robes ne seront vidées que tous les huit jours, mais ce sera toujours par elles, et elles seront rigoureusement punies si elles y résistent ou le remplissent mal.

Si un sujet quelconque entreprend une évasion pendant la tenue de l’assemblée, il sera à l’instant puni de mort, quel qu’il puisse être.

Les cuisinières et leurs aides seront respectées, et ceux des messieurs qui enfreindront cette loi payeront mille louis d’amende. Quant à ces amendes, elles seront toutes spécialement employées, au retour en France, à commencer les frais d’une nouvelle partie ou dans le genre de celle-ci, ou dans un autre.


Ces soins remplis et règlements promulgués le trente dans la journée, le duc passa la matinée du trente et un à tout vérifier, à faire faire des répétitions du tout et sur tout à examiner avec soin la place, pour voir si elle n’était pas susceptible, ou d’être assaillie, ou de favoriser quelque évasion. Ayant reconnu qu’il faudrait être oiseau ou diable pour en sortir ou y entrer, il rendit compte à la société de sa commission, et passa la soirée du trente et un à haranguer les femmes. Elles s’assemblèrent toutes par son ordre dans le salon aux narrations, et, étant monté sur la tribune ou l’espèce de trône destiné à l’historienne, voici à peu près le discours qu’il leur tint :

« Êtres faibles et enchaînés, uniquement destinés à nos plaisirs, vous ne vous êtes pas flattés, j’espère, que cet empire aussi ridicule qu’absolu que l’on vous laisse dans le monde vous serait accordé dans ces lieux. Mille fois plus soumises que ne le seraient des esclaves, vous ne devez vous attendre qu’à l’humiliation, et l’obéissance doit être la seule vertu dont je vous conseille de faire usage : c’est la seule qui convienne à l’état où vous êtes. Ne vous avisez pas surtout de faire aucun fond sur vos charmes. Trop blasés sur de tels pièges, vous devez bien imaginer que ce ne serait avec nous que ces amorces-là pourraient réussir. Souvenez-vous sans cesse que nous nous servirons de vous toutes, mais que pas une seule ne doit se flatter de pouvoir seulement nous inspirer le sentiment de la pitié. Indignés contre les autels qui ont pu nous arracher quelques grains d’encens, notre fierté et notre libertinage les brisent dès que l’illusion a satisfait les sens, et le mépris presque toujours suivi de la haine remplace à l’instant dans nous le prestige de l’imagination. Qu’offrirez-vous d’ailleurs que nous ne sachions par cœur ? qu’offrirez-vous que nous ne foulions aux pieds, souvent même à l’instant du délire ? il est inutile de vous le cacher, votre service sera rude, il sera pénible et rigoureux, et les moindres fautes seront à l’instant punies de peines corporelles et afflictives. Je dois donc vous recommander de l’exactitude, de la soumission et une abnégation totale de vous-même pour n’écouter que nos désirs : qu’ils fassent vos uniques lois, volez au-devant d’eux, prévenez-les et faites-les naître. Non pas que vous ayez beaucoup à gagner à cette conduite, mais seulement parce que vous auriez beaucoup à perdre en ne l’observant pas. Examinez votre situation, ce que vous êtes, ce que nous sommes, et que ces réflexions vous fassent frémir. Vous voilà hors de France, au fond d’une forêt inhabitable, au-delà de montagnes escarpées dont les passages ont été rompus aussitôt après que vous les avez eu franchis. Vous êtes enfermées dans une citadelle impénétrable ; qui que ce soit ne vous y sait ; vous êtes soustraites à vos amis, à vos parents, vous êtes déjà mortes au monde et ce n’est plus que pour nos plaisirs que vous respirez. Et quels sont les êtres à qui vous voilà maintenant subordonnées ? Des scélérats profonds et reconnus, qui n’ont de dieu que leur lubricité, de lois que leur dépravation ; de frein que leur débauche, des roués sans dieu, sans principes, sans religion, dont le moins criminel est souillé de plus d’infamies que vous ne pourriez les nombrer et aux yeux de qui la vie d’une femme, que dis-je, d’une femme ? de toutes celles qui habitent la surface du globe, est aussi indifférente que la destruction d’une mouche. Il sera peu d’excès, sans doute, où nous ne nous portions : qu’aucun ne vous répugne, prêtez-vous sans sourciller et opposez à tous la patience, la soumission et le courage. Si malheureusement quelqu’une d’entre vous succombe à l’intempérie de nos passions, qu’elle prenne bravement son parti ; nous ne sommes pas dans ce monde pour toujours exister, et ce qui peut arriver de plus heureux à une femme, c’est de mourir jeune. On vous a lu des règlements fort sages, et très propres et à votre sûreté et à nos plaisirs ; écoutez-les aveuglément, et attendez-vous à tout de notre part si vous nous irritez par une mauvaise conduite : Quelques-unes d’entre vous avez avec nous des liens, je le sais, qui vous enorgueillissent peut-être et desquels vous espérez de l’indulgence. Vous seriez dans une grande erreur si vous y comptiez : nul lien n’est sacré aux yeux de gens tels que nous, et plus ils vous paraîtront tels, plus leur rupture chatouillera la perversité de nos âmes. Filles, épouses, c’est donc à vous que je m’adresse en ce moment, ne vous attendez à aucune prérogative de notre part ; nous vous avertissons que vous serez traitées même avec plus de rigueur que les autres, et cela précisément pour vous faire voir combien sont méprisables à nos yeux les liens dont vous nous croyez peut-être enchaînés. Au reste, ne vous attendez pas que nous vous spécifierons toujours les ordres que nous voudrons vous faire exécuter : un geste, un coup d’œil, souvent un simple sentiment interne notre part, vous les signifiera, et vous serez aussi punies de ne les avoir pas devinés et prévenus que si, après vous avoir été notifiés, ils eussent éprouvé une désobéissance de votre part. C’est à vous de démêler nos mouvements, nos regards, nos gestes, d’en démêler l’expression, et surtout de ne pas vous tromper à nos désirs. Car je suppose, par exemple, que ce désir fût de voir une partie de votre corps et que vous vinssiez maladroitement à offrir l’autre : vous sentez à quel point une telle méprise dérangerait notre imagination et tout ce qu’on risque à refroidir la tête d’un libertin qui, je le suppose, n’attendrait qu’un cul pour sa décharge et auquel on viendrait imbécilement présenter un con. En général, offrez-vous toujours très peu par-devant ; souvenez-vous que cette partie infecte que la nature ne forma qu’en déraisonnant est toujours celle qui nous répugne le plus. Et relativement à vos culs mêmes y a-t-il encore des précautions à garder, tant pour dissimuler, en l’offrant, l’antre odieux qui l’accompagne, que pour éviter de nous faire voir dans de certains moments ce cul dans un certain état où d’autres gens désireraient de le trouver toujours. Vous devez m’entendre, et vous recevrez d’ailleurs de la part des quatre duègnes des instructions ultérieures qui achèveront de vous expliquer tout. En un mot, frémissez, devinez, obéissez, prévenez, et avec cela, si vous n’êtes pas au moins très fortunées, peut-être ne serez-vous pas tout à fait malheureuses. D’ailleurs point d’intrigues entre vous, nulle liaison, point de cette imbécile amitié de filles qui, en amollissant d’un côté le cœur, le rend de l’autre et plus revêche et moins disposé à la seule et simple humiliation où nous vous destinons. Songez que ce n’est point du tout comme des créatures humaines que nous vous regardons, mais uniquement comme des animaux que l’on nourrit pour le service qu’on en espère et qu’on écrase de coups quand ils se refusent à ce service. Vous avez vu à quel point on vous défend tout ce qui peut avoir l’air d’un acte de religion quelconque ; je vous préviens qu’il y aura peu de crimes plus sévèrement punis que celui-là. On ne sait que trop qu’il est encore parmi vous quelques imbéciles qui ne peuvent pas prendre sur elles d’abjurer l’idée de cet infâme dieu et d’en abhorrer la religion : celles-là seront soigneusement examinées, je ne vous le cache pas, et il n’y aura point d’extrémités où l’on ne se porte envers elles, si malheureusement on les prend sur le fait. Qu’elles se persuadent, ces sottes créatures, qu’elles se convainquent donc que l’existence de Dieu est une folie qui n’a pas sur toute la terre vingt sectateurs aujourd’hui, et que la religion qu’il invoque n’est qu’une fable ridiculement inventée par des fourbes dont l’intérêt à nous tromper n’est que trop visible à présent. En un mot, décidez vous-mêmes : s’il y avait un dieu, et que ce dieu eût de la puissance, permettrait-il que la vertu qui l’honore et dont vous faites profession fût sacrifiée comme elle va l’être au vice et au libertinage ? Permettrait-il, ce dieu tout-puissant, qu’une faible créature comme moi, qui ne serait vis-à-vis de lui que ce qu’est un ciron aux yeux de l’éléphant, permettrait-il, dis-je, que cette faible créature l’insultât, le bafouât, le défiât, le bravât et l’offensât, comme je fais à plaisir à chaque instant de la journée ? »

Ce petit sermon fait, le duc descendit de chaire et, excepté les quatre vieilles et les quatre historiennes qui savaient bien qu’elles étaient là plutôt comme sacrificatrices et prêtresses que comme victimes, excepté ces huit-là, dis-je, tout le reste fondait en larmes, et le duc, s’en embarrassant fort peu, les laissa conjecturer, jaboter, se plaindre entre elles, bien sûr que les huit espionnes rendraient bon compte de tout, et fut passer la nuit avec Hercule, l’un de la troupe des fouteurs qui était devenu son plus intime favori comme amant, le petit Zéphire ayant toujours comme maîtresse la première place dans son cœur. Le lendemain devant retrouver, dès le matin, les choses sur le pied d’arrangement où elles avaient été mises, chacun s’arrangea de même pour la nuit, et dès que dix heures du matin sonnèrent, la scène de libertinage s’ouvrit, pour ne plus se déranger en rien, ni sur rien de tout ce qui avait été prescrit jusqu’au vingt-huit de février inclus.


C’est maintenant, ami lecteur, qu’il faut disposer ton cœur et ton esprit au récit le plus impur qui ait jamais été fait depuis que le monde existe, le pareil livre ne se rencontrant ni chez les anciens ni chez les modernes. Imagine-toi que toute jouissance honnête ou prescrite par cette bête dont tu parles sans cesse sans la connaître et que tu appelles nature, que ces jouissances, dis-je, seront expressément exclues de ce recueil et que lorsque tu les rencontreras par aventure, ce ne sera jamais qu’autant qu’elles seront accompagnées de quelque crime ou colorées de quelque infamie. Sans doute, beaucoup de tous les écarts que tu vas voir peints te déplairont, on le sait, mais il s’en trouvera quelques-uns qui t’échaufferont au point de te coûter du foutre, et voilà tout ce qu’il nous faut. Si nous n’avions pas tout dit, tout analysé, comment voudrais-tu que nous eussions pu deviner ce qui te convient. C’est à toi à le prendre et à laisser le reste ; un autre en fera autant ; et petit à petit tout aura trouvé sa place. C’est ici l’histoire d’un magnifique repas où six cents plats divers s’offrent à ton appétit. Les manges-tu tous ? Non, sans doute, mais ce nombre prodigieux étend les bornes de ton choix, et, ravi de cette augmentation de facultés, tu ne t’avises pas de gronder l’amphitryon qui te régale. Fais de même ici : choisis et laisse le reste, sans déclamer contre ce reste, uniquement parce qu’il n’a pas le talent de te plaire. Songe qu’il plaira à d’autres, et sois philosophe. Quant à la diversité, sois assuré qu’elle est exacte ; étudie bien celle des passions qui te paraît ressembler sans nulle différence à une autre, et tu verras que cette différence existe et, quelque légère qu’elle soit, qu’elle a seule précisément ce raffinement, ce tact, qui distingue et caractérise le genre de libertinage dont il est ici question. Au reste, on a fondu ces six cents passions dans le récit des historiennes : c’est encore une chose dont il faut que le lecteur soit prévenu. Il aurait été trop monotone de les détailler autrement et une à une, sans les faire entrer dans un corps de récit. Mais comme quelque lecteur, peu au fait de ces sortes de matières, pourrait peut-être confondre les passions désignées avec l’aventure ou l’événement simple de la vie de la conteuse, on a distingué avec soin chacune de ces passions par un trait en marge, au-dessus duquel est le nom qu’on peut donner à cette passion. Ce trait est à la ligne juste où commence le récit de cette passion, et il y a toujours un alinéa où elle finit. Mais comme il y a beaucoup de personnages en action dans cette espèce de drame, malgré l’attention qu’on a eu dans cette introduction de les peindre et de les désigner tous, on va placer une table qui contiendra le nom et l’âge de chaque acteur, avec une légère esquisse de son portrait. À mesure que l’on rencontrera un nom qui embarrassera dans les récits, on pourra recourir à cette table et, plus haut, aux portraits étendus, si cette légère esquisse ne suffit pas à rappeler ce qui aura été dit.


Personnages du roman de l’École du libertinage

Le duc de Blangis, cinquante ans, fait comme un satyre, doué d’un membre monstrueux et d’une force prodigieuse. On peut le regarder comme le réceptacle de tous les vices et de tous les crimes. Il a tué sa mère, sa sœur et trois de ses femmes.

L’évêque de *** est son frère ; cinquante-cinq ans, plus mince et plus délicat que le duc, une vilaine bouche. Il est fourbe, adroit, fidèle sectateur de la sodomie active et passive ; il méprise absolument toute autre espèce de plaisir ; il a cruellement fait mourir deux enfants pour lesquels un ami avait laissé une fortune considérable entre ses mains. Il a le genre nerveux d’une si grande sensibilité qu’il s’évanouit presque en déchargeant.

Le président de Curval, soixante ans. C’est un grand homme sec, mince, des yeux creux et éteints, la bouche malsaine, l’image ambulante de la crapule et du libertinage, d’une saleté affreuse sur lui-même et y attachant de la volupté. Il a été circoncis : son érection est rare et difficile : cependant elle a lieu et il éjacule encore presque tous les jours. Son goût le porte de préférence aux hommes ; néanmoins, il ne méprise point une pucelle. Il a pour singularité dans les goûts d’aimer et la vieillesse et tout ce qui lui ressemble pour la cochonnerie. Il est doué d’un membre presque aussi gros que celui du duc. Depuis quelques années, il est comme abruti par la débauche et il boit beaucoup. Il ne doit sa fortune qu’à des meurtres et est nommément coupable d’un qui est affreux et qu’on peut voir dans le détail de son portrait. Il éprouve en déchargeant une sorte de colère lubrique qui le porte aux cruautés.

Durcet, financier, cinquante-trois ans, grand ami et camarade d’école du duc. Il est petit, court et trapu, mais son corps est frais, beau et blanc. Il est taillé comme une femme et en a tous les goûts ; privé par la petitesse de sa consistance de leur donner du plaisir, il l’a imité, et se fait foutre à tout instant du jour. Il aime assez la jouissance de la bouche ; c’est la seule qui puisse lui donner des plaisirs comme agent. Ses seuls dieux sont ses plaisirs, et il est toujours prêt à leur tout sacrifier. Il est fin, adroit et il a commis beaucoup de crimes. Il a empoisonné sa mère, sa femme et sa nièce pour arranger sa fortune. Son âme est ferme et stoïque, absolument insensible à la pitié. Il ne bande plus et ses éjaculations sont fort rares. Ses instants de crise sont précédés d’une sorte de spasme qui le jette dans une colère lubrique, dangereuse pour ceux ou celles qui servent ces passions.

Constance est femme du duc et fille de Durcet. Elle a vingt-deux ans ; c’est une beauté romaine, plus de majesté que de finesse, de l’embonpoint, quoique bien faite, un corps superbe, le cul singulièrement coupé et pouvant servir de modèle, les cheveux et les yeux très noirs. Elle a de l’esprit et ne sent que trop toute l’horreur de son sort. Un grand fonds de vertu naturelle que rien n’a pu détruire.

Adélaïde, femme de Durcet et fille du président. C’est une jolie poupée, elle a vingt ans ; elle est blonde, les yeux très tendres et d’un joli bleu animé ; elle a toute la tournure d’une héroïne de roman. Le col long et bien détaché, la bouche un peu grande, c’est son seul défaut. Une petite gorge et un petit cul, mais tout cela, quoique délicat, est blanc et moulé. L’esprit romanesque, le cœur tendre, excessivement vertueuse et dévote, et se cache pour remplir ses devoirs de chrétienne.

Julie, femme du président et fille aînée du duc. Elle a vingt-quatre ans, grasse, potelée, de beaux yeux bruns, un joli nez, des traits marqués et agréables, mais une bouche affreuse. Elle a peu de vertu et même de grandes dispositions à la malpropreté, à l’ivrognerie, à la gourmandise et au putanisme. Son mari l’aime à cause du défaut de sa bouche : cette singularité entre dans les goûts du président. On ne lui a jamais donné ni principes ni religion.

Aline, sa sœur cadette, crue fille du duc, quoique réellement elle soit fille de l’évêque et d’une des femmes du duc. Elle a dix-huit ans, une physionomie très piquante et très agréable, beaucoup de fraîcheur, les yeux bruns, le nez retroussé, l’air mutin, quoique foncièrement indolente et paresseuse. Elle n’a point l’air d’avoir encore du tempérament et déteste très sincèrement toutes les infamies dont on la rend victime. L’évêque l’a dépucelée par-derrière à dix ans. On l’a laissée dans une ignorance crasse, elle ne sait ni lire ni écrire, elle déteste l’évêque et craint fort le duc. Elle aime beaucoup sa sœur, elle est sobre et propre, répond drôlement et avec enfantillage ; son cul est charmant.

La Duclos, première historienne. Elle a quarante-huit ans, grand reste de beauté, beaucoup de fraîcheur, le plus beau cul qu’on puisse avoir. Brune, taille pleine, très en chair.

La Champville a cinquante ans. Elle est mince, bien faite et les yeux lubriques ; elle est tribade, et tout l’annonce dans elle. Son métier actuel est le maquerellage. Elle a été blonde, elle a de jolis yeux, le clitoris long et chatouilleux, un cul fort usé à force de service, et néanmoins elle est pucelle par là.

La Martaine a cinquante-deux ans. Elle est maquerelle ; c’est une grosse maman fraîche et saine ; elle est barrée et n’a jamais connu que le plaisir de Sodome, pour lequel elle semble avoir été spécialement créée, car elle a, malgré son âge, le plus beau cul possible : il est fort gros et si accoutumé aux introductions qu’elle soutient les plus gros engins sans sourciller. Elle a encore de jolis traits, mais qui pourtant commencent à se faner.

La Desgranges a cinquante-six ans. C’est la plus grande scélérate qui ait jamais existé. Elle est grande, mince, pâle, elle a été brune ; c’est l’image du crime personnifié. Son cul flétri ressemble à du papier marbré et l’orifice en est immense. Elle a un téton, trois doigts et six dents de moins : fructus belli. Il n’existe pas un seul crime qu’elle n’ait fait ou fait faire. Elle a le jargon agréable, de l’esprit, et est actuellement une des maquerelles en titre de la société.

Marie, la première des duègnes, a cinquante-huit ans. Elle est fouettée et marquée ; elle a été servante de voleurs. Les yeux ternes et chassieux, le nez de travers, les dents jaunes, une fesse rongée par un abcès. Elle a fait et tué quatorze enfants.

Louison, la seconde duègne, a soixante ans. Elle est petite, bossue, borgne et boiteuse, et elle a pourtant encore un fort joli cul. Elle est toujours prête aux crimes et elle est extrêmement méchante. Ces deux premières sont annexées aux filles et les deux suivantes aux garçons.

Thérèse a soixante-deux ans, l’air d’un squelette, ni cheveux, ni dents, une bouche puante, le cul criblé de blessures, le trou large à l’excès. Elle est d’une saleté et d’une puanteur atroces ; elle a un bras tordu et elle boite.

Fanchon, âgée de soixante-neuf ans, a été pendue six fois en effigie et a commis tous les crimes imaginables. Elle est louche, camuse, courte, grosse, point de front, plus que deux dents. Un érésipèle lui couvre le cul, un paquet d’hémorroïdes lui sort du trou, un chancre lui dévore le vagin, elle a une cuisse brûlée et un cancer qui ronge le sein. Elle est toujours saoule et vomit, pète et chie partout et à tout instant sans s’en apercevoir.


Sérail des jeunes filles

Augustine, fille d’un baron de Languedoc, quinze ans, minois fin et éveillé.

Fanny, fille d’un conseiller de Bretagne, quatorze ans, l’air doux et tendre.

Zelmire, fille du comte de Torville, seigneur de Beauce, quinze ans, l’air noble et l’âme très sensible.

Sophie, fille d’un gentilhomme de Berry, des traits charmants, quatorze ans.

Colombe, fille d’un conseiller au Parlement de Paris, treize ans, grande fraîcheur.

Hébé, fille d’un officier d’Orléans, l’air très libertin et les yeux charmants : elle a douze ans.

Rosette et Michette, toutes les deux l’air de belles vierges. L’une a treize ans et est fille d’un magistrat de Chalon-sur-Saône ; l’autre en a douze et est fille du marquis de Sénanges : elle a été enlevée en Bourbonnais chez son père.

Leur taille, le reste de leurs attraits et principalement leur cul est au-dessus de toute expression. Elles sont choisies sur cent trente.


Sérail des jeunes garçons

Zélamir, treize ans, fils d’un gentilhomme de Poitou.

Cupidon, même âge, fils d’un gentilhomme d’auprès de La Flèche.

Narcisse, douze ans, fils d’un homme en place de Rouen, chevalier de Malte.

Zéphire, quinze ans, fils d’un officier général de Paris ; il est destiné au duc.

Céladon, fils d’un magistrat de Nancy ; il a quatorze ans.

Adonis, fils d’un président de grand-chambre de Paris, destiné à Curval.

Hyacinthe, quatorze ans, fils d’un officier retiré en Champagne.

Giton, page du roi, douze ans, fils d’un gentilhomme du Nivernais.

Nulle plume n’est en état de peindre les grâces, les traits et les charmes secrets de ces huit enfants, au-dessus de tout ce qu’il est possible de dire, et choisis, comme on le sait sur un très grand nombre.


Huit fouteurs

Hercule, vingt-six ans, assez joli, mais très mauvais sujet ; favori du duc ; son vit a huit pouces deux lignes de tour sur seize de long ; décharge beaucoup.

Antinoüs a trente ans, très bel homme ; son vit a huit pouces de tour sur douze de long.

Brise-cul, vingt-huit ans, l’air d’un satyre, son vit est tortu ; la tête ou le gland en est énorme : il a huit pouces trois lignes de tour, et le corps du vit huit pouces sur seize de long ; ce vit majestueux est absolument cambré.

Bande-au-ciel a vingt-cinq ans, il est fort laid, mais sain et vigoureux ; grand favori de Curval, il est toujours en l’air, et son vit a sept pouces onze lignes de tour sur onze de long.

Les quatre autres, de neuf à dix et onze pouces de long sur sept et demi et sept pouces neuf lignes de tour et ils ont de vingt-cinq à trente ans.


Fin de l’introduction.

Omissions que j’ai faites dans cette introduction :

1° Il faut dire qu’Hercule et Bande-au-ciel sont, l’un très mauvais sujet et l’autre fort laid, et qu’aucun des huit n’a jamais pu jouir ni d’homme ni de femme.

2° Que la chapelle sert de garde-robe, et la détailler d’après cet usage.

3° Que les maquerelles et les maquereaux, dans leur expédition, avaient avec eux des coupe-jarrets à leurs ordres.

4° Détaillez un peu les gorges des servantes et parlez du cancer de Fanchon. Peignez aussi un peu davantage les figures des seize enfants.


Première partie

Les cent cinquante passions simples, ou de première classe, composant les trente journées de novembre remplies par la narration de la Duclos, auxquelles sont entremêlés les événements scandaleux du château, en forme de journal, pendant ce mois-là.



Première journée

On se leva le premier de novembre à dix heures du matin, ainsi qu’il était prescrit par les règlements, dont on s’était mutuellement juré de ne s’écarter en rien. Les quatre fouteurs qui n’avaient point partagé la couche des amis leur amenèrent à leur lever Zéphire chez le duc, Adonis chez Curval, Narcisse chez Durcet, et Zélamir chez l’évêque. Tous quatre étaient bien timides, encore bien empruntés, mais, encouragés par leur guide, ils remplirent fort bien leur devoir, et le duc déchargea. Les trois autres, plus réservés et moins prodigues de leur foutre, en firent pénétrer autant que lui, mais sans y rien mettre du leur. On passa à onze heures dans l’appartement des femmes, où les huit jeunes sultanes parurent nues et servirent le chocolat ainsi. Marie et Louison, qui présidaient à ce sérail, les aidaient et les dirigeaient. On mania, on baisa beaucoup, et les huit pauvres petites malheureuses, victimes de la plus insigne lubricité, rougissaient, se cachaient avec leurs mains, essayaient de défendre leurs charmes, et montraient aussitôt tout, dès qu’elles voyaient que leurs pudeurs irritaient et fâchaient leurs maîtres. Le duc, qui rebanda fort vite, mesura le pourtour de son engin à la taille mince et légère de Michette, et il n’y eut que trois pouces de différence. Durcet, qui était de mois, fit les examens et les visites prescrites. Hébé et Colombe se trouvèrent en faute, et leur punition fut prescrite et assignée sur-le-champ pour le samedi prochain à l’heure des orgies. Elles pleurèrent, mais n’attendrirent pas. On passa de là chez les garçons. Les quatre qui n’avaient point paru le matin, savoir Cupidon, Céladon, Hyacinthe et Giton, se déculottèrent suivant l’ordre, et on s’amusa un instant du coup d’œil. Curval les baisa tous les quatre sur la bouche et l’évêque leur branla le vit un moment, pendant que le duc et Durcet faisaient autre chose. Les visites se firent, personne n’était en faute. À une heure, les amis se transportèrent à la chapelle, où l’on sait qu’était établi le cabinet des garde-robes. Les besoins que l’on prévoyait avoir le soir ayant fait refuser beaucoup de permissions il ne parut que Constance, la Duclos, Augustine, Sophie, Zélamir, Cupidon et Louison. Tout le reste avait demandé, et on leur avait enjoint de se réserver pour le soir. Nos quatre amis, postés autour du même siège consacré à ce dessein, firent placer sur ce siège ces sept sujets l’un après l’autre et se retirèrent après s’être rassasiés du spectacle. Ils descendirent au salon où, pendant que les femmes dînaient, ils jasèrent entre eux jusqu’au moment où on les servit. Les quatre amis se placèrent chacun entre deux fouteurs, suivant la règle qu’ils s’étaient imposée de n’admettre jamais de femmes à leur table, et les quatre épouses nues, aidées de vieilles vêtues en sœurs grises, servirent le plus magnifique repas et le plus succulent qu’il fût possible de faire. Rien de plus délicat et de plus habile que les cuisinières qu’ils avaient emmenées, et elles étaient si bien payées et si bien fournies que tout ne pouvait aller qu’à merveille. Ce repas devant être moins fort que le souper, on se contenta de quatre services superbes, chacun composé de douze plats. Le vin de Bourgogne parut avec les hors-d’œuvre, on servit le bordeaux aux entrées, le champagne aux rôtis, l’hermitage à l’entremets, le tokay et le madère au dessert. Peu à peu les têtes s’échauffèrent. Les fouteurs, auxquels on avait en ce moment-là accordé tous les droits sur les épouses, les maltraitèrent un peu. Constance fut même un peu poussée, un peu battue, pour n’avoir pas apporté sur-le-champ une assiette à Hercule, lequel, se voyant très avant dans les bonnes grâces du duc, crut pouvoir pousser l’insolence au point de battre et molester sa femme, dont celui-ci ne fit que rire. Curval, très gris au dessert, jeta une assiette au visage de sa femme, qui lui aurait fendu la tête si celle-ci ne l’eût esquichée. Durcet, voyant un de ses voisins bander, ne fit pas d’autre cérémonie, quoique à table, que de déboutonner sa culotte et de présenter son cul. Le voisin l’enfila et, l’opération faite, on se remit à boire comme si de rien n’était. Le duc imita bientôt avec Bande-au-ciel la petite infamie de son ancien ami et il paria, quoique le vit fût énorme, d’avaler trois bouteilles de vin de sens froid pendant qu’on l’enculerait. Quelle habitude, quel calme, quel sens froid dans le libertinage ! Il gagna sa gageüre, et comme il ne les buvait pas à jeun, que ces trois bouteilles tombaient sur plus de quinze autres, il se releva de là un peu étourdi. Le premier objet qui se présenta à lui fut sa femme, pleurant des mauvais traitements d’Hercule, et cette vue l’anima à tel point qu’il se porta sur-le-champ à des excès avec elle qu’il nous est encore impossible de dire. Le lecteur, qui voit comme nous sommes gênés dans ces commencements-ci pour mettre de l’ordre dans nos matières nous pardonnera de lui laisser encore bien des petits détails sous le voile. Enfin on passa dans le salon, où de nouveaux plaisirs et de nouvelles voluptés attendaient nos champions. Là, le café et les liqueurs leur furent présentés par un quadrille charmant : il était composé en beaux jeunes garçons d’Adonis et d’Hyacinthe, et en filles de Zelmire et Fanny. Thérèse, une des duègnes, les dirigeait, car il était de règle que partout où deux ou trois enfants se trouvaient réunis, une duègne devait les conduire. Nos quatre libertins, à moitié ivres, mais résolus pourtant d’observer leurs lois, se contentèrent de baisers, d’attouchements, mais que leur tête libertine sut assaisonner de tous les raffinements de la débauche et de la lubricité. On crut un moment que l’évêque allait perdre du foutre à des choses très extraordinaires qu’il exigeait de Hyacinthe, pendant que Zelmire le branlait. Déjà ses nerfs tressaillaient et sa crise de spasme s’emparait de tout son physique, mais il se contint, rejeta loin de lui les objets tentateur prêts à triompher de ses sens et, sachant qu’il y avait encore de la besogne à faire, se réserva au moins pour la fin de la journée. On but de six différentes sortes de liqueurs et de trois espèces de cafés, et l’heure sonnant enfin, les deux couples se retirèrent pour aller s’habiller. Nos amis firent un quart de méridienne, et on passa dans le salon du trône. Tel était le nom donné à l’appartement destiné aux narrations. Les amis se placèrent sur leurs canapés, le duc ayant à ses pieds son cher Hercule, auprès de lui nue, Adélaïde, femme de Durcet et fille du président, et pour quadrille en face de lui, répondant à sa niche par des guirlandes, ainsi qu’il a été expliqué, Zéphyr, Giton, Augustine et Sophie dans un costume de bergerie, présidés par Louison en vieille paysanne jouant le rôle de leur mère. Curval avait à ses pieds Bande-au-ciel, sur son canapé Constance, femme du duc et fille de Durcet, et pour quadrille quatre jeunes Espagnols, chaque sexe vêtu dans son costume et le plus élégamment possible, savoir : Adonis, Céladon, Fanny et Zelmire, présidés par Fanchon en duègne. L’évêque avait à ses pieds Antinoüs, sa nièce Julie sur son canapé et quatre sauvages presque nus pour quadrille : c’étaient, en garçons, Cupidon et Narcisse, et, en filles, Hébé et Rosette, présidés par une vieille amazone jouée par Thérèse. Durcet avait Brise-cul pour fouteur, près de lui Aline, fille de l’évêque, et en face quatre petites sultanes, ici les garçons étant habillés comme les filles et cet ajustement relevant au dernier degré les figures enchanteresses de Zélamir, Hyacinthe, Colombe et Michette. Une vieille esclave arabe, représentée par Marie, conduisait ce quadrille. Les trois historiennes, magnifiquement vêtues à la manière des filles du bon ton de Paris, s’assirent au bas du trône, sur un banc placé là à dessein, et Mme Duclos, narratrice du mois, en déshabillé très léger et très élégant, beaucoup de rouge et de diamants, s’étant placée sur son estrade, commença ainsi l’histoire des événements de sa vie, dans laquelle elle devait faire entrer dans le détail les cent cinquante premières passions, désignées sous le nom de passions simples :


« Ce n’est pas une petite affaire, messieurs, que de s’énoncer devant un cercle comme le vôtre. Accoutumés à tout ce que les lettres produisent de plus fin et de plus délicat, comment pourrez-vous supporter le récit informe et grossier d’une malheureuse créature comme moi, qui n’ai jamais reçu d’autre éducation que celle que le libertinage m’a donnée. Mais votre indulgence me rassure ; vous n’exigez que du naturel et de la vérité, et à ce titre sans doute j’oserai prétendre à vos éloges. Ma mère avait vingt-cinq ans quand elle me mit au monde, et j’étais son second enfant ; le premier était une fille plus âgée que moi de six ans. Sa naissance n’était pas illustre. Elle était orpheline de père et de mère ; elle l’avait été fort jeune, et comme ses parents demeuraient auprès des Récollets, à Paris, quand elle se vit abandonnée et sans aucune ressource, elle obtint de ces bons Pères la permission de venir demander l’aumône dans leur église. Mais, comme elle avait un peu de jeunesse et de fraîcheur, elle leur donna bientôt dans la vue et, petit à petit, de l’église elle monta dans les chambres, dont elle descendit bientôt grosse. C’était à de pareilles aventures que ma sœur devait le jour, et il est plus que vraisemblable que ma naissance n’a pas d’autre origine. Cependant les bons Pères, contents de la docilité de ma mère et voyant combien elle fructifiait pour la communauté, la récompensèrent de ses travaux en lui accordant le loyer des chaises de leur église ; poste que ma mère n’eut pas plus tôt que, par la permission de ses supérieurs, elle épousa un porteur d’eau de la maison qui nous adopta sur-le-champ, ma sœur et moi, sans la plus légère répugnance. Née dans l’église, j’habitais pour ainsi dire bien plutôt plus l’église que notre maison. J’aidais ma mère à arranger les chaises, je secondais les sacristains dans leurs différentes opérations, j’aurais servi la messe s’il l’eût fallu, en cas de besoin, quoique je n’eusse encore atteint que ma cinquième année. Un jour que je revenais de mes saintes occupations, ma sœur me demanda si je n’avais pas encore rencontré le Père Laurent. « Non, lui dis-je. — Eh bien, me dit-elle, il te guette, je le sais ; il veut te faire voir ce qu’il m’a montré. Ne te sauve pas, regarde-le bien sans t’effrayer ; il ne te touchera pas, mais il te fera voir quelque chose de bien drôle, et si tu te laisses faire, il te récompensera bien. Nous sommes plus de quinze, ici dans les environs, à qui il en a fait voir autant. C’est tout son plaisir et il nous a donné à toutes quelque présent. » Vous imaginez bien, messieurs, qu’il n’en fallut pas davantage non seulement pour ne pas fuir le Père Laurent, mais même pour le rechercher. La pudeur parle bien bas à l’âge que j’avais, et son silence, au sortir des mains de la nature, n’est-il pas une preuve certaine que ce sentiment factice tient bien moins à cette première mère qu’à l’éducation Je volai sur-le-champ à l’église et, comme je traversais une petite cour qui se trouvait entre l’entrée de l’église du côté du couvent et le couvent, je rencontrai nez à nez le Père Laurent. C’était un religieux d’environ quarante ans, d’une très belle physionomie. Il m’arrête : « Où vas-tu, Françon ? me dit-il. — Arranger des chaises, mon Père. — Bon, bon, ta mère les arrangera. Viens, viens dans ce cabinet, me dit-il en m’attirant dans un réduit qui se trouvait là, je te ferai voir quelque chose que tu n’a jamais vu. » Je le suis, il ferme la porte sur nous, et m’ayant postée bien en face de lui : « Tiens, Françon me dit-il, en sortant un vit monstrueux de sa culotte, dont je pensai tomber à la renverse d’effroi, tiens, mon enfant, continuait-il en se branlant, as-tu jamais rien vu de pareil à cela… C’est ce qu’on appelle un vit, ma petite, oui, un vit… Cela sert à foutre, et ce que tu vas voir, qui va couler tout à l’heure, c’est la semence avec quoi tu es faite. Je l’ai fait voir à ta sœur, je le fais voir à toutes les petites filles de ton âge ; amène-m’en, amène-m’en, fais comme ta sœur qui m’en a fait connaître plus de vingt… Je leur montrerai mon vit et je leur ferai sauter le foutre à la figure… C’est ma passion, mon enfant, je n’en ai point d’autre… et tu vas le voir. Et en même temps je me sentis toute couverte d’une rosée blanche qui me tacha toute et dont quelques gouttes avaient sauté jusque dans mes yeux parce que ma petite tête se trouvait à la hauteur juste des boutons de sa culotte. Cependant Laurent gesticulait. « Ah ! le beau foutre… le beau foutre que je perds, s’écriait-il ; comme t’en voilà couverte ! Et se calmant peu à peu, il remit tranquillement son outil à sa place et décampa en me glissant douze sols dans la main et me recommandant de lui amener de mes petites camarades. Je n’eus rien de plus pressé, comme vous l’imaginez aisément, que d’aller tout conter à ma sœur, qui m’essuya partout avec le plus grand soin pour que rien ne parût et qui, pour m’avoir procuré cette petite bonne fortune, ne manqua pas de me demander la moitié de mon gain. Cet exemple m’ayant instruite, je ne manquai pas, dans l’espoir d’un pareil partage, de chercher le plus de petites filles que je pus au Père Laurent. Mais lui en ayant amené une qu’il connaissait déjà, il la refusa, et me donnant trois sols pour m’encourager : « Je ne les vois jamais deux fois, mon enfant, me dit-il, amène-m’en que je ne connaisse pas et jamais de celles qui te diront avoir déjà eu affaire à moi. » Je m’y pris mieux : en trois mois, je fis connaître plus de vingt filles nouvelles au Père Laurent, avec lesquelles il employa, pour son plaisir, absolument les mêmes procédés que ceux qu’il avait eus avec moi. Avec la clause de les lui choisir inconnues, j’observai encore celle qu’il m’avait infiniment recommandée, relativement à l’âge : il ne fallait pas que cela fût au-dessous de quatre ans, ni au-dessus de sept. Et ma petite fortune allait le mieux du monde, lorsque ma sœur, s’apercevant que j’allais sur ses brisées, me menaça de tout dire à ma mère si je ne cessais ce joli commerce, et je laissai là le Père Laurent.

« Cependant, mes fonctions me conduisant toujours dans les environs du couvent, le même jour où je venais d’atteindre ma septième année, je fis rencontre d’un nouvel amant dont la manie, quoique bien enfantine, devenait pourtant un peu plus sérieuse. Celui-ci s’appelait le Père Louis ; il était plus vieux que Laurent et avait dans le maintien je ne sais quoi de bien plus libertin. Il me raccrocha à la porte de l’église comme j’y entrais et m’engagea à monter dans sa chambre. D’abord je fis quelques difficultés, mais m’ayant assuré que ma sœur, il y avait trois ans, y était bien montée aussi et que, tous les jours, il y recevait des petites filles de mon âge, je le suivis. À peine fûmes-nous dans sa cellule qu’il la referma exactement, et versant du sirop dans un gobelet, il m’en fit avaler tout de suite trois grands verres à la fois. Ce préparatif exécuté, le révérend, plus caressant que son confrère, se mit à me baiser, et tout en badinant, il délia mon jupon et, relevant ma chemise sous mon corset, malgré mes petites défenses, il s’empara de toutes les parties de devant qu’il venait de mettre à découvert, et après les avoir bien maniées et considérées, il me demanda si je n’avais pas envie de pisser. Singulièrement excitée à ce besoin par la forte dose de boisson qu’il venait de me faire avaler, je l’assurai que ce besoin était en moi aussi considérable qu’il pouvait l’être, mais que je ne voulais pas faire ça devant lui. « Oh ! parbleu si, petite friponne, ajouta le paillard, oh ! parbleu si, vous le ferez devant moi, et qui pis est, sur moi. Tenez, me dit-il, en me sortant son vit de sa culotte, voilà l’outil que vous allez inonder ; il faut pisser là-dessus. » Alors me prenant et me posant sur deux chaises, une jambe sur l’une, une jambe sur l’autre, il m’écarte le plus qu’il put, puis me dit de m’accroupir. Me tenant en cette attitude, il plaça un vase sous moi, s’établit sur un petit tabouret à hauteur du vase, son engin à la main, bien positivement sous mon con. Une de ses mains soutenait mes hanches, de l’autre il se branlait, et ma bouche, par l’attitude, se trouvant parallèle à la sienne, il la baisait. « Allons, ma petite, pisse, me dit-il, à présent inonde mon vit de cette liqueur enchanteresse dont l’écoulement chaud a tant d’empire sur mes sens. Pisse, mon cœur, pisse et tâche d’inonder mon foutre. » Louis s’animait, il s’excitait, il était facile de voir que cette opération singulière était celle qui flattait le mieux tous ses sens. La plus douce extase vint le couronner au moment même où les eaux dont il m’avait gonflé l’estomac s’écoulaient avec le plus d’abondance, et nous remplîmes tous deux à la fois le même vase, lui de foutre et moi d’urine. L’opération finie, Louis me tint à peu près le même discours que Laurent ; il voulut faire une maquerelle de sa petite putain, et pour cette fois, m’embarrassant fort peu des menaces de ma sœur, je procurai hardiment à Louis tout ce que je connaissais d’enfants. Il fit faire la même chose à toutes, et comme il les revoyait fort bien deux ou trois fois sans répugnance et qu’il me payait toujours à part, indépendamment de ce que je retirais de mes petites camarades, avant six mois je me vis une petite somme dont je jouis tout à mon aise avec la seule précaution de me cacher de ma sœur. »


« Duclos, interrompit ici le président, ne vous a-t-on pas prévenue qu’il faut à vos récits les détails les plus grands et les plus étendus, que nous ne pouvons juger ce que la passion que vous contez a de relative aux mœurs et au caractère de l’homme, qu’autant que vous ne déguisez aucune circonstance ? que les moindres circonstances servent d’ailleurs infiniment à ce que nous attendons de vos récits pour l’irritation de nos sens ? — Oui, monseigneur, dit la Duclos, j’ai été prévenue de ne négliger aucun détail et d’entrer dans les moindres minuties toutes les fois qu’elles servaient à jeter du jour sur les caractères ou sur le genre. Ai-je commis quelque omission dans ce goût-là ? — Oui, dit le président, je n’ai nulle idée du vit de votre second récollet, et nulle idée de sa décharge. D’ailleurs, vous branla-t-il le con et y fit-il toucher son vit ? Vous voyez, que de détails négligés ! — Pardon, dit la Duclos, je vais réparer mes fautes actuelles et m’observer sur l’avenir. Le Père Louis avait un membre très ordinaire, plus long que gros et en général d’une tournure très commune. Je me souviens même qu’il bandait assez mal et qu’il ne prit un peu de consistance qu’à l’instant de la crise. Il ne me branla point le con, il se contenta de l’élargir le plus qu’il put avec ses doigts pour que l’urine coulât mieux. Il en approcha son vit très près deux ou trois fois et sa décharge fut serrée, courte, et sans autres propos égarés de sa part que : « Ah ! foutre, pisse donc, mon enfant, pisse donc ; la belle fontaine, pisse donc, pisse donc, ne vois-tu pas que je décharge ? » Et il entremêlait tout cela de baisers sur ma bouche qui n’avaient rien de trop libertin. — C’est cela, Duclos, dit Durcet, le Président avait raison ; je ne pouvais me rien figurer au premier récit, et je conçois votre homme à présent. — Un moment, Duclos, dit l’évêque, en voyant qu’elle allait reprendre, j’ai pour mon compte un besoin un peu plus vif que celui de pisser ; ça me tient depuis tantôt et je sens qu’il faut que ça parte. » Et en même temps, il attira à lui Narcisse. Le feu sortait des yeux du prélat, son vit était collé contre son ventre, il écumait, c’était un foutre contenu qui voulait absolument s’échapper et qui ne le pouvait que par des moyens violents. Il entraîna sa nièce et le petit garçon dans le cabinet. Tout s’arrêta : une décharge était regardée comme quelque chose de trop important pour que tout ne se suspendît pas, au moment où l’on y voulait procéder, et que tout ne concourût pas à la faire délicieusement. Mais la nature, cette fois-ci, ne répondit pas aux vœux du prélat, et quelques minutes après qu’il se fut enfermé dans le cabinet, il en sortit furieux, dans le même état d’érection, et s’adressant à Durcet, qui était de mois : « Tu me camperas ce petit drôle-là en punition pour samedi, lui dit-il, en rejetant violemment l’enfant loin de lui, et qu’elle soit sévère, je t’en prie. » On vit bien alors que le jeune garçon, sans doute, n’avait pas pu le satisfaire, et Julie fut conter le fait tout bas à son père.

« Eh, parbleu, prends-en un autre, lui dit le duc, choisis dans nos quadrilles, si le tien ne te satisfait pas. — Oh ! ma satisfaction pour le moment serait très éloignée de ce que je désirais tout à l’heure, dit le prélat. Vous savez où nous conduit un désir trompé. J’aime mieux me contenir, mais qu’on ne ménage pas ce petit drôle-là, continua-t-il, voilà tout ce que je recommande. — Oh ! je te réponds qu’il sera tancé, dit Durcet. Il est bon que le premier pris donne l’exemple aux autres. Je suis fâché de te voir dans cet état-là ; essaye autre chose, fais-toi foutre. — Monseigneur, dit la Martaine, je me sens très en disposition de vous satisfaire, et si votre Grandeur voulait… — Eh ! non, non, parbleu, dit l’évêque ; ne savez-vous donc pas qu’il y a tout plein d’occasions où l’on ne veut pas d’un cul de femme ? J’attendrai, j’attendrai… Que Duclos continue ; ça partira ce soir ; il faudra bien que j’en trouve un comme je le veux. Continue, Duclos. » Et les amis ayant ri de bon cœur de la franchise libertine de l’évêque (« il y a tout plein d’occasions où l’on ne veut pas d’un cul de femme »), l’historienne reprit son récit en ces termes :


« Je venais d’atteindre ma septième année, lorsqu’un jour que, suivant ma coutume, j’avais amené à Louis une de mes petites camarades, je trouvai chez lui un autre religieux de ses confrères. Comme cela n’était jamais arrivé, je fus surprise et je voulus me retirer mais Louis m’ayant rassurée, nous entrâmes hardiment, ma petite compagne et moi. « Tiens, Père Geoffroi, dit Louis à son ami, en me poussant vers lui, ne t’ai-je pas dit qu’elle était gentille ? Oui, en vérité, dit Geoffroi en me prenant sur ses genoux et me baisant. Quel âge avez-vous, ma petite ? Sept ans, mon Père. C’est-à-dire cinquante de moins que moi dit le bon Père en me baisant de nouveau. Et pendant ce petit monologue le sirop se préparait, et, suivant l’usage, on nous en fit avaler trois grands verres à chacune. Mais comme je n’avais pas coutume d’en boire quand j’amenais du gibier à Louis, parce qu’il n’en donnait qu’à celle que je lui amenais, que je ne restais communément pas et que je me retirais tout de suite, je fus étonnée de la précaution, cette fois, et, du ton de la plus naïve innocence, je lui dis : « Et pourquoi donc me faites-vous boire, mon Père ? Est-ce que vous voulez que je pisse ? — Oui, mon enfant, dit Geoffroi qui me tenait toujours entre ses cuisses et qui promenait déjà ses mains sur mon devant, oui, on veut que vous pissiez, et c’est avec moi que va se passer l’aventure, peut-être un peu différente de celle qui vous est arrivée ici. Venez dans ma cellule, laissons le Père Louis avec votre petite amie, et allons nous occuper de notre côté. Nous nous réunirons quand nos besognes seront faites. » Nous sortîmes ; Louis me dit tout bas d’être bien complaisante avec son ami et que je n’aurais pas à m’en repentir. La cellule de Geoffroi était peu éloignée de celle de Louis et nous y arrivâmes sans être vus. À peine fûmes-nous entrés, que Geoffroi, s’étant bien barricadé, me dit de défaire mes jupes. J’obéis ; il releva lui-même ma chemise jusqu’au-dessus de mon nombril et, m’ayant assise sur le bord de son lit, il m’écarta les cuisses le plus qu’il lui fut possible, en continuant de m’abaisser, de manière que je présentais le ventre en entier et que mon corps ne portait plus que sur le croupion. Il m’enjoignit de bien me tenir dans cette posture et de commencer à pisser aussitôt qu’il frapperait légèrement une de mes cuisses avec sa main. Alors, me considérant un moment dans l’attitude et travaillant toujours à m’écarter d’une main les babines du con, de 1’autre il déboutonna sa culotte et se mit à secouer par des mouvements prompts et violents un petit membre noir et tout rabougri qui ne paraissait pas très disposé à répondre à ce qu’on semblait exiger de lui. Pour l’y déterminer avec plus de succès, notre homme se mit en devoir, en procédant à sa petite habitude de choix, de lui procurer le plus grand degré de chatouillement possible : en conséquence il s’agenouilla entre mes jambes, examina encore un instant l’intérieur du petit orifice que je lui présentais, y porta sa bouche à plusieurs reprises en grumelant entre ses dents certaines paroles luxurieuses que je ne retins pas, parce que je ne les comprenais pas pour lors, et continuant d’agiter son membre qui ne s’en émouvait pas davantage. Enfin ses lèvres se collèrent hermétiquement à celles de mon con, je reçus le signal convenu, et débondant aussitôt dans la bouche du bonhomme le superflu de mes entrailles, je l’inondai des flots d’une urine qu’il avala avec la même rapidité que je la lui lançais dans le gosier. Pour le coup, son membre se déploya et sa tête altière s’élança jusqu’auprès d’une de mes cuisses. Je sentis qu’il l’arrosait fièrement des stériles marques de sa débile vigueur. Tout avait été si bien compassé qu’il avalait les dernières gouttes au moment même où son vit, tout confus de sa victoire, la pleurait en larmes de sang. Geoffroi se releva tout chancelant, et je crus m’apercevoir qu’il n’avait pas pour son idole, quand l’encens venait de s’éteindre, une ferveur de culte aussi religieuse que quand le délire, enflammant son hommage, soutenait encore le prestige. Il me donna douze sols assez brusquement, m’ouvrit sa porte, sans me demander comme les autres de lui amener des filles (apparemment qu’il se fournissait ailleurs) et, me montrant le chemin de la cellule de son ami, il me dit d’y aller, que l’heure de son office le pressant, il ne pouvait pas m’y conduire, et se renferma chez lui sans me donner le temps de lui répondre. »


« Eh ! mais vraiment, dit le duc, il y a tout plein de gens qui ne peuvent absolument soutenir l’instant de la perte de l’illusion. Il semble que l’orgueil souffre à s’être laissé voir à une femme dans un pareil état de faiblesse et que le dégoût naisse de la gêne qu’il éprouve alors. — Non, dit Curval, qu’Adonis branlait à genoux et qui faisait promener ses mains sur Zelmire, non, mon ami, l’orgueil n’est pour rien là-dedans, mais l’objet qui foncièrement n’a de valeur que celle que notre lubricité lui prête se montre absolument tel qu’il est quand la lubricité est éteinte. Plus l’irritation a été violente, plus l’objet se dépare quand cette irritation ne le soutient plus, tout comme nous sommes plus ou moins fatigués en raison du plus ou moins d’exercice que nous avons pris, et ce dégoût que nous éprouvons alors n’est que le sentiment d’une âme rassasiée à qui le bonheur déplaît parce qu’il vient de la fatiguer. — Mais de ce dégoût pourtant, dit Durcet, naît souvent un projet de vengeance dont on a vu des suites funestes. — Alors c’est autre chose, dit Curval, et comme la suite de ces narrations nous offrira peut-être des exemples de ce que vous dites là, n’en pressons pas les dissertations que ces faits produiront naturellement. — Président, dis la vérité, dit Durcet : à la veille de t’égarer toi-même, je crois qu’à l’instant présent tu aimes mieux te préparer à sentir comme on jouit qu’à disserter comme on se dégoûte — Point du tout… pas un mot, dit Curval, je suis du plus grand sens froid…. Il est bien certain, continuait-il en baisant Adonis sur la bouche, que cet enfant-là est charmant… mais on ne peut pas le foutre ; je ne connais rien de pis que vos lois… Il faut se réduire à des choses… à des choses… Allons, allons, continue, Duclos, car je sens que je ferais des sottises, et je veux que mon illusion se soutienne au moins jusqu’à ce que j’aille me coucher. » Le président, qui voyait que son engin commençait à se mutiner, renvoya les deux enfants à leur place et, se recouchant près de Constance qui sans doute toute jolie qu’elle était ne l’échauffait pas autant, il repressa une seconde fois Duclos de continuer, qui obéit promptement en ces termes :


« Je rejoignis ma petite camarade. L’opération de Louis était faite, et assez médiocrement contentes toutes les deux, nous quittâmes le couvent, moi avec la presque résolution de n’y plus revenir. Le ton de Geoffroi avait humilié mon petit amour-propre et, sans approfondir d’où venait le dégoût, je n’en aimais ni les suites ni les conséquences. Il était pourtant écrit dans ma destinée que j’aurais encore quelques aventures dans ce couvent, et l’exemple de ma sœur, qui avait eu, m’avait-elle dit, affaire à plus de quatorze, devait me convaincre que je n’étais pas au bout de mes caravanes. Je m’en aperçus, trois mois après cette dernière aventure, aux sollicitations que me fit un de ces bons révérends, homme d’environ soixante ans. Il n’y eut sorte de ruse qu’il inventât pour me déterminer à venir dans sa chambre. Une réussit si bien enfin, que je m’y trouvai un beau dimanche matin sans savoir ni comment ni pourquoi. Le vieux paillard, que l’on nommait Père Henri m’y renferma avec lui aussitôt qu’il me vit entrer et m’embrassa de tout son cœur. « Ah ! petite friponne, s’écria-t-il au transport de sa joie, je te tiens donc, tu ne m’échapperas pas ce coup-ci. » Il faisait très froid ; mon petit nez était plein de morve, comme c’est assez l’usage des enfants. Je voulus me moucher. « Eh ! non, non, dit Henri en s’y opposant, c’est moi qui vais faire cette opération-là, ma petite. » Et m’ayant couchée sur son lit la tête un peu penchée, il s’assit auprès de moi, attirant ma tête renversée sur ses genoux. On eût dit qu’en cet état il dévorait des yeux cette sécrétion de mon cerveau. « Oh ! la jolie petite morveuse, disait-il en se pâmant, comme je vais la sucer ! » Se courbant alors sur ma tête et mettant mon nez tout entier dans sa bouche, non seulement il dévora toute cette morve dont j’étais couverte, mais il darda même lubriquement le bout de sa langue dans mes deux narines alternativement, et avec tant d’art, qu’il produisit deux ou trois éternuements qui redoublèrent cet écoulement qu’il désirait et dévorait avec tant d’empressement. Mais de celui-là, messieurs, ne m’en demandez pas de détails : rien ne parut, et soit qu’il ne fit rien ou qu’il fit son affaire dans sa culotte, je ne m’aperçus de quoi que ce fût, et dans la multitude de ses baisers et de ses lècheries rien ne marqua d’extase plus forte, et par conséquent je crois qu’il ne déchargea point. Je ne fus point troussée davantage, ses mains même ne s’égarèrent pas, et je vous assure que la fantaisie de ce vieux libertin pourrait avoir son effet avec la fille du monde la plus honnête et la plus novice, sans qu’elle y pût supposer la moindre lubricité.

« Il n’en était pas de même de celui que le hasard m’offrit le propre jour où je venais d’atteindre ma neuvième année. Père Étienne, c’était le nom du libertin, avait déjà dit plusieurs fois à ma sœur de me conduire à lui, et elle m’avait engagée à l’aller voir (sans néanmoins vouloir m’y mener, de peur que notre mère, qui se doutait déjà de quelque chose, ne vînt à le savoir), lorsque je me trouvai enfin face à face avec lui, dans un coin de l’église, près de la sacristie. Il s’y prit de si bonne grâce, il employa des raisons si persuasives, que je ne me fis pas tirer l’oreille. Le Père Étienne avait environ quarante ans, il était frais, gaillard et vigoureux. À peine fûmes-nous dans sa chambre qu’il me demanda si je savais branler un vit. « Hélas ! lui dis-je en rougissant, je n’entends pas seulement ce que vous voulez me dire. — Eh bien ! je vais te l’apprendre, ma petite, me dit-il en me baisant de tout son cœur et la bouche et les yeux ; mon unique plaisir est d’instruire les petites filles, et les leçons que je leur donne sont si excellentes qu’elles ne les oublient jamais. Commence par défaire tes jupes, car si je t’apprends comment il faut s’y prendre pour me donner du plaisir, il est juste que je t’enseigne en même temps comment tu dois faire pour en recevoir, et il ne faut pas que rien nous gêne pour cette leçon-là. Allons, commençons par toi. Ce que tu vois là, me dit-il, en posant ma main sur la motte, s’appelle un con, et voici comme tu dois faire pour te procurer là des chatouillements délicieux : il faut frotter légèrement avec un doigt cette petite élévation que tu sens là et qui s’appelle le clitoris. Puis me faisant faire : « Là, vois, ma petite, comme cela, pendant qu’une de tes mains travaille là, qu’un doigt de l’autre s’introduise imperceptiblement dans cette fente délicieuse… » Puis me plaçant la main : « Comme cela, oui… Eh bien ! n’éprouves-tu rien ? continuait-il en me faisant observer sa leçon. — Non, mon Père, je vous assure, lui répondis-je avec naïveté. — Ah ! dame, c’est que tu es encore trop jeune, mais, dans deux ans d’ici, tu verras le plaisir que ça te fera. — Attendez, lui dis-je, je crois pourtant que je sens quelque chose. » Et je frottais, tant que je pouvais, aux endroits qu’il m’avait dits… Effectivement, quelques légères titillations voluptueuses venaient de me convaincre que la recette n’était pas une chimère, et le grand usage que j’ai fait depuis de cette secourable méthode a achevé de me convaincre plus d’une fois de l’habileté de mon maître. « Venons à moi, me dit Étienne, car tes plaisirs irritent mes sens, et il faut que je les partage, mon ange. Tiens, me dit-il, en me faisant empoigner un outil si monstrueux que mes deux petites mains pouvaient à peine l’entourer, tiens, mon enfant, ceci s’appelle un vit, et ce mouvement-là, continuait-il en conduisant mon poignet par des secousses rapides, ce mouvement-là s’appelle branler. Ainsi, dans ce moment-ci, tu me branles le vit. Va, mon enfant, va, vas-y de toutes tes forces. Plus tes mouvements seront rapides et pressés, plus tu hâteras l’instant de mon ivresse. Mais observe une chose essentielle, ajoutait-il en dirigeant toujours mes secousses, observe de tenir toujours la tête à découvert. Ne la recouvre jamais de cette peau que nous appelons le prépuce : si ce prépuce venait à recouvrir cette partie que nous nommons le gland, tout mon plaisir s’évanouirait. Allons, voyons ma petite, continuait mon maître, voyons que je fasse sur toi ce que tu ferais sur moi. » Et se pressant sur ma poitrine en disant cela, pendant que j’agissais toujours, il plaça ses deux mains si adroitement, remua ses doigts avec tant d’art, que le plaisir me saisit à la fin, et que c’est bien positivement à lui que j’en dois la première leçon. Alors, la tête venant à me tourner, je quittai ma besogne, et le révérend, qui n’était pas prêt à la terminer, consentit à renoncer un instant à son plaisir pour ne s’occuper que du mien. Et quand il me l’eut fait goûter en entier, il me fit reprendre l’ouvrage que mon extase m’avait obligée d’interrompre et m’enjoignit bien expressément de ne plus me distraire et de ne plus m’occuper que de lui. Je le fis de toute mon âme. Cela était juste : je lui devais bien quelque reconnaissance. J’y allais de si bon cœur et j’observais si bien tout ce qui m’était enjoint, que le monstre, vaincu par des secousses aussi pressées, vomit enfin toute sa rage et me couvrit de son venin. Étienne alors parut transporté du délire le plus voluptueux. Il baisait ma bouche avec ardeur, il maniait et branlait mon con et l’égarement de ses propos annonçait encore mieux son désordre. Les f… et les b… enlacés aux noms les plus tendres, caractérisaient ce délire qui dura fort longtemps et dont le galant Étienne, fort différent de son confrère l’avaleur d’urine, ne se retira que pour me dire que j’étais charmante, qu’il me priait de le revenir voir, et qu’il me traiterait toutes les fois comme il allait le faire. En me glissant un petit écu dans la main, il me ramena où il m’avait prise et me laissa tout émerveillée et tout enchantée d’une nouvelle bonne fortune qui, me raccommodant avec le couvent, me fit prendre à moi-même la résolution d’y revenir souvent à l’avenir, persuadée que plus j’avancerais en âge et plus j’y trouverais d’agréables aventures. Mais ce n’était plus là ma destinée : des événements plus importants m’attendaient dans un nouveau monde, et j’appris, en revenant à la maison, des nouvelles qui vinrent bientôt troubler l’ivresse où venait de me mettre l’heureuse tournure de ma dernière histoire. »


Ici une cloche se fit entendre dans le salon : c’était celle qui annonçait que le souper était servi. En conséquence, Duclos, généralement applaudie des petits débuts intéressants de son histoire, descendit de sa tribune et, après s’être un peu rajusté du désordre dans lequel chacun se trouvait, on s’occupa de nouveaux plaisirs en allant avec empressement chercher ceux que Comus offrait. Ce repas devait être servi par les huit petites filles nues. Elles se trouvèrent prêtes au moment où l’on changea de salon, ayant, eu la précaution de sortir quelques minutes avant. Les convives devaient être au nombre de vingt : les quatre amis, les huit fouteurs et les huit petits garçons. Mais l’évêque, toujours furieux contre Narcisse, ne voulut pas permettre qu’il fût de la fête, et comme on était convenu d’avoir entre soi des complaisances mutuelles et réciproques personne ne s’avisa de demander la révocation de l’arrêt, et le petit bonhomme fut enfermé seul dans un cabinet obscur en attendant l’instant des orgies où monseigneur, peut-être, se raccommoderait avec lui. Les épouses et les historiennes furent promptement souper à leur particulier, afin d’être prêtes pour les orgies ; les vieilles dirigèrent le service des huit petites filles, et l’on se mit à table. Ce repas, beaucoup plus fort que le dîner, fut servi avec bien plus de magnificence, d’éclat et de splendeur. Il y eut d’abord un service de potage au jus de bisque et de hors-d’œuvre composés de vingt plats. Vingt entrées les remplacèrent et furent bientôt relevées elles-mêmes par vingt autres entrées fines, uniquement composées de blancs de volailles, de gibiers déguisés sous toutes sortes de formes. On les releva par un service de rôti où parut tout ce qu’on peut imaginer de plus rare. Ensuite arriva une relève de pâtisserie froide, qui céda bientôt la place à vingt-six entremets de toutes figures et de toutes formes. On desservit et on remplaça ce qui venait d’être enlevé par une garniture complète de pâtisseries sucrées, froides et chaudes. Enfin, parut le dessert, qui offrit un nombre prodigieux de fruits, malgré la saison, puis les glaces, le chocolat et les liqueurs qui se prirent à table. À l’égard des vins, ils avaient varié à chaque service : dans le premier le bourgogne, au second et au troisième deux différentes espèces de vins d’Italie, au quatrième le vin du Rhin, au cinquième des vins du Rhône, au sixième le champagne mousseux et des vins grecs de deux sortes avec deux différents services. Les têtes s’étaient prodigieusement échauffées. On n’avait pas au souper, comme au dîner, la permission de morigéner autant les servantes : celles-ci, étant la quintessence de ce qu’offrait la société, devaient être un peu plus ménagées, mais en revanche, on se permit avec elles une furieuse dose d’impuretés. Le duc, à moitié ivre, dit qu’il ne voulait plus boire que de l’urine de Zelmire, et il en avala deux grands verres qu’il lui fit faire en la faisant monter sur la table, accroupie sur son assiette. « Le bel effort, dit Curval, que d’avaler du pissat de pucelle ! » et appelant Fanchon à lui : « Viens, garce, lui dit-il, c’est à la source même que je veux puiser. » Et penchant sa tête entre les jambes de cette vieille sorcière, il avala goulûment les flots impurs de l’urine empoisonnée qu’elle lui darda dans l’estomac. Enfin, les propos s’échauffèrent, on traita différents points de mœurs et de philosophie, et je laisse au lecteur à penser si la morale en fut bien épurée. Le duc entreprit un éloge du libertinage et prouva qu’il était dans la nature et que plus ses écarts étaient multipliés, mieux ils la servaient. Son opinion fut généralement reçue et applaudie, et on se leva pour aller mettre en pratique les principes qu’on venait d’établir. Tout était prêt dans le salon des orgies : les femmes y étaient déjà, nues, couchées sur des piles de carreaux à terre, pêle-mêle avec les jeunes gitons sortis de table à ce dessein un peu après le dessert. Nos amis s’y rendirent en chancelant, deux vieilles les déshabillèrent, et ils tombèrent au milieu du troupeau comme des loups qui assaillent une bergerie. L’évêque, dont les passions étaient cruellement irritées par les obstacles qu’elles avaient rencontrés à leur saillie, s’empara du cul sublime d’Antinoüs pendant qu’Hercule l’enfilait et, vaincu par cette dernière sensation et par le service important et si désiré qu’Antinoüs lui rendit sans doute, il dégorgea à la fin des flots de semence si précipités et si âcres qu’il s’évanouit dans l’extase. Les fumées de Bacchus vinrent achever d’enchaîner des sens qu’engourdissait l’excès de la luxure, et notre héros passa de l’évanouissement à un sommeil si profond qu’on fut obligé de le porter au lit. Le duc s’en donna de son côté. Curval, se ressouvenant de l’offre qu’avait faite la Martaine à l’évêque, la somma d’accomplir cette offre et s’en gorgea pendant qu’on l’enculait. Mille autres horreurs, mille autres infamies accompagnèrent et suivirent celles-là, et nos trois braves champions, car l’évêque n’était plus de ce monde, nos valeureux athlètes, dis-je, escortés des quatre fouteurs du service de nuit, qui n’étaient point là et qui vinrent les prendre, se retirèrent avec les mêmes femmes qu’ils avaient eues sur les canapés, à la narration. Malheureuses victimes de leurs brutalités, auxquelles il n’est que trop vraisemblable qu’ils firent plus d’outrages que de caresses et auxquelles, sans doute, ils donnèrent plus de dégoût que de plaisir. Telle fut l’histoire de la première journée.



Deuxième journée

On se leva à l’heure ordinaire. L’évêque, entièrement remis de ses excès et qui dès quatre heures du matin s’était trouvé très scandalisé de ce qu’on l’eût laissé coucher seul, avait sonné pour que Julie et le fouteur qui lui était destiné vinssent occuper leur poste. Ils arrivèrent à l’instant, et le libertin se replongea dans leurs bras au sein de nouvelles impuretés. Quand le déjeuner fut fait, suivant l’usage, dans l’appartement des filles, Durcet visita, et de nouvelles délinquantes, malgré tout ce qu’on avait pu dire, s’offrirent encore à lui. Michette était coupable d’un genre de faute, et Augustine, à qui Curval avait fait dire de se tenir tout le jour dans un certain état, se trouvait dans l’état absolument contraire : elle ne s’en souvenait plus, elle en demandait bien excuse et promettait que ça n’arriverait plus ; mais le quatrumvirat fut inexorable, et toutes deux furent inscrites sur la liste des punitions du premier samedi. Singulièrement mécontents de la maladresse de toutes ces petites filles dans l’art de la masturbation, impatientés de ce qu’on avait éprouvé sur cela la veille, Durcet proposa d’établir une heure dans la matinée où on leur donnerait des leçons sur cet objet, et que tour à tour un d’eux se lèverait une heure plus matin, ce moment d’exercice étant établi depuis neuf jusqu’à dix, se lèverait, dis-je, à neuf heures pour aller se prêter à cet exercice. On décida que celui qui remplirait cette fonction s’assiérait tranquillement au milieu du sérail, dans un fauteuil, et que chaque petite fille, conduite et guidée par la Duclos, la meilleure branleuse que le château renfermât, viendrait s’essayer sur lui, que la Duclos dirigerait leur main, leur mouvement, qu’elle leur apprendrait le plus ou le moins de vitesse qu’il fallait donner à leurs secousses en raison de l’état du patient, qu’elle prescrirait leurs attitudes, leurs postures pendant l’opération, et qu’on établirait des punitions réglées pour celle qui, au bout de la première quinzaine, ne réussirait point parfaitement dans cet art sans avoir plus besoin de leçons. Il leur fut surtout très exactement recommandé, d’après les principes du récollet, de tenir toujours le gland à découvert pendant l’opération et que la seconde main qui n’agissait pas s’occupât sans cesse pendant ce temps-là à chatouiller les environs, suivant les différentes fantaisies de ceux à qui elles auraient affaire. Ce projet du financier plut universellement. La Duclos, mandée, accepta la commission et, dès le même jour, elle ajusta dans leur appartement un godemiché sur lequel elles pouvaient toujours exercer leur poignet pour l’entretenir dans la sorte d’agilité nécessaire. On chargea Hercule du même emploi chez les garçons, qui toujours bien plus adroits dans cet art-là que les filles, parce qu’il ne s’agit que de faire aux autres ce qu’ils se font à eux-mêmes, n’eurent besoin que d’une semaine pour devenir les plus délicieux branleurs qu’il fût possible de rencontrer. Parmi eux, ce matin-là, il ne se trouva personne en faute, et l’exemple de Narcisse la veille ayant fait refuser presque toutes les permissions, il ne se trouva à la chapelle que Duclos, deux fouteurs, Julie, Thérèse, Cupidon et Zelmire. Curval banda beaucoup ; il s’était étonnamment échauffé le matin avec Adonis, à la visite des garçons, et l’on crut qu’il allait perdre, en voyant opérer Thérèse et les deux fouteurs, mais il se contint. Le dîner fut à l’ordinaire, mais le cher président, ayant singulièrement bu et paillardé pendant le repas, se renflamma de nouveau au café, servi par Augustine et Michette, Zélamir et Cupidon, dirigés par la vieille Fanchon, à qui par singularité on avait commandé d’être nue comme les enfants. De ce contraste naquit la nouvelle fureur lubrique de Curval, et se livra à quelques égarements de choix avec la vieille et Zélamir, qui lui valut enfin la perte de son foutre. Le duc, le vit en l’air, serrait Augustine de bien près ; il braillait, il jurait, il déraisonnait, et la pauvre petite, toute tremblante, se reculait toujours, comme la colombe devant l’oiseau de proie qui la guette et qui est près d’en faire sa capture. Il se contenta pourtant de quelques baisers libertins et de lui donner une première leçon, acompte de celle qu’elle devait commencer a prendre le lendemain. Et les deux autres, moins animés, ayant déjà commencé leurs méridiennes, nos deux champions les imitèrent, et on ne se réveilla qu’à six heures, pour passer au salon d’histoire. Tous les quadrilles de la veille étaient variés, tant pour les sujets que pour les habillements, et nos amis avaient pour compagnes sur les canapés, le duc : Aline, fille de l’évêque et par conséquent au moins nièce du duc, l’évêque : sa belle-sœur Constance, femme du duc et fille de Durcet ; Durcet : Julie, fille du duc et femme du président ; et Curval, pour se réveiller et se ranimer un peu : sa fille Adélaïde, femme de Durcet, l’une des créatures du monde qu’il avait le plus de plaisir à taquiner à cause de sa vertu et de sa dévotion. Il débuta avec elle par quelques mauvaises plaisanteries et, lui ayant ordonné de prendre pendant toute la séance une posture très analogue à ses goûts, mais très gênante pour cette pauvre petite femme, il la menaça de tous les effets de sa colère si elle s’en dérangeait un seul instant. Tout étant prêt, Duclos monta sur sa tribune et reprit ainsi le fil de sa narration :


« Il y avait trois jours que ma mère n’avait paru à la maison, lorsque son mari, inquiet bien plutôt de ses effets et de son argent que de la créature, s’avisa d’entrer dans sa chambre, où ils avaient coutume de serrer ce qu’ils avaient de plus précieux. Mais quel fut son étonnement lorsqu’au lieu de ce qu’il cherchait, il ne trouva qu’un billet de ma mère qui lui disait de prendre son parti sur la perte qu’il faisait, parce qu’étant décidée à se séparer de lui pour jamais, et n’ayant point d’argent, il fallait bien qu’elle prît tout ce qu’elle emportait ; qu’au reste il ne devait s’en prendre qu’à lui et à ses mauvais traitements si elle le quittait, et qu’elle lui laissait deux filles qui valaient bien ce qu’elle emportait. Mais le bonhomme était bien loin de trouver que l’un valût l’autre, et le congé qu’il nous donna gracieusement, en nous priant de ne pas même coucher à la maison, fut la preuve certaine qu’il n’en comptait pas comme ma mère. Assez peu affligées d’un compliment qui nous donnait, à ma sœur et à moi, pleine liberté de nous livrer à l’aise au petit genre de vie qui commençait si bien à nous plaire, nous ne songeâmes qu’à emporter nos petits effets et à prendre aussi vite congé du cher beau-père qu’il lui avait plu de nous le donner. Nous nous retirâmes sur-le-champ dans une petite chambre aux environs, ma sœur et moi, en attendant que nous eussions pris notre parti sur notre destinée. Là, nos premiers raisonnements tombèrent sur le sort de notre mère. Nous ne doutâmes pas d’un moment qu’elle ne fût au couvent, décidée à vivre secrètement chez quelque Père, ou à s’en faire entretenir dans quelque coin des environs, et nous nous en tenions sans trop de souci à cette opinion, lorsqu’un Frère du couvent vint nous apporter un billet qui fit changer nos conjectures. Ce billet disait en substance que ce qu’on avait de mieux à nous conseiller était de venir, aussitôt qu’il ferait nuit, au couvent, chez le Père gardien même qui écrivait le billet ; qu’il nous attendrait dans l’église jusqu’à dix heures du soir et qu’il nous mènerait dans l’endroit où était notre mère, dont il nous ferait partager avec plaisir le bonheur actuel et la tranquillité. Il nous exhortait vivement à n’y pas manquer, et surtout à cacher nos démarches avec le plus grand soin, parce qu’il était essentiel que notre beau-père ne sût rien de tout ce qu’on faisait et pour ma mère et pour nous. Ma sœur, qui pour lors avait atteint sa quinzième année et qui, par conséquent, avait et plus d’esprit et plus de raison que moi qui n’en avais que neuf, après avoir congédié le porteur du billet et répondu qu’elle ferait ses réflexions là-dessus, ne put s’empêcher de s’étonner de toutes ces manœuvres. « Françon, me dit-elle, n’y allons pas. Il y a quelque chose là-dessous. Si cette proposition était franche, pourquoi ma mère, ou n’aurait-elle pas joint un billet à celui-ci, ou ne l’aurait-elle pas au moins signé ? Et avec qui serait-elle au couvent, ma mère ? Le Père Adrien, son meilleur ami, n’y est plus depuis trois ans à peu près. Depuis cette époque, elle n’y va plus qu’en passant et n’y a plus aucune intrigue réglée. Par quel hasard aurait-elle été choisir cette retraite ? Le Père gardien n’est, ni n’a jamais été, son amant. Je sais qu’elle l’a amusé deux ou trois fois, mais ce n’est pas un homme à se prendre pour une femme en raison de cela seul, car il n’en est pas de plus inconstant et même de plus brutal envers les femmes, une fois que son caprice est passé. Ainsi d’où vient aurait-il pris tant d’intérêt à notre mère ? Il y a quelque chose là-dessous, te dis-je. Je ne l’ai jamais aimé, ce vieux gardien : il est méchant, il est dur, il est brutal. Il m’a attirée une fois dans sa chambre, où il était avec trois autres, et d’après ce qui m’y est arrivé, j’ai bien juré depuis de n’y pas remettre les pieds. Si tu m’en crois, laissons là tous ces coquins de moines. Il n’est plus temps de te le cacher, Françon, j’ai une connaissance, et j’ose dire une bonne amie : on l’appelle Mme Guérin. Il y a deux ans que je la fréquente et elle n’a pas été, depuis ce temps-là, une semaine sans me faire faire une bonne partie, mais non pas des parties de douze sols, comme celles que nous faisons au couvent : il n’y en a pas eu une dont je n’aie rapporté trois écus. Tiens, en voilà la preuve, continua ma sœur en me montrant une bourse où il y avait plus de dix louis, tu vois que j’ai de quoi vivre. Eh bien, si tu veux suivre mon avis, fais comme moi. La Guérin te recevra, j’en suis sûre, elle t’a vue il y a huit jours en venant me chercher pour une partie ; et elle m’a chargée de t’en proposer aussi et que, quelque jeune que tu fusses, elle trouverait toujours à te placer. Fais comme moi, te dis-je, et nous serons bientôt au-dessus de nos affaires. Au reste, c’est tout ce que je peux te dire, car excepté cette nuit où je payerai ta dépense, ne compte plus sur moi, ma petite. Chacun pour soi dans ce monde. J’ai gagné cela avec mon corps et mes doigts ; fais-en autant. Et si la pudeur te tient, va-t’en au diable, et surtout ne viens pas me chercher ; car, après ce que je te dis là, je te verrais tirer la langue deux pieds de long que je ne te donnerais pas un verre d’eau. Quant à ma mère, bien loin d’être fâchée de son sort, quel qu’il puisse être, je te proteste que je m’en réjouis et que le seul vœu que je fais est que la putain soit si loin que je ne la revoie de ma vie. Je sais combien elle m’a gênée dans mon métier, et tous les beaux conseils qu’elle me donnait pendant que la garce en faisait trois fois pis. Ma mie, que le diable l’emporte et surtout ne la ramène pas ! Voilà tout ce que je lui souhaite. » N’ayant pas, à vous dire le vrai, ni le cœur plus tenace, ni l’âme beaucoup mieux placée que ma sœur, je partageai de bien bonne foi toutes les invectives dont elle accabla cette excellente mère et, remerciant ma sœur de la connaissance qu’elle me procurait, je lui promis et de la suivre chez cette femme et, une fois qu’elle m’aurait adoptée, de cesser de lui être à charge. À l’égard du refus d’aller au couvent, je l’adoptai comme elle. « Si effectivement elle est heureuse, tant mieux pour elle, dis-je ; en ce cas nous pouvons l’être de même de notre côté, sans avoir besoin d’aller partager son sort. Et si c’est un piège qu’on nous tend, il est très nécessaire de l’éviter ». Sur cela ma sœur m’embrassa. « Allons, dit-elle, je vois à présent que tu es une bonne fille. Va, va, sois sûre que nous ferons fortune. Je suis jolie, et toi aussi : nous gagnerons ce que nous voudrons, ma mie. Mais il ne faut pas s’attacher, souviens-t’en. Aujourd’hui l’un, demain l’autre, il faut être putain, mon enfant, putain dans l’âme et dans le cœur. Pour moi, continue-t-elle, je le suis tant, vois-tu, à présent, qu’il n’y a ni confession, ni prêtre, ni conseil, ni représentation qui pût me retirer du vice. J’irais, sacredieu ! montrer mon cul sur les bornes avec autant de tranquillité que je boirais un verre de vin. Imite-moi, Françon, on gagne tout sur les hommes avec de la complaisance ; le métier est un peu dur dans les commencements, mais on s’y fait. Autant d’hommes, autant de goûts ; d’abord, il faut t’y attendre. L’un veut une chose, l’autre en veut une autre, mais qu’importe, on est là pour obéir, on se soumet : c’est bientôt passé et l’argent reste ». J’étais confondue, je l’avoue, d’entendre des propos aussi déréglés dans la bouche d’une fille si jeune et qui m’avait toujours paru si décente. Mais comme mon cœur en partageait l’esprit, je lui laissai bientôt connaître que j’étais non seulement disposée à l’imiter dans tout, mais même à faire encore pis qu’elle si cela était nécessaire. Enchantée de moi, elle m’embrassa de nouveau, et comme il commençait à se faire tard, nous envoyâmes chercher une poularde et du bon vin ; nous soupâmes et couchâmes ensemble, décidées à aller dès le lendemain matin nous présenter chez la Guérin et la prier de nous recevoir au nombre de ses pensionnaires. Ce fut pendant ce souper que ma sœur m’apprit tout ce que j’ignorais encore du libertinage. Elle se fit voir à moi toute nue, et je puis assurer que c’était une des plus belles créatures qu’il y eût alors à Paris. La plus belle peau, l’embonpoint le plus agréable, et malgré cela la taille la plus leste et la plus intéressante, les plus jolis yeux bleus, et tout le reste à l’avenant. Aussi appris-je depuis combien la Guérin en faisait cas et avec quel plaisir elle la procurait à ses pratiques qui, jamais las d’elle, la redemandaient sans cesse. À peine fûmes-nous au lit que nous nous ressouvînmes que nous avions mal à propos oublié de faire une réponse au Père gardien qui, peut-être, s’irriterait de notre négligence et qu’il fallait au moins ménager tant que nous serions dans le quartier. Mais comment réparer cet oubli ? Il était onze heures passées, et nous résolûmes de laisser aller les choses comme elles pourraient. Vraisemblablement l’aventure tenait fort au cœur du gardien, et de là il était facile d’augurer qu’il travaillait plus pour lui que pour le prétendu bonheur dont il nous parlait, car, à peine minuit fut-il sonné, qu’on frappa doucement à notre porte. C’était le Père gardien lui-même. Il nous attendait, disait-il, depuis deux heures ; nous aurions au moins dû lui faire réponse. Et s’étant assis auprès de notre lit, il nous dit que notre mère s’était déterminée à passer le reste de ses jours dans un petit appartement secret qu’ils avaient au couvent et dans lequel on lui faisait faire la meilleure chère du monde, assaisonnée de la société de tous les gros bonnets de la maison, qui venaient passer la moitié du jour avec elle et une autre jeune femme, compagne de ma mère ; qu’il ne tenait qu’à nous d’en venir augmenter le nombre, mais que, comme nous étions trop jeunes pour nous fixer, il ne nous engagerait que pour trois ans, au bout desquels il jurait de nous rendre notre liberté, et mille écus à chacune ; qu’il était chargé de la part de ma mère de nous assurer que nous lui ferions un vrai plaisir de venir partager sa solitude. « Mon Père, dit effrontément ma sœur, nous vous remercions de votre proposition. Mais, à l’âge que nous avons, nous n’avons pas envie de nous enfermer dans un cloître pour devenir des putains de prêtres ; nous ne l’avons que trop été. »

Le gardien renouvela ses instances ; il y mettait un feu, une action, qui prouvaient bien à quel point il désirait de faire réussir la chose. Voyant enfin qu’il ne pouvait réussir, il se jeta presque en fureur sur ma sœur. « Eh bien, petite putain ! lui dit-il, satisfais-moi donc au moins encore une fois, avant que je ne te quitte. » Et, déboutonnant sa culotte, il se mit à cheval sur elle, qui ne s’y opposa point, persuadée qu’en le laissant satisfaire sa passion elle s’en débarrasserait plus tôt. Et le paillard, la fixant sous lui de ses genoux, vint secouer un engin dur et assez gros à quatre lignes de la superficie du visage de ma sœur. « Le beau visage, s’écria-t-il, la jolie petite figure de putain ! Comme je vais l’inonder de foutre ! Ah sacredieu ! » Et dans l’instant les écluses s’ouvrirent, le sperme éjacula, et toute la physionomie de ma sœur, et principalement le nez et la bouche, se trouvèrent couverts des preuves du libertinage de notre homme, dont la passion peut-être ne se fût pas satisfaite à si bon marché, si son projet avait réussi. Et après nous avoir jeté un écu sur la table et rallumé sa lanterne : « Vous êtes de petites imbéciles, vous êtes de petites gueuses, nous dit-il, vous manquez votre fortune. Puisse le ciel vous en punir en vous faisant tomber dans la misère et puissé-je avoir le plaisir de vous y voir pour ma vengeance : voilà mes derniers vœux. » Ma sœur, qui s’essuyait le visage, lui rendit bientôt toutes ses sottises, et notre porte se refermant pour ne plus s’ouvrir qu’au jour, nous passâmes au moins le reste de la nuit tranquilles. « Ce que tu as vu, dit ma sœur, est une de ses passions favorites. Il aime à la folie à décharger sur le visage des filles. S’il s’en tenait là… bon ; mais le coquin a bien d’autres goûts et de si dangereux que je crains bien… » Mais ma sœur, que le sommeil gagnait, s’endormit sans finir sa phrase, et le lendemain ramenant d’autres aventures nous ne pensâmes plus à celle-là. Dès le matin nous nous levâmes et, nous ajustant de notre mieux, nous nous transportâmes chez Mme Guérin. Cette héroïne demeurait rue Soli, dans un appartement fort propre, au premier, qu’elle partageait avec six grandes demoiselles de seize à vingt-deux ans, toutes très fraîches et très jolies. Mais vous trouverez bon, s’il vous plaît, que je ne vous les dépeigne, messieurs, qu’à mesure que cela deviendra nécessaire. La Guérin, enchantée du projet qui amenait ma sœur chez elle, depuis le temps qu’elle la désirait, nous reçut et nous logea toutes deux avec le plus grand plaisir. « Toute jeune que vous voyiez cette enfant, lui dit ma sœur en me montrant, elle vous servira bien, je suis sa caution. Elle est douce, gentille, a un fort bon caractère et le putanisme le plus décidé dans l’âme. Vous avez beaucoup de paillards parmi vos connaissances qui veulent des enfants, en voilà une comme il leur faut… employez-la. » La Guérin, se tournant vers moi, me demanda alors si j’étais déterminée à tout. « Oui madame, lui répondis-je avec un petit air effronté qui lui fit plaisir, à tout, pour gagner de l’argent. » On nous présenta à nos nouvelles compagnes dont ma sœur était déjà très connue et qui, par amitié pour elle, lui promirent d’avoir soin de moi. Nous dînâmes toutes ensemble, et telle fut en un mot, messieurs, ma première installation au bordel.

« Je ne devais pas y être longtemps sans y trouver pratique. Dès le soir même, il nous arriva un vieux négociant, empaqueté dans un manteau, avec qui la Guérin me maria pour mon étrenne. « Oh ! pour le coup, dit-elle au vieux libertin en me présentant à lui, vous les voulez sans poil monsieur Duclos : je vous suis caution que celle-la n’en a pas. — Effectivement, dit le vieil original en me lorgnant, ça m’a l’air bien enfant. Quel âge avez-vous, ma petite ? — Neuf ans, monsieur. — Neuf ans… Bien, bien, madame Guérin, vous le savez, voilà comme je les aime. Plus jeunes encore, si vous en aviez : je les prendrais, morbleu, au sortir de nourrice. » Et la Guérin se retirant en riant du propos, on nous enferma tous les deux. Alors le vieux libertin, s’approchant de moi, me baisa deux ou trois fois sur la bouche. D’une de ses mains conduisant la mienne, il me fit sortir de sa braguette un engin qui n’était rien moins que bandant, et agissant toujours sans trop parler, il défit mes jupons, me coucha sur le canapé, ma chemise relevée sur ma poitrine, et s’établissant à cheval sur mes cuisses, qu’il avait placées dans le plus grand écartement possible, d’une de ses mains il entrouvrait mon petit con tant qu’il put, tandis que de l’autre il se manualisait dessus de toutes ses forces. « Le joli petit oiseau, disait-il en s’agitant et en soupirant de plaisir, comme je l’apprivoiserais si je pouvais encore ! mais je ne peux plus ; j’aurais beau faire, en quatre ans le bougre de vit ne roidirait pas. Ouvre, ouvre, ma petite, écarte bien. » Et, au bout d’un quart d’heure, à la fin, je vis mon homme soupirer avec plus de force. Quelques sacredieu vinrent prêter de l’énergie à ses expressions ; et je me sentis tous les bords du con inondés du sperme chaud et écumeux que le coquin, ne pouvant lancer au-dedans, s’efforçait au moins à faire pénétrer avec ses doigts. Il n’eut pas plus tôt fait qu’il partit comme un éclair, et j’étais encore occupée à m’essuyer que mon galant ouvrait déjà la porte de la rue. Telle est l’origine, messieurs, qui me valut le nom de Duclos : il était d’usage dans cette maison que chaque fille adoptait le nom du premier avec qui elle avait eu affaire, et je me soumis à leur mode. »


« Un instant, dit le duc. Je n’ai pas voulu interrompre que vous n’en fussiez à une pause, mais puisque vous y voilà, expliquez-moi un peu deux choses : la première si vous eûtes des nouvelles de votre mère et si vous avez jamais su ce qu’elle devint, et la seconde si les causes d’antipathie que vous aviez, votre sœur et vous, pour elle, étaient naturellement en vous ou si elles avaient une cause. Ceci tient à l’histoire du cœur humain, et c’est à cela particulièrement que nous travaillons. — Monseigneur, répondit Duclos, ni ma sœur ni moi n’avons jamais eu la moindre nouvelle de cette femme-là. — Bon, dit le duc, en ce cas-là c’est clair : n’est-ce pas Durcet ? — Incontestable, répondit le financier. Il n’y a pas à en douter d’un moment, et vous fûtes bien heureuses de ne pas donner dans le panneau, car vous n’en seriez jamais revenues. — Il est inouï, dit Curval, comme cette manie-là se répand. — Ma foi, c’est qu’elle est bien délicieuse, dit l’évêque. — Et le second point ? dit le duc en s’adressant à l’historienne. — Le second point, monseigneur, c’est-à-dire le motif de notre antipathie, je serais, ma foi, bien en peine de vous en rendre compte ; mais il était si violent dans nos deux cœurs que nous nous avouâmes réciproquement que nous nous serions senties capables de l’empoisonner, si nous ne fussions pas parvenues à nous en débarrasser autrement. Notre aversion était au dernier degré, et comme elle n’y donnait aucun lieu, il est plus que vraisemblable que ce sentiment dans nous n’était que l’ouvrage de la nature. — Et qui en doute ? dit le duc. Il arrive tous les jours qu’elle nous inspire l’inclination la plus violente pour ce que les hommes appellent crime, et vous l’eussiez empoisonnée vingt fois que cette action dans vous n’eût jamais été que le résultat de ce penchant qu’elle vous aurait inspiré pour ce crime, penchant qu’elle vous dénotait en vous douant d’une si forte antipathie. Il est fou d’imaginer qu’on doive rien à sa mère. Et sur quoi donc serait fondée la reconnaissance ? Sur ce qu’elle a déchargé quand on la foutait ? Assurément, il y a de quoi ! Pour moi, je n’y vois que des motifs de haine et de mépris. Nous donne-t-elle le bonheur en nous donnant le jour ?… Il s’en faut ; elle nous jette dans un monde rempli d’écueils, et c’est à nous à nous en tirer comme nous pourrons. Je me souviens que j’en ai eu une autrefois qui m’inspirait à peu près les mêmes sentiments que Duclos sentait pour la sienne : je l’abhorrais. Dès que je l’ai pu, je l’ai envoyée dans l’autre monde, et je n’ai de mes jours goûté une volupté si vive que celui où elle ferma les yeux pour ne les plus rouvrir. »

En ce moment on entendit des sanglots affreux dans un des quadrilles ; c’était positivement à celui du duc. On examina, on vit la jeune Sophie qui fondait en larmes. Douée d’un autre cœur que celui de ces scélérats, leur conversation rappelait à son esprit le souvenir chéri de celle qui lui avait donné le jour, périssant pour la défendre lorsqu’elle fut enlevée, et ce n’était pas sans des flots de larmes que cette idée cruelle s’offrait à sa tendre imagination. « Ah ! parbleu, dit le duc, voilà une excellente chose. C’est votre maman que vous pleurez, ma petite morveuse, n’est-ce pas ? Approchez, approchez que je vous console. » Et le libertin échauffé, et des préliminaires et de ces propos, et de ce qu’ils opéraient, fit voir un vit foudroyant, qui paraissait vouloir une décharge. Cependant Marie amena l’enfant (c’était la duègne de ce quadrille). Ses larmes coulaient en abondance, son accoutrement de novice, qu’elle avait ce jour-là, semblait prêter encore plus de charme à cette douleur qui l’embellissait. Il était impossible d’être plus jolie. « Bougre de dieu, dit le duc en se levant comme un frénétique, quel joli morceau à croquer ! Je veux faire ce que Duclos vient de dire : je veux lui barbouiller le con de foutre… Qu’on la déshabille. » Et tout le monde en silence attendait l’issue de cette légère escarmouche. « Oh ! monsieur, monsieur, s’écria Sophie en se jetant aux pieds du duc, respectez au moins ma douleur ! Je gémis sur le sort d’une mère qui me fut bien chère, qui est morte en me défendant et que je ne reverrai jamais. Ayez pitié de mes larmes et accordez-moi au moins cette seule soirée de repos. — Ah ! foutre, dit le duc en maniant son vit qui menaçait le ciel, je n’aurais jamais cru que cette scène fût si voluptueuse. Déshabillez donc, déshabillez donc ! disait-il à Marie, en fureur, elle devrait déjà être nue. » Et Aline, qui était sur le sofa du duc, pleurait à chaudes larmes, ainsi que la tendre Adélaïde, qu’on entendait gémir dans la niche de Curval qui, loin de partager la douleur de cette belle créature, la grondait violemment d’avoir quitté la posture où il l’avait mise et considérait d’ailleurs avec le plus vif intérêt l’issue de cette délicieuse scène. Cependant on déshabille Sophie sans le plus petit égard pour sa douleur ; on la place dans l’attitude que Duclos venait de dépeindre, et le duc annonce qu’il va décharger. Mais comment faire ? Ce que venait de raconter Duclos était exécuté par un homme qui ne bandait pas, et la décharge de son vit flasque pouvait se diriger où il voulait. Ce n’était plus de même ici : la tête menaçante de l’engin du duc ne voulait pas se détourner du ciel qu’elle avait l’air de menacer ; il aurait fallu pour ainsi dire placer l’enfant au-dessus. On ne savait comment s’y prendre, et cependant plus se trouvaient d’obstacles, plus le duc irrité sacrait et blasphémait. Enfin la Desgranges vint au secours. Rien de ce qui tenait au libertinage n’était inconnu à cette vieille sorcière. Elle saisit l’enfant et la plaça si adroitement sur ses genoux que, de quelque manière que se tînt le duc, le bout de son vit effleurait le vagin. Deux servantes viennent contenir les jambes de l’enfant, et, eut-elle dû être dépucelée, jamais elle ne l’eût présenté plus beau. Ce n’était pas tout encore : il fallait une main adroite pour faire déborder le torrent et le diriger juste à sa destination. Blangis ne voulait pas risquer la main d’un enfant maladroit pour une si importante opération. « Prends Julie, dit Durcet, tu en seras content ; elle commence à branler comme un ange. — Oh ! foutre, dit le duc, elle me manquera, la garce, je la connais ; il suffit que je sois son père, elle aura une peur affreuse. — Ma foi je te conseille un garçon, dit Curval, prend Hercule, son poignet est souple. — Je ne veux que la Duclos, dit le duc, c’est la meilleure de toutes nos branleuses, permettez-lui de quitter un instant son poste et qu’elle vienne. » Duclos s’avance, toute fière d’une préférence aussi marquée. Elle retrousse son bras jusqu’au coude et, empoignant l’énorme instrument de monseigneur, elle se met à le secouer, la tête toujours découverte, à le remuer avec tant d’art, à l’agiter par des secousses si rapides et en même temps si proportionnées à l’état dans lequel elle voyait son patient, qu’enfin la bombe éclate sur le trou même qu’elle doit couvrir. Il s’en inonde ; le duc crie, jure, tempête. Duclos ne se démonte pas ; ses mouvements se déterminent en raison du degré de plaisir qu’ils procurent. Antinoüs, placé à dessein, fait pénétrer délicatement le sperme dans le vagin, à mesure qu’il s’écoule, et le duc, vaincu par les sensations les plus délicieuses, voit, en expirant de volupté, mollir peu à peu dans les doigts de sa branleuse le fougueux membre dont l’ardeur venait de l’enflammer si puissamment lui-même. Il se rejette sur son sofa, la Duclos reprend sa place, l’enfant s’essuie, se console et reprend son quadrille, et le récit se continue, en laissant les spectateurs persuadés d’une vérité dont ils étaient, je crois, pénétrés depuis bien longtemps : que l’idée du crime sut toujours enflammer les sens et nous conduire à la lubricité.


« Je fus très étonnée, dit Duclos en reprenant le fil de son discours, de voir toutes mes compagnes rire en me retrouvant et me demander si je m’étais essuyée, et mille autres propos qui prouvaient qu’elles savaient très bien ce que je venais de faire. On ne me laissa pas longtemps dans l’inquiétude, et ma sœur, me menant dans une chambre voisine de celle où se faisaient communément les parties et dans laquelle je venais d’être enfermée, m’y fît voir un trou qui répondait à plomb sur le canapé et duquel on voyait facilement tout ce qui s’y passait. Elle me dit que ces demoiselles se divertissaient entre elles à aller voir par là ce que les hommes faisaient à leurs compagnes et que j’étais bien la maîtresse d’y venir moi-même quand je voudrais, pourvu qu’il ne fût pas occupé, car il arrivait souvent, disait-elle, que ce respectable trou servait à des mystères dont on m’instruirait en temps et lieux. Je ne fus pas huit jours sans profiter de ce plaisir, et, un matin qu’on était venu demander une nommée Rosalie, une des plus belles blondes qu’il fût possible de voir, je fus curieuse d’observer ce qu’on allait lui faire. Je me cachai, et voici la scène dont je fus témoin. L’homme à qui elle avait affaire n’avait pas plus de vingt-six ou trente ans. Dès qu’elle entra, il la fit asseoir sur un tabouret très élevé et destiné à cette cérémonie. Aussitôt qu’elle y fut, il détacha toutes les épingles qui tenaient sa chevelure et fit flotter jusqu’à terre une forêt de cheveux blonds superbes dont la tête de cette belle fille était ornée. Il prit un peigne dans sa poche, les peigna, les démêla, les mania, les baisa, en entremêlant chaque action d’un éloge sur la beauté de cette chevelure qui l’occupait si uniquement. Il sortit enfin de sa culotte un petit vit sec et très roide qu’il enveloppa promptement des cheveux de sa dulcinée et, se manualisant dans le chignon, il déchargea en passant son autre main autour du col de Rosalie, et fixant sa bouche à ses baisers, il redéveloppa son engin mort. Je vis les cheveux de ma compagne tout gluants de foutre ; elle les essuya, les rattacha, et nos amants se séparèrent.

« Un mois après, on vint chercher ma sœur pour un personnage que nos demoiselles me dirent d’aller regarder, parce qu’il avait aussi une fantaisie assez baroque. C’était un homme d’environ cinquante ans. À peine fut-il entré que, sans préliminaire, sans caresse, il fit voir son derrière à ma sœur qui, au fait de la cérémonie, le fait pencher sur un lit, s’empare de ce vieux cul mou et ridé, enfonce ses cinq doigts dans l’orifice et se met à le secouer d’une si furieuse force que le lit en craquait. Cependant notre homme, sans jamais montrer autre chose, s’agite, se secoue, suit les mouvements qu’on lui donne, s’y prête avec lubricité et s’écrie qu’il décharge et qu’il jouit du plus grand des plaisirs. L’agitation avait été violente à la vérité, car ma sœur en était en nage. Mais quels minces épisodes et quelle stérilité d’imagination !

« Si celui qui me fut présenté peu après n’y mit guère plus de détails, au moins paraissait-il plus voluptueux, et sa manie avait-elle, selon moi, plus le coloris du libertinage. C’était un gros homme d’environ quarante-cinq ans, petit, trapu, mais frais et gaillard. N’ayant point encore vu d’homme de son goût, mon premier mouvement, dès que je fus avec lui, fut de me trousser jusqu’au nombril. Un chien auquel on présente un bâton ne fait pas une mine plus allongée : « Eh ! ventrebleu, ma mie, laissons-là le con, je vous en prie. » Et en même temps il rabaisse mes jupes avec plus d’empressement que je les avais levées. « Ces petites putains-là, continua-t-il avec humeur, n’ont jamais que des cons à vous faire voir ! Vous êtes cause que je ne déchargerai peut-être pas de la soirée… avant que je me sois ôté ce foutu con de la tête. » Et, en disant cela ; il me retourna et leva méthodiquement mes cotillons par-derrière. En cette posture, me conduisant lui-même et tenant toujours mes jupes levées ; pour voir les mouvements de mon cul en marchant, il me fit approcher du lit, sur lequel il me coucha à plat ventre. Alors il examina mon derrière avec la plus scrupuleuse attention, se garantissant toujours avec une main de la perspective du con qu’il me paraissait craindre plus que le feu. Enfin m’ayant avertie de dissimuler tant que je pourrais cette indigne partie (je me sers de son expression), de ses deux mains il mania longtemps et avec lubricité mon derrière. Il l’écartait, il le resserrait, quelquefois il y portait sa bouche, et je la sentis même, une fois ou deux, directement appuyée sur le trou ; mais il ne se touchait point encore, rien ne paraissait. Se sentant pourtant pressé apparemment il se disposa au dénouement de son opération. « Couchez-vous tout à fait à terre, me dit-il, en y jetant quelques carreaux, là, oui, ainsi… les jambes bien écartées, le cul un peu relevé et le trou le plus entrouvert qu’il vous sera possible. Au mieux », continua-t-il en voyant ma docilité. Et alors, prenant un tabouret, il le plaça entre mes jambes et vint s’asseoir dessus, de manière à ce que son vit, qu’il sortit enfin de sa culotte et qu’il secoua, fût pour ainsi dire à la hauteur du trou qu’il encensait. Alors ses mouvements devinrent plus rapides. D’une main il se branlait, de l’autre il écartait mes fesses, et quelques louanges assaisonnées de beaucoup de jurements composaient ses discours : « Ah ! sacredieu ; le beau cul, s’écriait-il, le joli trou, et comme je vais l’inonder ! » Il tint parole. Je m’y sentis toute mouillée ; le libertin parut anéanti de son extase. Tant il est vrai que l’hommage rendu à ce temple a toujours plus d’ardeur que celui qui brûle sur l’autre. Et il se retira après m’avoir promis de me revenir voir, puisque je satisfaisais si bien ses désirs. Il revint effectivement dès le lendemain, mais son inconstance lui fit préférer ma sœur. Je fus les observer et je vis qu’il employait absolument les mêmes procédés, et que ma sœur s’y prêtait avec la même complaisance. »


« Avait-elle un beau cul, ta sœur ? dit Durcet. — Un seul trait vous en fera juger, monseigneur, dit Duclos. Un fameux peintre, chargé de faire une Vénus aux belles fesses, la demanda l’année d’après pour modèle, ayant, disait-il, cherché chez toutes les maquerelles de Paris sans rien trouver qui la valût. — Mais enfin, puisqu’elle avait quinze ans et que voilà ici des filles de cet âge, compare-nous son derrière, continua le financier, à quelqu’un des culs que tu as ici sous tes yeux. » Duclos jeta les yeux sur Zelmire et dit qu’il lui était impossible de rien trouver qui, non seulement pour le cul, mais même pour la figure, ressemblât mieux de tous points à sa sœur. « Allons, Zelmire, dit le financier, venez donc me présenter vos fesses. » Elle était justement de son quadrille. La charmante fille approche en tremblant. On la place au pied du canapé, couchée sur le ventre ; on relève sa croupe avec des carreaux ; le petit trou paraît en plein. Le paillard, qui bandaillait, baise et manie ce qu’on lui présente. Il ordonne à Julie de le branler ; on exécute. Ses mains s’égarent sur d’autres objets, la lubricité l’enivre, son petit instrument, sous les secousses voluptueuses de Julie, a l’air de se roidir un moment, le paillard jure, le foutre coule, et le souper sonne. Comme la même profusion régnait à tous les repas, en avoir peint un, c’est les avoir tous peints. Mais comme presque tout le monde avait déchargé, à celui-ci on eut besoin de reprendre des forces et, en conséquence, on but beaucoup. Zelmire, qu’on appelait la sœur de Duclos, fut extrêmement fêtée aux orgies et tout le monde voulut lui baiser le cul. L’évêque y laissa du foutre, les trois autres y rebandèrent, et on fut se coucher comme la veille, c’est-à-dire chacun avec les femmes qu’ils avaient eues sur les canapés et quatre fouteurs qui n’avaient point paru depuis le dîner.


Troisième journée

Le duc se leva dès neuf heures. C’était lui qui devait commencer à se prêter aux leçons que la Duclos devait donner aux jeunes filles. Il se campa dans un fauteuil et éprouva pendant une heure les divers attouchements, masturbations, pollutions et postures diverses de chacune de ces petites filles, conduites et guidées par leur maîtresse, et, comme on l’imagine aisément, son tempérament fougueux se trouva furieusement irrité d’une telle cérémonie. Il lui fallut d’incroyables efforts sur lui-même pour n’y pas perdre son foutre, mais assez maître de lui, il sut se contenir et revint triomphant se vanter qu’il venait de supporter un assaut qu’il défiait ses amis de soutenir avec le même flegme. Cela donna lieu à établir des gageüres et une amende de cinquante louis imposée à celui qui déchargerait pendant les leçons. Au lieu du déjeuner et des visites, cette matinée-là s’employa à régler le tableau des dix-sept orgies projetées pour la fin de chaque semaine, ainsi que la fixation en dernier ressort des dépucellements, que l’on se trouva mieux en état de statuer, après avoir un peu mieux connu les sujets, qu’on ne l’eût pu auparavant. Comme ce tableau réglait d’une manière décisive toutes les opérations de la campagne, nous avons cru nécessaire d’en donner copie au lecteur. Il nous a semblé que, sachant après l’avoir lu la destination des sujets, il prendrait plus d’intérêt aux sujets dans le reste des opérations.



Tableau des projets du reste du voyage

Le sept de novembre, révolution de la première semaine, on procédera dès le matin au mariage de Michette et de Giton, et les deux époux, à qui l’âge ne permet pas de se conjoindre, non plus qu’aux trois hymens suivants, seront séparés dès le soir même, et sans plus avoir égard à cette cérémonie qui n’aura servi qu’à divertir pendant la journée. On procédera dès le même soir à la correction des sujets marqués sur la liste de l’ami de mois.

Le quatorze, on procédera de même au mariage de Narcisse et d’Hébé, avec les mêmes clauses que ci-dessus.

Le vingt et un, de même, à celui de Colombe et de Zélamir.

Le vingt-huit, également, à celui de Cupidon et de Rosette.

Le quatre de décembre, les narrations de la Champville devant avoir prêté aux expéditions suivantes, le duc dépucellera Fanny.

Le cinq, cette Fanny sera mariée à Hyacinthe, qui jouira de sa jeune épouse devant l’assemblée. Telle sera la fête de la cinquième semaine et, le soir, les corrections à l’ordinaire, parce que les mariages se célébreront dès le matin.

Le huit décembre, Curval dépucellera Michette.

Le onze, le duc dépucellera Sophie.

Le douze, pour célébrer la fête de la sixième semaine, Sophie sera mariée à Céladon et avec les mêmes clauses que le mariage ci-dessus. Ce qui ne se répétera plus pour les suivants.

Le quinze, Curval dépucellera Hébé.

Le dix-huit, le duc dépucellera Zelmire, et le dix-neuf, pour célébrer la fête de la septième semaine, Adonis épousera Zelmire.

Le vingt, Curval dépucellera Colombe.

Le vingt-cinq, jour de Noël, le duc dépucellera Augustine, et le vingt-six, pour la fête de la huitième semaine, Zéphire épousera Augustine.

Le vingt-neuf, Curval dépucellera Rosette, et les arrangements ci-dessus ont été pris pour que Curval, moins membré que le duc, ait les plus jeunes pour sa part.

Le premier janvier, premier jour où les narrations de la Martaine auront mis en état de songer à de nouveaux plaisirs, on procédera aux déflorations sodomites dans l’ordre suivant :

Le premier janvier, le duc enculera Hébé.

Le deux, pour célébrer la neuvième semaine, Hébé ayant été dépucelée par devant par Curval, par derrière par le duc, sera livrée à Hercule qui en jouira comme il sera prescrit devant l’assemblée.

Le quatre, Curval enculera Zélamir.

Le six, le duc enculera Michette, et le neuf, pour célébrer la fête de la dixième semaine, cette Michette, qui aura été dépucelée en con par Curval, en cul par le duc, sera livrée à Brise-cul pour en jouir, etc.

Le onze, l’évêque enculera Cupidon.

Le treize, Curval enculera Zelmire.

Le quinze, l’évêque enculera Colombe.

Le seize, pour la fête de la onzième semaine, Colombe, qui aura été dépucelée en con par Curval et en cul par l’évêque, sera livrée à Antinoüs qui en jouira, etc.

Le dix-sept, le duc enculera Giton.

Le dix-neuf, Curval enculera Sophie.

Le vingt et un, l’évêque enculera Narcisse.

Le vingt deux, le duc enculera Rosette.

Le vingt-trois, pour la fête de la douzième semaine, Rosette sera livrée à Bande-au-ciel.

Le vingt-cinq, Curval enculera Augustine.

Le vingt-huit, l’évêque enculera Fanny.

Le trente, pour la fête de la treizième semaine, le duc épousera Hercule comme mari et Zéphire comme femme, et le mariage s’accomplira, ainsi que les trois autres suivants, devant tout le monde.

Le six février, pour la fête de la quatorzième semaine, Curval épousera Brise-cul comme mari et Adonis comme femme.

Le treize février, pour la fête de la quinzième semaine, l’évêque épousera Antinoüs comme mari et Céladon comme femme.

Le vingt février, pour la fête de la seizième semaine, Durcet épousera Bande-au-ciel comme mari et Hyacinthe comme femme.

À l’égard de la fête de la dix-septième semaine qui tombe le vingt-sept de février, veille de la clôture des narrations, on la célébrera par des sacrifices dont messieurs se réservent in petto le choix des victimes.

Moyennant ces arrangements, dès le trente janvier tous les pucelages sont pris, excepté ceux des quatre jeunes garçons que messieurs doivent épouser comme femmes et qu’ils se réservent intacts jusque-là, afin de faire durer l’amusement jusqu’au bout du voyage. À mesure que les sujets seront dépucelés, ils remplaceront les épouses sur les canapés, aux narrations, et, les nuits, près de messieurs alternativement à leur choix, avec les quatre derniers gitons, que messieurs se réservent pour femmes dans le dernier mois. Du moment qu’une fille ou qu’un garçon dépucelé aura remplacé une épouse au canapé, cette épouse sera répudiée. De ce moment, elle sera dans le discrédit général et n’aura plus rang qu’après les servantes. À l’égard d’Hébé, âgée de douze ans, de Michette, âgée de douze ans, de Colombe, âgée de treize ans, et de Rosette, âgée de treize ans, à mesure qu’elles auront été livrées aux fouteurs et vues par eux, elles tomberont de même dans le discrédit, ne seront plus admises qu’aux voluptés dures et brutales, auront rang avec les épouses répudiées et seront traitées avec la plus extrême rigueur. Et dès le vingt-quatre janvier, toutes quatre se trouveront au même taux sur cet objet.

Par ce tableau, on voit que le duc aura eu les pucelages des cons de Fanny, Sophie, Zelmire, Augustine, et ceux des culs d’Hébé, Michette, Giton, Rosette et Zéphire ; que Curval aura eu les pucelages des cons de Michette, Hébé, Colombe, Rosette et ceux des culs de Zélamir, Zelmire, Sophie, Augustine et Adonis ; que Durcet, qui ne fout point, aura eu le seul pucelage du cul d’Hyacinthe, qu’il épousera comme femme ; et que l’évêque, qui ne fout qu’en cul, aura eu les pucelages sodomites de Cupidon, de Colombe, de Narcisse, de Fanny et de Céladon.


La journée entière s’étant passée, tant à dresser ces arrangements qu’à en jaser, et personne ne s’étant trouvé en faute, tout se passa sans événements jusqu’à l’heure de la narration, où les arrangements se trouvant les mêmes, quoique toujours variés, la célèbre Duclos monta sur sa tribune et reprit en ces termes sa narration de la veille.


« Un jeune homme dont la manie, quoique bien peu libertine à mon avis, n’en était pas moins assez singulière, parut chez Mme Guérin à fort peu de temps de la dernière aventure dont je vous ai parlé hier. Il lui fallait une nourrice jeune et fraîche ; il la tétait et déchargeait sur les cuisses de cette bonne femme en se gorgeant de son lait. Son vit me parut très mesquin et toute sa personne assez chétive, et sa décharge fut aussi douce que son opération.

« Il en parut un autre, le lendemain, dans la même chambre, dont la manie vous paraîtra sans doute plus divertissante. Il voulait que la femme fût entortillée dans un voile qui lui cachât hermétiquement tout le sein et toute la figure. La seule partie du corps qu’il désirait voir et qu’il fallait lui trouver dans le dernier degré de supériorité, c’était le cul ; tout le reste lui était indifférent, et l’on était sûr qu’il aurait été bien fâché d’y jeter les yeux. Mme Guérin lui fit venir une femme du dehors, d’une laideur amère et âgée de près de cinquante ans, mais dont les fesses étaient coupées comme celles de Vénus. Rien de plus beau ne pouvait s’offrir à la vue. Je voulais voir cette opération. La vieille duègne, bien embéguinée, fut se placer tout de suite à plat ventre sur le bord du lit. Notre libertin, homme d’environ trente ans et qui me parut être de robe, lui lève les jupes jusqu’au-dessus des reins, s’extasie à la vue des beautés de son goût qui lui sont offertes. Il touche, il écarte ce superbe fessier, il baise avec ardeur, et son imagination s’enflammant bien plus pour ce qu’il suppose que pour ce qu’il aurait vu sans doute effectivement si la femme eût été dévoilée et même jolie, il s’imagine avoir affaire à Vénus même, et au bout d’une assez courte carrière, son engin, devenu dur à force de secousses, darde une pluie bénigne sur l’ensemble du superbe fessier qu’on expose à ses yeux. Sa décharge fut vive et impétueuse. Il était assis devant l’objet de son culte ; une de ses mains l’ouvrait pendant que l’autre le polluait, et il s’écria dix fois : « Quel beau cul ! Ah ! quel délice d’inonder de foutre un tel cul ! » Il se leva dès qu’il eut fini et décampa sans seulement témoigner le moindre désir de savoir à qui il avait eu affaire.

« Un jeune abbé demanda ma sœur quelque temps après. Il était jeune et joli, mais à peine pouvait-on distinguer son vit, tant il était petit et mou. Il l’étendit presque nue sur un canapé, se mit à genoux entre ses cuisses, lui soutenant les fesses des deux mains et lui chatouillant avec une le joli petit trou de son derrière. Pendant ce temps-là, sa bouche se porta sur le con de ma sœur. Il lui chatouilla le clitoris avec la langue, et s’y prit si admirablement, fit un usage si compassé et si égal de ses deux mouvements, qu’en trois minutes il la plongea dans le délire. Je vis sa tête se pencher, ses yeux s’égarer, et la friponne s’écria : « Ah ! mon cher abbé, tu me fais mourir de plaisir. » L’habitude de l’abbé était d’avaler exactement la liqueur que son libertinage faisait couler. Il n’y manqua pas, et se secouant, s’agitant à son tour tout en opérant contre le canapé sur lequel était ma sœur, je lui vis répandre à terre les marques certaines de sa virilité. J’eus mon tour le lendemain, et je puis vous assurer, messieurs, que c’est une des plus douces opérations où je me sois trouvée de ma vie. Le fripon d’abbé eut mes prémices, et le premier foutre que je perdis fut dans sa bouche. Plus empressée que ma sœur de lui rendre le plaisir qu’il me faisait, je saisis machinalement son vit flottant, et ma petite main lui rendit ce que sa bouche me faisait éprouver avec tant de délices. »


Ici le duc ne put s’empêcher d’interrompre. Singulièrement échauffé des pollutions auxquelles il s’était prêté le matin, il crut que ce genre de lubricité, exécuté avec la délicieuse Augustine dont les yeux éveillés et fripons annonçaient le tempérament le plus précoce, lui ferait perdre un foutre dont ses couilles se sentaient trop vivement picotées. Elle était de son quadrille, il l’aimait assez, elle lui était destinée pour la défloration : il l’appela. Elle était, ce soir-là, vêtue en marmotte et charmante sous ce déguisement. La duègne lui retroussa les jupes et l’établit dans la posture qu’avait dépeinte Duclos. Le duc s’empara d’abord des fesses, s’agenouilla, introduisit un doigt au bord de l’anus qu’il chatouilla légèrement, saisit le clitoris que cette aimable enfant avait déjà très marqué, il suça. Les Languedociennes ont du tempérament ; Augustine en fut la preuve : ses jolis yeux s’animèrent, elle soupira, ses cuisses s’élargirent machinalement ; et le duc fut assez heureux pour obtenir un jeune foutre qui coulait sans doute pour la première fois. Mais on n’obtient point deux bonheurs de suite. Il y a des libertins si tellement endurcis dans le vice que plus la chose qu’ils font est simple et délicate, moins leur maudite tête s’en irrite. Notre cher duc était du nombre ; il avala le sperme de cette délicieuse enfant sans que le sien voulût couler. On vit l’instant, car rien n’est inconséquent comme un libertin, l’instant, dis-je, où il allait en accuser cette pauvre petite malheureuse qui, toute confuse d’avoir cédé à la nature, cachait sa tête dans ses mains et chercha à refuir à sa place. « Qu’on en place une autre, dit le duc en jetant des regards furieux sur Augustine, je les sucerais plutôt toutes que de n’y pas perdre mon foutre. » On amène Zelmire, la seconde fille de son quadrille et qui lui était également dévolue. Elle était du même âge qu’Augustine, mais le chagrin de sa situation enchaînait dans elle toutes les facultés d’un plaisir que, peut-être sans cela, la nature lui eût également permis de goûter. On la trousse au-dessus de deux petites cuisses plus blanches que l’albâtre ; elle fait voir une petite motte rebondie, couverte d’un léger duvet qui commençait à peine à naître. On la place ; obligée de se prêter, elle obéit machinalement, mais le duc a beau faire, rien ne vient. Il se relève furieux au bout d’un quart d’heure et, se jetant dans son cabinet avec Hercule et Narcisse : « Ah ! foutre, dit-il. Je vois bien que ce n’est point là le gibier qu’il me faut, dit-il en parlant des deux filles, et que je ne réussirai qu’avec celui-là. » On ignore quels furent les excès où il se livra, mais au bout d’un instant on entendit des cris et des hurlements qui prouvaient que sa victoire était remportée et que des garçons étaient, pour une décharge, des véhicules toujours bien plus sûrs que les plus adorables filles. Pendant ce temps-là, l’évêque avait également chambré Giton, Zélamir et Bande-au-ciel, et les élans de sa décharge ayant aussi frappé les oreilles, les deux frères qui, vraisemblablement, s’étaient à peu près livrés aux mêmes excès, revinrent écouter plus tranquillement le reste du récit que notre héroïne reprit en ces termes.


« Près de deux années s’écoulèrent sans qu’il parût chez la Guérin d’autres personnages, ou que des gens à goûts trop communs pour vous être racontés, ou que de ceux dont je viens de vous parler, lorsque l’on me fit dire de m’ajuster et surtout de bien laver ma bouche. J’obéis, et descends quand on m’avertit. Un homme d’environ cinquante ans, gros et épais, était avec Guérin. « Tenez, la voilà, dit-elle, monsieur. Ça n’a que douze ans et c’est propre et net comme si ça sortait du ventre de sa mère ; de ça je puis vous en répondre. » Le chaland m’examine, me fait ouvrir la bouche, examine mes dents, respire mon haleine et, content du tout sans doute, il passe avec moi dans le temple destiné aux plaisirs. Nous nous asseyons tous les deux bien en face l’un de l’autre et fort près. Rien de si sérieux que mon galant, rien de plus froid et de plus flegmatique. Il me lorgnait, me regardait avec des yeux à demi fermés, et je ne pouvais comprendre où tout cela allait aboutir, lorsque, rompant le silence à la fin, il me dit d’attirer dans ma bouche le plus de salive que je pourrais. J’obéis, et dès qu’il juge que ma bouche en est pleine, il se jette avec ardeur à mon col, passe son bras autour de ma tête afin de me la fixer et, collant ses lèvres sur les miennes, il pompe, il attire, il suce et avale avec empressement tout ce que j’avais amassé de la liqueur enchanteresse qui paraissait le combler d’extase. Il attire ma langue à lui avec la même fureur et, dès qu’il la sent sèche et qu’il s’aperçoit qu’il n’y a plus rien dans ma bouche, il m’ordonne de recommencer mon opération. Il renouvelle la sienne, je refais la mienne, et ainsi huit ou dix fois de suite. Il suça ma salive avec une telle fureur que je m’en sentis la poitrine oppressée. Je crus qu’au moins quelques étincelles de plaisir allaient couronner son extase ; je me trompais. Son flegme, qui ne se démontait un peu qu’aux instants de ses ardentes succions, redevenait le même dès qu’il avait fini, et, dès que je lui eus dit que je n’en pouvais plus, il se remit à me lorgner, à me fixer, comme il avait fait en commençant, se leva sans me dire un mot, paya la Guérin et sortit. »


« Ah ! sacredieu, sacredieu ! dit Curval, je suis donc plus heureux que lui, car je décharge. » Toutes les têtes se lèvent, et chacun voit le cher président faisant à Julie, sa femme, qu’il avait ce jour-là pour compagne au canapé, la même chose que Duclos venait de raconter. On savait que cette passion était assez de son goût, à quelques épisodes près, que Julie lui procurait au mieux et que la jeune Duclos n’avait sans doute pas si bien fournis à son galant, s’il faut en croire au moins les recherches qu’exigeait celui-ci et qu’il s’en fallait bien que le président désirât.


« Un mois après, dit Duclos, à qui on avait ordonné de continuer, j’eus affaire au suceur d’une route absolument opposée. Celui-ci était un vieil abbé qui, après m’avoir préalablement baisé et caressé le derrière pendant plus d’une demi-heure, enfonça sa langue au trou, l’y fit pénétrer, l’y darda, l’y tourna et retourna avec tant d’art que je crus presque la sentir au fond de mes entrailles. Mais celui-ci, moins flegmatique, en écartant mes fesses d’une main, se branlait très voluptueusement de l’autre et déchargea en attirant à lui mon anus avec tant de violence, en le chatouillant si lubriquement, que je partageai son extase. Quand il eut fait, il examina encore un instant mes fesses, fixa ce trou qu’il venait d’élargir, ne put s’empêcher d’y coller encore une fois ses baisers, et décampa, en m’assurant qu’il reviendrait me demander souvent et qu’il était très content de mon cul. Il m’a tenu parole et, pendant près de six mois, il vint me faire trois ou quatre fois de la semaine la même opération à laquelle il m’avait si bien accoutumée qu’il ne l’entreprenait plus sans me faire expirer de plaisir. Épisode, au reste, qui me parut lui être assez indifférent, car il ne me parut jamais ou qu’il s’en informât, ou qu’il s’en souciât. Qui sait même, tant les hommes sont extraordinaires, s’il ne lui aurait peut-être pas déplu. »


Ici Durcet, que ce récit venait d’enflammer, voulut, comme le vieil abbé, sucer le trou d’un cul, mais non pas celui d’une fille. Il appelle Hyacinthe : c’était celui de tous qui lui plaisait le plus. Il le place, il baise le cul, il branle le vit, il gamahuche. Au tressaillement de ses nerfs, au spasme qui précédait toujours sa décharge, on croit que son vilain petit anchois, que secouait Aline de son mieux, allait enfin dégorger sa semence, mais le financier n’était pas si prodigue de son foutre : il ne banda seulement pas. On imagine de le changer d’objet, Céladon est offert et rien n’avance. Une cloche heureuse qui annonçait le souper vient sauver l’honneur du financier. « Ce n’est pas ma faute, dit-il en riant à ses confrères, vous le voyez, j’allais remporter la victoire ; c’est ce maudit souper qui la retarde. Allons changer de volupté. Je n’en reviendrai que plus ardent aux combats de l’amour, quand Bacchus m’aura couronné ». Le souper, aussi succulent que gai, et lubrique comme à l’ordinaire, fut suivi d’orgies où l’on fit beaucoup de petites infamies. Il y eut beaucoup de bouches et de culs sucés, mais une des choses à quoi l’on s’amusa le plus fut de cacher le visage et la gorge des jeunes filles et de parier de les reconnaître rien qu’en examinant leurs fesses. Le duc s’y trompa quelquefois, mais les trois autres avaient une telle habitude du cul qu’ils ne s’y trompèrent pas une seule fois. On fut se coucher, et le lendemain ramena de nouveaux plaisirs et quelques nouvelles réflexions.



Quatrième journée

Les amis étant bien aises de distinguer à tout instant de la journée ceux des jeunes gens, soit en filles, soit en garçons, dont les pucelages devaient leur appartenir, décidèrent de leur faire porter, dans tous leurs divers ajustements, un ruban à leurs cheveux qui indiquât à qui ils appartenaient. En conséquence, le duc adopta le rose et le vert, et tout ce qui aurait un ruban rose par-devant lui appartiendrait pour le con, de même que tout ce qui en porterait un vert par-derrière serait à lui pour le cul. De ce moment Fanny, Zelmire, Sophie et Augustine prirent un nœud rose dans un des côtés de leur coiffure, et Rosette, Hébé, Michette, Giton et Zéphire en placèrent un vert dans le derrière de leurs cheveux, pour preuve des droits que le duc avait sur leurs culs. Curval prit le noir pour le devant et le jaune pour le derrière, de façon que Michette, Hébé, Colombe et Rosette portèrent toujours à l’avenir un nœud noir en devant, et Sophie, Zelmire, Augustine, Zélamir et Adonis en placèrent un jaune au chignon. Durcet marqua le seul Hyacinthe d’un ruban lilas par-derrière, et l’évêque, qui n’avait pour lui que cinq prémices sodomites, ordonna à Cupidon, Narcisse, Céladon, Colombe et Fanny d’en porter un violet par-derrière. Jamais, quelque ajustement qu’on eût, ces rubans ne devaient se quitter, et d’un coup d’œil, en voyant une de ces jeunes personnes d’une telle couleur par-devant et d’une autre par-derrière, on distinguait tout de suite qui avait des droits sur son cul et qui en avait sur son con. Curval, qui avait passé la nuit avec Constance, s’en plaignit vivement le matin. On ne sait trop sur quoi roula le motif de ses plaintes ; il faut si peu de chose pour déplaire à un libertin. Tant il y a qu’il allait la faire mettre en punition pour le samedi prochain, lorsque cette belle personne déclara qu’elle était grosse, car Curval, le seul qu’on eût pu en soupçonner, avec son mari, ne l’avait connue charnellement que depuis les commencements de cette partie, c’est-à-dire depuis quatre jours. Cette nouvelle amusa beaucoup nos libertins par les voluptés clandestines qu’ils virent bien qu’elle leur procurerait. Le duc n’en revenait pas. Quoi qu’il en soit, l’événement lui valut l’exemption de la peine qu’elle eût dû subir sans cela pour avoir déplu à Curval. On voulait laisser mûrir la poire, une femme grosse les divertissait, et ce qu’ils s’en promettaient pour les suites amusait encore bien plus lubriquement leur perfide imagination. On la dispensa du service de table, des punitions et de quelques autres petits détails que son état ne rendait plus voluptueux à lui voir remplir ; mais elle fut toujours obligée au canapé et à partager jusqu’à nouvel ordre la couche de qui voudrait la choisir. Ce fut Durcet qui, ce matin-là, se prêta aux exercices de pollutions, et, comme son vit était extraordinairement petit, il donna plus de peine aux écolières. Cependant on travailla ; mais le petit financier, qui avait fait toute la nuit le métier de femme, ne put jamais soutenir celui d’homme. Il fut cuirassé, intraitable, et l’art de ces huit charmantes écolières, dirigées par la plus habile maîtresse, ne vint seulement pas à bout de lui faire lever le nez. Il en sortit tout triomphant, et comme l’impuissance donne toujours un peu de cette sorte d’humeur qu’on appelle taquinisme en libertinage, ses visites furent étonnamment sévères. Rosette chez les filles et Zélamir chez les garçons en furent les victimes : l’un n’était pas comme on lui avait dit de se trouver — cette énigme s’expliquera — et l’autre s’était malheureusement défait de ce qu’on lui avait ordonné de garder. Il ne parut aux lieux publics que la Duclos, Marie, Aline et Fanny, deux fouteurs de la seconde classe, et Giton. Curval, qui bandait beaucoup ce jour-là, s’échauffa beaucoup avec Duclos. Le dîner, où il se tint des propos très libertins, ne le calma point, et le café présenté par Colombe, Sophie, Zéphire, et son cher ami Adonis, acheva d’embraser sa tête. Il saisit ce dernier et, le culbutant sur un sofa, il lui plaça en jurant son membre énorme entre les cuisses, par-derrière, et comme cet énorme outil dépassait de plus de six pouces de l’autre côté, il ordonna au jeune garçon de branler fortement ce qui sortait et se mit lui à branler l’enfant au-dessus du morceau de chair dont il le tenait embroché. Pendant ce temps-là, il présentait à l’assistance un cul aussi sale que large, dont l’orifice impur vint à tenter le duc. Voyant ce cul à sa portée, il y braqua son nerveux instrument, en continuant de sucer la bouche de Zéphire, opération qu’il avait entreprise avant que ne lui prît l’idée qu’il exécutait. Curval, qui ne s’attendait pas à une telle attaque, en blasphéma de joie. Il trépigna, il s’élargit, se prêta. En ce moment, le jeune foutre du charmant garçon qu’il branlait dégoutte sur la tête énorme de son instrument en fureur. Le foutre chaud dont il se sent mouillé, les secousses réitérées du duc qui commençait à décharger aussi, tout l’entraîne, tout le détermine, et des flots d’un sperme écumeux vont inonder le cul de Durcet qui était venu se poster là, vis-à-vis, pour qu’il n’y eût, dit-il, rien de perdu, et dont les fesses blanches et potelées furent doucement submergées d’une liqueur enchanteresse qu’il eût bien mieux aimée dans ses entrailles. Cependant l’évêque n’était pas oisif ; il suçait tour à tour les trous de culs divins de Colombe et de Sophie ; mais fatigué sans doute de quelques exercices nocturnes, il ne donna même point de preuve d’existence, et comme tous les libertins que le caprice et le dégoût rendent injustes, il s’en prit durement à ces deux délicieuses enfants des torts trop mérités de sa débile nature. On sommeilla quelques instants, et l’heure des narrations étant venue, on fut écouter l’aimable Duclos qui reprit son récit de la manière suivante :


« Il y avait eu quelques changements dans la maison de Mme Guérin, dit notre héroïne. Deux très jolies filles venaient de trouver des dupes qui les entretinrent et qu’elles trompèrent comme nous faisons toutes. Pour remplacer cette perte, notre chère maman avait jeté les yeux sur la fille d’un cabaretier de la rue Saint-Denis, âgée de treize ans et l’une des plus jolies créatures qu’il fût possible de voir. Mais la petite personne, aussi sage que pieuse, résistait à toutes ses séductions, lorsque la Guérin, après s’être servie d’un moyen très adroit pour l’attirer un jour chez elle, la mit aussitôt entre les mains du personnage singulier dont je vais vous décrire la manie. C’était un ecclésiastique de cinquante-cinq à cinquante-six ans, mais frais et vigoureux et auquel on n’en aurait pas donné quarante. Aucun être dans le monde n’avait un talent plus singulier que cet homme pour entraîner des jeunes filles dans le vice, et comme c’était son art le plus sublime, il en faisait aussi son seul et son unique plaisir. Toute sa volupté consistait à déraciner les préjugés de l’enfance, à faire mépriser la vertu et à parer le vice des plus belles couleurs. Rien n’y était négligé : tableaux séduisants, promesses flatteuses, exemples délicieux, tout était mis en œuvre, tout était adroitement ménagé, tout artistement proportionné à l’âge, à l’espèce d’esprit de l’enfant, et jamais il ne manquait son coup. En deux seules heures de conversation, il était sûr de faire une putain de la petite fille la plus sage et la plus raisonnable, et depuis trente ans qu’il exerçait ce métier-là dans Paris, il avait avoué à Mme Guérin, l’une de ses meilleures amies, qu’il avait sur son catalogue plus de dix mille jeunes filles séduites et jetées par lui dans le libertinage. Il rendait de pareils services à plus de quinze maquerelles, et quand on ne l’exerçait pas, il faisait des recherches pour son propre compte, corrompait tout ce qu’il trouvait et l’envoyait ensuite à ses achalandeurs. Car ce qu’il y a de fort extraordinaire et ce qui fait, messieurs, que je vous cite l’histoire de ce personnage singulier, jamais il ne jouissait du fruit de ses travaux ; il s’enfermait seul avec l’enfant, mais de tous les ressorts que lui prêtaient son esprit et son éloquence, sortait très enflammé. On était parfaitement sûr que l’opération irritait ses sens, mais il était impossible de savoir ni où ni comment il les satisfaisait. Parfaitement examiné, on n’a jamais vu de lui qu’un feu prodigieux dans le regard à la fin de son discours, quelques mouvements de sa main sur le devant de sa culotte, qui annonçait une érection décidée produite par l’œuvre diabolique qu’il commettait, mais jamais autre chose. Il vint ; on l’enferma avec la jeune cabaretière. Je l’observai ; le tête-à-tête fut long, le séducteur y mit un pathétique étonnant, l’enfant pleura, s’anima, eut l’air d’entrer en une sorte d’enthousiasme. Ce fut l’instant où les yeux du personnage s’enflammèrent le plus et où nous remarquâmes les gestes sur sa culotte. Peu après, il se leva, l’enfant lui tendit les bras comme pour 1’embrasser, il la baisa comme un père et n’y mit aucune sorte de lubricité. Il sortit, et trois heures après la petite fille arriva chez Mme Guérin avec son paquet. »


« Et l’homme ? dit le duc. — il avait disparu dès après sa leçon, répondit Duclos. — Sans revenir voir l’issue de ses travaux ? — Non, monseigneur, il en était sûr ; il n’en avait jamais manqué une. — Voilà un personnage très extraordinaire, dit Curval. Qu’en augurez-vous, monsieur le duc ? — J’en augure, répondit celui-ci, qu’il s’échauffait uniquement de cette séduction et qu’il en déchargeait dans sa culotte. — Non, dit l’évêque, vous n’y êtes pas ; ceci n’était qu’un préparatif à ses débauches, et au sortir de là, je parie qu’il en allait consommer de plus grandes. — De plus grandes ? dit Durcet. Et quelle volupté plus délicieuse eût-il pu se procurer que celle de jouir de son propre ouvrage, puisqu’il en était le maître ? — Eh bien ! dit le duc, je parie que je l’ai deviné : ceci, comme vous le dites, n’était qu’un préparatif : il s’échauffait la tête à corrompre des filles, et allait enculer des garçons… Il était bougre, je le parie. » On demanda à Duclos si elle n’avait aucune preuve de ce qu’on supposait là, et s’il ne séduisait pas aussi des petits garçons. Notre historienne répondit qu’elle n’en avait aucune preuve, et malgré l’assertion très vraisemblable du duc, chacun resta néanmoins en suspens sur le caractère de ce prédicateur étrange, et après qu’on fut convenu généralement que sa manie était vraiment délicieuse, mais qu’il fallait en consommer 1’œuvre ou faire pis après, Duclos reprit ainsi le fil de sa narration :


« Dès le lendemain de l’arrivée de notre jeune novice, qui se nommait Henriette, il arriva un paillard à fantaisie qui nous mit, elle et moi, toutes deux, à l’œuvre à la fois. Ce nouveau libertin n’avait point d’autre plaisir que d’observer par un trou toutes les voluptés un peu singulières qui se passaient dans une chambre voisine. Il aimait à les surprendre et trouvait ainsi dans les plaisirs des autres un aliment divin à sa lubricité. On le plaça dans la chambre dont je vous ai parlé et dans laquelle j’allais si souvent, ainsi que mes compagnes, espionner, pour me divertir, les passions des libertins. Je fus destinée à l’amuser pendant qu’il examinerait, et la jeune Henriette passa dans l’autre appartement avec le gamahucheur de trou de cul dont je vous ai parlé hier. La passion très voluptueuse de ce paillard était le spectacle qu’on voulait donner à mon examinateur, et pour le mieux enflammer et qu’il rendît sa scène plus chaude et plus agréable à voir, on le prévint que la fille qu’on lui donnait était une novice et que c’était avec lui qu’elle faisait sa première partie. Il s’en convainquit aisément à l’air de pudeur et d’enfance de la petite cabaretière. Ainsi fut-il aussi chaud et aussi lubrique qu’il était possible de l’être dans ses exercices libidineux, qu’il était bien loin de croire observés. Quant à mon homme, l’œil collé au trou, une main sur mes fesses, l’autre à son vit qu’il agitait peu à peu, il semblait régler son extase sur celle qu’il surprenait. « Ah ! quel spectacle ! disait-il de temps en temps… Comme cette petite fille a un beau cul et comme ce bougre-là, le baise bien ! » Enfin l’amant d’Henriette ayant déchargé, le mien me prit entre ses bras et, après m’avoir baisée un moment, il me retourna, mania, baisa, lécha lubriquement mon derrière et m’inonda des fesses des preuves de sa virilité. »


« En se branlant lui-même ? dit le duc. — Oui, monseigneur, reprit Duclos, et en branlant, je vous assure, un vit qui par sa petitesse incroyable ne vaut pas la peine d’un détail. »


« Le personnage qui parut ensuite, continua Duclos, ne mériterait peut-être pas d’être sur ma liste, s’il ne m’eût semblé digne de vous être cité par la circonstance, selon moi assez singulière, qu’il mêlait à ses plaisirs, d’ailleurs assez simples, et qui va vous faire voir à quel point le libertinage dégrade dans l’homme tous les sentiments de pudeur, de vertu et d’honnêteté. Celui-ci ne voulait pas voir, il voulait être vu. Et sachant qu’il y avait des hommes dont la fantaisie était de surprendre les voluptés des autres, il pria la Guérin de faire cacher un homme de ce goût-là et qu’il lui donnerait le spectacle de ses plaisirs. La Guérin avertit l’homme que je venais d’amuser quelques jours avant au trou et, sans lui dire que l’homme qu’il allait voir savait bien qu’il serait vu, ce qui aurait troublé ses voluptés, elle lui fit croire qu’il allait surprendre bien à son aise le spectacle qu’on allait lui offrir. L’examinateur fut enfermé dans la chambre du trou avec ma sœur et je passai avec l’autre. Celui-ci était un jeune homme de vingt-huit ans, beau et frais. Instruit de l’endroit du trou, il se porta sans affectation vis-à-vis et m’y fit placer à côté de lui. Je le branlai. Dès qu’il banda, il se leva, fit voir son vit à l’examinateur, se retourna, montra son cul, me troussa, fit voir le mien, se mit à genoux devant, me branla l’anus avec le bout de son nez, écarta bien, montra tout avec délices et exactitude et déchargea en se branlant lui-même, pendant qu’il me tenait troussée par-derrière devant le trou, en telle sorte que celui qui l’occupait voyait à la fois à ce moment décisif et mes fesses et le vit en courroux de mon amant. Si celui-ci s’était délecté, Dieu sait ce que l’autre éprouva. Ma sœur dit qu’il était aux nues et qu’il avouait n’avoir jamais eu tant de plaisir, et ses fesses furent inondées d’après cela pour le moins autant que l’avaient été les miennes. »


« Si le jeune homme avait un beau vit et un beau cul, dit Durcet, il y avait là de quoi faire une jolie décharge. — Elle dut donc être délicieuse, dit Duclos, car son vit était très long, assez gros et son cul aussi doux, aussi potelé, aussi joliment formé, que celui de l’Amour lui-même. — Écartâtes-vous ses fesses ? dit l’évêque, fîtes-vous voir le trou à l’examinateur ? — Oui, monseigneur, dit Duclos, il fit voir le mien, j’ouvris le sien, il le présentait le plus lubriquement du monde. — J’ai vu une douzaine de scènes comme cela dans ma vie, dit Durcet, qui m’ont bien coûté du foutre. Il en est peu de plus délicieuses à faire : je parle de toutes deux, car il est aussi joli de surprendre que de vouloir l’être. »


« Un personnage à peu près du même goût, continua Duclos, me mena aux Tuileries quelques mois après. Il voulait que je fasse raccrocher des hommes et que je vinsse les lui branler positivement sous le nez, au milieu d’un tas de chaises parmi lesquelles il s’était caché ; et après lui en avoir branlé ainsi sept ou huit, il se plaça sur un banc, dans une des allées les plus passagères, troussa mes jupes par-derrière, fit voir mon cul aux passants, mit son vit à l’air et m’ordonna de le branler devant tous les passants, ce qui, quoiqu’il fût nuit, fit un tel scandale que, lorsqu’il débondait cyniquement son foutre, il y avait plus de dix personnes autour de nous, et que nous fûmes obligés de nous sauver pour n’être pas honnis.

« Quand je racontai à la Guérin notre histoire, elle en rit et me dit qu’elle avait connu un homme à Lyon où des garçons font le métier de maquereaux, un homme, dis-je, dont la manie était pour le moins aussi singulière. Il se déguisait comme les mercures publics, amenait lui-même du monde à deux filles qu’il payait et entretenait pour cela, puis se cachait dans un coin pour voir opérer sa pratique qui, dirigée par la fille qu’il soudoyait à cet effet, ne manquait pas de lui faire voir le vit et les fesses du libertin qu’elle tenait, seule volupté qui fût du goût de notre faux mercure et qui avait l’art de lui faire perdre son foutre. »


Duclos ayant fini ce soir-là son récit de bonne heure on employa le reste de la soirée, avant l’instant du service, à quelques lubricités de choix ; et comme on avait la tête échauffée sur le cynisme, on ne passa point dans le cabinet et chacun s’amusa l’un devant l’autre. Le duc fit mettre la Duclos toute nue, il la fit pencher, appuyer sur le dos d’une chaise et ordonna à la Desgranges de le branler sur les fesses de sa camarade, de manière à ce que la tête de son vit effleurât le trou du cul de la Duclos à chaque secousse. On joignit à cela quelques autres épisodes que l’ordre des matières ne nous permet pas encore de dévoiler, tant y a que le trou du cul de l’historienne fut complètement arrosé et que le duc, très bien servi et très complètement entouré, déchargea avec des hurlements qui prouvèrent bien à quel point était échauffée sa tête. Curval se fit foutre, l’évêque et Durcet firent de leur côté, avec les deux sexes, des choses très étranges, et l’on servit. Après souper, on dansa, les seize jeunes personnes, quatre fouteurs et les quatre épouses purent former trois contredanses, mais tous les acteurs de ce bal étaient nus, et nos libertins, couchés nonchalamment sur des sofas, s’amusaient délicieusement de toutes les différentes beautés que leur offraient tour à tour les diverses attitudes que la danse obligeait de prendre. Ils avaient auprès d’eux les historiennes qui les manualisaient plus ou moins vite en raison du plus ou moins de plaisir qu’ils prenaient, mais, épuisés des voluptés du jour, personne ne déchargea, et chacun fut prendre au lit les forces nécessaires à se livrer le lendemain à de nouvelles infamies.


Cinquième journée

Ce fut Curval qui, ce matin-là, fut se prêter aux masturbations de l’école, et comme les jeunes filles commençaient à faire des progrès, il eut beaucoup de peine à résister aux secousses multipliées, aux postures lubriques et variées de ces huit charmantes petites filles. Mais comme il voulait se réserver, il quitta le poste, on déjeuna, et l’on statua ce matin-là que les quatre jeunes amants de messieurs, savoir : Zéphire, favori du duc, Adonis, aimé de Curval, Hyacinthe, ami de Durcet, et Céladon, de l’évêque, seraient dorénavant admis à tous les repas à côté de leurs amants, dans la chambre desquels ils coucheraient régulièrement toutes les nuits, faveur qu’ils partageraient avec les épouses et les fouteurs ; ce qui dispensa d’une cérémonie qu’on avait coutume de faire, comme on sait, le matin, qui consistait en ce que les quatre fouteurs qui n’avaient point couché amenassent quatre garçons. Ils vinrent seuls, et quand messieurs passaient dans l’appartement des jeunes garçons, ils n’y étaient reçus avec les cérémonies prescrites que par les quatre qui restaient. Le duc qui, depuis deux ou trois jours, s’amourachait de la Duclos, dont il trouvait le cul superbe et le propos plaisant, exigea qu’elle couchât aussi dans sa chambre, et, cet exemple ayant réussi, Curval admit de même dans la sienne la vieille Fanchon dont il raffolait. Les deux autres attendirent encore quelque temps pour remplir cette quatrième place de faveur dans leurs appartements, la nuit. On régla dans la même matinée que les quatre jeunes amants que l’on venait de choisir auraient pour vêtements ordinaires, toutes les fois qu’ils ne seraient pas obligés à leur costume de caractère comme dans les quadrilles, auraient, dis-je, l’habit et l’ajustement que je vais décrire. C’était une espèce de petit surtout étroit, leste, dégagé comme un uniforme prussien, mais infiniment plus court et n’allant guère qu’au milieu des cuisses ; ce petit surtout, agrafé à la poitrine et aux basques comme tous les uniformes, devait être de satin rose doublé de taffetas blanc, les revers et les parements étaient de satin blanc et, dessous, était une espèce de veste courte ou gilet, également de satin blanc et la culotte de même ; mais cette culotte était ouverte en cœur par-derrière, depuis la ceinture, de façon qu’en passant la main par cette fente on prenait le cul sans la moindre difficulté ; un gros nœud de ruban la refermait seul, et lorsqu’on voulait avoir l’enfant tout à fait nu en cette partie, on ne faisait que lâcher le nœud, lequel était de la couleur choisie par l’ami auquel appartenait le pucelage. Leurs cheveux, négligemment relevés de quelques boucles sur les côtés, étaient absolument libres et flottants par-derrière et simplement noués d’un ruban de la couleur prescrite. Une poudre très parfumée et d’une teinte entre le gris et le rose colorait leur chevelure. Leurs sourcils très soignés et communément peints en noir, joints à une légère teinte de rouge toujours sur leurs joues, achevaient de relever l’éclat de leur beauté ; leur tête était nue ; un bas de soie blanc à coins brodés de rose couvrait leur jambe qu’un soulier gris, attaché d’un gros nœud rose, chaussait agréablement. Une cravate de gaze à la crème voluptueusement nouée se mariait à un petit jabot de dentelle, et, en les examinant ainsi tous les quatre, on pouvait assurer qu’il ne pouvait, sans doute, rien se voir de plus charmant au monde. Dès l’instant qu’ils furent ainsi adoptés, toutes permissions du genre de celles qui s’accordaient quelquefois le matin leur furent absolument refusées, et l’on leur accorda d’ailleurs autant de droits sur les épouses qu’en avaient les fouteurs : ils purent les maltraiter à leur gré, non seulement aux repas, mais même dans tous les autres instants de la journée, sûrs que jamais on ne leur donnerait le tort. Ces occupations remplies, on procéda aux visites ordinaires. La belle Fanny, à laquelle Curval avait fait dire de se trouver en un certain état, se trouva dans l’état contraire (la suite nous expliquera tout ceci) ; elle fut mise sur le cahier des corrections. Chez les jeunes gens, Giton avait fait ce qu’il était défendu de faire ; on le marqua de même. Et après les fonctions de la chapelle remplies, qui fournirent très peu de sujets, on se mit à table. Ce fut le premier repas servi où les quatre amants furent admis. Ils prirent place chacun à côté de celui qui l’aimait, lequel l’avait à sa droite et son fouteur favori à gauche. Ces charmants petits convives de plus égayèrent le repas ; tous quatre étaient très gentils, d’une grande douceur et commençant à se prêter au mieux au ton de la maison. L’évêque, très en train ce jour-là, ne cessa de baiser Céladon presque tout le temps du repas, et comme cet enfant devait être du quadrille servant le café, il sortit un peu avant le dessert. Quand monseigneur, qui venait de s’en échauffer la tête, le revit tout nu dans le salon d’à côté, il n’y tint plus. « Sacredieu ! dit-il tout en feu, puisque je ne peux pas l’enculer, au moins lui ferai je ce que Curval a fait hier à son bardache. » Et saisissant le petit bonhomme, il le coucha sur le ventre en disant cela, lui glissa son vit dans les cuisses. Le libertin était aux nues, le poil de son vit frottait le trou mignon qu’il aurait bien voulu perforer ; une de ses mains maniait les fesses du délicieux petit Amour, l’autre lui branlait le vit. Il collait sa bouche sur celle de ce bel enfant, il pompait l’air de sa poitrine, il en avalait la salive. Le duc, pour l’exciter du spectacle de son libertinage, se plaça devant lui en gamahuchant le trou du cul de Cupidon, le second des garçons qui servaient le café ce jour-là. Curval vint sous ses yeux se faire branler par Michette, et Durcet lui offrit les fesses écartées de Rosette. Tout travaillait à lui procurer l’extase où l’on voyait qu’il aspirait ; elle eut lieu, ses nerfs tressaillirent, ses yeux s’allumèrent ; il eût été effrayant pour tout autre que pour ceux qui connaissaient quels étaient sur lui les effets terribles de la volupté. Enfin le foutre échappa et coula sur les fesses de Cupidon, qu’à ce dernier moment on eut soin de placer au-dessous de son petit camarade, pour recevoir des preuves de virilité qui ne lui étaient pourtant point dues. L’heure des narrations vint, on s’arrangea. Par une assez singulière disposition prise, tous les pères avaient ce jour-là leur fille sur leurs canapés ; on ne s’en effraya point, et Duclos reprit en ces termes :


« Comme vous n’avez point exigé, messieurs, que je vous rendisse un compte exact de ce qui m’arriva jour par jour chez Mme Guérin, mais simplement des événements un peu singuliers qui ont pu marquer quelques-uns de ces jours, je passerai sous silence plusieurs anecdotes peu intéressantes de mon enfance, qui ne vous offriraient que des répétitions monotones de ce que vous avez déjà entendu, et je vous dirai que je venais d’atteindre ma seizième année, non sans une très grande expérience du métier que j’exerçais, lorsqu’il me tomba en partage un libertin dont la fantaisie journalière mérite d’être rapportée. C’était un grave président, âgé de près de cinquante ans et qui, s’il faut en croire Mme Guérin, qui me dit le connaître depuis bien des années, exerçait régulièrement tous les matins la fantaisie dont je vais vous entretenir. Sa maquerelle ordinaire, venant de se retirer, l’avait recommandé avant aux soins de notre chère mère, et ce fut avec moi qu’il débuta chez elle. Il se plaçait seul au trou dont je vous ai parlé. Dans la chambre qui y répondait se trouvait un crocheteur ou un Savoyard, un homme du peuple enfin, mais propre et sain ; c’était tout ce qu’il désirait : l’âge et la figure n’y faisaient rien. Je fus sous ses yeux, et le plus près du trou possible, branler cet honnête manant, prévenu et qui trouvait fort doux de gagner ainsi de l’argent. Après m’être prêtée sans aucune restriction, à tout ce que le cher homme pouvait désirer de moi, je le fis décharger dans une soucoupe de porcelaine et, le plantant là dès qu’il avait répandu la dernière goutte, je passai précipitamment dans l’autre chambre. Mon homme m’y attend en extase, il se jette sur la soucoupe, avale le foutre tout chaud ; le sien coule ; d’une main j’excite son éjaculation, de l’autre je reçois précieusement ce qui tombe et, à chaque jet, portant ma main fort vite à la bouche du paillard, je lui fais, le plus lestement et le plus adroitement que je peux, avaler son foutre à mesure qu’il le répand. C’était là tout. Il ne me toucha ni ne me baisa, il ne me troussa seulement pas, et, se relevant de son fauteuil avec autant de flegme qu’il venait de montrer de chaleur, il prit sa canne et se retira, en disant que je branlais fort bien et que j’avais fort bien saisi son genre. Le lendemain, on ramena un autre homme, car il fallait l’en changer tous les jours, ainsi que de femme. Ma sœur l’opéra ; il sortit content, pour recommencer le jour d’ensuite ; et, pendant tout le temps que j’ai été chez Mme Guérin, je ne l’ai pas vu une seule fois négliger cette cérémonie à neuf heures précises du matin, sans qu’il ait jamais troussé une seule fille, quoiqu’on lui en ait fait voir de charmantes. »


« Voulait-il voir le cul du portefaix ? dit Curval. — Oui, monseigneur, répondit Duclos, il fallait avoir soin, quand on amusait l’homme dont il mangeait le foutre, de le tourner et retourner, et il fallait aussi que le manant tournât et retournât la fille dans tous les sens. — Ah ! comme cela je le conçois, dit Curval, mais je ne l’entendais guère autrement. »


« Peu après, continua Duclos, nous vîmes arriver au sérail une fille d’environ trente ans, assez jolie, mais rousse comme Judas. Nous crûmes d’abord que c’était une nouvelle compagne, mais elle nous désabusa bientôt en nous disant qu’elle ne venait que pour une partie. L’homme à qui l’on destinait cette nouvelle héroïne arriva bientôt de son côté. C’était un gros financier d’assez bonne mine, et la singularité de son goût, puisque c’était à lui que l’on destinait une fille dont nul autre n’aurait sans doute voulu, cette singularité, dis-je, me donna la plus grande envie d’aller les observer. À peine furent-ils dans la même chambre que la fille se mit toute nue et nous montra un corps fort blanc et très potelé. « Allons, saute, saute ! lui dit le financier, échauffe-toi, tu sais très bien que je veux qu’on sue. Et voilà la rousse à cabrioler, à courir par la chambre, à sauter comme une jeune chèvre, et notre homme à l’examiner en se branlant, et tout cela sans que je puisse deviner encore le but de l’aventure. Quand la créature fut en nage, elle s’approcha du libertin, leva un bras et lui fit sentir son aisselle dont la sueur dégouttait de tous les poils. « Ah ! c’est cela, c’est cela ! dit notre homme en flairant avec ardeur ce bras tout gluant sous son nez, quelle odeur, comme elle me ravit ! » Puis s’agenouillant devant elle, il la sentit et la respira de même dans l’intérieur du vagin et au trou du cul ; mais il revenait toujours aux aisselles, soit que cette partie le flattât davantage, soit qu’il y trouvât plus de fumet ; c’était toujours là que sa bouche et son nez se reportaient avec le plus d’empressement. Enfin un vit assez long, quoique peu gros, vit qu’il secouait vigoureusement depuis plus d’une heure sans aucun succès, s’avise de lever le nez. La fille se place, le financier vient par-derrière lui nicher son anchois sous l’aisselle, elle serre le bras, forme, à ce qu’il me paraît, un endroit très rétréci de ce local. Pendant ce temps-là, par l’attitude, il jouissait de la vue et de l’odeur de l’autre aisselle ; il s’en empare, y fourre son groin tout entier et décharge en léchant, dévorant cette partie qui lui donne autant de plaisir. »


« Et il fallait, dit l’évêque, que cette créature fût absolument rousse ? — Absolument, dit Duclos. Ces femmes-là, vous ne l’ignorez point, monseigneur, ont dans cette partie un fumet infiniment plus violent, et le sens de l’odorat était sans doute celui qui, une fois picoté par des choses fortes, réveillait le mieux dans lui les organes du plaisir. — Soit, reprit l’évêque, mais il me semble, parbleu, que j’aurais mieux aimé sentir cette femme-là au cul que de la flairer sous les bras. — Ah, ah ! dit Curval, l’un et l’autre a bien des attraits, et je vous assure que si vous en aviez tâté vous verriez que c’est très délicieux. — C’est-à-dire, monsieur le Président, dit l’évêque, que ce ragoût-là vous amuse aussi ? — Mais j’en ai tâté, dit Curval, et à quelques épisodes près que j’y mêlais de plus, je vous proteste que je ne l’ai jamais fait sans qu’il m’en coûtât du foutre. — Eh bien ! ces épisodes, je les devine. N’est-ce pas, reprit l’évêque, vous sentiez le cul… — Eh ! bon, bon, interrompit le duc. Ne lui faites pas faire sa confession, monseigneur ; il nous dirait des choses que nous ne devons pas encore entendre. Continuez, Duclos, et ne laissez pas ces causeurs-là aller ainsi sur vos brisées. »


« Il y avait, reprit notre narratrice, plus de six semaines que la Guérin défendait absolument à ma sœur de se laver et qu’elle exigeait d’elle, au contraire, de se tenir dans l’état le plus sale et le plus impur qu’il pût lui être possible, sans que nous devinassions ses motifs, lorsqu’il arriva enfin un vieux paillard bourgeonnant qui, d’un air à moitié ivre, demanda grossièrement à madame si la putain était bien sale. « Oh ! je vous en réponds, dit la Guérin. On les assemble, on les enferme, je vole au trou ; à peine y suis-je que je vois ma sœur à cheval, nue, sur un grand bidet rempli de vin de champagne, et là, notre homme, armé d’une grosse éponge, la nettoyait, l’inondait, en recueillant avec soin jusqu’aux moindres gouttes qui coulaient de son corps ou de son éponge. Il y avait si longtemps que ma sœur ne s’était nettoyée en aucune partie d’elle-même, car on s’était même fortement opposé à ce qu’elle se torchât le derrière, que le vin acquit aussitôt une couleur brune et sale et vraisemblablement une odeur qui ne devait pas être très agréable. Mais plus cette liqueur se corrompt par les saletés dont elle se chargeait, plus elle plaisait à notre libertin. Il la goûte, il la trouve délicieuse ; il s’arme d’un verre et, en une demi-douzaine de rasades, il avale le vin dégoûtant et putréfié dans lequel il vient de laver un corps chargé depuis si longtemps de souillures. Quand il a bu, il saisit ma sœur, la couche à plat ventre sur le lit et lui dégorge sur les fesses et sur le trou bien entrouvert les flots de l’impudique semence que faisaient bouillonner les impurs détails de sa dégoûtante manie. Mais une autre, bien plus sale encore, devait incessamment s’offrir à mes regards. Nous avions dans la maison une de ces femmes que l’on appelle des marcheuses, en terme de bordel, et dont le métier est de courir nuit et jour pour aller déterrer du nouveau gibier. Cette créature, âgée de plus de quarante ans, joignait à des appas très flétris et qui n’avaient jamais été bien séduisants, l’affreux défaut de puer des pieds. Tel était positivement le sujet qui convenait au marquis de *** Il arrive, on lui présente dame Louise (c’était le nom de l’héroïne), il la trouve délicieuse, et sitôt qu’il la tient au sanctuaire des plaisirs, il la fait déchausser. Louise, à qui l’on avait bien recommandé de ne pas changer de bas ni de souliers pendant plus d’un mois, offre au marquis un pied infect qui eût fait dégobiller tout autre : mais c’était précisément par ce que ce pied avait de plus salé et de plus dégoûtant qu’il enflammait le mieux notre homme. Il le saisit, le baise avec ardeur, sa bouche écarte tour à tour chaque doigt et sa langue va recueillir avec le plus vif enthousiasme dans chaque intervalle cette crasse noirâtre et puante que la nature y dépose et que le peu de soin de soi-même y multiplie. Non seulement il l’attire dans sa bouche, mais il l’avale, il la savoure, et le foutre qu’il perd en se branlant à cette expédition devient la preuve non équivoque de l’excessif plaisir qu’elle lui donne. »


« Oh ! pour celle-là, je ne l’entends pas, dit l’évêque. — Il faudra donc que je travaille à vous la faire comprendre, dit Curval. — Quoi ! vous auriez un goût ?… dit l’évêque. — Regardez-moi, dit Curval. On se lève, on l’entoure, et l’on voit cet incroyable libertin, qui réunissait tous le goûts de la plus crapuleuse luxure, tenant embrassé le pied dégoûtant de Fanchon, de cette sale et vieille servante qu’on a dépeinte plus haut, et se pâmant de luxure en la suçant. « Moi, je comprends tout cela, dit Durcet. Il ne faut qu’être blasé pour entendre toutes ces infamies-là ; la satiété les inspire au libertinage, qui les fait exécuter sur-le-champ. On est las de la chose simple, l’imagination se dépite, et la petitesse de nos moyens, la faiblesse de nos facultés, la corruption de notre esprit, nous ramènent à des abominations. »


« Telle était sans doute l’histoire, dit Duclos en se reprenant, du vieux commandeur des Carrières, l’une des meilleures pratiques de la Guérin. Il ne lui fallait que des femmes tarées, ou par le libertinage, ou par la nature, ou par la main de la justice. Il ne les recevait, en un mot, que borgnes, aveugles, boiteuses, bossues, cul-de-jatte, manchotes, édentées, mutilées de quelques membres, ou fouettées et marquées, ou clairement flétries par quelque autre acte de justice ; et toujours avec cela de l’âge le plus mûr. On lui avait donné, à la scène que je surpris, une femme de cinquante ans, marquée comme voleuse publique et qui, de plus, était borgne. Cette double dégradation lui parut un trésor. Il s’enferme avec elle, la fait mettre nue, baise avec transport sur ses épaules les signes certains de son avilissement, suce avec ardeur chaque sillon de cette plaie qu’il appelait honorable. Cela fait, toute son ardeur se portait au trou du cul, il entrouvrait les fesses, baisait délicieusement le trou flétri qu’elles renfermaient, le suçait fort longtemps, et, revenant se camper à cheval sur le dos de la fille, il fit frotter son vit aux marques qu’elle portait de la justice, en la louant d’avoir mérité ce triomphe ; et, se penchant sur son derrière, il consomma le sacrifice en rebaisant l’autel où il venait de rendre un aussi long hommage, et versant un foutre abondant sur ces marques flatteuses dont il s’était si bien échauffé la tête. »


« Sacredieu, dit Curval, à qui la lubricité tournait l’esprit ce jour-là, voyez, mes amis, voyez, à ce vit bandant, à quel point m’échauffe le récit de cette passion. Et appelant la Desgranges : « Viens, bougresse impure, lui dit-il, viens toi qui ressembles si bien à celle qu’on vient de peindre, viens me procurer le même plaisir qu’elle donna au commandeur. » La Desgranges approche, Durcet, ami de ces excès, aide au président à la mettre nue. D’abord, elle fait quelques difficultés ; on se doute du fait, on la gronde de cacher une chose qui va la faire chérir davantage de la société. Enfin, son dos flétri paraît et montre, par un V et un M, qu’elle a deux fois subi l’opération déshonorante dont les vestiges allument néanmoins si complètement les impudiques désirs de nos libertins. Le reste de ce corps usé et flétri, ce cul de taffetas chiné, ce trou infect et large qui s’y montre au milieu, cette mutilation d’un téton et de trois doigts, cette jambe courte qui la fait boiter, cette bouche édentée, tout cela échauffe, anime nos deux libertins. Durcet la suce par-devant, Curval par-derrière, et tandis que des objets de la plus grande beauté et de la plus extrême fraîcheur sont là sous leurs yeux, prêts à satisfaire leurs plus légers désirs, c’est avec ce que la nature et le crime ont déshonoré, ont flétri, c’est avec l’objet le plus sale et le plus dégoûtant que nos deux paillards en extase vont goûter les plus délicieux plaisirs… Et qu’on explique l’homme, après cela ! Tous deux semblant se disputer ce cadavre anticipé, tels que deux dogues acharnés sur une charogne, après s’être livrés aux plus sales excès, dégorgent à la fin leur foutre, et malgré l’épuisement où ce plaisir les met, peut-être en eussent-ils à l’instant repris de nouveaux, quoique dans le même genre de crapule et d’infamie, si l’heure du souper ne fût pas les avertir de s’occuper d’autres plaisirs. Le président, désespéré d’avoir perdu son foutre et qui, dans ces cas-là, ne se ranimait jamais que par des excès de mangeaille et de boisson, se gonfla comme un véritable pourceau. Il voulut que le petit Adonis branlât Bande-au-ciel, et lui fit avaler le foutre, et peu content de cette dernière infamie qu’on exécuta sur-le-champ, il se leva, dit que son imagination lui suggérait des choses plus délicieuses que tout cela, et, sans s’expliquer davantage, il entraîna avec lui Fanchon, Adonis et Hercule, fut s’enfermer dans le boudoir du fond et ne reparut qu’aux orgies ; mais dans un état si brillant, qu’il y fut encore en état d’y procéder à mille autres horreurs, toutes plus singulières les unes que les autres, mais que l’ordre essentiel que nous nous sommes proposé ne nous permet pas encore de peindre à nos lecteurs. On fut se coucher, et Curval, l’inconséquent Curval qui, ayant, cette nuit-là, la divine Adélaïde, sa fille, pour partage, pouvait passer avec elle la plus délicieuse des nuits, fut trouvé le lendemain matin vautré sur la dégoûtante Fanchon, avec laquelle il avait fait de nouvelles horreurs toute la nuit, tandis qu’Adonis et Adélaïde, privés de leur couche, étaient l’un dans un petit lit fort éloigné et l’autre à terre sur un matelas.


Sixième journée

C’était le tour de monseigneur d’aller se présenter aux masturbations ; il y fut. Si les disciples de la Duclos eussent été des hommes, vraisemblablement monseigneur n’eût pas résisté. Mais une petite fente au bas du ventre était un furieux tort à ses yeux, et les Grâces mêmes l’eussent-elles entouré, dès que cette maudite fente s’offrait, c’en était assez pour le calmer. Il résista donc en héros ; je crois même qu’il ne banda point, et les opérations se continuèrent. Il était aisé de voir qu’on avait la plus grande envie de trouver les huit jeunes filles en faute, afin de se procurer, le lendemain, qui était le funeste samedi de correction, afin de se procurer, dis-je, à cette époque, le plaisir de les châtier toutes les nuits. Il y en avait déjà six ; la douce et belle Zelmire vint faire la septième, et, de bonne foi, l’avait-elle bien mérité ? ou le plaisir de la correction qu’on se proposait avec elle ne l’emportait-il pas sur la véritable équité ? Nous laissons le cas sur la conscience du sage Durcet et nous nous contentons de narrer. Une très belle dame vint aussi grossir la liste des délinquants : c’était la tendre Adélaïde. Durcet, son époux, voulait, disait-il, donner l’exemple en lui pardonnant moins qu’à une autre, et c’était à lui-même qu’elle venait de manquer. Il l’avait menée en un certain endroit, où les services qu’elle devait lui rendre après certaines fonctions n’étaient pas absolument bien propres. Tout le monde n’est pas dépravé comme Curval, et, quoiqu’elle fût sa fille, elle n’en avait nullement les goûts. Ou elle résista, ou elle se conduisit mal, ou peut-être n’y eut-il que de la taquinerie de la part de Durcet : toujours est-il qu’elle fut inscrite sur le livre des pénitences, au grand contentement de l’assemblée. La visite faite chez les garçons n’ayant rien produit, on passa aux plaisirs secrets de la chapelle, plaisirs d’autant plus piquants et d’autant plus singuliers qu’on refusait même à ceux qui demandaient d’y être admis la permission de venir les procurer. On n’y vit ce matin-là que Constance, deux des fouteurs subalternes, et Michette. Au dîner, Zéphire, dont on devenait tous les jours plus contents et par les charmes qui semblaient l’embellir chaque jour davantage, et par le libertinage notoire dont il devenait, Zéphire, dis-je, insulta Constance qui, quoiqu’elle ne servît plus, paraissait néanmoins toujours au dîner. Il l’appela faiseuse d’enfants et lui donna quelques claques sur le ventre pour lui apprendre, disait-il, à pondre avec son amant, puis il baisa le duc, le caressa, lui branla un moment le vit, et sut si bien lui échauffer le crâne que Blangis jura que l’après-midi ne se passerait pas sans qu’il ne le mouillât de foutre. Et le petit bonhomme l’agaçait, lui dit qu’il l’en défiait. Comme il était de service au café, il sortit au dessert et parut nu, pour le servir, au duc. À l’instant où il quitta la table, celui-ci, très animé, débuta par quelques polissonneries ; il lui suça la bouche et le vit, le plaça sur une chaise devant lui, le derrière à la hauteur de sa bouche, et le gamahucha un quart d’heure de cette manière. À la fin son vit se mutina, il dressa sa tête altière, et le duc vit bien que l’hommage exigeait enfin de l’encens. Cependant tout était interdit, excepté ce qu’on avait fait la veille. Le duc se résolut donc d’imiter ses confrères. Il courbe Zéphire sur un canapé, lui braque son engin dans les cuisses, mais il arriva ce qui était arrivé à Curval : l’engin dépassa de dix pouces. « Fais comme j’ai fait, lui disait Curval, branle l’enfant sur ton vit, arrose ton gland de son foutre. » Mais le duc trouva plus plaisant d’en enfiler deux à la fois. Il prie son frère de lui ajuster là Augustine ; on la colle, les fesses contre les cuisses de Zéphire, et le duc, foutant pour ainsi dire à la fois une fille et un garçon, pour y mettre encore plus de lubricité, branle le vit de Zéphire sur les jolies fesses rondes et blanches d’Augustine et les inonde de ce petit foutre enfantin qui, comme on l’imagine bien, excité pour une si jolie chose, ne tarde pas à couler abondamment. Curval, qui trouva le cas plaisant et qui voyait le cul du duc entrouvert et bâillant pour un vit comme sont tous les culs de bougres dans les instants où leur vit bande, vint lui rendre ce qu’il en avait reçu l’avant-veille, et le cher duc n’eut pas plutôt ressenti les voluptueuses secousses de cette intromission, que son foutre, partant presque en même temps que celui de Zéphire, fut inonder à revers les bords du temple dont Zéphire arrosait les colonnes.


Mais Curval ne déchargea point et, retirant du cul du duc son engin fier et nerveux, il menaça l’évêque, qui se branlait de même entre les cuisses de Giton, de lui faire éprouver le sort qu’il venait de faire subir au duc.


L’évêque le défie, le combat s’engage ; l’évêque est enculé et va délicieusement perdre entre les cuisses du joli enfant qu’il caresse un foutre libertin si voluptueusement provoqué. Cependant Durcet, spectateur bénévole, n’ayant pour lui qu’Hébé et la duègne, quoique presque ivre mort, ne perdait pas son temps et se livrait silencieusement à des infamies que nous sommes encore contraint à tenir sous le voile. Enfin le calme revint, on s’endormit, et six heures venant réveiller nos acteurs, ils se rendirent aux nouveaux plaisirs que leur préparait la Duclos. Ce soir-là, les quadrilles étaient changés d’un sexe à l’autre : toutes les petites filles en matelots et tous les petits garçons en grisettes. Le coup d’œil en fut ravissant ; rien n’échauffe la lubricité comme ce petit troc voluptueux : on aime à trouver dans un petit garçon ce qui le fait ressembler à une petite fille ; et la fille est bien plus intéressante quand elle emprunte, pour plaire, le sexe qu’on voudrait qu’elle eût. Ce jour-là, chacun avait sa femme sur le canapé ; on se loue réciproquement d’un ordre aussi religieux, et tout le monde étant prêt d’entendre, Duclos reprit, comme on va le voir, la suite de ses lubriques histoires.


« Il y avait chez Mme Guérin une fille d’environ trente ans, blonde, un peu replète, mais singulièrement blanche et fraîche. On la nommait Aurore ; elle avait la bouche charmante, les dents belles et la langue voluptueuse, mais qui le croirait, soit défaut d’éducation, soit faiblesse d’estomac, cette bouche adorable avait le défaut de laisser échapper à tout instant une quantité prodigieuse de vents ; et quand elle avait beaucoup mangé surtout, il y en avait quelquefois pour une heure à ne cesser de faire des rots qui eussent fait tourner un moulin. On a raison de le dire, il n’y a pas de défaut qui ne trouve un sectateur, et cette belle fille, en raison même de celui-ci, en avait un des plus ardents. C’était un sage et sérieux docteur de Sorbonne qui, las de prouver en pure perte l’existence de Dieu dans l’école, venait quelquefois se convaincre au bordel de celle de la créature. Il prévenait, et ce jour-là Aurore mangeait comme une crevée. Curieuse de ce dévot tête-à-tête, je vole au trou, et mes amants réunis, après quelques caresses préliminaires, toutes dirigées sur la bouche, je vois notre rhéteur poser délicatement sa chère compagne sur une chaise, s’asseoir vis-à-vis d’elle, et lui remettant ses reliques entre les mains, dans l’état le plus déplorable : « Agissez, lui dit-il, ma belle petite, agissez : vous connaissez les moyens de me sortir de cet état de langueur ; prenez-les vite, je vous conjure, car je me sens pressé de jouir ». Aurore, d’une main, reçoit l’outil mollasse du docteur, de l’autre elle lui saisit la tête, colle sa bouche sur la sienne, et la voilà à lui dégorger dans la mâchoire une soixantaine de rots l’un sur l’autre. Rien ne peut peindre l’extase du serviteur de Dieu. Il était aux nues, il respirait, il avalait tout ce qu’on lui lançait, on eût dit qu’il eût été désolé d’en perdre le plus léger souffle, et, pendant ce temps-là, ses mains s’égaraient sur le sein et sous les cotillons de ma compagne. Mais ces attouchements n’étaient qu’épisodiques ; l’objet unique et capital était cette bouche qui l’accablait de soupirs. Enfin son vit, gonflé par les chatouillements voluptueux que cette cérémonie lui fait éprouver, décharge enfin dans la main de ma compagne, et il se sauve en protestant qu’il n’a jamais eu tant de plaisir.

« Un homme plus extraordinaire exigea de moi, quelque temps après, une particularité qui ne mérite pas d’être passée sous silence. La Guérin m’avait fait, ce jour-là, manger presque par force, aussi copieusement que j’avais vu quelques jours auparavant dîner ma compagne. Elle avait eu soin de me faire servir tout ce qu’elle savait que j’aimais le mieux dans le monde, et m’ayant prévenue en sortant de table, de tout ce qu’il y avait à faire avec le vieux libertin avec lequel elle allait m’unir, elle me fit avaler sur-le-champ trois grains d’émétique dans un verre d’eau chaude. Le paillard arrive ; c’était un suppôt de bordel que j’avais déjà vu bien des fois chez nous, sans trop m’occuper de ce qu’il y venait faire. Il m’embrasse, enfonce une langue sale et dégoûtante dans ma bouche, qui achève de déterminer par sa puanteur l’effet du vomitif. Il voit que mon estomac se soulève, il est dans l’extase : « Courage, ma petite, s’écriait-il ; courage ! Je n’en perdrai pas une goutte. » Prévenue de tout ce qu’il y avait à faire, je l’assois sur un canapé, je penche sa tête sur un des bords. Ses cuisses étaient écartées ; je déboutonne sa culotte, j’en saisis un instrument court et mollasse qui ne m’annonce aucune érection, je secoue, il ouvre la bouche. Tout en branlant, tout en recevant les attouchements de ses mains impudiques qui se promènent sur mes fesses, je lui lance à brûle-pourpoint dans la bouche toute la digestion imparfaite d’un dîner que faisait dégorger l’émétique. Notre homme est aux nues, il s’extasie, il avale, il va chercher lui-même sur mes lèvres l’impure éjaculation qui l’enivre, il n’en perd pas une goutte, et lorsqu’il croit que l’opération va cesser, il en provoque le retour par des chatouillements de sa langue ; et son vit, ce vit qu’à peine je touche, tant je suis accablée de ma crise, ce vit qui ne s’échauffe sans doute qu’à de telles infamies, s’enfle, se dresse de lui-même et laisse en pleurant sous mes doigts la preuve non suspecte des impressions que cette saleté lui procure. »


« Ah ! sacredieu, dit Curval, voilà une délicieuse passion, mais on pourrait encore la raffiner. — Et comment ? dit Durcet d’une voix entrecoupée par les soupirs de la lubricité. — Comment, dit Curval, eh ! sacredieu, par le choix de la fille et des mets. — De la fille… Ah ! j’entends, tu voudrais là une Fanchon. — Eh ! sans doute. — Et les mets ? continua Durcet qu’Adélaïde branlait. — Les mets ? reprit le président, eh ! double dieu, en la forçant de me rendre ce que je viendrais de lui communiquer de la même manière. — C’est-à-dire, reprit le financier dont la tête commençait a s’égarer tout à fait, que tu lui dégueulerais dans la bouche, qu’il faudrait qu’elle avalât et qu’elle te le rendît ? — Précisément. » Et tous deux se jetant dans leur cabinet, le président avec Fanchon, Augustine et Zélamir, Durcet avec la Desgranges, Rosette et Bande-au-ciel, on fut obligé d’attendre près d’une demi-heure pour continuer les récits de Duclos. Ils reparurent enfin. « Tu viens de faire des saletés, dit le duc à Curval qui rentra le premier. — Quelques-unes, dit le président, c’est le bonheur de la vie, et, pour moi, je n’estime la volupté qu’en ce qu’elle a de plus sale et de plus dégoûtant. — Mais au moins, y a-t-il eu du foutre de répandu ? — Pas un mot, dit le président, crois-tu donc qu’on te ressemble et qu’on ait comme toi du foutre à perdre à toutes les minutes ? Je laisse ces efforts-là à toi et à des champions vigoureux comme Durcet, continua-t-il en le voyant rentrer, pouvant à peine se soutenir d’épuisement. — C’est vrai, dit le financier, je n’y ai pas tenu. Cette Desgranges est si sale dans ses propos et dans sa tenue, elle a une facilité si grande à tout ce qu’on veut… — Allons, Duclos, dit le duc, reprenez, car si nous ne lui coupons point la parole, le petit indiscret va nous dire tout ce qu’il a fait, sans réfléchir combien il est affreux de se vanter ainsi des faveurs qu’on reçoit d’une jolie femme. » Et la Duclos, obéissant, reprit ainsi son histoire :


« Puisque ces messieurs aiment tant ces drôleries-là, dit notre historienne, je suis fâchée qu’ils n’aient pas encore un instant retenu leur enthousiasme, et l’effet en eût été mieux placé, ce me semble, après ce que j’ai encore à vous conter ce soir. Ce que M. le président a prétendu qu’il manquait pour perfectionner la passion que je viens de conter se retrouvait mot à mot dans celle qui suit. Je suis fâchée qu’il ne m’ait pas donné le temps d’achever. Le vieux président de Saclanges offre mot à mot les singularités que M. de Curval paraissait désirer. On avait choisi, pour lui tenir tête, la doyenne de notre chapitre. C’était une grosse et grande fille d’environ trente-six ans, bourgeonnée, ivrognesse, jureuse et le ton poissard, et harengère, quoique d’ailleurs assez jolie. Le président arrive ; on leur sert à souper ; tous deux se saoulent, tous deux se mettent hors de raison, tous deux vomissent dans la bouche l’un de l’autre, tous deux avalent et se rendent mutuellement ce qu’ils se prêtent. Ils tombent enfin dans les débris du souper, dans les saletés dont ils viennent d’arroser le parquet. Alors on me détache, car ma camarade n’avait plus ni connaissance ni force. C’était pourtant le moment important du libertin. Je le trouve à terre, son vit droit et dur comme une barre de fer ; j’empoigne l’instrument, le président balbutie et jure, il m’attire à lui, il suce ma bouche et décharge comme un taureau en se tournant et se retournant et continuant de se vautrer dans ses ordures.

« Cette même fille nous donna peu après le spectacle d’une fantaisie pour le moins aussi sale. Un gros moine, qui la payait fort bien, vint se placer à cheval sur son ventre ; les cuisses de ma compagne étaient dans le plus grand écartement possible, et fixées à de gros meubles pour qu’elles ne pussent varier. Dans cette attitude, on servit plusieurs mets sur le bas-ventre de la fille, à cru et sans qu’ils fussent dans aucun plat. Le bonhomme saisit des morceaux avec sa main, les enfonce dans le con ouvert de sa dulcinée, les y tourne et retourne et ne les mange qu’après qu’il les a complètement imprégnés des sels que le vagin lui procure. »


« Voilà une manière de dîner tout à fait nouvelle, dit l’évêque. — Et qui ne vous plairait point, n’est-ce pas, monseigneur, dit Duclos. — Non ! ventredieu, répondit le serviteur de l’église ; je n’aime pas assez le con pour cela. — Eh bien ! reprit notre historienne, écoutez donc celle par où je vais clore mes narrations de cette soirée. Je suis persuadée qu’elle vous amusera davantage.

« Il y avait huit ans que j’étais chez Mme Guérin. Je venais d’y prendre ma dix-septième année, et depuis cet intervalle je n’avais pas été un seul jour sans y voir régulièrement venir tous les matins un certain fermier général pour lequel on avait de grands égards. C’était un homme pour lors d’environ soixante ans, gros, court et ressemblant assez dans tous les points à M. Durcet. Il avait, comme lui, de la fraîcheur et de l’embonpoint. Chaque jour il lui fallait une fille nouvelle, et celles de la maison ne lui servaient jamais qu’en pis-aller ou quand l’étrangère manquait au rendez-vous. M. Dupont, c’était le nom de notre financier, était aussi difficile dans le choix des filles que dans ses goûts. Il ne voulait point absolument que la fille fût une putain, à moins que dans les cas forcés, ainsi que je viens de le dire : il fallait que ce fussent des ouvrières, des filles en boutique, surtout des marchandes de modes. L’âge et la couleur étaient également réglés : il les fallait blondes, depuis quinze ans jusqu’à dix-huit ans, ni au-dessus ni au-dessous, et par-dessus toutes qualités, il fallait qu’elles eussent le cul moulé et d’une netteté si singulière que le plus léger bouton au trou devenait un motif d’exclusion. Quand elles étaient pucelles, il les payait double. On attendait pour lui, ce jour-là, une jeune ouvrière en dentelle de seize ans, dont le cul passait pour un véritable modèle ; mais il ne savait pas que c’était là le présent que l’on voulait lui faire, et comme la jeune fille fit dire qu’elle ne pouvait se débarrasser ce matin-là de ses parents et qu’on ne l’attendît pas, la Guérin, qui savait que Dupont ne m’avait jamais vue, m’ordonna tout de suite de m’habiller en bourgeoise, d’aller prendre un fiacre au haut de la rue et de débarquer chez elle un quart d’heure après que Dupont serait entré, en jouant bien mon rôle et me faisant passer pour une apprentie en modes. Mais par-dessus tout soin, le plus important à remplir fut de me remplir sur-le-champ l’estomac d’une demi-livre d’anis, par-dessus lesquels j’avalai un grand verre de liqueur balsamique qu’elle me donna et dont l’effet devait être celui que vous allez entendre tout à l’heure. Tout s’exécute au mieux ; on avait eu heureusement quelques heures à soi, moyen en quoi rien ne manqua. J’arrive d’un air bien niais. On me présente au financier qui d’abord me lorgne attentivement, mais, comme je m’observais avec la plus scrupuleuse attention, il ne put rien découvrir en moi qui démentît l’histoire qu’on lui fabriquait. « Est-elle pucelle ? dit Dupont. — Non par là, dit Guérin en mettant la main sur mon ventre, mais pour l’autre côté, j’en réponds. » Et elle mentait si impudemment. N’importe, notre homme s’y trompa, et c’est tout ce qu’il fallait. « Troussez, troussez », dit Dupont. Et la Guérin leva mes jupes par-derrière, me penchant un peu sur elle, et découvrit par ce moyen au libertin le temple entier de son hommage. Il lorgne, il touche un moment mes fesses, ses deux mains les écartent, et content sans doute de son examen, il dit que le cul est bien et qu’il s’en contentera. Ensuite il me fait quelques questions sur mon âge, sur le métier que je fais, et content de ma prétendue innocence et de l’air d’ingénuité que j’affecte, il me fait monter dans son appartement, car il en avait un à lui chez la Guérin, un où personne n’entrait que lui et qui n’était point sujet à être observé de nulle part. Dès que nous sommes entrés, il ferme avec soin la porte et m’ayant encore considérée un instant, il me demande d’un ton et d’un air assez brutal, caractère qu’il conserva toute la scène, il me demande, dis-je, s’il est bien vrai qu’on ne m’ait jamais foutue en cul. Comme il était de mon rôle d’ignorer une pareille expression, je me la fis répéter, lui protestant que je ne l’entendais pas, et quand, par ses gestes, il m’eut fait comprendre ce qu’il voulait dire d’une manière où il n’y avait plus moyen de ne le pas entendre, je lui répondis avec un air d’effroi et de pudeur que je serais bien fâchée de m’être jamais prêtée à de pareilles infamies. Alors il me dit de quitter seulement mes jupes, et sitôt que j’eus obéi, en laissant ma chemise continuer de cacher le devant, il la releva sur le derrière le plus qu’il put sous mon corset, et comme, en me déshabillant, mon mouchoir de col était tombé et que ma gorge paraissait en entier, il se fâcha. « Que le diable emporte les tétons ! s’écria-t-il. Eh ! qui vous demande des tétons ? Voilà ce qui m’impatiente avec toutes ces créatures-là : c’est toujours cette impudente manie de montrer des tétasses. » Et m’empressant de les couvrir je m’approchai de lui comme pour lui demander excuse, mais voyant que je lui montrais le devant par l’attitude que j’allais prendre, il s’emporta encore une fois : « Eh ! restez donc comme on vous met, sacredieu, dit-il, en saisissant mes hanches et me replaçant de manière à ne lui présenter que le cul, restez comme cela, morbleu ! On ne veut pas plus de votre con que de votre gorge : on n’a besoin ici que de votre cul. En même temps, il se leva et me conduisit au bord du lit, sur lequel il m’installa à demi couchée sur le ventre, puis s’asseyant sur un siège très bas entre mes jambes, il se trouva par cet arrangement que sa tête était à la juste hauteur de mon cul : il me lorgne encore un instant, puis ne me trouvant pas encore bien comme cela, il se relève pour me placer un carreau sous le ventre, qui faisait porter mon cul encore plus en arrière ; il se rassoit, examine, et tout cela avec le sens froid, avec le flegme du libertinage réfléchi. Au bout d’un moment, il s’empare de mes deux fesses, les écarte, pose sa bouche ouverte au trou, sur lequel il la colle hermétiquement, et tout de suite, suivant l’ordre que j’en ai reçu et l’extrême besoin que j’en avais, je lui lâche au fond du gosier le pet le plus ronflant qu’il eût peut-être reçu de sa vie. Il se retire furieux : « Comment donc, petite insolente, me dit-il, vous avez la hardiesse de me péter dans la bouche ? Et la reposant aussitôt.

« Oui, monsieur, lui dis-je en relâchant un second camouflet, c’est comme cela que je traite ceux qui me baisent le cul. — Eh bien ! pète, pète donc, petite coquine ! puisque tu ne peux te retenir, pète tant que tu voudras et tant que tu pourras. » De ce moment je ne me contiens plus, rien ne put exprimer le besoin que me donna de lâcher ces vents la drogue que j’avais avalée ; et que notre homme en extase, tantôt les reçoit dans sa bouche et tantôt dans ses narines. Au bout d’un quart d’heure de pareil exercice, il se couche enfin sur un canapé, m’attire à lui, toujours mes fesses sur son nez, m’ordonne de le branler dans cette posture en continuant un exercice dont il éprouve de si divins plaisirs. Je pète, je branle, je secoue un vit mou et guère plus long ni plus gros que le doigt ; à force de secousses et de pets, l’instrument roidit à la fin. L’augmentation du plaisir de notre homme, l’instant de sa crise, m’est annoncé par un redoublement d’iniquité de sa part. C’est sa langue même qui maintenant provoque mes pets ; c’est elle qu’il darde au fond de mon anus, comme pour en provoquer les vents, c’est sur elle qu’il veut que je les pousse, il déraisonne, la tête n’y est plus, je m’en aperçois, et le petit vilain engin vient arroser tristement mes doigts de sept ou huit gouttes d’un sperme clair et brunâtre qui le mettent enfin à la raison. Mais comme la brutalité chez lui, et fomentait l’égarement, et le remplaçait bien vite, à peine me donna-t-il le temps de me rajuster. Il grondait, il grumelait, il m’offrait en un mot l’image odieuse du vice quand il a satisfait sa passion et cette inconséquente impolitesse qui, dès que le prestige est tombé, cherche à se venger par des mépris du culte usurpé par les sens. »


« Voilà un homme que j’aime mieux que tous ceux qui précèdent, dit l’évêque… Et savez-vous si le lendemain il eut sa petite novice de seize ans ? — Oui, monseigneur, il l’eut, et le surlendemain une pucelle de quinze ans, encore bien autrement jolie. Comme peu d’hommes payaient autant, peu étaient aussi bien servis. » Cette passion ayant échauffé des têtes si accoutumées aux désordres de cette espèce et leur rappelant un goût qu’ils encensaient si universellement, on ne voulut pas attendre plus longtemps pour la mettre en usage. Chacun recueillit ce qu’il put et prit un peu partout. Le souper vint ; on l’entremêla de presque toutes les infamies qu’on venait d’entendre ; le duc fit griser Thérèse et la fit vomir dans sa bouche ; Durcet fit péter tout le sérail et en reçut plus de soixante dans sa soirée. Pour Curval, à qui toute sorte d’extravagances passait par la tête, il dit qu’il voulait faire ses orgies seul et fut s’enfermer dans le boudoir du fond avec Fanchon, Marie, la Desgranges et trente bouteilles de vin de Champagne. On fut obligé de les emporter tous quatre : on les trouve nageant dans les flots de leurs ordures et le président endormi, la bouche collée sur celle de la Desgranges qui y vomissait encore. Les trois autres, dans des genres ou semblables ou différents, en avaient fait pour le moins autant ; ils avaient également passé leurs orgies à boire, ils avaient fait saouler leurs bardaches, ils les avaient fait vomir, ils avaient fait péter les petites filles, ils avaient fait je ne sais quoi, et sans la Duclos qui avait conservé sa raison, qui mit ordre à tout et qui les fit coucher, il est plus que vraisemblable que l’aurore aux doigts de rose, en entrouvrant les portes du palais d’Apollon, les eût trouvés plongés dans leur ordure, bien plutôt comme des pourceaux que comme des hommes. N’ayant besoin que de repos, chacun coucha seul et fut reprendre dans le sein de Morphée un peu de force pour le lendemain.


Septième journée

Les amis ne se soucièrent plus d’aller se prêter chaque matin une heure aux leçons de la Duclos. Fatigués des plaisirs de la nuit, craignant d’ailleurs que cette opération ne leur fit perdre leur foutre de trop bon matin, et jugeant de plus que cette cérémonie les blasait trop tôt sur des voluptés et sur des objets qu’ils avaient intérêt de se ménager, ils convinrent qu’on substituerait chaque matin un des fouteurs alternativement au lieu d’eux. Les visites se firent. Il ne manquait plus qu’une des jeunes filles pour que toutes les huit dussent passer à la correction : c’était la belle et intéressante Sophie, accoutumée à respecter tous ses devoirs. Quelques ridicules que pussent lui paraître ceux-là elle les respectait néanmoins, mais Durcet qui avait prévenu Louison, sa gardienne, sut si bien la faire tomber dans le panneau qu’elle fut déclarée fautive et inscrite en conséquence sur le livre fatal. La douce Aline, également examinée de bien près, fut également jugée coupable, et la liste du soir, au moyen de cela, fut donc composée des huit jeunes filles, de deux épouses et de quatre jeunes garçons. Ces soins remplis, on ne songea plus qu’à s’occuper du mariage qui devait célébrer la fête projetée de la fin de la première semaine. On n’accorda aucune permission de besoins publics à la chapelle ce jour-là, monseigneur se revêtit pontificalement, et on se rendit à l’autel. Le duc, qui représentait le père de la fille, et Curval, qui représentait celui du jeune garçon, amenèrent l’un Michette et l’autre Giton. Tous deux étaient extraordinairement parés en habit de ville, mais en sens contraire, c’est-à-dire que le petit garçon était en fille et la fille en garçon. Nous sommes malheureusement obligé, par l’ordre que nous nous sommes prescrit pour les matières, de retarder encore quelque temps le plaisir qu’aurait sans doute le lecteur à apprendre les détails de cette cérémonie religieuse ; mais un moment viendra sans doute où nous pourrons les lui dévoiler. On passa au salon et ce fut en attendant l’heure du dîner que nos quatre libertins, enfermés seuls avec ce charmant petit couple, les firent mettre nus et les obligèrent à commettre ensemble tout ce que leur âge leur permit des cérémonies matrimoniales, à l’exception cependant de l’introduction du membre viril dans le vagin de la petite fille, laquelle aurait pu se faire puisque le jeune garçon bandait fort bien, et qu’on ne permit pas, afin que rien n’entamât une fleur destinée à d’autres usages. Mais, du reste, on les laissa se toucher, se caresser : la jeune Michette pollua son petit mari, et Giton, à l’aide de ses maîtres, branla fort bien sa petite femme. Tous deux pourtant commençaient à sentir trop bien l’esclavage dans lequel ils étaient pour que la volupté, même celle que leur âge leur permettait de sentir, pût naître dans leur petit cœur. On dîna ; les deux époux furent du festin, mais, au café, les têtes s’étant échauffées sur eux, ils furent mis tout nus, comme étaient Zélamir, Cupidon, Rosette et Colombe qui servaient le café ce jour-là. Et la fouterie en cuisses étant devenue à la mode à cette époque de la journée, Curval s’empara du mari, le duc de la femme, et ils les encuissèrent tous deux. L’évêque qui, depuis que le café était pris, s’acharnait au cul charmant de Zélamir, qu’il suçait et faisait péter, l’enfila bientôt dans le même genre, pendant que Durcet faisait ses petites vilenies de choix au cul charmant de Cupidon. Nos deux principaux athlètes ne déchargèrent point et, s’emparant bientôt, l’un de Rosette et l’autre de Colombe, ils les enfilèrent en levrette et entre les cuisses de la même manière qu’ils venaient d’agir avec Michette et Giton, en ordonnant à ces charmants enfants de branler avec leurs jolies petites mains, et d’après les instructions reçues, ces monstrueux bouts de vits qui dépassaient au-delà de leur ventre ; et pendant ce temps-là, les libertins maniaient à l’aise les trous de culs frais et délicieux de leurs petites jouissances. On ne répandit cependant point de foutre ; on savait qu’il y avait de la besogne délicieuse pour le soir et on se ménagea. De ce moment, les droits des jeunes époux s’évanouirent, et leur mariage, quoique fait dans toutes les formes, ne devint plus qu’un jeu. Ils rentrèrent chacun dans les quadrilles qui leur étaient destinés, et l’on fut écouter la Duclos qui reprit ainsi son histoire :


« Un homme, à peu près des mêmes goûts que le financier qui termina mes récits d’hier soir, va, si vous le trouvez bon, messieurs, commencer ceux d’aujourd’hui. C’était un maître des requêtes d’environ soixante ans et qui joignait à la singularité de ses fantaisies celle de ne vouloir que des femmes plus vieilles que lui. La Guérin lui donna une vieille maquerelle de ses amies dont les fesses ridées n’offraient plus que l’image d’un vieux parchemin servant à humecter du tabac. Tel était pourtant l’objet qui devait servir aux hommages de notre libertin. Il s’agenouille devant ce cul décrépit, le baise amoureusement ; on lui pète au nez, il s’extasie, il ouvre la bouche, on en fait autant, sa langue va chercher avec enthousiasme le vent moelleux qu’on lui détache. Cependant il ne peut résister au délire où l’entraîne une telle opération. Il sort de sa culotte un petit membre vieux, pâle et ridé comme la divinité qu’il encense. « Ah ! pète donc, pète donc, ma mie ! s’écrie-t-il en se branlant de toutes ses forces, pète, mon cœur, ce n’est que de tes seuls pets que j’attends le désenchantement de cet outil rouillé ». La maquerelle redouble, et le libertin ivre de volupté perd entre les jambes de sa déesse deux ou trois malheureuses gouttes de sperme auxquelles il devait toute son extase. »


Ô terrible effet de l’exemple ! Qui l’eût dit ? Au même instant, et comme s’ils se fussent donné le mot, nos quatre libertins appellent à eux les duègnes de leurs quadrilles. Ils s’emparent de leurs vieux et vilains culs, sollicitent des pets, en obtiennent, et sont au moment d’être aussi heureux que le maître des requêtes, si le souvenir des plaisirs qui les attendent aux orgies ne les contient pas. Mais ils se les rappellent, s’en tiennent là, congédient leurs Vénus, et Duclos continue :


« J’appuierai peu sur la suivante, messieurs, dit cette aimable fille ; je sais qu’elle a parmi vous peu de sectateurs, mais vous m’avez ordonné de tout dire, j’obéis. Un homme fort jeune et d’une très jolie figure eut la fantaisie de me gamahucher le con avec mes règles. J’étais couchée sur le dos, les cuisses ouvertes ; il était à genoux devant moi et suçait en soulevant mes reins de ses deux mains pour mieux placer le con à sa portée. Il avala et le foutre et le sang, car il s’y prit si adroitement et il était si joli que je déchargeai. Il se branlait, il était au troisième ciel, il paraissait que rien au monde ne pouvait lui faire autant de plaisir et la décharge la plus chaude et la plus ardente, faite en opérant toujours, vint bientôt m’en convaincre. Le lendemain il vit Aurore, peu après ma sœur, et en un mois il nous passa toutes en revue, au bout duquel il en fut faire autant sans doute à tous les autres bordels de Paris. »


« Cette fantaisie-là, vous en conviendrez, messieurs, n’est pourtant pas plus singulière que celle d’un homme, autrefois ami de la Guérin et qu’elle avait fourni longtemps, dont elle nous assura que toute la volupté consistait à manger des faux germes ou des fausses couches. On l’avertissait chaque fois qu’une fille se trouvait dans ce cas-là ; il accourait et avalait l’embryon en se pâmant de volupté. »


« J’ai connu cet homme-là, dit Curval, son existence et ses goûts sont la chose du monde la plus sûre. — Soit, dit l’évêque, mais ce que je connais d’aussi certain que votre homme, c’est que je ne l’imiterai pas. — Et d’où vient ? dit Curval. Je suis persuadé que ça peut produire une décharge, et si Constance veut me laisser faire, puisqu’on dit que la voilà grosse, je lui promets de faire arriver monsieur son fils avant le terme et de le croquer comme une sardine. — Oh ! l’on connaît bien votre horreur pour les femmes grosses, répondit Constance, on sait bien que vous ne vous êtes défait de la mère d’Adélaïde que parce qu’elle devint grosse une seconde fois, et si Julie m’en croit, elle prendra garde à elle. — Il est bien certain, dit le président, que je n’aime pas la progéniture, et que quand la bête est pleine, elle m’inspire un furieux dégoût, mais d’imaginer que j’ai tué ma femme pour cela c’est ce qui pourrait vous tromper. Apprenez, garce que vous êtes, que je n’ai pas besoin de motif pour tuer une femme, et surtout une vache comme vous que j’empêcherais bien de faire son veau si elle m’appartenait. Constance et Adélaïde se mirent à pleurer, et cette circonstance commença à dévoiler la haine secrète que le président portait à cette charmante épouse du duc, qui, bien loin de la soutenir dans cette discussion, répondit à Curval qu’il devait bien savoir qu’il n’aimait pas plus la progéniture que lui et que si Constance était grosse elle n’était pas encore accouchée. Ici les larmes de Constance redoublèrent ; elle était sur le canapé de Durcet, son père, qui, pour toute consolation, lui dit que si elle ne se taisait pas sur-le-champ, malgré son état il allait la mettre à la porte à coups de pied au cul. La pauvre infortunée fit retomber sur son cœur navré les larmes qu’on lui reprochait et se contenta de dire : « Hélas, grand Dieu ! je suis bien malheureuse, mais c’est mon sort, il faut le remplir. » Adélaïde, qui fondait en larmes et que le duc, sur le canapé duquel elle était, lutinait de toutes ses forces pour la faire encore mieux pleurer, parvint à sécher également ses pleurs, et cette scène un peu tragique, quoique très réjouissante pour l’âme scélérate de nos libertins étant terminée, Duclos reprit en ces termes :


« Il y avait chez la Guérin une chambre assez plaisamment construite et qui ne servait jamais qu’à un seul homme. Elle avait un plafond double, et cette espèce d’entresol fort bas et dans lequel on ne pouvait être que couché, servait à placer le libertin d’espèce singulière don je servis la passion. Il s’enfermait avec une fille dans cette manière de trappe, et sa tête était postée de manière qu’elle répondait à un trou qu’on ouvrait dans la chambre supérieure. La fille, enfermée avec l’homme en question, n’avait d’autre emploi que de le branler, et moi, placée au-dessus, je devais en faire autant à un autre homme. Le trou, très obscurément placé, se trouvait ouvert comme par négligence, et moi, comme par propreté et pour ne point gâter le parquet, je devais, en manualisant mon homme, faire tomber le foutre dans le trou et, par conséquent, sur le visage de l’autre qui répondait exactement à cette ouverture. Tout était construit avec tant d’art que rien ne paraissait, et l’opération réussissait au mieux : au moment où le patient recevait sur son nez le foutre de celui qu’on branlait au-dessus, il y joignait le sien, et tout était dit.

« Cependant la vieille, dont je viens de vous parler tout à l’heure, reparut, mais elle devait avoir affaire à un autre champion. Celui-ci, homme d’environ quarante ans, la fit mettre nue et la lécha ensuite dans tous les orifices de son vieux cadavre ; cul, con, bouche, narine, aisselle, oreille, rien ne fut oublié, et le vilain à chaque sucée avalait tout ce qu’il recueillait. Il ne s’en tint pas là, il la fit mâcher des tranches de pâtisseries qu’il avala dans sa bouche même sitôt qu’elle les eut broyées ; il la fit garder dans sa bouche longtemps des gorgées de vin dont elle se lava, dont elle se gargarisa, et qu’il avala de même ; et son vit pendant tout ce temps-là était dans une si prodigieuse érection que le foutre paraissait prêt à s’échapper sans qu’il eût besoin de le provoquer. Il le sentit enfin prêt à partir, et se reprécipitant sur sa vieille, il lui enfonça sa langue dans le trou du cul au moins d’un pied et déchargea comme un furieux. »


« Eh ! sacredieu, dit Curval, est-il donc besoin d’être jeune et jolie pour faire couler du foutre ? Encore un coup, c’est dans toutes les jouissances la chose sale qui attire le foutre : ainsi plus elle est sale et plus il doit voluptueusement se répandre. — Ce sont des sels, dit Durcet, qui s’exhalant de l’objet qui nous sert en volupté, viennent irriter nos esprits animaux et les mettre en mouvement ; or, qui doute que tout ce qui est vieux, sale ou puant n’ait une plus grande quantité de ces sels et, par conséquent, plus de moyen pour irriter et déterminer notre éjaculation ? » On discuta encore un moment cette thèse de part et d’autre, et comme il y avait beaucoup d’ouvrage à faire après souper, on fit servir d’un peu meilleure heure, et au dessert les jeunes filles, toutes condamnées à des pénitences, repassèrent dans le salon où elles devaient s’exécuter avec les quatre garçons et les deux épouses également condamnées, ce qui formait un total de quatorze victimes, savoir : les huit filles connues, Adélaïde et Aline, et les quatre garçons, Narcisse, Cupidon, Zélamir et Giton. Nos amis, déjà ivres de la volupté si fort de leurs goûts qui les attendait, achevèrent de s’irriter la tête par une prodigieuse quantité de vins et de liqueurs, et sortirent de table pour passer au salon, où les patients les attendaient, dans un tel état d’ivresse, de fureur et de lubricité qu’il n’est assurément personne qui eût voulu être à la place de ces malheureux délinquants. Il ne devait se trouver aux orgies, ce jour-là, que les coupables et les quatre vieilles pour le service. Tout était nu, tout frémissait, tout pleurait, tout attendait son sort, quand le président, s’asseyant sur un fauteuil, demanda à Durcet le nom et la faute de chaque sujet. Durcet, aussi gris que son confrère, prit le cahier et voulut lire, mais les objets lui paraissant troubles, et n’en pouvant venir à bout, l’évêque le remplaça, et quoique aussi ivre que son confrère, mais contenant mieux son vin, il lut à haute voix tour à tour le nom de chaque coupable et sa faute ; et aussitôt le président prononçait une pénitence analogue aux forces et à l’âge du délinquant, et néanmoins toujours fort dure. Cette cérémonie faite, on exécuta. Nous sommes désespéré de ce que l’ordre de notre plan nous empêche de peindre ici ces lubriques corrections, mais que nos lecteurs ne nous en veuillent pas. Ils sentent comme nous l’impossibilité où nous sommes de les satisfaire pour ce moment-ci ; ils peuvent être sûrs qu’ils n’y perdront rien. La cérémonie fut fort longue : il y avait quatorze sujets à punir, et on y mêlait de très plaisants épisodes. Tout fut délicieux sans doute, puisque nos quatre scélérats déchargèrent et qu’ils se retirèrent si fatigués eux-mêmes, si ivres et de vins et de plaisirs que, sans le secours des quatre fouteurs qui vinrent les prendre, ils n’eussent jamais pu gagner leurs appartements où, malgré tout ce qu’ils venaient de faire, de nouvelles lubricités les attendaient encore. Le duc, qui avait cette nuit-là Adélaïde à coucher, n’en voulut pas. Elle avait été du nombre des corrigées, et si bien corrigée par lui, qu’ayant complètement versé du foutre en son honneur, il ne voulut plus d’elle pour ce soir-là, et, la faisant coucher à terre sur un matelas, il donna sa place à Duclos, toujours mieux que jamais dans ses bonnes grâces.


Huitième journée

Les exemples de la veille en ayant imposé, on ne trouva ni ne put trouver personne en faute le lendemain. Les leçons se continuèrent sur les fouteurs, et comme il n’y eut aucun événement jusqu’au café, nous ne prendrons cette journée qu’à cette époque. Il était servi par Augustine, Zelmire, Narcisse et Zéphire. Les fouteries en cuisses recommencèrent ; Curval s’empara de Zelmire et le duc d’Augustine, et après avoir admiré et baisé leurs jolies fesses, qui avaient je ne sais trop pourquoi ce jour-là des grâces, des attraits, un vermillon qu’on n’y avait pas observés auparavant, après, dis-je, que nos libertins eurent bien baisé, bien caressé ces charmants petits culs, on exigea des pets. L’évêque qui tenait Narcisse en avait déjà obtenu ; on entendait ceux que Zéphire lançait dans la bouche de Durcet… Pourquoi ne pas les imiter ? Zelmire avait réussi, mais Augustine avait beau faire, beau s’efforcer, le duc beau menacer d’un sort pour samedi prochain pareil à celui qu’on avait éprouvé la veille, rien ne sortit, et la pauvre petite pleurait déjà quand une vesse vint enfin le satisfaire. Il respira, et content de cette marque de docilité du joli enfant qu’il aimait assez, il lui campa son énorme engin dans les cuisses et le retirant au moment de sa décharge, il lui arrosa complètement les deux fesses. Curval en avait fait tout autant avec Zelmire, mais l’évêque et Durcet se contentèrent de ce qu’on appelle la petite oie. Et la méridienne faite, on passa au salon, où la belle Duclos, mise ce jour-là avec tout ce qui pouvait le mieux faire oublier son âge, parut vraiment belle aux lumières, et si tellement que nos libertins, échauffés sur son compte, ne voulurent pas lui permettre de continuer que, du haut de sa tribune, elle n’eût fait voir ses fesses à l’assemblée. « Elle a vraiment un beau cul, dit Curval. — Et bon, mon ami, dit Durcet, je te certifie que j’en ai peu vu de meilleurs. Et, ces éloges reçus, notre héroïne rabaissa ses jupes, s’assit et reprit le fil de son histoire de la façon dont le lecteur va la lire, s’il se donne la peine de continuer, ce que nous lui conseillons pour l’intérêt de ses plaisirs.


« Une réflexion et un événement furent cause, messieurs, que ce qu’il me reste à vous conter maintenant n’est plus dans le même champ de bataille. La réflexion est bien simple : ce fut l’état malheureux de ma bourse qui la fit naître. Depuis neuf ans que j’étais chez Mme Guérin, quoique je dépensasse fort peu, je ne me trouvais pourtant pas cent louis devant moi. Cette femme, extrêmement adroite et entendant au mieux ses intérêts, trouvait toujours le moyen de garder pour elle au moins les deux tiers des recettes et imposait encore de grandes retenues sur l’autre tiers. Ce manège me déplut, et vivement sollicitée par une autre maquerelle, nommée Fournier, d’aller habiter avec elle, sachant que cette Fournier recevait chez elle de vieux débauchés d’un bien meilleur ton et bien plus riches que la Guérin, je me déterminai à prendre mon congé de celle-ci pour aller chez l’autre. Quant à l’événement qui vint appuyer ma réflexion, ce fut la perte de ma sœur ; je m’étais fortement attachée à elle, et je ne pus rester davantage dans une maison où tout me la rappelait sans la retrouver. Depuis près de six mois cette chère sœur était visitée par un grand homme sec et noir dont la physionomie me déplaisait infiniment. Ils s’enfermaient ensemble, et je ne sais ce qu’ils y faisaient, car jamais ma sœur ne me l’a voulu dire, et ils ne se plaçaient point dans l’endroit où j’aurais pu les voir. Quoi qu’il en soit, un beau matin, elle vient dans ma chambre, m’embrasse et me dit que sa fortune est faite, qu’elle est entretenue par ce grand homme que je n’aimais pas, et tout ce que j’en appris, c’est que c’était à la beauté de ses fesses qu’elle devait ce qu’elle allait gagner. Cela fait, elle me donna son adresse, fit ses comptes avec la Guérin, nous embrassa toutes et partit. Je ne manquai pas, comme vous l’imaginez bien, d’aller deux jours après à l’adresse indiquée, mais on n’y savait seulement pas ce que je voulais dire. Je vis bien que ma sœur avait été trompée elle-même, car d’imaginer qu’elle eût voulu me priver du plaisir de la voir, je ne le pouvais supposer. Quand je me plaignis à la Guérin de ce qui m’arrivait à ce sujet-là, je vis qu’elle en souriait malignement et qu’elle refusait de s’expliquer : je conclus donc de là qu’elle était dans le mystère de toute l’aventure, mais qu’on ne voulait pas que je la démêlasse. Tout cela m’affecta et me fit prendre mon parti, et comme je n’aurai plus occasion de vous parler de cette chère sœur, je vous dirai, messieurs, que, quelque perquisition que j’aie faite, quelque soin que je me sois donné pour la découvrir, il m’a été parfaitement impossible de jamais savoir ce qu’elle était devenue. »


« Je le crois bien, dit alors la Desgranges, car elle n’existait plus vingt-quatre heures après t’avoir quittée. Elle ne te trompait pas, elle était dupée elle-même, mais la Guérin savait ce dont il s’agissait. — Juste ciel ! que m’apprenez-vous, dit alors la Duclos. Hélas ! quoique privée de la voir, je me flattais encore de son existence. — Très à tort, reprit la Desgranges, mais elle ne t’avait pas menti : ce fut la beauté de ses fesses, la supériorité étonnante de son cul qui lui valut l’aventure où elle se flattait de trouver sa fortune et où elle ne rencontra que la mort. — Et le grand homme sec ? dit Duclos. — Il n’était que le courtier de l’aventure, il ne travaillait pas pour son compte. — Mais cependant, dit Duclos, il la voyait assidûment depuis six mois ? — Pour la tromper, reprit Desgranges, mais reprends ton récit ; ces éclaircissements pourraient ennuyer ces messieurs, et cette anecdote-là me regarde, je leur en rendrai bon compte. — Grâce de l’attendrissement, Duclos, lui dit sèchement le duc en voyant qu’elle avait peine à retenir quelques larmes involontaires, nous ne connaissons pas ces regrets-là ici, et toute la nature s’écroulerait que nous n’en pousserions pas un soupir. Laissez les pleurs aux imbéciles et aux enfants, et qu’ils ne souillent jamais les joues d’une femme raisonnable et que nous estimons. À ces mots notre héroïne se contint et reprit aussitôt son récit.


« En raison des deux causes que je viens d’expliquer, je pris donc mon parti, messieurs, et la Fournier m’offrant un meilleur logement, une table bien autrement servie, des parties bien plus chères quoique plus pénibles, mais toujours un partage égal et sans aucune retenue, je me déterminai sur-le-champ. Mme Fournier occupait alors une maison tout entière, et cinq jeunes et jolies filles composaient son sérail ; je fus la sixième. Vous trouverez bon que je fasse ici comme chez Mme Guérin, c’est-à-dire que je ne vous peigne mes compagnes qu’à mesure qu’elles joueront un personnage. Dès le lendemain de mon arrivée on me donna de l’occupation, car les pratiques allaient grand train chez la Fournier, et nous en faisions souvent cinq ou six par jour chacune. Mais je ne vous parlerai, ainsi que je l’ai fait jusqu’à présent, que de celles qui peuvent exciter votre attention par leur piquant ou leur singularité.

« Le premier homme que je vis dans mon nouveau séjour fut un payeur des rentes, homme d’environ cinquante ans. Il me fit mettre à genoux, la tête penchée sur le lit, et s’établissant sur le lit également, à genoux au-dessus de moi, il se branla le vit dans ma bouche, en m’ordonnant de la tenir très ouverte. Je n’en perdis pas une goutte, et le paillard s’amusa prodigieusement des contorsions et des efforts pour vomir que me fit faire ce dégoûtant gargarisme.

« Vous voudrez, messieurs, continua la Duclos, que je place tout de suite, quoique arrivées à des temps différents, les quatre aventures de ce même genre que j’eus encore chez Mme Fournier. Ces récits, je le sais, ne déplairont point à M. Durcet, et il me saura gré de l’entretenir, le reste de la soirée, d’un goût qu’il aime et qui m’a procuré l’honneur de le connaître pour la première fois. »


« Quoi, dit Durcet, tu vas me faire jouer un rôle dans ton histoire ? — Si vous le trouvez bon, monsieur, répondit la Duclos, en observant seulement d’avertir ces messieurs quand j’en serai à votre article. — Et ma pudeur… Quoi ! devant toutes les jeunes filles, tu vas comme cela dévoiler toutes mes turpitudes ? Et chacun ayant ri de la crainte plaisante du financier, Duclos reprit ainsi :


« Un libertin, bien autrement vieux et bien autrement dégoûtant que celui que je viens de citer, vint me donner la seconde représentation de cette manie. Il me fit coucher toute nue sur un lit, s’étendit à contresens sur moi, mit son vit dans ma bouche et sa langue dans mon con, et, dans cette attitude, il exigea que je lui rendisse les titillations de volupté qu’il prétendait que devait me procurer sa langue. Je suai de mon mieux. C’était mon pucelage pour lui ; il lécha, barbota et travailla sans doute dans toutes ses manœuvres infiniment plus pour lui que pour moi. Quoi qu’il en soit, je restai nulle, bien heureuse de n’être pas horriblement dégoûtée, et le libertin déchargea ; opération que d’après la prière de la Fournier, qui m’avait prévenue de tout, opération, dis-je, que je lui fis faire le plus lubriquement possible, en serrant mes lèvres, en suant, en exprimant de mon mieux dans ma bouche le jus qu’il exhalait et en passant ma main sur ses fesses pour lui chatouiller l’anus, épisode qu’il m’indiquait de faire, en le remplissant de son côté du mieux qu’il lui était possible… L’affaire faite, notre homme décampa en assurant la Fournier qu’on ne lui avait point encore fourni de fille qui sût mieux le contenter que moi.

« Peu après cette aventure, curieuse de savoir ce que venait faire au logis une vieille sorcière âgée de plus de soixante-dix ans et qui avait l’air d’attendre pratique, on me dit qu’effectivement elle allait en faire une. Excessivement curieuse de voir à quoi l’on allait faire servir une telle emplâtre, je demandai à mes compagnes s’il n’y avait pas chez elles une chambre d’où l’on pût voir, ainsi que de chez la Guérin. L’une, m’ayant répondu que oui, m’y mena, et comme il y avait de la place pour deux, nous nous y plaçâmes, et voici ce que nous vîmes et ce que nous entendîmes, car les deux chambres n’étant séparées que par une cloison, il était très aisé de ne pas perdre un mot. La vieille arriva la première et s’étant regardée au miroir, elle s’ajusta, sans doute comme si elle eût cru que ses charmes allaient encore avoir quelque succès. À quelques minutes de là nous vîmes arriver le Daphnis de cette nouvelle Chloé. Celui-là avait tout au plus soixante ans ; c’était un payeur des rentes, homme très à son aise et qui aimait mieux dépenser son argent avec des salopes de rebut comme celle-là qu’avec de jolies filles, et cela par cette singularité de goût que vous comprenez, dites-vous, messieurs, et que vous expliquez si bien. Il s’avance, toise sa dulcinée qui lui fait une profonde révérence. « Pas tant de façons, vieille garce, lui dit le paillard, et mets-toi nue… Mais voyons d’abord, as-tu des dents ? — Non, monsieur, il ne m’en reste pas une seule, dit la vieille en ouvrant sa bouche infecte… regardez plutôt. » Alors notre homme s’approche et, saisissant sa tête, il lui colle sur les lèvres un des plus ardents baisers que j’aie vu donner de ma vie ; non seulement il baisait, mais il suçait, mais il dévorait, il dardait amoureusement sa langue au plus profond du gosier putréfié, et la bonne vieille, qui de longtemps ne s’était trouvée à pareille fête, le lui rendait avec une tendresse… qu’il me serait difficile de vous peindre.

« Allons, dit le financier, mets-toi nue. » Et pendant ce temps-là il défait aussi ses culottes et met à l’air un membre noir et ridé qui ne promettait pas de grossir de longtemps. Cependant la vieille est nue et vient effrontément offrir à son amant un vieux corps jaune et ridé, sec, pendant et décharné, dont la description, à quelque point que soient vos fantaisies sur cela, vous ferait trop d’horreur pour que je veuille l’entreprendre. Mais loin d’en être dégoûté, notre libertin s’extasie ; il la saisit, l’attire à lui sur le fauteuil où il se manualisait en attendant qu’elle se déshabillât, lui darde encore une fois sa langue dans la bouche, et la retournant il offre à l’instant son hommage au revers de la médaille. Je le vis distinctement manier les fesses, mais que dis-je les fesses ? les deux torchons ridés qui de ses hanches tombaient en ondulations sur ses cuisses. Telles qu’elles étaient enfin, il les ouvrit, colla voluptueusement ses lèvres sur le cloaque infâme qu’elles renfermaient, y enfonça sa langue à plusieurs reprises différentes, et tout cela pendant que la vieille tâchait de donner un peu de consistance au membre mort qu’elle secouait. « Venons au fait, dit le céladon, sans mon épisode de choix, tous tes efforts seraient inutiles. On t’a prévenue ? — Oui, monsieur, — Et tu sais bien qu’il faut avaler ? — Oui, mon toutou, oui, mon poulet, j’avalerai, je dévorerai tout ce que tu feras. » Et en même temps le libertin la campe sur le lit la tête en bas ; en cette posture il lui met son engin molasse dans le bec, l’enfonce jusqu’aux couillons, revient prendre les deux jambes de sa jouissance, se les campe sur les épaules, et par ce moyen son groin se trouve absolument niché entre les fesses de la duègne. Sa langue se replace au fond de ce trou délicieux ; l’abeille allant pomper le nectar de la rose ne suce pas plus voluptueusement. Cependant la vieille suce, notre homme s’agite.

« Ah, foutre ! s’écrie-t-il au bout d’un quart d’heure de cet exercice libidineux, suce, suce, bougresse, suce et avale, il coule, double dieu ! il coule, ne le sens-tu pas ? Et baisant pour le coup tout ce qui s’offre à lui, cuisses, vagin, fesses, anus, tout est léché, tout est sucé. La vieille avale, et le pauvre caduc, qui se retire aussi mol qu’il est entré et qui vraisemblablement a déchargé sans érection, se sauve tout honteux de son égarement et gagne le plus promptement qu’il peut la porte, afin de s’éviter de voir de sens froid l’objet hideux qui vient de le séduire. »


« Et la vieille ? dit le duc. »


« La vieille toussa, cracha, se moucha, se vêtit le plus tôt qu’elle pût et partit.

« À quelques jours de là, cette même compagne qui m’avait procuré le plaisir de cette scène eut son tour. C’était une fille d’environ seize ans, blonde et de la physionomie du monde la plus intéressante ; je ne manquai pas d’aller la voir en besogne. L’homme à qui l’on l’assemblait était pour le moins aussi vieux que le payeur des rentes. Il la fit mettre à genoux entre ses jambes, lui fixa la tête en lui saisissant les oreilles et lui campa dans la bouche un vit qui me parut plus sale et plus dégoûtant qu’un chiffon traîné dans le ruisseau. Ma pauvre compagne, voyant approcher de ses lèvres fraîches ce dégoûtant morceau voulut se jeter à la renverse, mais ce n’était pas pour rien que notre homme la tenait comme un barbet par les oreilles. « Allons donc, garce, lui dit-il, tu fais la difficile ? » Et la menaçant d’appeler la Fournier, qui sans doute lui avait recommandé bien de la complaisance, il parvint à vaincre ses résistances. Elle ouvre les lèvres, se recule, les ouvre encore et engloutit enfin, en poussant des hoquets, cette relique infâme dans la plus gentille des bouches. De ce moment ce ne furent plus que des mauvais propos de la part du scélérat. « Ah, coquine ! disait-il en fureur, il te faut bien des façons pour sucer le plus beau vit de France ! Ne crois-tu pas qu’on va faire bidet tous les jours exprès pour toi ? Allons, suce, garce ! suce la dragée. » Et s’échauffant de ces sarcasmes et du dégoût qu’il inspire à ma compagne (tant il est vrai, messieurs, que le dégoût que vous nous procurez devient un aiguillon à votre jouissance), le libertin s’extasie et laisse dans la bouche de cette pauvre fille des preuves non équivoques de sa virilité. Moins complaisante que la vieille, elle n’avala rien, et beaucoup plus dégoûtée qu’elle, elle vomit dans la minute tout ce qu’elle avait dans l’estomac, et notre libertin, en se rajustant sans trop prendre garde à elle, ricanait entre ses dents des suites cruelles de son libertinage.

« C’était à mon tour, mais plus heureuse que les deux précédentes, c’était à l’Amour même que j’étais destinée, et il ne me resta, après l’avoir satisfait, que l’étonnement de trouver des goûts si étranges dans un jeune homme si bien taillé pour plaire. Il arrive, me fait mettre nue, s’étend sur le lit, m’ordonne de m’accroupir sur son visage et d’aller avec ma bouche essayer de faire décharger un vit très médiocre, mais qu’il me recommande et dont il me supplie d’avaler le foutre, dès que je le sentirai couler. « Mais ne restez pas oisive pendant ce temps-là, ajouta le petit libertin : que votre con inonde ma bouche d’urine, que je vous promets d’avaler comme vous avalerez mon foutre, et que ce beau cul me pète dans le nez. » Je me mets à l’œuvre et remplis à la fois mes trois besognes avec tant d’art que le petit anchois décharge bientôt toute sa fureur dans ma bouche, pendant et que je l’avale, et que mon Adonis en fait autant de l’urine dont je l’inonde, et cela tout en respirant les pets dont je ne cesse de le parfumer. »


« En vérité, mademoiselle, dit Durcet, vous auriez bien pu vous dispenser de révéler ainsi les enfantillages de ma jeunesse. — Ah ! ah ! dit le duc en riant, ah ! comment, toi qui à peine oses regarder un con aujourd’hui, tu les faisais pisser dans ce temps-là ? — C’est vrai, dit Durcet, j’en rougis, il est affreux d’avoir à se reprocher des turpitudes de cette sorte ; c’est bien à présent, mon ami, que je sens tout le poids des remords… Culs délicieux, s’écria-t-il dans son enthousiasme, en baisant celui de Sophie qu’il avait attiré à lui pour le manier un instant, culs divins, combien je me reproche l’encens que je vous ai dérobé ! Ô culs délicieux, je vous promets un sacrifice expiatoire, je fais serment sur vos autels de ne plus m’égarer de la vie. » Et ce beau derrière l’ayant un peu échauffé, le libertin plaça la novice dans une posture fort indécente sans doute, mais dans laquelle il pouvait, comme on l’a vu plus haut, faire téter son petit anchois en suçant l’anus le plus frais et le plus voluptueux. Mais Durcet, trop blasé sur ce plaisir-là, n’y retrouvait que bien rarement sa vigueur ; on eut beau le sucer, il eut beau le rendre, il fallut se retirer dans le même état de défaillance et remettre, en pestant et jurant contre la jeune fille, à quelque moment plus heureux des plaisirs que la nature lui refusait pour lors. Tout le monde n’était pas aussi malheureux. Le duc, qui avait passé dans son cabinet avec Colombe, Zélamir, Brise-cul et Thérèse, fit entendre des hurlements qui prouvaient son bonheur, et Colombe, crachotant de toute sa force en en sortant, ne laissa plus de doute sur le temple qu’il avait encensé. Pour l’évêque, tout naturellement couché sur son canapé, les fesses d’Adélaïde sur le nez et le vit dans sa bouche, il se pâmait en faisant péter la jeune femme, tandis que Curval debout, faisant emboucher son énorme trompette à Hébé, perdait son foutre en s’égarant ailleurs. On servit. Le duc voulut soutenir au souper que si le bonheur consistait dans l’entière satisfaction de tous les plaisirs des sens, il était difficile d’être plus heureux qu’ils l’étaient. « Ce propos-là n’est pas d’un libertin, dit Durcet. Et comment est-il que vous puissiez être heureux, dès que vous pouvez vous satisfaire à tout instant ? Ce n’est pas dans la jouissance que consiste le bonheur, c’est dans le désir, c’est à briser les freins qu’on oppose à ce désir. Or, tout cela se trouve-t-il ici, où je n’ai qu’à souhaiter pour avoir ? Je fais serment, dit-il, que, depuis que j’y suis, mon foutre n’a pas coulé une seule fois pour les objets qui y sont ; il ne s’est jamais répandu que pour ceux qui n’y sont pas. Et puis d’ailleurs, ajouta le financier, il manque selon moi une chose essentielle à notre bonheur : c’est le plaisir de la comparaison, plaisir qui ne peut naître que du spectacle des malheureux, et nous n’en voyons point ici. C’est de la vue de celui qui ne jouit pas de ce que j’ai et qui souffre, que naît le charme de pouvoir se dire : Je suis donc plus heureux que lui. Partout où les hommes seront égaux et où ces différences-là n’existeront pas, le bonheur n’existera jamais. C’est l’histoire d’un homme qui ne connaît bien le prix de la santé que quand il a été malade. — Dans ce cas-là, dit l’évêque, vous établiriez donc une jouissance réelle à aller contempler les larmes de ceux que la misère accable ? — Très assurément, dit Durcet, il n’y a peut-être point au monde de volupté plus sensuelle que celle dont vous parlez là. — Quoi, sans les soulager ? dit l’évêque, qui était bien aise de faire étendre Durcet sur un chapitre si fort du goût de tous et qu’on le connaissait si capable de traiter à fond. — Qu’appelez-vous soulager ? dit Durcet. Mais la volupté qui naît pour moi de cette douce comparaison de leur état au mien n’existerait plus si je les soulageais, car alors, les sortant de leur état de misère, je leur ferais goûter un instant de bonheur qui, les assimilant à moi, ôterait toute jouissance de comparaison. — Eh bien, d’après cela, dit le duc, il faudrait en quelque façon, pour mieux établir cette différence essentielle au bonheur, il faudrait, dis-je, aggraver plutôt leur situation. — Cela n’est pas douteux, dit Durcet, et voilà qui explique les infamies qu’on m’a reprochées sur cela toute ma vie. Les gens qui ne connaissaient pas mes motifs m’appelaient dur, féroce et barbare, mais, me moquant de toutes les dénominations, j’allais mon train, je faisais, j’en conviens, ce que les sots appellent des atrocités ; mais j’établissais des jouissances de comparaisons délicieuses, et j’étais heureux. — Avoue le fait, lui dit le duc, conviens qu’il t’est arrivé plus de vingt fois de faire ruiner des malheureux, rien que pour servir en ce sens-là les goûts pervers dont tu conviens ici. — Plus de vingt fois ? dit Durcet, plus de deux cents, mon ami et je pourrais, sans exagération, citer plus de quatre cents familles réduites aujourd’hui à l’aumône et qui n’y sont que par moi. — En as-tu profité, au moins ? dit Curval. — Presque toujours, mais souvent aussi je ne l’ai fait que par cette certaine méchanceté qui presque toujours réveille en moi les organes de la lubricité. Je bande à faire le mal, je trouve au mal un attrait assez piquant pour réveiller en moi toutes les sensations du plaisir et je m’y livre pour lui seul, et sans autre intérêt que lui seul. — Il n’y a rien que je conçoive comme ce goût-là, dit Curval. J’ai cent fois donné ma voix, quand j’étais au Parlement, pour faire pendre des malheureux que je savais bien être innocents, et je ne me suis jamais livré à cette petite injustice-là sans éprouver au-dedans de moi-même un chatouillement voluptueux où les organes du plaisir de la couille se seraient enflammés bien vite. Jugez ce que j’ai ressenti quand j’ai fait pis. — Il est certain, dit le duc, qui commençait à s’échauffer la cervelle en maniant Zéphire, que le crime a suffisamment de charme pour enflammer lui seul tous les sens, sans qu’on soit obligé d’avoir recours à aucun autre expédient, et personne ne conçoit comme moi que les forfaits, même les plus éloignés de ceux du libertinage, puissent faire bander comme ceux qui lui appartiennent. Moi qui vous parle, j’ai bandé à voler, à assassiner, à incendier, et je suis parfaitement sûr que ce n’est pas l’objet du libertinage qui nous anime, mais l’idée du mal ; qu’en conséquence, c’est pour le mal seul qu’on bande et non pas pour l’objet, en telle sorte que si cet objet était dénué de la possibilité de nous faire faire le mal nous ne banderions plus pour lui. — Rien de plus certain, dit l’évêque, et de là naît la certitude du plus grand plaisir à la chose la plus infâme et le système dont on ne doit point s’écarter, qui est que plus l’on voudra faire naître le plaisir dans le crime et plus il faudra que le crime soit affreux. Et pour moi, messieurs, ajouta-t-il, s’il m’est permis de me citer, je vous avoue que je suis au point de ne plus ressentir cette sensation dont vous parlez, de ne la plus éprouver, dis-je, pour les petits crimes, et si celui que je commets ne réunit pas autant de noirceur, autant d’atrocité, autant de fourberie et de trahison qu’il est possible, la sensation ne naît plus. — Bon, dit Durcet, est-il possible de commettre des crimes comme on les conçoit et comme vous le dites là ? Pour moi, j’avoue que mon imagination a toujours été sur cela au-delà de mes moyens ; j’ai toujours mille fois plus conçu que je n’ai fait et je me suis toujours plaint de la nature qui, en me donnant le désir de l’outrager, m’en ôtait toujours les moyens. Il n’y a que deux ou trois crimes à faire dans le monde, dit Curval, et, ceux-là faits, tout est dit ; le reste est inférieur et l’on ne sent plus rien. Combien de fois, sacredieu, n’ai-je pas désiré qu’on pût attaquer le soleil, en priver l’univers, ou s’en servir pour embraser le monde ? Ce serait des crimes cela, et non pas les petits écarts où nous nous livrons, qui se bornent à métamorphoser au bout de l’an une douzaine de créatures en mottes de terre. Et sur cela, comme les têtes s’allumaient, que deux ou trois jeunes filles s’en étaient déjà ressenties et que les vits commençaient à dresser, on sortit de table pour aller verser dans de jolies bouches les flots de cette liqueur dont les picotements trop aigus faisaient proférer tant d’horreurs. On s’en tint ce soir-là aux plaisir de la bouche, mais on inventa cent façons de les varier, et quand on s’en fut bien rassasié, on fut essayer de trouver dans quelques heures de repos des forces nécessaires à recommencer.


Neuvième journée

Duclos avertit ce matin-là qu’elle croyait prudent, ou d’offrir aux jeunes filles d’autres plastrons pour l’exercice de la masturbation que les fouteurs que l’on y employait, ou de cesser leurs leçons, les croyant suffisamment instruites. Elle dit, avec beaucoup de raison et de vraisemblance, qu’en employant ces jeunes gens connus sous le nom de fouteurs, il pouvait en résulter des intrigues qu’il était prudent d’éviter, que d’ailleurs ces jeunes gens ne valaient rien du tout pour cet exercice-là, attendu qu’ils déchargeaient tout de suite et que c’était autant de pris sur les plaisirs qu’en attendaient les culs de ces messieurs. On décida donc que les leçons cesseraient, et d’autant mieux qu’il s’en trouvait déjà parmi elles qui branlaient à merveille. Augustine, Sophie et Colombe auraient pu le disputer pour l’adresse et la légèreté du poignet aux plus fameuses branleuses de la capitale. De toutes, Zelmire était la moins habile : non qu’elle ne fût très leste et très adroite dans tout ce qu’elle faisait, mais c’est que son caractère tendre et mélancolique ne lui permettait pas d’oublier ses chagrins et qu’elle était toujours triste et pensive. À la visite du déjeuner de ce matin-là, sa duègne l’accusa d’avoir été surprise, la veille au soir, à prier Dieu avant de se coucher. On la fit venir, on l’interrogea, on lui demanda quel était le sujet de ses prières. D’abord elle refusa de le dire, puis, se voyant menacée, elle avoua en pleurant qu’elle priait Dieu de la délivrer des périls où elle était, et surtout avant qu’on n’eût attenté à sa virginité. Le duc, alors, lui déclara qu’elle méritait la mort, et lui fit lire l’article exprès des ordonnances sur ce sujet. « Eh bien, dit-elle, tuez-moi ! Dieu que j’invoque aura au moins pitié de moi. Tuez-moi avant de me déshonorer ; et cette âme que je lui consacre volera au moins pure dans son sein. Je serai délivrée du tourment de voir et d’entendre tant d’horreurs chaque jour. » Une réponse où régnait tant de vertu, de candeur et d’aménité fit prodigieusement bander nos libertins : il y en avait qui opinaient à la dépuceler sur-le-champ, mais le duc, les rappelant aux engagements inviolables qu’ils avaient pris, se contenta de la condamner unanimement avec ses confrères à une violente punition pour le samedi d’ensuite, et en attendant, de venir à genoux sucer un quart d’heure le vit de chacun des amis dans sa bouche, avec avertissement à elle donné qu’en cas de récidive, elle y perdrait décidément la vie et serait jugée à toute la rigueur des lois. La pauvre enfant vint accomplir la première partie de sa pénitence, mais le duc, que la cérémonie avait échauffé et qui, après l’arrêt prononcé, lui avait prodigieusement manié le cul, répandit comme un vilain toute sa semence dans cette jolie petite bouche, en la menaçant de l’étrangler si elle en rejetait une goutte, et la pauvre petite malheureuse avala tout, non sans de furieuses répugnances. Les trois autres furent sucés à leur tour, mais ne perdirent rien, et après les cérémonies ordinaires de la visite chez les garçons et de la chapelle, qui ce matin-là produisit peu parce qu’on avait presque refusé tout le monde, on dîna et on passa au café. Il était servi par Fanny, Sophie, Hyacinthe et Zélamir. Curval imagina de foutre Hyacinthe en cuisses et d’obliger Sophie à venir, entre les cuisses d’Hyacinthe, sucer ce qui dépasserait de son vit. La scène fut plaisante et voluptueuse ; il branla et fit décharger le petit bonhomme sur le nez de la petite fille, et le duc qui, à cause de la longueur de son vit, était le seul qui pût imiter cette scène, s’arrangea de même avec Zélamir et Fanny. Mais le jeune garçon ne déchargeait point encore ; ainsi il fut privé d’un épisode très agréable dont Curval jouissait. Après eux, Durcet et l’évêque s’ajustèrent des quatre enfants et s’en firent aussi sucer, mais personne ne déchargea et, après une courte méridienne, on passa au salon d’histoire où, tout le monde étant arrangé, la Duclos reprit ainsi le fil de ses narrations :


« Avec tout autre que vous, messieurs, dit cette aimable fille, je craindrais d’entamer le sujet des narrations qui va nous occuper toute cette semaine, mais, quelque crapuleux qu’il soit, vos goûts me sont trop connus pour qu’au lieu d’appréhender de vous déplaire je ne sois au contraire très persuadée de vous être agréable. Vous allez, je vous en préviens, entendre des saletés abominables, mais vos oreilles y sont faites, vos cœurs les aiment et les désirent, et j’entre en matière sans plus de délais. Nous avions une vieille pratique, chez Mme Fournier, qu’on appelait le chevalier, je ne sais ni pourquoi ni comment, dont la coutume était de venir régulièrement tous les soirs à la maison pour une cérémonie aussi simple que bizarre : il déboutonnait sa culotte, et il fallait qu’une de nous chacune à son tour, vînt lui pousser sa selle dedans. Il la reboutonnait aussitôt et sortait bien vite en emportant ce paquet. Pendant qu’on le lui fournissait il se branlait un instant, mais on ne le voyait jamais décharger et l’on ne savait pas plus où il allait avec son étron ainsi enculotté. »


« Oh, parbleu ! dit Curval, qui n’entendait jamais rien qu’il n’eût envie de le faire, je veux qu’on chie dans ma culotte et garder cela toute la soirée. Et ordonnant à Louison de venir lui rendre ce service, le vieux libertin donna à l’assemblée la représentation effective du goût dont elle ne venait que d’entendre le récit. « Allons, continue, dit-il flegmatiquement à Duclos en se campant sur le canapé, je ne vois à cela que la belle Aline, ma charmante compagne de soirée, qui pourra se trouver incommodée de cette affaire-ci, car pour quant à moi, je m’en accommode fort. » Et Duclos reprit en ces termes :


« Prévenue, dit-elle, de tout ce qui devait se passer chez le libertin où l’on m’envoyait, je me vêtis en garçon, et comme je n’avais que vingt ans, de beaux cheveux et une jolie figure, ce vêtement m’allait à merveille. J’ai la précaution de faire avant de partir, dans ma culotte, ce que M. le président vient de se faire faire dans la sienne. Mon homme m’attendait au lit, je m’approche, il me baise deux ou trois fois très lubriquement sur la bouche, il me dit que je suis le plus joli petit garçon qu’il ait encore vu, et tout en me louant, il cherche à déboutonner ma culotte. J’use d’un peu de défense, dans la seule intention de mieux enflammer ses désirs, il me presse, il réussit, mais comment vous peindre l’extase qui le saisit dès qu’il aperçoit et le paquet que je porte, et la bigarrure qu’il a fait sur mes deux fesses. « Comment, petit coquin, me dit-il, vous avez chié dans vos culottes !… Mais peut-on faire des cochonneries comme cela ? » Et, dans l’instant, me tenant toujours tournée et les braies rabattues, il se branle, il se secoue, s’accole contre mon dos et lance son foutre sur le paquet en m’enfonçant sa langue dans la bouche.


« Eh quoi ! dit le duc, il ne toucha rien, il ne mania rien de ce que vous savez ? — Non, monseigneur, dit la Duclos, je vous dis tout et ne vous cache aucune circonstance. Mais un peu de patience, et nous arriverons par degrés à ce que vous voulez dire. »


« « Allons en voir un bien plaisant, me dit une de mes compagnes ; celui-là n’a pas besoin de fille, il s’amuse tout seul. » Nous nous rendons au trou, instruites que, dans la chambre voisine où il devait se rendre, il y avait un pot de chaise percée qu’on nous avait ordonné de remplir depuis quatre jours, et il devait y avoir au moins plus d’une douzaine d’étrons. Notre homme arrive ; c’était un vieux sous-fermier d’environ soixante-dix ans. Il s’enferme, va droit au pot qu’il sait renfermer les parfums dont il a demandé les jouissances. Il le prend et, s’asseyant sur un fauteuil, il examine amoureusement une heure toutes les richesses dont on le rend possesseur. Il respire, il touche, il manie, semble les sortir tous les uns après les autres pour avoir le plaisir de les mieux contempler. Extasié à la fin, il sort de sa brayette, un vieux chiffon noir qu’il secoue de toutes ses forces ; une main branle, l’autre s’enfonce dans le pot, rapporte à cet outil qu’on fête une pâture capable d’enflammer ses désirs ; mais il n’en dresse pas davantage. Il y a des moments où la nature est si rétive que les excès qui nous délectent le mieux ne parviennent pas à lui rien arracher. Il eut beau faire, rien ne dressa ; mais à force de secousses, faites avec la même main qui venait d’être trempée dans l’excrément même, l’éjaculation part : il se roidit, il se renverse, sent, respire, frotte son vit et décharge sur le tas de merde qui vient de le si bien délecter.

« Un autre soupa tête-à-tête avec moi et voulut sur la table douze assiettes pleines des mêmes mets, entremêlées avec celles du souper. Il les flairait, il les respirait tour à tour, et m’ordonna de le branler après le repas sur celui qui lui avait paru le plus beau.

« Un jeune maître des requêtes payait tant par lavements que l’on voulait recevoir. Lorsque je passai avec lui, j’en pris sept, qu’il m’administra tous sept de sa main. Sitôt que j’en avais gardé un quelques minutes, il fallait monter sur une échelle double, il se plaçait dessous, et je lui rendais sur son vit, qu’il branlait, toute l’immersion dont il venait d’abreuver mes entrailles. »


On imagine aisément que toute cette soirée se passa à des saletés à peu près du genre de celles qu’on venait d’entendre, et l’on le croira d’autant plus aisément que ce goût-là était général chez nos quatre amis, et quoique Curval fût celui qui le portât le plus loin, les trois autres n’en étaient guère moins entichés. Les huit étrons des petites filles furent placés parmi les plats du souper, et aux orgies on enchérit encore sans doute sur tout cela avec les petits garçons, et c’est ainsi que se termina cette neuvième journée dont on vit arriver la fin avec d’autant plus de plaisir que l’on se flattait que le lendemain ferait entendre, sur l’objet qu’on chérissait autant, des récits un peu plus circonstanciés.


Dixième journée

Souvenez-vous de mieux voiler dans le commencement ce que vous allez éclaircir ici.



Plus nous avançons, mieux nous pouvons éclaircir notre lecteur sur de certains faits que nous avons été obligé de lui tenir voilés dans le commencement. À présent, par exemple, nous pouvons lui dire quel était l’objet des visites du matin dans les chambres des enfants, la cause qui les faisait punir quand il se trouvait quelque délinquant à ces visites et quelles étaient les voluptés qu’on goûtait à la chapelle : il était expressément défendu aux sujets, de quelque sexe qu’ils fussent, d’aller à la garde-robe sans une permission expresse, afin que ces besoins, ainsi conservés, pussent fournir aux besoins de ceux qui les désiraient. La visite servait à approfondir si personne n’avait manqué à cet ordre : l’ami de mois visitait avec soin tous les pots de chambre, et s’il en trouvait un de plein, le sujet était à l’instant marqué sur le livre des punitions. Cependant on accordait une facilité à ceux ou celles qui ne pouvaient plus se retenir : c’était de se rendre un peu avant dîner à la chapelle dont on avait formé une garde-robe, contournée de manière à ce que nos libertins pussent jouir du plaisir que la satisfaction de ce besoin pouvait leur procurer ; et le reste, qui avait pu garder le paquet, le perdait dans le cours de la journée de la manière qui plaisait le plus aux amis, et toujours au moins bien sûrement d’une de celles dont on va entendre les détails, puisque ces détails rempliront toutes les manières de se lier à ce genre de volupté. Il y avait encore un autre motif de punition et le voici. Ce qu’on appelle la cérémonie du bidet ne plaisait pas exactement à nos quatre amis : Curval, par exemple, ne pouvait souffrir que les sujets qui devaient avoir affaire à lui se lavassent ; Durcet était de même, moyen en quoi l’un et l’autre avertissaient la duègne des sujets avec lesquels ils prévoyaient de s’amuser le lendemain, et l’on défendait à ces sujets d’user en aucun cas de toute ablution ou frottement, de quelque nature qu’il pût être, et les deux autres qui ne haïssaient point cela, quoique cela ne leur fût pas essentiel comme aux deux premiers, se prêtaient à l’exécution de cet épisode, et si, après l’avertissement d’être impur, un sujet s’avisait d’être propre, il était à l’instant marqué sur la liste des punitions. Ce fut l’histoire de Colombe et d’Hébé dans cette matinée-là. Elles avaient chié la veille, aux orgies, et sachant qu’elles étaient de café le lendemain, Curval, qui comptait s’amuser avec toutes les deux et qui avait même prévenu qu’il ferait péter, avait recommandé qu’on laissât bien les choses dans l’état où elles étaient. Quand les enfants furent se coucher, elles n’en firent rien. À la visite, Durcet, prévenu, fut très surpris de les trouver de la plus grande netteté ; elles s’excusèrent en disant qu’elles ne s’en étaient pas souvenu, et n’en furent pas moins inscrites sur le livre des punitions. On n’accorda ce matin-là aucune permission de chapelle. (Le lecteur voudra bien se souvenir de ce que nous entendrons par là à l’avenir.) On prévoyait trop le besoin qu’on aurait de cela le soir, à la narration, pour ne pas tout réserver à cette époque. Ce jour-là, on fit également cesser les leçons de masturbation aux jeunes garçons ; elles devenaient inutiles, et tous branlaient comme les plus habiles putains de Paris. Zéphire et Adonis l’emportaient surtout par leur adresse et leur légèreté, et il est peu de vits qui n’eussent éjaculé jusqu’au sang, branlés par de petites mains si lestes et si délicieuses. Il n’y eut rien de nouveau jusqu’au café ; il était servi par Giton, Adonis, Colombe et Hébé. Ces quatre enfants, prévenus, étaient farcis de toutes les drogues qui peuvent le mieux provoquer des vents, et Curval, qui s’était proposé de faire péter, en reçut une très grande quantité. Le duc se fit sucer par Giton, dont la petite bouche ne pouvait venir à bout de resserrer l’énorme vit que l’on lui présentait. Durcet fit de petites horreurs de choix avec Hébé et l’évêque foutit Colombe en cuisses. Six heures sonnèrent, on passa au salon où, tout étant disposé, la Duclos se mit à raconter ce qu’on va lire :


« Il venait d’arriver chez Mme Fournier une nouvelle compagne qui, en raison du rôle qu’elle va jouer dans le détail de la passion qui suit, mérite que je vous la peigne au moins en gros. C’était une jeune ouvrière en modes, débauchée par le séducteur dont je vous ai parlé chez la Guérin, et qui travaillait aussi pour la Fournier. Elle avait quatorze ans, cheveux châtains, les yeux bruns et pleins de feu, la petite figure la plus voluptueuse qu’il fût possible de voir, la peau blanche comme le lys et douce comme du satin, assez bien faite, mais pourtant un peu grasse, léger inconvénient d’où il résultait le cul le plus frais et le plus mignon, le plus potelé et le plus blanc qu’il y eût peut-être à Paris. L’homme que je lui vis expédier, par le trou, était son étrenne, car elle était encore pucelle et très assurément de tous côtés. Aussi ne livra-t-on un tel morceau qu’à un grand ami de la maison : c’était le vieil abbé de Fierville, aussi connu par ses richesses que par ses débauches, goutteux jusqu’au bout des doigts. Il arrive tout embéguiné, s’établit dans la chambre, visite tous les ustensiles qui vont lui devenir nécessaires, prépare tout, et la petite arrive ; on la nommait Eugénie. Un peu effrayée de la figure grotesque de son premier amant, elle baisse les yeux et rougit. « Approchez, approchez, lui dit le libertin, et faites-moi voir vos fesses. — Monsieur…, dit l’enfant interdit. — Allons donc, allons donc, dit le vieux libertin ; il n’y a rien de pis que toutes ces petites novices-là ; ça ne conçoit pas qu’on veuille voir un cul. Allons, troussez donc, troussez donc ! Et la petite s’avançant à la fin, de peur de déplaire à la Fournier à laquelle elle a promis d’être bien complaisante, se trousse à moitié par-derrière. « Plus haut donc, plus haut, dit le vieux paillard. Croyez-vous que je vais prendre cette peine-là moi-même ? » Et, à la fin, le beau cul paraît tout à fait. L’abbé le lorgne, la fait tenir droite, la fait courber, lui fait resserrer les jambes, les lui fait écarter, et l’appuyant contre le lit, il frotte un moment avec grossièreté toutes ses parties de devant, qu’il a mises à l’air, contre le joli cul d’Eugénie, comme pour s’électriser, comme pour attirer à lui un peu de la chaleur de ce bel enfant. De là, il passe aux baisers, il s’agenouille pour y procéder plus à l’aise et, tenant de ses deux mains ces belles fesses dans le plus grand écartement possible, et sa langue et sa bouche en vont farfouiller les trésors. « On ne m’a point trompé, dit-il, vous avez un assez beau cul. Y a-t-il longtemps que vous n’avez chié ? — Tout à l’heure, monsieur, dit la petite. Madame avant de monter m’a fait prendre cette précaution-là. — Ah ! ah !… de façon qu’il n’y a plus rien dans les entrailles, dit le paillard. Eh bien, nous allons voir. Et s’emparant alors de la seringue, il la remplit de lait, revient près de son objet, braque la canule et darde le clystère. Eugénie, prévenue, se prête à tout, mais à peine le remède est-il dans le ventre, que, se couchant à plat sur un canapé, il ordonne à Eugénie de venir se mettre à califourchon sur lui et de lui rendre toute sa petite affaire dans la bouche. La timide créature se place comme on lui a dit, elle pousse, le libertin se branle, sa bouche, hermétiquement collée sur le trou, ne lui laisse pas perdre une goutte de la liqueur précieuse qui en découle. Il avale tout avec le soin le plus exact, et à peine est-il à la dernière gorgée que son foutre s’échappe et vient le plonger dans le délire. Mais quelle est donc cette humeur, ce dégoût qui, chez presque tous les véritables libertins, suit la chute de leurs illusions ? L’abbé rejetant la petite fille loin de lui brutalement, dès qu’il a fini, se rajuste, dit qu’on l’a trompé en disant qu’on ferait chier cette enfant, qu’elle n’avait sûrement point chié et qu’il a avalé la moitié de son étron. Il y a à remarquer que M. l’abbé ne voulait que du lait. Il tonne, il jure, il peste, dit qu’il ne paiera point, qu’il ne viendra plus ; que c’est bien la peine qu’il se déplace pour des petites morveuses comme cela, et part en ajoutant à cela mille autres invectives que je trouverai l’occasion de vous raconter dans une autre passion dont elles sont le principal, au lieu qu’elles ne seraient ici qu’un très mince accessoire. »


« Parbleu, dit Curval, voilà un homme bien délicat : se fâcher parce qu’il a reçu un peu de merde ? Et ceux qui en mangent ! — Patience, patience, monseigneur, dit Duclos, permettez que mon récit aille dans l’ordre que vous avez vous-même exigé, et vous verrez que nous viendrons au tour des libertins singuliers dont vous parlez là. »


Cette bande a été écrite en vingt soirées, de sept à dix heures, et est finie ce l2 septembre l785.

Lisez le reste au revers de la bande. Ce qui suit fait la suite de la fin du revers.


« Deux jours après, ce fut mon tour. On m’avait prévenue, et je me retenais depuis trente-six heures. Mon héros était un vieil aumônier du roi, perclus de goutte comme le précédent. Il ne fallait l’approcher que nue, mais le devant et le sein devaient être couverts avec le plus grand soin ; on m’avait recommandé cette clause avec la plus grande exactitude, en m’assurant que s’il venait malheureusement à découvrir la plus petite apparence de ces parties, je ne viendrais jamais à bout de le faire décharger. J’approche, il examine attentivement mon derrière, me demande mon âge, s’il est vrai que j’aie une forte envie de chier, de quelle espèce est ma merde, si elle est molle, si elle est dure, et mille autres questions qui me paraissaient l’animer, car peu à peu, tout en causant, son vit dressa et il me le fit voir. Ce vit, d’environ quatre pouces de long sur deux ou trois de circonférence, avait malgré son brillant, un air si humble et si piteux, qu’il fallait presque des lunettes pour se douter de son existence. Je m’en emparai pourtant, à la sollicitation de mon homme, et voyant que mes secousses irritaient assez bien ses désirs, il se mit en train de consommer le sacrifice. « Mais est-elle bien réelle, mon enfant, me dit-il, cette envie de chier que vous m’annoncez ? Car je n’aime pas à être trompé. Voyons, voyons, si vous avez réellement de la merde dans le cul. » Et en disant cela, il m’enfonce le doigt du milieu de sa main droite dans le fondement, pendant que de sa gauche, il soutenait l’érection que j’avais excitée sur son vit. Ce doigt sondeur n’eut pas besoin d’aller loin pour se convaincre du besoin réel dont je l’assurais. À peine eût-il touché qu’il s’extasiait : « Ah, ventredieu ! dit-il, elle ne me trompe pas, la poule va pondre et je viens de sentir l’œuf. » Le paillard enchanté me baise à l’instant le derrière, et voyant que je le presse et qu’il ne me devient plus possible de retenir, il me fait monter sur une espèce de machine assez semblable à celle que vous avez ici, messieurs, dans votre chapelle : là, mon derrière, parfaitement exposé à ses yeux, pouvait déposer son cas dans un vase placé un peu au-dessous, à deux ou trois doigts de son nez. Cette machine avait été faite pour lui, et il en faisait un fréquent usage, car il ne passait guère de jour sans venir chez la Fournier pour pareille expédition, tant avec des étrangères qu’avec des filles de la maison. Un fauteuil, placé au-dessous du cercle qui supportait mon cul, était le trône du personnage. Dès qu’il me voit en attitude, il se place et m’ordonne de commencer. Quelques pets préludent ; il les respire. Enfin l’étron paraît ; il se pâme : « Chie, ma petite, chie, mon ange ! s’écrie-t-il tout en feu. Fais-moi bien voir l’étron sortir de ton beau cul. Et il l’aidait ; ses doigts, pressant l’anus, facilitaient l’explosion ; il se branlait, il observait, il s’enivrait de volupté, et l’excès du plaisir le transportant à la fin tout à fait hors de lui, ses cris, ses soupirs, ses attouchements, tout me convainc qu’il touche au dernier période du plaisir, et j’en deviens sûre en tournant la tête et voyant son engin en miniature dégorger quelques gouttes de sperme dans le même vase que je venais de remplir. Celui-là sortit sans humeur ; il m’assura même qu’il me ferait l’honneur de me revoir, quoique je fusse persuadée du contraire, sachant au mieux qu’il ne revoyait jamais deux fois la même fille. »


« Mais je conçois cela, dit le président qui baisait le cul d’Aline, sa compagne du canapé ; il faut en être où nous en sommes, il faut être réduit à la disette qui nous accable pour faire chier un cul plus d’une fois. — Monsieur le président, dit l’évêque, vous avez un certain son de voix entrecoupé qui me fait voir que vous bandez. — Ah ! pas un mot, reprit Curval, je baise les fesses de Mlle votre fille, qui n’a pas seulement la complaisance de me décocher un malheureux pet. — Je suis donc plus heureux que vous, dit l’évêque, car voilà Mme votre femme qui vient de me faire le plus bel étron et le plus copieux… — Allons, silence, messieurs, silence ! dit le duc, dont la voix semblait être étouffée par quelque chose qui lui couvrait la tête ; silence, morbleu ! nous sommes ici pour entendre et non pas pour agir. — C’est donc à dire que tu ne fais rien, lui dit l’évêque, et c’est pour écouter que te voilà vautré sous trois ou quatre culs. — Allons, allons, il a raison. Continue, Duclos, il sera plus sage à nous d’écouter des sottises que d’en faire, il faut se réserver. Et Duclos allait reprendre, lorsque l’on entendit les hurlements ordinaires et les blasphèmes accoutumés des décharges du duc, lequel, entouré de son quadrille, perdait lubriquement son foutre, branlé par Augustine qui le pollue, dit-il, délicieusement, et faisant avec Sophie, Zéphire et Giton tout plein de petites sottises très analogues au genre de celle qu’on racontait. « Ah, sacredieu, dit Curval, je ne puis pas souffrir ces mauvais exemples-là. Je ne connais rien qui fasse décharger comme une décharge, et voilà cette petite putain, dit-il en parlant d’Aline, qui ne pouvait rien tout à l’heure et qui fait tout ce qu’on veut à présent. N’importe, je tiendrai. Ah ! tu as beau chier, garce, tu as beau chier, je ne déchargerai pas ! — Je vois bien, messieurs, dit Duclos, qu’après vous avoir pervertis, c’est à moi de vous mettre à la raison, et pour y parvenir je vais reprendre mon récit sans attendre vos ordres. — Eh ! non, non, dit l’évêque, je ne suis pas si réservé que M. le président, moi ; le foutre me pique et il faut qu’il sorte. Et en disant cela, on lui vit faire devant tout le monde des choses que l’ordre que nous nous sommes prescrit ne nous permet pas de dévoiler encore, mais dont la volupté fit très rapidement couler le sperme dont le picotement commençait à gêner ses couilles. Pour Durcet, absorbé dans le cul de Thérèse, on ne l’entendit pas, et vraisemblablement la nature lui refusait ce qu’elle accordait aux deux autres, car il n’était pas muet ordinairement quand elle lui accordait des faveurs. La Duclos, pour le coup, voyant donc tout calmé reprit ainsi la suite de ses lubriques aventures :


« Un mois après, je vis un homme qu’il fallait presque violer pour une opération assez semblable à celle que je viens de vous rapporter. Je chie dans une assiette et lui apporte sous le nez, dans un fauteuil où il s’occupait à lire sans avoir l’air de prendre garde à moi. Il m’invective, me demande comment je suis assez insolente pour faire des choses comme celle-là devant lui, mais à bon compte il sent l’étron, il le regarde et le manie. Je lui demande excuse de ma liberté, il continue de me dire des sottises et décharge, l’étron sous le nez, en me disant qu’il me retrouverait et que j’aurai un jour affaire à lui.

« Un quatrième n’employait à semblable fête que des femmes de soixante-dix ans. Je le vis opérer avec une qui en avait au moins quatre-vingts. Il était couché sur un canapé ; la matrone, à califourchon su lui, lui déposa son vieux cas sur le ventre en lui branlant un vieux vit ridé qui ne déchargea presque pas.

« Il y avait chez la Fournier un autre meuble assez singulier : c’était une espèce de chaise percée dans laquelle un homme pouvait se placer de telle sorte que son corps dépassait dans une autre chambre et que sa tête seule se trouvait à la place du pot. J’étais du côté de son corps et, à genoux entre ses jambes, je lui suçais le vit de mon mieux pendant l’opération. Or, cette singulière cérémonie consistait à ce qu’un homme du peuple, gagé pour cela sans savoir ni approfondir ce qu’il faisait, entrât par le côté où était le siège de la chaise, se posât dessous et y poussât sa selle qui, par ce moyen, tombait à plomb sur le visage du patient que j’expédiais. Mais il fallait que cet homme fût exactement un manant, et pris dans tout ce que la crapule pouvait offrir de plus affreux ; il fallait de plus qu’il fût vieux et laid. On le lui faisait voir avant, et sans toutes ces qualités il n’en voulait pas. Je ne vis rien, mais j’entendis : l’instant du choc fut celui de la décharge de mon homme, son foutre s’élança dans mon gosier à mesure que l’étron lui couvrait la face, et je le vis sortir de là dans un état qui me fit voir qu’il avait été bien servi. Le hasard, l’opération finie, me fit rencontrer ce gentilhomme qui venait d’y servir : c’était un bon et honnête Auvergnat servant de manœuvre aux maçons, bien enchanté de rapporter un petit écu d’une cérémonie qui, en ne faisant que le dégager du superflu de ses entrailles, lui devenait infiniment plus douce et plus agréable que de porter l’oiseau. Il était effroyable à force de laideur et paraissait plus de quarante ans. »


« Je renie Dieu, dit Durcet, voilà comme il le faut. » Et passant dans son cabinet avec le plus vieux des fouteurs, Thérèse et la Desgranges, on l’entendit brailler quelques minutes après, sans qu’il voulût au retour faire part à la compagnie des excès auxquels il venait de se livrer. On servit. Le souper fut pour le moins aussi libertin qu’à l’ordinaire, et les amis ayant eu fantaisie, cet après-souper-là, de se caser tout un chacun de leur côté, au lieu de s’amuser à cet instant-là tous ensemble comme ils en avaient coutume, le duc occupa le boudoir du fond avec Hercule, la Martaine, sa fille Julie, Zelmire, Hébé, Zélamir, Cupidon et Marie. Curval s’empara du salon d’histoire avec Constance, qui frémissait toujours chaque fois qu’il fallait se trouver avec lui, et qu’il était fort loin de rassurer, avec Fanchon, la Desgranges, Brise-cul, Augustine, Fanny, Narcisse et Zéphire. L’évêque passa au salon d’assemblée avec la Duclos, qui fit ce soir-là infidélité au duc pour se venger de celle qu’il lui faisait en emmenant Martaine, avec Aline, Bande-au-ciel, Thérèse, Sophie, la charmante petite Colombe, Céladon et Adonis. Pour Durcet il resta au salon à manger qu’on desservit et dans lequel on jeta des tapis et des carreaux. Il s’y enferma, dis-je, avec Adélaïde, sa chère épouse, Antinoüs, Louison, Champville, Michette, Rosette, Hyacinthe et Giton. Un redoublement de lubricité plutôt qu’aucune autre raison avait sans doute dicté cet arrangement, car les têtes s’échauffèrent tant cette soirée-là que, d’un avis unanime, personne ne se coucha, mais en revanche ce qui avait été fait de saletés et d’infamies dans chaque chambre ne s’imagine pas.

Vers la pointe du jour, on voulut se remettre à table, quoiqu’on eût beaucoup bu pendant la nuit. On s’y mit tous pêle-mêle et indistinctement, et les cuisinières que l’on réveilla envoyèrent des œufs brouillés, des chincara, du potage à l’oignon et des omelettes. On but encore, mais Constance était dans une tristesse que rien ne pouvait calmer. La haine de Curval croissait en même temps que son pauvre ventre. Elle venait d’en éprouver pendant les orgies de cette nuit-là, excepté des coups parce qu’on était convenu de laisser grossir la poire, d’en éprouver, dis-je, excepté cela, tout ce qu’on peut imaginer de mauvais procédés. Elle voulut s’en plaindre à Durcet et au duc, son père et son mari, qui l’envoyèrent au diable et lui dirent qu’il fallait bien qu’elle eût quelque défaut dont ils ne s’apercevaient pas pour déplaire ainsi au plus vertueux et au plus honnête des humains : voilà tout ce qu’elle en eut. Et l’on fut se coucher.



Onzième journée


On se leva fort tard, et supprimant absolument pour ce jour-là toutes les cérémonies d’usage, on se mit à table en sortant du lit. Le café, servi par Giton, Hyacinthe, Augustine et Fanny, fut assez tranquille. Cependant Durcet voulut absolument faire péter Augustine, et le duc le mettre en bouche à Fanny. Or, comme du désir à l’effet il n’y avait jamais qu’un pas avec de telles têtes, on se satisfit. Heureusement qu’Augustine était préparée ; elle en fit près d’une douzaine dans la bouche du petit financier, qui faillirent presque le faire bander. Pour Curval et l’évêque, ils s’en tinrent à manier les fesses des deux petits garçons, et on passa au salon d’histoire.


« Regarde donc, me dit un jour la petite Eugénie, qui commençait à se familiariser avec nous, et que six mois de bordel n’avaient rendue que plus jolie, regarde, Duclos, me dit-elle en se troussant, comme Mme Fournier veut que j’aie le cul toute la journée. Et en disant cela, elle me fit voir un placard de merde d’un pouce d’épaisseur, dont son joli petit trou de cul était entièrement couvert. — Et que veut-elle que tu fasses de cela ? lui dis-je. — C’est pour un vieux monsieur qui vient ce soir, dit-elle, et qui veut me trouver de la merde au cul. — Eh bien, dis-je, il sera content, car il est impossible d’en avoir davantage. » Et elle me dit qu’après avoir chié, la Fournier l’avait barbouillée à dessein. Curieuse de voir cette scène, dès qu’on appela cette jolie petite créature, je volai au trou. C’était un moine, mais un de ceux qu’on appelle des gros bonnets ; il était de l’ordre des Cîteaux, gros, grand, vigoureux et approchant de la soixantaine. Il caresse l’enfant, la baise sur la bouche, et lui ayant demandé si elle est bien propre, il la trousse pour vérifier lui-même un état constant de netteté qu’Eugénie lui assurait, quoiqu’elle sût bien le contraire, mais on lui avait dit de parler ainsi. « Comment, petite coquine ! lui dit le moine en voyant l’état des choses ; comment, vous osez me dire que vous êtes propre avec un cul de cette saleté-là ? Il faut qu’il y ait plus de quinze jours que vous n’ayez torché votre cul. Voyez un peu la peine que ça me donne ; car enfin, je veux le voir propre, et il faudra donc d’après cela que ce soit moi qui en prenne le soin ». Et en disant cela, il avait appuyé la jeune fille contre un lit et s’était placé à genoux, en bas des fesses, en les écartant de ses deux mains. On dirait d’abord qu’il ne fait qu’observer la situation ; il en paraît surpris ; peu à peu il s’y apprivoise, sa langue approche, elle en détache des morceaux, ses sens s’enflamment, son vit dresse, le nez, la bouche, la langue, tout semble travailler à la fois, son extase paraît si délicieuse qu’à peine lui reste-t-il le pouvoir de parler ; le foutre monte à la fin : il saisit son vit, le branle et achève en déchargeant de nettoyer si complètement cet anus, qu’il ne semblait seulement plus qu’il eût pu être sale un instant. Mais le libertin n’en restait pas là, et cette voluptueuse manie n’était pour lui qu’un préliminaire. Il se relève, baise encore la petite fille, lui expose un gros vilain cul sale qu’il lui ordonne de secouer et de socratiser ; l’opération le fait rebander, il se rempare du cul de ma compagne, l’accable de nouveaux baisers, et comme ce qu’il fit après n’est ni de mon ressort, ni placé dans ces narrations préliminaires, vous trouverez bon que je remette à Mme Martaine à vous parler des déportements d’un scélérat qu’elle n’a que trop connu et que, pour éviter même toutes questions de votre part, messieurs, auxquelles il ne me serait pas permis, par vos lois mêmes, de satisfaire, je passe à un autre détail. »


« Qu’un mot, Duclos, dit le duc. Je parlerai à mots couverts : ainsi tes réponses n’enfreindront point nos lois. Le moine l’avait-il gros et était-ce la première fois qu’Eugénie… — Oui, monseigneur, c’était la première fois, et le moine l’avait presque aussi gros que vous. — Ah, foutre ! dit Durcet, la bonne scène, et comme j’aurais voulu voir cela ! »


« Peut-être eussiez-vous eu la même curiosité, dit Duclos en se reprenant, pour le personnage qui me passa quelques jours après par les mains. Munie d’un vase contenant huit où dix étrons pris de toute part et dont il eût été bien fâché de connaître les auteurs, il fallait que, de mes mains, je le frottasse tout entier de cette pommade odoriférante. Rien ne fut épargné, pas même le visage, et quand j’en fus au vit que je branlais en même temps, l’infâme cochon, qui se regardait ainsi avec complaisance dans une glace, me laissa dans la main les preuves de sa triste virilité.

« Enfin nous y voilà, messieurs, enfin l’hommage va se rendre au véritable temple. On m’avait fait dire de me tenir prête ; je me réservais depuis des jours. C’était un commandeur de Malte qui, pour pareille opération, voyait tous les matins une fille nouvelle ; c’était chez lui que se passait la scène. « Les belles fesses, me dit-il en embrassant mon derrière ; mais mon enfant, continua-t-il, ce n’est pas tout que d’avoir un beau cul, il faut encore que ce beau cul-là chie. En avez-vous envie ? — À tel point que je m’en meurs, monsieur, lui répondis-je. — Ah, parbleu ! c’est délicieux, dit le commandeur ; c’est ce qu’on appelle servir son monde à souhait ; mais voudrez-vous bien chier, ma petite, dans le pot de chambre que je vais vous présenter ? — Ma foi, monsieur, lui répondis-je, je chierais partout, de l’envie que j’en ai, et même dans votre bouche… — Ah ! dans ma bouche ! elle est délicieuse ! Eh bien, c’est précisément là le seul vase que j’aie à vous offrir. — Eh bien ! donnez, monsieur, donnez bien vite, répondis-je, car je n’en puis plus. » Il se place, je monte à califourchon sur lui ; en opérant, je le branle ; il soutient mes hanches de ses mains et reçoit, mais en le rendant morceau par morceau, tout ce que je lui dépose dans le bec. Cependant il s’extasie ; à peine mon poignet put-il suffire à faire jaillir les flots de semence qu’il perd ; je branle, j’achève de chier, notre homme s’extasie, et je le quitte enchanté de moi, à ce qu’il eut au moins la complaisance de faire dire à la Fournier en lui en redemandant une autre pour le lendemain.

« Celui qui suivit, avec à peu près les mêmes épisodes, y joignait celui de garder plus longtemps les morceaux dans sa bouche. Il les réduisait en fluide, s’en rinçait longtemps la bouche et ne les rendait qu’en eau.

« Un cinquième avait une fantaisie plus bizarre encore, s’il est possible. Il voulait trouver quatre étrons sans une seule goutte d’urine dans le pot d’une chaise percée. On l’enfermait seul dans la chambre où était ce trésor : jamais il ne prenait de fille avec lui, et il fallait avoir le plus grand soin que tout fût bien clos, qu’il ne pût être ni vu ni aperçu d’aucun côté. Alors il agissait : mais de vous dire comment est ce qu’il m’est impossible de faire, car jamais personne ne l’a vu. Tout ce qu’on sait c’est que lorsqu’on retournait dans la chambre après lui, on trouvait le pot très vide et extrêmement propre : mais ce qu’il faisait des quatre étrons, je crois que le diable lui-même aurait de la peine à vous le dire. Il avait la facilité de les jeter dans des lieux, mais peut-être en faisait-il autre chose. Ce qui semble faire croire qu’il n’en faisait point cette autre chose que vous pourriez supposer, c’est qu’il laissait à la Fournier le soin de lui fournir les quatre étrons sans jamais s’informer de qui ils venaient et sans jamais faire sur eux la moindre recommandation. Un jour, pour voir si ce que nous allions lui dire l’alarmerait, alarme qui aurait pu nous donner quelque lumière sur le sort des étrons, nous lui dîmes que ceux qu’on lui avait donnés ce jour-là étaient de plusieurs personnes malsaines et attaquées par la vérole. Il en rit avec nous sans s’en fâcher, ce qu’il est pourtant vraisemblable qu’il eût fait s’il eût employé ces étrons à autre chose qu’à les jeter. Lorsque nous avons voulu quelquefois pousser plus loin nos questions, il nous a fait taire et nous n’en avons jamais su davantage.

« C’est tout ce que j’ai à vous dire pour ce soir, dit Duclos, en attendant que j’entre demain dans un nouvel ordre de choses, au moins relativement à mon existence ; car pour ce qui touche ce goût charmant que vous idolâtrez, il me reste encore au moins deux ou trois jours, messieurs, à avoir l’honneur de vous en entretenir. »


Les opinions se partagèrent sur le sort des étrons de l’homme dont on venait de parler, et tout en en raisonnant on en fit faire quelques-uns ; et le duc, qui voulait que tout le monde vît le goût qu’il prenait pour la Duclos, fit voir à toute la société la manière libertine dont il s’amusait avec elle, et l’aisance, l’adresse, la promptitude accompagnée des plus jolis propos, dont elle avait l’art de le satisfaire. Le souper et les orgies furent assez tranquilles, et comme il n’y eut aucun événement de conséquence jusqu’à la soirée d’ensuite, c’est par les récits dont la Duclos l’égaya que nous allons commencer l’histoire de la douzième journée.



Douzième journée

« Le nouvel état dans lequel je vais entrer m’oblige, dit la Duclos, de vous ramener un instant, messieurs, au détail de mon personnel. On se figure mieux les plaisirs que l’on peint quand l’objet qui les procure est connu. Je venais d’atteindre ma vingt et unième année. J’étais brune, mais la peau, malgré cela, d’un blanc le plus agréable. L’immensité des cheveux qui couvraient ma tête redescendait en boucles flottantes et naturelles jusqu’au bas de mes cuisses. J’avais les yeux que vous me voyez et qu’on a toujours trouvés beaux. Ma taille était un peu remplie, quoique grande, souple et déliée. À l’égard de mon derrière, de cette partie si intéressante parmi les libertins du jour, il était, de l’aveu de tout le monde, supérieur à tout ce qu’on peut voir de plus sublime en ce genre, et peu de femmes dans Paris l’avaient aussi délicieusement tourné : il était plein, rond, fort gras et très potelé, sans que cet embonpoint diminuât rien de son élégance ; le plus léger mouvement découvrait à l’instant cette petite rose que vous chérissez tant, messieurs, et qui, je le pense bien comme vous, est l’attrait le plus délicieux d’une femme. Quoiqu’il y eût très longtemps que je fusse dans le libertinage, il était impossible d’être plus fraîche, tant à cause du bon tempérament que m’avait donné la nature que par mon extrême sagesse sur les plaisirs qui pouvaient gâter ma fraîcheur ou nuire à mon tempérament. J’aimais très peu les hommes, et je n’avais jamais eu qu’un seul attachement. Il n’y avait guère dans moi que la tête de libertine, mais elle l’était extraordinairement, et après vous avoir peint mes attraits, il est bien juste que je vous entretienne un peu de mes vices. J’ai aimé les femmes, messieurs, je ne m’en cache point. Pas cependant au degré de ma chère compagne, Mme Champville, qui vous dira sans doute qu’elle s’est ruinée pour elles, mais je les ai toujours préférées aux hommes dans mes plaisirs, et ceux qu’elles me procuraient ont toujours eu sur mes sens un empire plus puissant que les voluptés masculines. J’ai eu, outre cela, le défaut d’aimer à voler : il est inouï à quel point j’ai poussé cette manie. Entièrement convaincue que tous les biens doivent être égaux sur la terre et que ce n’est que la force et la violence qui s’opposent à cette égalité, première loi de la nature, j’ai tâché de corriger le sort et de rétablir l’équilibre du mieux qu’il m’a été possible. Et sans cette maudite manie peut-être serais-je encore avec le mortel bienfaisant dont je vais vous entretenir. »


« Et as-tu beaucoup volé dans ta vie ? lui demanda Durcet. — Étonnamment, monsieur ; si je n’avais pas toujours dépensé ce que je dérobais, je serais bien riche aujourd’hui. — Mais y as-tu mis quelque détail aggravant ? continua Durcet. Il y eut-il brisement de porte, abus de confiance, tromperie manifeste ? — Il y a de tout ce qu’il peut y avoir, dit Duclos ; je n’ai pas cru devoir vous arrêter sur ces objets pour ne pas troubler l’ordre de ma narration, mais puisque je vois que cela peut vous amuser, je n’oublierai plus à l’avenir de vous en entretenir. À ce défaut on m’a toujours reproché d’en joindre un autre, celui d’un très mauvais cœur ; mais est-ce ma faute ? N’est-ce pas de la nature que nous tenons nos vices ou nos perfections, et puis-je adoucir ce cœur qu’elle a fait insensible ? Je ne sache pas avoir de ma vie pleuré ni sur mes maux et encore moins sur ceux d’autrui. J’ai aimé ma sœur et je l’ai perdue sans la plus petite douleur : vous avez été témoins du flegme avec lequel je viens d’apprendre sa perte. Je verrais, Dieu merci, périr l’univers, que je n’en verserais pas une larme. — Voilà comme il faut être, dit le duc ; la compassion est la vertu des sots, et, en bien s’examinant, on voit qu’il n’y a jamais qu’elle qui nous fait perdre des voluptés. Mais avec ce défaut-là, tu as dû faire des crimes, car l’insensibilité y mène tout droit ? — Monseigneur, dit Duclos, les règles que vous avez prescrites à nos récits me défendent de vous entretenir de bien des choses ; vous en avez laissé le soin à mes compagnes. Mais je n’ai qu’un mot à vous dire : c’est, quand elles se peindront scélérates à vos yeux, d’être parfaitement sûr que je n’ai jamais valu mieux qu’elles. — Voilà ce qui s’appelle se rendre justice, dit le duc. Allons, continue ; il faut se contenter de ce que tu nous diras, puisque nous t’avons bornée, nous-mêmes, mais souviens-toi que, dans le tête-à-tête, je ne te ferai pas grâce de tes petites inconduites particulières. »


« Je ne vous cacherai rien, monseigneur. Puissiez-vous, après m’avoir entendue, ne pas vous repentir d’avoir accordé un peu de bienveillance à un aussi mauvais sujet. Et je reprends. — Malgré tous ces défauts et, plus que tout, celui de méconnaître entièrement le sentiment humiliant de la reconnaissance, que je n’admettais que comme un poids injurieux à l’humanité et qui dégrade tout à fait la fierté que nous avons reçue de la nature, avec tous ces défauts, dis-je, mes compagnes m’aimaient, et j’étais de toutes la plus recherchée des hommes. Telle était ma situation, lorsqu’un fermier général nommé d’Aucourt vint faire une partie chez la Fournier. Comme il était une de ses pratiques, mais plutôt pour les filles étrangères que pour celles de la maison, on avait de grands égards pour lui, et madame, qui voulait absolument nous faire faire connaissance, me prévint deux jours à l’avance de lui garder ce que vous savez et ce qu’il aimait plus qu’aucun des hommes que j’eusse encore vus ; vous l’allez voir par le détail. D’Aucourt arrive et, m’ayant toisée, il gronde Mme Fournier de ne pas lui avoir procuré plus tôt une aussi jolie créature. Je le remercie de son honnêteté, et nous montons. D’Aucourt était un homme d’environ cinquante ans, gros, gras, mais d’une figure agréable, ayant de l’esprit et, ce qui me plaisait le plus en lui, une douceur et une honnêteté de caractère qui m’enchantèrent dès le premier moment. « Vous devez avoir le plus beau cul du monde », me dit d’Aucourt en m’attirant vers lui, et me fourrant la main sous les jupes qu’il dirigea sur-le-champ au derrière : « Je suis connaisseur, et les filles de votre tournure ont presque toujours un beau cul. Eh bien ! ne le disais-je pas bien ? continua-t-il dès qu’il l’eût palpé un instant ; comme c’est frais, comme c’est rond ! » Et me retournant lestement en relevant d’une main mes jupes sur mes reins et en palpant de l’autre, il se mit en devoir d’admirer l’autel où s’adressaient ses vœux. « Parbleu ! s’écria-t-il, c’est réellement un des plus beaux culs que j’aie vus de ma vie, et j’en ai pourtant beaucoup vu… Écartez… Voyons cette fraise… que je la suce… que je la dévore… C’est réellement un très beau cul que cela, en vérité… eh ! dites-moi, ma petite, vous a-t-on prévenue ? — Oui, monsieur — Vous a-t-on dit que je faisais chier ? — Oui, monsieur : — Mais votre santé ? reprend le financier. — Oh ! monsieur, elle est sûre. — C’est que je pousse la chose un peu loin, continua-t-il, et si vous n’étiez pas absolument bien saine, j’y risquerais. Monsieur, lui dis-je, vous pouvez faire absolument tout ce que vous voudrez. Je vous réponds de moi comme de l’enfant qui vient de naître ; vous pouvez agir en sûreté. » Après ce préambule, d’Aucourt me fit pencher vers lui, toujours en tenant mes fesses écartées, et collant sa bouche sur la mienne, il suça ma salive un quart d’heure. Il se reprenait pour lâcher quelques « foutre ! » et se remettait aussitôt à pomper amoureusement. « Crachez, crachez dans ma bouche, me disait-il de temps en temps, remplissez-la bien de salive. » Et alors je sentais sa langue qui tournait tout autour de mes gencives, qui s’enfonçait le plus avant qu’elle pouvait et qui semblait attirer tout ce qu’elle rencontrait à elle. « Allons, dit-il, je bande, mettons-nous à l’ouvrage. » Alors il se remit à considérer mes fesses, en m’ordonnant de donner l’essor à son vit. Je sortis un engin gros comme trois doigts, uni et long, de près de cinq pouces, lequel était fort roide et fort en fureur. « Quittez vos jupes, me dit d’Aucourt, moi je vais quitter ma culotte ; il faut de part et d’autre que les fesses soient bien à l’aise pour la cérémonie que nous allons faire. » Puis, dès qu’il se vit obéi : « Relevez bien, continua-t-il, votre chemise sous votre corset et dégagez absolument le derrière… Couchez-vous à plat sur le lit. » Alors il s’assit sur une chaise et il se remit encore à caresser mes fesses, dont il semblait que la vue l’enivrait. Un instant il les écarta, et je sentis sa langue pénétrer dans le plus intérieur pour vérifier, disait-il, d’une manière incontestable s’il était bien vrai que la poule eût envie de pondre : je vous rends ses propres expressions. Cependant, je ne le touchais pas ; il agitait légèrement lui-même ce petit membre sec que je venais de mettre à découvert. « Allons, dit-il, mon enfant, mettons-nous à l’œuvre ; la merde est prête, je l’ai sentie, souvenez-vous de chier peu à peu et d’attendre toujours que j’ai dévoré un morceau avant de pousser l’autre. Mon opération est longue, mais ne la pressez pas. Un petit coup sur les fesses vous avertira de pousser, mais que ce soit toujours en détail. » S’étant alors placé le plus à l’aise possible relativement à l’objet de son culte, il colle sa bouche, et je lui dépose presque tout de suite un morceau d’étron gros comme un petit œuf. Il le suce, il le tourne et retourne mille fois dans sa bouche, il le mâche, il le savoure, et, au bout de deux ou trois minutes, je le lui vois distinctement avaler. Je repousse : même cérémonie, et comme mon envie était prodigieuse, dix fois de suite sa bouche se remplit et se vide sans qu’il ait l’air d’être rassasié. « C’est fait, monsieur, lui dis-je à la fin ; je pousserais en vain maintenant. — Oui, dit-il, ma petite, c’est-il fait ? Allons, il faut donc que je décharge, oui, que je décharge en torchant ce beau cul. Oh, sacredieu ! que tu me donnes de plaisir ! Je n’ai jamais mangé de merde plus délicieuse, je le certifierai à toute la terre. Donne, donne, mon ange, donne ce beau cul que je le suce, que je le dévore encore. » Et en y enfonçant un pied de langue et se manualisant lui-même, le libertin répand son foutre sur mes jambes, non sans une multitude de paroles sales et de jurements, nécessaires, à ce qu’il me parut, à compléter son extase. Quand il eut fait, il s’assit, me fit mettre auprès de lui et, me regardant avec intérêt, il me demanda si je n’étais point lasse de la vie de bordel et si j’aurais quelque plaisir à trouver quelqu’un qui consentît à m’en retirer. Le voyant pris, je fis la difficile, et pour vous éviter un détail qui n’aurait rien d’intéressant pour vous, après une heure de débat, je me laissai persuader, et il fut décidé que j’irais dès le lendemain vivre chez lui à raison de vingt louis par mois et nourrie ; que, comme il était veuf, je pourrais sans inconvénient occuper un entresol de son hôtel ; que là, j’aurais une fille pour me servir et la société de trois de ses amis et de leurs maîtresses, avec lesquels il se réunissait pour des soupers libertins quatre fois de la semaine, tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre ; que mon unique occupation serait de beaucoup manger, et toujours ce qu’il me ferait servir, parce que faisant ce qu’il faisait, il étai essentiel qu’il me fît nourrir à sa mode, de bien manger, dis-je, de bien dormir pour que les digestions fussent faciles, de me purger régulièrement tous les mois, et de lui chier deux fois par jour dans la bouche ; que ce nombre ne devait pas m’effrayer parce qu’en me gonflant de nourriture comme il allait faire, j’aurais peut-être plutôt besoin d’y aller trois que deux. Le financier, pour premier gage du marché, me remit un très joli diamant, m’embrassa, me dit de prendre tous mes arrangements avec la Fournier et de me tenir prête le lendemain matin, époque où il me viendrait chercher lui-même. Mes adieux furent bientôt faits ; mon cœur ne regrettait rien, car il ignorait l’art de s’attacher, mais mes plaisirs regrettaient Eugénie, avec laquelle j’avais depuis six mois des liaisons très intimes, et je partis. D’Aucourt me reçut à merveille et m’établit lui-même dans le très joli appartement qui devait faire mon habitation ; et je fus bientôt parfaitement établie. J’étais condamnée à faire quatre repas, desquels on retranchait une infinité de choses que j’aurais pourtant beaucoup aimées, telles que le poisson, les huîtres, les salaisons, les œufs et toute espèce de laitage ; mais j’étais si bien dédommagée d’ailleurs qu’en vérité il y aurait eu de l’humeur à moi de me plaindre. Le fond de mon ordinaire consistait en une immensité de blanc de volaille, et de gibier désossé accommodé de toutes sortes de façons, peu de viande de boucherie, nulle sorte de graisse, fort peu de pain et de fruit. Il fallait manger de ces sortes de viandes même le matin à déjeuner et le soir à goûter ; à ces heures-là, on me les servait sans pain, et d’Aucourt peu à peu me pria de m’en abstenir tout à fait, au point que sur les derniers temps je n’en mangeais plus du tout, non plus que de potage. Il résultait de ce régime, comme il l’avait prévu, deux selles par jour, très adoucies, très molles et d’un goût le plus exquis, à ce qu’il prétendait, ce qui n’en pouvait pas être avec une nourriture ordinaire ; et il fallait le croire, car il était connaisseur. Nos opérations se faisaient à son réveil et à son coucher. Les détails étaient à peu près les mêmes que ceux que je vous ai dits : il commençait toujours par sucer très longtemps ma bouche, qu’il fallait toujours lui présenter dans l’état naturel et sans jamais être lavée ; il ne m’était permis de la rincer qu’après. D’ailleurs il ne déchargeait pas à chaque fois. Notre arrangement n’exigeait aucune fidélité de sa part : d’Aucourt m’avait chez lui comme le plat de résistance, comme la pièce de bœuf, mais il n’en allait pas moins tous les matins se divertir ailleurs. Deux jours après mon arrivée, ses camarades de débauche vinrent souper chez lui, et comme chacun des trois offrait dans le goût que nous analysons un genre de passion différent quoique égal dans le fond, vous trouverez bon, messieurs, que, devant faire nombre dans notre recueil, j’appuie un peu sur les fantaisies auxquelles ils se livraient. Les convives arrivèrent. Le premier était un vieux conseiller au Parlement, d’environ soixante ans, qui s’appelait d’Erville ; il avait pour maîtresse une femme de quarante ans, fort belle, et n’ayant d’autre défaut qu’un peu trop d’embonpoint ; on la nommait Mme du Cange. Le second était un militaire retiré, de quarante-cinq à cinquante ans, qui s’appelait Desprès ; sa maîtresse était une très jolie personne de vingt-six ans, blonde, et le plus joli corps qu’on puisse voir ; elle se nommait Marianne. Le troisième était un vieil abbé de soixante ans, qu’on nommait du Coudrais et dont la maîtresse était un jeune garçon de seize ans, beau comme le jour et qu’il faisait passer pour son neveu. On servit dans les entresols dont j’occupais une partie. Le repas fut aussi gai que délicat, et je remarquai que la demoiselle et le jeune garçon étaient à peu près au même régime que moi. Il était impossible d’être plus libertin que ne l’était d’Erville ; ses yeux, ses propos, ses gestes, tout annonçait la débauche, tout peignait le libertinage. Desprès avait l’air plus de sens froid, mais la luxure n’en était pas moins l’âme de sa vie. Pour l’abbé, c’était le plus fier athée qu’on pût voir : les blasphèmes volaient sur les lèvres presque à chaque parole. Quant aux demoiselles, elles imitaient leurs amants, elles étaient babillardes et néanmoins d’un ton assez agréables. Pour le jeune homme, il me parut aussi sot qu’il était joli, et la du Cange, qui en paraissait un peu férue, avait beau lui lancer de temps à autre de tendres regards, à peine avait-il l’air de s’en douter. Toutes les bienséances se perdirent au dessert et les propos devinrent aussi sales que les actions. D’Erville félicita d’Aucourt de sa nouvelle acquisition et lui demanda si j’avais un beau cul, et si je chiais bien. « Parbleu ! lui dit mon financier, il ne tiendra qu’à toi de le savoir ; tu sais qu’entre nous tous les biens sont communs et que nous nous prêtons aussi volontiers nos maîtresses que nos bourses. — Ah parbleu ! dit d’Erville, j’accepte. » Et me prenant aussitôt par la main, il me proposa de passer dans un cabinet. Comme j’hésitais, la du Cange me dit effrontément : « Allez, allez, mademoiselle, nous ne faisons pas de façons ici ; j’aurai soin de votre amant pendant ce temps-là. » Et d’Aucourt, dont je consultai les yeux, m’ayant fait un signe d’approbation, je suivis le vieux conseiller. C’est lui, messieurs, qui va vous offrir, ainsi que les deux suivants, les deux épisodes du goût que nous traitons et qui doivent composer la meilleure partie de ma narration de cette soirée.

« Dès que je fus enfermée avec d’Erville, très échauffé des fumées de Bacchus, il me baisa sur la bouche avec les plus grands transports et me lança trois ou quatre hoquets de vin d’Aï qui pensèrent me faire rejeter par la bouche ce qu’il me parut bientôt avoir grande envie de voir sortir d’ailleurs. Il me troussa, examina mon derrière avec toute la lubricité d’un libertin consommé, puis me dit qu’il ne s’étonnait pas du choix de d’Aucourt, car j’avais un des plus beaux culs de Paris. Il me pria de débuter par quelques pets, et quand il en reçut une demi-douzaine, il se remit à me baiser la bouche, en me maniant et en ouvrant fortement les fesses. « L’envie vient-elle ? me dit-il. — Elle est toute venue, lui dis-je. — Eh bien, bel enfant, me dit-il, chiez dans cette assiette. — Et il en avait, à cet effet, apporté une de porcelaine blanche, qu’il tint pendant que je poussais et qu’il examinait scrupuleusement l’étron sortir de mon derrière, spectacle délicieux qui l’enivrait, disait-il, de plaisir. Dès que j’eus fait, il reprit l’assiette, respira délicieusement le mets voluptueux qu’elle contenait, mania, baisa, flaira l’étron, puis, me disant qu’il n’en pouvait plus et que la lubricité l’enivrait à la vue d’un étron plus délicieux qu’aucun de ceux qu’il eût jamais vus de sa vie, il me pria de lui sucer le vit. Quoique cette opération n’eût rien de trop agréable, la crainte de fâcher d’Aucourt en manquant à son ami me fit tout accepter. Il se plaça dans un fauteuil, l’assiette appuyée sur une table voisine sur laquelle il se coucha à mi-corps, le nez sur la merde ; il étendit ses jambes, je me plaçai sur un siège plus bas, près de lui, et ayant tiré de sa braguette un soupçon de vit très mollasse au lieu d’un membre réel, je me vis, malgré ma répugnance, à suçoter cette belle relique, espérant qu’elle prendrait au moins un peu de consistance dans ma bouche : je me trompais. Dès que je l’eus recueillie, le libertin commença son opération ; il dévora plutôt qu’il ne mangea le joli petit œuf tout frais que je venais de lui faire : ce fut l’affaire de trois minutes, pendant lesquelles ses extensions, ses mouvements, ses contorsions, m’annoncèrent une volupté des plus ardentes et des plus expressives. Mais il eut beau faire, rien ne dressa, et le petit vilain outil, après avoir pleuré de dépit dans ma bouche, se retira plus honteux que jamais et laissa son maître dans cet abattement, dans cet abandon, dans cet épuisement, suite funeste des voluptés. — Nous rentrâmes. « Ah ! je renie Dieu, dit le conseiller ; je n’ai jamais vu chier comme cela. »

« Il n’y avait que l’abbé et son neveu quand nous revînmes, et comme ils opéraient, je puis vous le détailler tout de suite. On avait beau changer ses maîtresses dans la société, du Coudrais toujours content n’en prenait jamais d’autre et ne cédait jamais la sienne. Il lui aurait été impossible, m’apprit-on, de s’amuser avec une femme ; c’était la seule différence qu’il y eût entre d’Aucourt et lui. Il s’y prenait d’ailleurs de même pour la cérémonie, et quand nous parûmes, le jeune homme était appuyé sur un lit, présentant le cul à son cher oncle qui, à genoux devant, recevait amoureusement dans sa bouche et avalait à mesure, et tout en branlant lui-même un fort petit vit que nous vîmes pendre entre ses cuisses. L’abbé déchargea malgré notre présence en jurant que cet enfant-là chiait tous les jours de mieux en mieux.

« Marianne et d’Aucourt, qui s’amusaient ensemble, parurent bientôt, et furent suivis de Desprès et du Cange, qui n’avaient, disaient-ils, que peloté en m’attendant. — Parce que, dit Desprès, elle et moi sommes de vieilles connaissances, plutôt que vous, ma belle reine, que je vois pour la première fois, n’inspirez le plus ardent désir de m’amuser tout à fait avec vous. — Mais, monsieur, lui dis-je, monsieur le conseiller a tout pris ; je n’ai plus rien à vous offrir. — Eh bien, me dit-il en riant, je ne vous demande rien, c’est moi qui fournirai tout ; je n’ai besoin que de vos doigts. Curieuse de voir ce que signifiait cette énigme, je le suis, et dès que nous sommes enfermés, il me demande mon cul à baiser seulement pour une minute. Je le lui offre, et après deux ou trois suçons sur le trou, il déboutonne sa culotte et me prie de lui rendre ce qu’il vient de me prêter. L’attitude où il s’était mis me donnait quelques soupçons ; il était à cheval sur une chaise, se soutenant au dos et ayant sous lui un vase à recevoir. Moyen en quoi, le voyant prêt à faire lui-même l’opération, je lui demandai quelle nécessité il y avait à ce que je baisasse le cul. « La plus grande, mon cœur, me répondit-il, car mon cul, le plus capricieux de tous les culs, ne chie jamais que quand on le baise. » J’obéis, mais sans me hasarder, et lui s’en apercevant : « Plus près, morbleu ! plus près, mademoiselle, me dit-il impérieusement. Avez-vous donc peur d’un peu de merde ? Enfin, par condescendance, je portai mes lèvres jusqu’aux environs du trou ; mais à peine les a-t-il senties qu’il débonde, et l’irruption fut si violente qu’une de mes joues s’en trouva toute bariolée. Il n’eut besoin que d’un seul jet pour combler le plat ; de ma vie, je n’avais vu un tel étron : il remplissait à lui tout seul un très profond saladier. Notre homme s’en empare, se couche avec sur le bord du lit, me présente son cul tout merdeux et m’ordonne de le lui branler fortement pendant qu’il va faire subitement repasser dans ses entrailles ce qu’il vient de dégorger. Quelque sale que fût ce derrière, il fallut obéir. Sans doute sa maîtresse le fait, me dis-je ; il ne faut pas être plus difficile qu’elle. J’enfonce trois doigts dans l’orifice bourbeux qui se présente ; notre homme est aux nues, il se plonge dans ses propres excréments, il y barbote, il s’en nourrit, une de ses mains soutient le plat, l’autre secoue un vit qui s’annonce très majestueusement entre ses cuisses. Cependant je redouble mes soins, ils réussissent ; je m’aperçois au resserrement de son anus que les muscles érecteurs sont près à lancer la semence ; je ne me trouble point, le plat se vide et mon bonhomme décharge. De retour au salon, je retrouvai mon inconstant d’Aucourt avec la belle Marianne. Le fripon les avait passées toutes les deux. Il ne lui restait que le page, dont je crois qu’il se serait fort bien arrangé aussi, si le jaloux abbé eût consenti à le céder. Quand tout le monde fut réuni, on parla de se mettre tous nus et de faire tous les uns devant les autres quelques extravagances. Je fus bien aise du projet, parce qu’il allait me mettre à même de voir le corps de Marianne que j’avais fort envie d’examiner. Il était délicieux, ferme, blanc, soutenu, et son cul, que je maniai deux ou trois fois en plaisantant, me parut un véritable chef-d’œuvre. « À quoi vous sert une aussi jolie fille, dis-je à Desprès, pour le plaisir que vous me paraissez chérir ? — Ah ! me dit-il, vous ne connaissez pas tous nos mystères. » Il me fut impossible d’en apprendre davantage et quoique j’aie vécu plus d’un an avec eux, ni l’un ni l’autre n’ont voulu me rien éclaircir, et j’ai toujours ignoré le reste de leurs intelligences secrètes qui, de quelque sorte qu’elles puissent être, n’empêchent pas que le goût que son amant satisfit avec moi ne soit une passion complète et digne à tous égards d’avoir une place dans ce recueil. Ce qui pouvait en être d’ailleurs ne pouvait qu’être épisodique, et a été ou sera certainement raconté dans nos soirées. Après quelques libertinages assez indécents, quelques pets, encore quelques petits restes d’étrons, beaucoup de propos et de grandes impiétés de la part de l’abbé, qui paraissait mettre à en dire une de ses plus parfaites voluptés, on se rhabilla et chacun fut se coucher. Le lendemain matin, je parus comme à mon ordinaire au lever de d’Aucourt, sans que nous nous reprochassions ni l’un ni l’autre nos petites infidélités de la veille. Il me dit qu’après moi, il ne connaissait pas de fille qui chiât mieux que Marianne. Je lui fis quelques questions sur ce qu’elle faisait avec un amant qui se suffisait à lui-même, mais il me dit que c’était un secret que ni l’un ni l’autre n’avait jamais voulu révéler. Et nous reprîmes, mon amant et moi, notre petit train ordinaire. Je n’étais pas tellement consignée chez d’Aucourt qu’il ne me fût permis de sortir quelquefois. Il s’en rapportait, disait-il, pleinement à mon honnêteté ; je devais voir le danger où je l’exposerais en dérangeant ma santé, et il me laissait maîtresse de tout. Je lui gardai donc foi et hommage pour ce qui regardait cette santé à laquelle il prenait égoïstement tant d’intérêt, mais sur tout le reste je me crus permis de faire à peu près tout ce qui me procurerait de l’argent. Et en conséquence, vivement sollicitée par la Fournier d’aller faire des parties chez elle, je me livrai à toutes celles où elle m’assura un honnête profit. Ce n’était plus une fille de sa maison : c’était une demoiselle entretenue par un fermier général et qui, pour lui faire plaisir, voulait bien venir passer une heure chez elle… Jugez comme ça se payait. Ce fut dans le cours de ces infidélités passagères que je rencontrai le nouveau sectateur de merde dont je vais vous rendre compte.


« Un moment, dit l’évêque ; je n’ai pas voulu vous interrompre que vous ne fussiez en un endroit de repos, mais puisque vous y voilà, éclaircissez-nous, je vous prie, de deux ou trois objets essentiels de cette dernière partie. Quand vous célébrâtes les orgies après les tête-à-tête, l’abbé, qui n’avait jusque-là caressé que son bardache, lui fit-il infidélité et vous mania-t-il, et les autres en firent-ils à leur femme pour caresser le jeune homme ? — Monseigneur, dit Duclos, jamais l’abbé ne quitta son jeune garçon ; à peine jeta-t-il même des regards sur nous, quoique nous fussions nues et à ses côtés. Mais il s’amusa des culs de d’Aucourt, de Desprès et de d’Erville ; il les baisa, il les gamahucha ; d’Aucourt et d’Erville lui chièrent dans la bouche, et il avala plus de moitié de chacun de ces deux étrons. Mais pour les femmes, il ne les toucha pas. Il n’en fut pas de même des trois autres amis, relativement à son jeune bardache ; ils le baisèrent, lui léchèrent le trou du cul, et Desprès s’enferma avec lui pour je ne sais quelle opération. — Bon, dit l’évêque, vous voyez bien que vous n’aviez pas tout dit, et que ceci, que vous ne nous contiez pas, forme une passion de plus, puisqu’elle offre l’image du goût d’un homme qui se fait chier dans la bouche par d’autres hommes, quoique fort âgés. — Cela est vrai, monseigneur, dit Duclos ; vous me faites encore mieux sentir mon tort, mais je n’en suis pas fâchée, puisque au moyen de cela voici ma soirée finie, et qu’elle n’était déjà que trop longue. Une certaine cloche que nous allons entendre m’aurait convaincue que je n’aurais pas eu le temps de terminer la soirée par l’histoire que j’allais entamer, et, sous votre bon plaisir, nous la remettrons à demain. Effectivement, la cloche sonna, et comme personne n’avait déchargé de la soirée et que tous les vits étaient pourtant très en l’air, on fut souper en se promettant bien de se dédommager aux orgies. Mais le duc ne put jamais aller si loin, et ayant ordonné à Sophie de venir lui présenter les fesses, il fit chier cette belle fille et avala l’étron pour son dessert. Durcet, l’évêque et Curval tous également occupés, firent faire la même opération, l’un à Hyacinthe, le second à Céladon et le troisième à Adonis. Ce dernier, n’ayant point pu satisfaire, fut inscrit sur le fatal livre de punition, et Curval, en jurant comme un scélérat, se vengea sur le cul de Thérèse, qui lui lâcha à brûle-pourpoint l’étron le plus complet qu’il fût possible de voir. Les orgies furent libertines, et Durcet, renonçant aux étrons de la jeunesse, dit qu’il ne voulait pour sa soirée que ceux de ses trois vieux amis. On le contenta, et le petit libertin déchargea comme un étalon en dévorant la merde de Curval. La nuit vint mettre un peu de calme à tant d’intempérance et rendre à nos libertins et des désirs et des forces.



Treizième journée

Le président, qui couchait cette nuit-là avec sa fille Adélaïde s’en étant amusé jusqu’à l’instant de son premier sommeil, l’avait reléguée sur un matelas, par terre, près de son lit, pour donner sa place à Fanchon qu’il voulait toujours avoir près de lui quand la lubricité le réveillait, ce qui lui arrivait presque toutes les nuits. Vers les trois heures, il se réveillait en sursaut, jurait et blasphémait comme un scélérat. Il lui prenait alors une espèce de fureur lubrique, qui, quelquefois, devenait dangereuse. Voilà pourquoi il aimait à avoir cette vieille Fanchon près de lui alors, parce qu’elle avait au mieux trouvé l’art de le calmer, soit en s’offrant elle-même, soit en lui présentant tout de suite quelqu’un des objets qui couchaient dans sa chambre. Cette nuit-là, le président, qui se rappela tout de suite quelques infamies faites à sa fille en s’endormant, la redemanda tout de suite pour les recommencer, mais elle n’y était pas. Qu’on juge du trouble et de la rumeur qu’excite aussitôt un tel événement. Curval se lève en fureur, demande sa fille ; on allume des bougies, on cherche, on fouille, rien ne paraît. Le premier mouvement fut de passer dans l’appartement des filles ; on visite tous les lits, et l’intéressante Adélaïde se trouve enfin, assise en déshabillé, auprès de celui de Sophie. Ces deux charmantes filles, qu’unissaient un caractère de tendresse égal, une piété, des sentiments de vertu, de candeur et d’aménité absolument les mêmes, s’étaient prises de la plus belle tendresse l’une pour l’autre et elles se consolaient mutuellement du sort affreux qui les accablait. On ne s’en était pas douté jusqu’alors, mais les suites firent découvrir que ce n’était pas la première fois que cela arrivait, et l’on sut que la plus âgée entretenait l’autre dans les meilleurs sentiments et l’engageait surtout à ne pas s’éloigner de la religion et de ses devoirs envers un Dieu qui les consolerait un jour de tous leurs maux. Je laisse au lecteur à juger de la fureur et des emportements de Curval lorsqu’il découvrit là la belle missionnaire. Il la saisit par les cheveux et, l’accablant d’injures, il la traîna dans sa chambre où il l’attacha à la colonne du lit, et la laissa là jusqu’au lendemain matin réfléchir à son incartade. Chacun des amis étant accourus à cette scène, on imagine aisément avec quel empressement Curval fit inscrire les deux délinquantes sur le livre de punitions. Le duc était d’avis d’une correction subite, et celle qu’il proposait n’était pas douce ; mais l’évêque lui ayant fait quelque objection très raisonnable sur ce qu’il voulait faire, Durcet se contenta de les inscrire. Il n’y avait pas moyen de s’en prendre aux vieilles. Messieurs les avaient ce soir-là toutes fait coucher dans leur chambre. Ceci éclaira donc sur ce défaut d’administration, et on s’arrangea à l’avenir pour qu’il restât toujours assidûment au moins une vieille chez les filles et une chez les garçons. On fut se recoucher, et Curval, que la colère n’avait rendu que plus cruellement impudique, fit à sa fille des choses que nous ne pouvons pas encore dire, mais qui, en précipitant sa décharge, le firent au moins rendormir tranquille. Le lendemain, toutes les poules étaient si effrayées qu’on ne trouva aucune délinquante, et seulement chez les garçons le petit Narcisse à qui Curval avait défendu, depuis la veille, de se torcher le cul, voulant l’avoir merdeux au café que cet enfant devait servir ce jour-là, et qui malheureusement ayant oublié l’ordre, s’était nettoyé l’anus avec le plus grand soin. Il eut beau dire que sa faute était réparable, puisqu’il avait envie de chier, on lui dit de la garder et qu’il n’en serait pas moins inscrit sur le fatal livre : cérémonie que le redoutable Durcet vint faire à l’instant sous ses yeux, en lui faisant sentir toute l’énormité de sa faute et qu’il ne faudrait peut-être que cela pour faire manquer la décharge de monsieur le président. Constance, qu’on ne gênait plus sur cela à cause de son état, la Desgranges et Brise-cul furent les seuls qui eurent des permissions de chapelle, et tout le reste eut ordre de se réserver pour le soir. L’événement de la nuit fit la conversation du dîner ; on railla le président de laisser ainsi sauter les oiseaux de sa cage ; le vin de Champagne lui rendit sa gaieté, et on passa au café. Narcisse et Céladon, Zelmire et Sophie, le servirent. Cette dernière était bien honteuse ; on lui demanda combien de fois cela était arrivé, elle répondit que ce n’était que la seconde et que Mme de Durcet lui donnait de si bons conseils qu’il était en vérité bien injuste de les punir toutes les deux pour cela. Le président l’assura que ce qu’elle appelait de bons conseils en étaient de très mauvais dans sa situation et que la dévotion qu’elle lui mettait dans la tête ne servirait qu’à la faire punir tous les jours ; qu’elle ne devait avoir, où elle se trouvait, d’autres maîtres et d’autres dieux que ses trois confrères et lui, et d’autre religion que de les servir et de leur obéir aveuglément dans tout. Et, tout en sermonnant, il la fit mettre à genoux entre ses jambes et lui ordonna de lui sucer le vit, ce que la pauvre petite malheureuse exécuta tout en tremblant. Le duc, toujours partisan des fouteries en cuisses, au défaut de mieux, enfilait Zelmire de cette manière, en se faisant chier dans la main par elle et gobant à mesure qu’il recevait, et tout cela pendant que Durcet faisait décharger Céladon dans sa bouche, et que l’évêque faisait chier Narcisse. On se livra à quelques minutes de méridienne, et s’étant arrangé au salon d’histoire, Duclos reprit ainsi le fil de son histoire :


« Le galant octogénaire que me destinait la Fournier était, messieurs, un maître des comptes, petit, replet et d’une fort désagréable figure. Il établit un vase entre nous deux, nous nous postâmes dos à dos, nous chiâmes à la fois, il s’empare du vase, de ses doigts mêle les deux étrons, et les avale tous deux, pendant que je le fais décharger dans ma bouche. À peine regarda-t-il mon derrière. Il ne le baisa point, mais son extase n’en fut pas moins très vive ; il trépigna, jura tout en gobant et en déchargeant, et se retira en me donnant quatre louis pour cette bizarre cérémonie.

« Cependant mon financier prenait chaque jour en moi plus de confiance et plus d’amitié, et cette confiance, dont je ne tardai pas d’abuser, devint bientôt la cause de notre éternelle séparation. Un jour qu’il m’avait laissée seule dans son cabinet, je remarquai qu’il remplissait sa bourse, pour sortir, dans un tiroir fort large et entièrement rempli d’or. Oh ! quelle capture, me dis-je en moi-même. Et ayant dès cet instant conçu l’idée de m’emparer de cette somme, j’observai avec le plus grand soin tout ce qui pouvait me l’approprier. D’Aucourt ne fermait point ce tiroir, mais il emportait la clef du cabinet, et ayant vu que cette porte et cette serrure étaient très légères, j’imaginai qu’il me faudrait bien peu d’efforts pour faire sauter l’une et l’autre avec facilité. Ce projet adopté, je ne m’occupai plus que de saisir avec empressement le premier jour où d’Aucourt s’absenterait pour tout le jour, comme cela lui arrivait deux fois de la semaine, jour de bacchanale particulière, où il se rendait avec Desprès et l’abbé pour des choses que Mme Desgranges vous dira peut-être, mais qui ne sont pas de mon ministère. Ce favorable instant se présenta bientôt. Les valets, aussi libertins que leur maître, ne manquaient jamais d’aller à leurs parties ce jour-là, de façon que je me trouvai presque seule à la maison. Pleine d’impatience d’exécuter mon projet, je me rends tout de suite à la porte du cabinet, d’un coup de poing je la jette en dedans, je vole au tiroir, j’y trouve la clé : je le savais. J’en tire tout ce que j’y trouve ; il n’y avait pas moins de trois mille louis. Je remplis mes poches, je fouille les autres tiroirs ; un écrin fort riche s’offre à moi, je m’en empare ; mais que trouvai-je dans les autres tiroirs de ce fameux secrétaire !… Heureux d’Aucourt ! Quel bonheur pour toi que ton imprudence ne fût découverte que par moi ! Il y avait de quoi le faire rouer, messieurs, c’est tout ce que je peux vous dire. Indépendamment des billets clairs et expressifs que Desprès et l’abbé lui adressaient sur leurs bacchanales secrètes, il y avait tous les meubles qui pouvaient servir à ces infamies… Mais je m’arrête ; les bornes que vous m’avez prescrites m’empêchent de vous en dire davantage, et la Desgranges vous expliquera tout cela. Pour moi, mon vol fait, je décampai en frémissant intérieurement de tous les dangers que j’avais peut-être courus à fréquenter de tels scélérats. Je passai à Londres, et comme mon séjour en cette ville où je vécus six mois sur le plus grand ton ne vous offrirait, messieurs, aucun des détails qui vous intéressent seuls, vous permettrez que je coule légèrement sur cette partie des événements de ma vie. Je n’avais conservé de commerce à Paris qu’avec la Fournier, et comme elle m’instruisit de tout le tapage que faisait le financier pour ce malheureux vol, je résolus à la fin de le faire taire, en lui écrivant sèchement que celle qui avait trouvé l’argent avait aussi trouvé autre chose, et que, s’il se décidait à continuer ses poursuites, j’y consentais, mais que, chez le même juge où je déposerais ce qu’il y avait dans les petits tiroirs, je le citerais pour déposer ce qui était dans les grands. Notre homme se tut, et comme, six mois après, leur débauche à tous trois vint à éclater et qu’ils passèrent eux-mêmes en pays étranger, n’ayant plus rien à redouter, je revins à Paris, et, faut-il vous avouer mon inconduite, Messieurs ? j’y revins aussi pauvre que j’en étais partie, et si tellement que je fus obligée de me remettre chez la Fournier. Comme je n’avais que vingt-trois ans, les aventures ne me manquèrent pas. Je vais laisser celles qui ne sont pas de notre ressort et reprendre, sous votre bon plaisir, messieurs, les seules auxquelles je sais que vous prenez maintenant quelque intérêt.

« Huit jours après mon retour, on plaça dans l’appartement destiné aux plaisirs un tonneau entier de merde. Mon adonis arrive ; c’est un saint ecclésiastique, mais si tellement blasé sur ces plaisirs-là qu’il n’était plus susceptible de s’émouvoir que par l’excès que je vais peindre. Il entre ; j’étais nue. Il regarde un moment mes fesses, puis, après les avoir touchées assez brutalement, il me dit de le déshabiller et aider à entrer dans le tonneau. Je le mets nu, je le soutiens, le vieux pourceau se place dans son élément, par un trou préparé il en fait au bout d’un instant sortir son vit presque bandant et m’ordonne de le branler malgré les saletés et les horreurs dont il est couvert. J’exécute, il plonge la tête dans le tonneau, il barbote, il avale, il hurle, il décharge, et va se jeter de là dans une baignoire où je le laisse entre les mains de deux servantes de la maison qui le nettoyèrent un quart d’heure.

« Un autre parut peu après. Il y avait huit jours que j’avais chié et pissé dans un vase soigneusement conservé ; ce terme était nécessaire pour que l’étron fût au point où le désirait notre libertin. C’était un homme d’environ trente-cinq ans et que je soupçonnai dans la finance. Il me demande en entrant où est le pot ; je le lui présente, il le respire : « Est-il bien certain, me dit-il, qu’il y a huit jours que c’est fait ? — Je puis vous en répondre, lui dis-je, monsieur, et vous voyez comme il est déjà presque moisi. — Oh ! c’est ce qu’il me faut, me dit-il ; il ne peut jamais l’être trop pour moi. Faites-moi voir, je vous en prie, continua-t-il, le beau cul qui a chié cela. » Je le lui présente. « Allons, dit-il, placez-le bien en face, et de manière à ce que je puisse l’avoir pour perspective en dévorant son ouvrage. » Nous nous arrangeons, il goûte, il s’extasie, il se renfonce dans son opération et dévore en une minute ce mets délicieux en ne s’interrompant que pour observer mes fesses, mais sans aucune autre espèce d’épisode, car il ne sortit pas même son vit de sa culotte.

« Un mois après, le libertin qui se présenta ne voulut avoir affaire qu’à la Fournier elle-même. Et quel objet choisissait-il, grand Dieu ! Elle avait alors soixante-huit ans faits ; un érésipèle lui mangeait toute la peau, et huit dents pourries dont sa bouche était décorée lui communiquaient une odeur si fétide qu’il devenait comme impossible de lui parler de près. Mais c’étaient ces défauts mêmes qui enchantaient l’amant auquel elle allait avoir affaire. Curieuse d’une telle scène, je vole au trou : l’adonis était un vieux médecin, mais pourtant plus jeune qu’elle. Dès qu’il la tient, il la baise sur la bouche un quart d’heure, puis, lui faisant présenter un vieux fessier ridé qui ressemblait au pis d’une vieille vache, il le baise et le suce avec avidité. On apporte une seringue et trois demi-bouteilles de liqueur ; le sectateur d’Esculape darde, au moyen de la seringue, l’anodine boisson dans les entrailles de son Iris, elle reçoit, elle garde ; cependant le médecin ne cesse de la baiser, de la lécher sur toutes les parties de son corps.

« Ah ! mon ami, dit à la fin la vieille maman, je n’en puis plus, je n’en puis plus ! Prépare-toi mon ami, il faut que je rende. L’écolier de Salerne s’agenouille, tire de sa culotte un chiffon noir et ridé qu’il branle avec emphase ; la Fournier lui cale son gros vilain fessier sur la bouche, elle pousse, le médecin boit, quelque étron sans doute se mêle au liquide, tout passe, le libertin décharge et tombe ivre mort à la renverse. C’était ainsi que ce débauché satisfaisait à la fois deux passions : son ivrognerie et sa lubricité. »


« Un moment, dit Durcet ; ces excès-là me font toujours bander. Desgranges, continue-t-il, je te suppose un cul tout semblable à celui que Duclos vient de peindre : viens me l’appliquer sur la face. La vieille maquerelle obéit. « Lâche, lâche ! lui dit Durcet, dont la voix paraissait étouffée sous ce duplicata de fesses épouvantables. Lâche, bougresse ! si ce n’est pas du liquide ce sera du solide, et j’avalerai toujours. » Et l’opération se termine pendant que l’évêque en fait autant avec Antinoüs, Curval avec Fanchon et le duc avec Louison. Mais nos quatre athlètes, ferrés à glace sur tous ces excès, s’y livrèrent avec leur flegme accoutumé, et les quatre étrons furent gobés sans qu’il y eût de part ni d’autre une seule goutte de foutre de répandue. « Allons, achève, à présent, Duclos, dit le duc ; si nous ne sommes pas plus tranquilles, au moins sommes-nous moins impatients et plus en état de t’entendre. — Hélas ! messieurs, dit notre héroïne, celle qui me reste à vous conter ce soir est, je crois, beaucoup trop simple pour l’état où je vous vois. N’importe, c’est son tour ; il faut qu’elle tienne sa place : »


« Le héros de l’aventure était un vieux brigadier des armées du roi. Il fallait le mettre tout nu, ensuite l’emmailloter comme un enfant ; en cet état, je devais chier devant lui dans un plat et lui faire manger mon étron avec le bout de mes doigts en guise de bouillie. Tout s’exécute, notre libertin avale tout en décharge dans ses langes en contrefaisant les cris d’un enfant. »


« Ayons donc recours aux enfants, dit le duc, puisque tu nous laisses sur une histoire d’enfants. Fanny, continue le duc, venez me chier dans la bouche, et souvenez-vous de sucer mon vit en opérant, car encore faut-il décharger. — Soit fait ainsi qu’il est requis, dit l’évêque. Approchez-vous donc, Rosette ; vous avez entendu ce qu’on ordonne à Fanny ; faites-en autant. — Que ce même ordre vous serve, dit Durcet à Hébé, qui approche également. — Il faut donc se mettre à la mode, dit Curval. Augustine, imitez vos compagnes et faites, mon enfant, faites couler à la fois et mon foutre dans votre gosier et votre merde dans ma bouche. » Tout s’exécuta, et pour cette fois tout partit ; on entendit de toute part des pets merdeux et des décharges, et la lubricité satisfaite, on fut contenter l’appétit. Mais aux orgies on raffina et l’on fit coucher tous les enfants. Ces heures délicieuses ne furent employées qu’avec les quatre fouteurs d’élite, les quatre servantes et les quatre historiennes. On s’y enivra complètement et l’on y fit des horreurs d’une saleté si complète que je ne pourrais les peindre sans faire tort aux tableaux moins libertins qu’il me reste encore à offrir aux lecteurs. Curval et Durcet furent emportés sans connaissance, mais le duc et l’évêque, tout aussi de sens froid que s’ils n’eussent rien fait, n’en furent pas moins se livrer le reste de la nuit à leurs voluptés ordinaires.



Quatorzième journée

On s’aperçut ce jour-là que le temps venait favoriser encore les projets infâmes de nos libertins et les soustraire mieux que leur précaution même aux yeux de l’univers entier. Il était tombé une quantité effroyable de neige qui, remplissant le vallon d’alentour, semblait interdire la retraite de nos quatre scélérats aux approches même des bêtes ; car, pour des humains, il n’en pouvait plus exister un seul qui pût oser arriver jusqu’à eux. On n’imagine pas comme la volupté est servie par ces sûretés-là et ce que l’on entreprend quand on peut se dire : « Je suis seul ici, j’y suis au bout du monde, soustrait à tous les yeux et sans qu’il puisse devenir possible à aucune créature d’arriver à moi ; plus de freins, plus de barrières. » De ce moment-là, les désirs s’élancent avec une impétuosité qui ne connaît plus de bornes, et l’impunité qui les favorise en accroît bien délicieusement toute l’ivresse. On n’a plus là que Dieu et la conscience : or, de quelle force peut être le premier frein aux yeux d’un athée de cœur et de réflexion ? Et quel empire peut avoir la conscience sur celui qui s’est si bien accoutumé à vaincre ses remords qu’ils deviennent pour lui presque des jouissances ? Malheureux troupeau, livré à la dent meurtrière de tels scélérats, que vous eussiez frémi si l’expérience qui vous manquait vous eût permis l’usage de ces réflexions ! Ce jour était celui de la fête de la seconde semaine ; on ne s’occupa qu’à la célébrer. Le mariage qui devait se faire était celui de Narcisse et d’Hébé, mais ce qu’il y avait de cruel, c’est que les deux époux étaient tous deux dans le cas d’être corrigés le même soir. Ainsi, du sein des plaisirs de l’hymen, il fallait passer aux amertumes de l’école ; quel chagrin ! Le petit Narcisse, qui avait de l’esprit, le remarqua, et on n’en procéda pas moins aux cérémonies ordinaires. L’évêque officia, on conjoignit les deux époux et on leur permit de se faire, l’un devant l’autre et aux yeux de tout le monde, tout ce qu’ils voudraient. Mais qui le croirait ? L’ordre était déjà trop étendu, et le petit bonhomme, qui s’instruisait fort bien, très enchanté de la tournure de sa petite femme et ne pouvant pas venir à bout de lui mettre, allait pourtant la dépuceler avec ses doigts si on l’eût laissé faire. On s’y opposa à temps, et le duc, s’en emparant, la foutit en cuisses sur-le-champ, pendant que l’évêque en faisait autant à l’époux. On dîna, ils furent admis au festin, et comme on les fit prodigieusement manger, tous deux, en sortant de table, satisfirent en chiant, l’un Durcet, l’autre Curval, qui gobèrent délicieusement ces petites digestions enfantines. Le café fut servi par Augustine, Fanny, Céladon et Zéphire. Le duc ordonna à Augustine de branler Zéphire et à celui-ci de lui chier dans la bouche en même temps qu’il déchargerait. L’opération réussit à merveille, et si bien que l’évêque voulut en faire faire autant à Céladon : Fanny le branla, et le petit bonhomme eut ordre de chier dans la bouche de monseigneur en même temps qu’il sentirait son foutre couler. Mais il n’y eut pas de ce côté un succès aussi brillant que de l’autre ; l’enfant ne put jamais chier en même temps qu’il déchargeait, et comme ceci n’était qu’une épreuve et que les règlements n’ordonnaient rien sur cela, on ne lui infligea aucune punition. Durcet fit chier Augustine, et l’évêque, qui bandait ferme, se fit sucer par Fanny pendant qu’elle lui chiait dans la bouche ; il déchargea et, comme sa crise avait été violente, il brutalisa un peu Fanny et ne put malheureusement point la faire punir, quelque envie qu’il paraissait bien qu’il en eût. Il n’y avait rien de si taquin que l’évêque. Sitôt qu’il avait déchargé, il aurait volontiers voulu voir au diable l’objet de sa jouissance ; on le savait, et il n’y avait rien que les jeunes filles, les épouses et les jeunes garçons craignissent autant que de lui faire perdre du foutre. Après la méridienne, on passa au salon où chacun ayant pris place, Duclos reprit ainsi le fil de sa narration :


« J’allais quelquefois faire des parties en ville, et comme elles étaient communément plus lucratives, la Fournier tâchait de se procurer de celles-là le plus qu’elle pouvait. Elle m’envoya un jour chez un vieux chevalier de Malte, qui m’ouvrit une espèce d’armoire toute remplie de cases ayant chacune un vase de porcelaine dans lequel était un étron. Ce vieux débauché était arrangé avec une de ses sœurs qui était abbesse d’un des plus considérables couvents de Paris. Cette bonne fille, à sa sollicitation, lui envoyait tous les matins des caisses pleines des étrons de ses plus jolies pensionnaires. Il rangeait tout cela par ordre, et quand j’arrivai il m’ordonna de prendre un tel numéro qu’il m’indiqua et qui était le plus ancien. Je le lui présentai. « Ah ! dit-il, c’est celui d’une fille de seize ans belle comme le jour. Branle-moi pendant que je vais la manger. » Toute la cérémonie consistait à le secouer et à lui présenter les fesses pendant qu’il dévorait, puis à mettre sur le même plat mon étron à la place de celui qu’il venait de gober. Il me regardait faire, me torchait le cul avec sa langue et déchargeait en me suçant l’anus. Ensuite, les tiroirs se refermaient, j’étais payée, et notre homme, à qui je rendais cette visite d’assez bon matin, se rendormait comme si de rien n’était.

« Un autre, selon moi plus extraordinaire (c’était un vieux moine), entre, demande huit ou dix étrons des premiers venus, filles ou garçons, ça lui est égal. Il les mêle, les pétrit, mord au milieu et décharge en en dévorant au moins la moitié pendant que je le suce.

« Un troisième, et c’est celui de tous qui sans doute m’a donné le plus de dégoût dans ma vie. Il m’ordonne d’ouvrir bien la bouche. J’étais nue, couchée à terre sur un matelas, et lui à califourchon sur moi ; il me dépose son cas dans le gosier, et le vilain revient le manger dans ma bouche en m’arrosant les tétons de foutre. »


« Ah, ah ! il est plaisant, celui-là, dit Curval ; parbleu, j’ai précisément envie de chier, il faut que je l’essaie. Qui prendrai-je, monsieur le duc ? — Qui ? reprit Blangis ; ma foi, je vous conseille Julie, ma fille ; elle est là, sous votre main, vous aimez sa bouche, servez-vous-en. — Merci du conseil, dit Julie en rechignant ; que vous ai-je fait pour dire de telles choses contre moi ? — Et ! puisque cela la fâche, dit le duc, et que c’est une assez bonne fille, prenez mademoiselle Sophie ; c’est frais, c’est joli, ça n’a que quatorze ans. — Allons soit ; va pour Sophie, dit Curval dont le vit turbulent commençait à gesticuler. » Fanchon approche la victime ; le cœur de cette pauvre petite misérable se soulève d’avance. Curval en rit, il approche son gros vilain et sale fessier de ce petit visage charmant et nous donne l’idée d’un crapaud qui va flétrir une rose. On le branle, la bombe part. Sophie n’en perd pas une miette, et le crapuleux vient repomper ce qu’il a rendu et avale tout en quatre bouchées, pendant qu’on le secoue sur le ventre de la pauvre petite infortunée qui, l’opération faite, vomit tripes et boyaux, au nez de Durcet qui vint le recevoir avec emphase et qui se branla en s’en faisant couvrir. « Allons, Duclos, continue, dit Curval, et réjouis-toi de l’effet de tes discours ; tu vois comme ils opèrent. » Alors Duclos se reprit dans ces termes, tout enchantée au fond de l’âme de réussir aussi bien dans ses récits :


« L’homme que je vis après celui dont l’exemple vient de vous séduire, dit Duclos, voulait absolument que la femme qui lui fut présentée eût une indigestion. En conséquence, la Fournier, qui ne m’avait prévenue de rien, me fit avaler à dîner une certaine drogue qui ramollit ma digestion et la rendit fluide, comme si ma selle fût devenue la suite d’une médecine. Notre homme arrive, et après quelques baisers préliminaires à l’objet de son culte, dont je ne pouvais souffrir le retardement à cause des coliques dont je commençais à être tourmentée, il me laisse libre d’opérer. L’injection part, je tenais son vit, il se pâme, il avale tout, m’en redemande encore ; je lui fournis une seconde bordée, bientôt suivie d’une troisième, et l’anchois libertin laisse enfin dans mes doigts des preuves non équivoques de la sensation qu’il a reçue.

« Le lendemain, j’expédiai un personnage dont la manie baroque aura peut-être quelques sectateurs parmi vous, messieurs. On le plaça d’abord dans la chambre à côté de celle où nous avions coutume d’opérer et dans laquelle était ce trou si commode aux observations. Il s’y arrange seul. Un autre acteur m’attendait dans la chambre voisine : c’était un cocher de fiacre qu’on avait envoyé prendre au hasard et qu’on avait prévenu de tout. Comme je l’étais également, nos personnages furent bien remplis. Il s’agissait de faire chier le phaéton positivement en face du trou, afin que le libertin caché ne perdît rien de l’opération. Je reçois l’étron dans un plat, j’aide bien à ce qu’il soit déposé tout entier, j’écarte les fesses, je presse l’anus, rien n’est oublié par moi de tout ce qui peut faire chier commodément. Dès que mon homme a fait, je lui saisis le vit et le fais décharger sur sa merde, et tout cela toujours bien en perspective de notre observateur. Enfin, le paquet prêt je vole à l’autre chambre. « Tenez, gobez vite monsieur, m’écriai-je, il est tout chaud ! » Il ne se le fait pas répéter ; il saisit le plat, m’offre son vit que je branle, et le coquin avale tout ce que je lui présente, pendant que son foutre exhale sous les mouvements élastiques de ma main diligente. »


« Et quel âge avait le cocher ? dit Curval. — Trente ans à peu près, dit Duclos. — Oh ! ce n’est rien que cela, répondit Curval. Durcet vous dira quand vous voudrez que nous avons connu un homme qui faisait la même chose, et positivement avec les mêmes circonstances, mais avec un homme de soixante à soixante-dix ans qu’il fallait prendre dans tout ce que la lie du peuple a de plus crapuleux. — Mais il n’est joli que comme cela, dit Durcet dont le petit engin commençait à lever le nez depuis l’aspersion de Sophie ; je parie, quand on voudra, le faire avec le doyen des invalides. — Vous bandez, Durcet, dit le duc, je vous connais : quand vous commencez à devenir sale, c’est que votre petit foutre bouillonne. Tenez ! Je ne suis pas le doyen des invalides, mais pour satisfaire votre intempérance je vous offre ce que j’ai dans les entrailles et je crois que cela sera copieux. — Oh, ventredieu ! dit Durcet, c’est une bonne fortune que cela, mon cher duc. Le duc acteur se rapprochant, Durcet s’agenouille au bas des fesses qui vont le combler d’aise ; le duc pousse, le financier avale, et le libertin, que cet excès de crapule transporte, décharge en jurant qu’il n’eut jamais tant de plaisir. « Duclos, dit le duc, viens me rendre ce que j’ai fait à Durcet. — Monseigneur, répondit notre historienne, vous savez que je l’ai fait, ce matin, et que vous l’avez même avalé. — Ah ! c’est vrai, c’est vrai, dit le duc. Eh bien ! Martaine, il faut donc que j’aie recours à toi, car je ne veux pas d’un cul d’enfant : je sens que mon foutre veut partir, et pourtant qu’il ne se rendra qu’avec peine, moyen en quoi je veux du singulier. » Mais Martaine était dans le cas de Duclos ; Curval l’avait fait chier le matin. « Comment, double dieu ! dit le duc, je ne trouverai donc pas un étron ce soir ? » Et alors Thérèse s’avança et vint offrir le cul le plus sale, le plus large et le plus puant qu’il fût possible de voir. « Ah ! passe pour cela, dit le duc en se postant, et si dans le désordre où je suis cet infâme cul-là ne fait pas son effet, je ne sais plus à quoi il faudra que j’aie recours ! » Thérèse pousse, le duc reçoit ; l’encens était aussi affreux que le temple dont il exhalait, mais quand on bande comme bandait le duc, ce n’est jamais de l’excès de la saleté qu’on se plaint. Ivre de volupté, le scélérat avale tout et fait sauter au nez de Duclos qui le branle les preuves les plus incontestables de sa mâle vigueur. On se mit à table, les orgies furent consacrées aux pénitences. Il y avait cette semaine-là sept délinquants : Zelmire, Colombe, Hébé, Adonis, Adélaïde, Sophie et Narcisse. La tendre Adélaïde ne fut pas ménagée. Zelmire et Sophie rapportèrent aussi quelques marques des traitements qu’elles avaient éprouvés, et sans plus de détails, puisque les circonstances ne nous le permettent pas encore, chacun fut se coucher et prendre dans les bras de Morphée les forces nécessaires à resacrifier de nouveau à Vénus.



Quinzième journée

Rarement un lendemain de correction offrait des coupables. Il n’y en eut aucun ce jour-là, mais toujours strict sur les permissions de chier le matin, on n’accorda cette faveur qu’à Hercule, Michette, Sophie et la Desgranges, et Curval pensa décharger en voyant opérer cette dernière. On fit peu de choses au café, on se contenta d’y manier des fesses et d’y sucer quelques trous de culs, et, l’heure sonnant, on fut promptement s’installer au cabinet d’histoire où Duclos reprit en ces termes :


« Il venait d’arriver chez la Fournier une jeune fille d’environ douze à treize ans, toujours fruit des séductions de cet homme singulier dont je vous ai parlé. Mais je doute que depuis bien longtemps il eût rien débauché d’aussi mignon, d’aussi frais et d’aussi joli. Elle était blonde, grande pour son âge, faite à peindre, la physionomie tendre et voluptueuse, les plus beaux yeux qu’on pût voir, et dans toute sa charmante personne un ensemble doux et intéressant qui achevait de la rendre enchanteresse. Mais à quel avilissement tant d’appas allaient-ils être livrés et quel début honteux ne leur préparait-on pas ! C’était la fille d’une marchande lingère du Palais, très à son aise et qui très sûrement était destinée à un sort plus heureux que celui de faire la putain. Mais plus par ses perfides séductions notre homme en question faisait perdre le bonheur à ses victimes et mieux il jouissait. La petite Lucile était destinée à satisfaire dès son arrivée les caprices sales et dégoûtants d’un homme qui, ne se contentant pas d’avoir le goût le plus crapuleux, voulait encore l’exercer sur une pucelle. Il arrive : c’était un vieux notaire cousu d’or et qui avait, avec sa richesse, toute la brutalité que donnent l’avarice et la luxure dans une vieille âme quand elles y sont réunies. On lui fait voir l’enfant ; quelque jolie qu’elle fût, son premier mouvement est celui du dédain ; il bougonne, il jure entre ses dents qu’il n’est plus possible à présent de trouver une jolie fille à Paris ; il demande enfin si elle est bien certainement pucelle, on l’assure que oui, on lui offre de le lui faire voir : « Moi, voir un con, madame Fournier, moi, voir un con ? Vous n’y pensez pas, je crois ; m’en avez-vous vu beaucoup considérer depuis que je viens chez vous ? Je m’en sers, il est vrai, mais d’une manière, je crois, qui ne prouve pas mon grand attachement pour eux. — Eh bien ! monsieur, dit la Fournier, en ce cas, rapportez-vous-en à nous, je vous proteste qu’elle est vierge comme l’enfant qui vient de naître. » On monte, et comme vous l’imaginez bien, curieuse d’un tel tête-à-tête, je vais m’établir à mon trou. La pauvre petite Lucile était d’une honte qui ne saurait se peindre qu’avec les expressions superlatives qu’il faudrait employer pour peindre l’impudence, la brutalité et la mauvaise humeur de son sexagénaire amant. « Eh bien ! qu’est-ce que vous faites là, toute droite, comme une bête ? lui dit-il d’un ton brusque. Faut-il que je vous dise de vous trousser ? Ne devrais je pas déjà avoir vu votre cul depuis deux heures ?… Eh bien ! allons donc ! — Mais, monsieur, que faut-il faire ? — Eh, sacredié ! est-ce que ça se demande ?… Que faut-il faire ? Il faut vous trousser et me montrer les fesses. » Lucile obéit en tremblant et découvre un petit cul blanc et mignon comme le serait celui de Vénus même. « Hum… la belle médaille, dit le brutal… Approchez-vous… » Puis, lui empoignant durement les deux fesses en les écartant : « Est-il bien sûr qu’on ne vous a jamais rien fait par là ? — Oh ! monsieur, jamais personne ne m’a touchée. — Allons ! pétez. — Mais, monsieur, je ne peux pas. — Eh bien ! efforcez-vous. » Elle obéit, un léger vent s’échappe et vient retentir dans la bouche empoisonnée du vieux libertin qui s’en délecte en murmurant. « Avez-vous envie de chier ? continue le libertin. — Non, monsieur. — Oh bien ! J’en ai envie moi, et une copieuse, afin que vous le sachiez. Ainsi préparez-vous à la satisfaire… quittez ces jupes. » Elles disparaissent. « Posez-vous sur ce sofa, les cuisses très élevées et la tête fort basse. » Lucile se place, le vieux notaire l’arrange et la pose de manière à ce que ses jambes très séparées laissent son joli petit con dans le plus grand écartement possible, et si bien placé à la hauteur du fessier de notre homme qu’il peut s’en servir comme d’un pot de chambre. Telle était sa céleste intention, et pour rendre le vase plus commode, il commence par l’écarter de ses deux mains autant qu’il a de force. Il se place, il pousse, un étron vient se poser dans le sanctuaire où l’Amour même n’eût pas dédaigné d’avoir un temple. Il se retourne et, de ses doigts, enfonce autant qu’il peut dans le vagin entrouvert le sale excrément qu’il vient de déposer. Il se replace, en pousse un second, puis un troisième, et toujours à chaque la même cérémonie d’introduction. Enfin au dernier, il la fait avec tant de brutalité que la petite jeta un cri et perdit peut-être par cette dégoûtante opération la fleur précieuse dont la nature ne l’avait ornée que pour en faire part à l’hymen. Tel était l’instant de jouissance de notre libertin. Avoir rempli le jeune et joli petit con de merde, l’y fouler et l’y refouler, tel était son délice suprême. Il sort toujours en agissant une manière de vit de sa brayette ; tout mou qu’il est, il le secoue et parvient, en s’occupant de son dégoûtant ouvrage, à jeter à terre quelques gouttes d’un sperme rare et flétri et dont il devrait bien regretter la perte quand elle n’est due qu’à de telles infamies. Son affaire finie il décampe ; Lucile se lave, et tout est dit.

« On m’en décocha un quelque temps après dont la manie me parut plus dégoûtante. C’était un vieux conseiller de grand-chambre. Il fallait non seulement le regarder chier, mais l’aider, faciliter de mes doigts le dégorgement de la matière en pressant, ouvrant, comprimant à propos l’anus, et l’opération faite, lui nettoyer de ma langue avec le plus grand soin toute la partie qui venait d’être souillée. »


« Ah, parbleu ! voilà en effet une corvée bien fatigante, dit l’évêque : est-ce que ces quatre dames que vous voyez ici, et qui sont pourtant nos épouses, nos filles ou nos nièces, n’ont pas ce département-là tous les jours ? Et à quoi diable servirait, je vous prie, la langue d’une femme, si ce n’était à torcher des culs. Pour moi, je ne lui connais que cet usage-là. Constance, poursuit l’évêque à cette belle épouse du duc qui était pour lors sur son sofa, prouvez un peu à la Duclos votre habileté dans cette partie ; tenez, voilà mon cul très sale, il n’a pas été torché depuis ce matin, je vous le gardais… Allons, déployez vos talents. » Et la malheureuse, trop accoutumée à ces horreurs, les exécute en femme consommée. Que ne produisent pas, grand Dieu, la crainte et l’esclavage !


« Oh, parbleu ! dit Curval en présentant son vilain trou bourbeux à la charmante Aline, tu ne seras pas le seul à donner ici l’exemple. Allons ! petite putain, dit-il à cette belle et vertueuse fille, surpassez votre compagne. » Et on exécute. « Allons, continue, Duclos, dit l’évêque, nous voulions seulement te faire voir que ton homme n’exigeait rien de trop singulier et qu’une langue de femme n’est bonne qu’a torcher un cul. » L’aimable Duclos se mit à rire et continua ce qu’on va lire :


« Vous me permettrez, messieurs, dit-elle, d’interrompre un instant le récit des passions pour vous faire part d’un événement qui n’y a aucun rapport. Il me regarde seule, mais comme vous m’avez ordonné de suivre les événements intéressants de mon histoire même quand ils ne tiendraient pas au récit des goûts, j’ai cru que celui-ci était de nature à ne devoir pas rester dans le silence. Il y avait très longtemps que j’étais chez Mme Fournier, devenue la plus ancienne de son sérail et celle en qui elle avait le plus confiance. C’était moi le plus souvent qui arrangeais les parties et qui en recevais les fonds. Cette femme m’avait tenu lieu de mère, elle m’avait secourue dans différents besoins, m’avait écrit fidèlement en Angleterre, m’avait amicalement ouvert sa maison au retour, quand mon dérangement m’y fit désirer un nouvel asile. Vingt fois elle m’avait prêté de l’argent et souvent sans en exiger la reddition. L’instant vint de lui prouver ma reconnaissance et de répondre à son extrême confiance en moi, et vous allez juger, messieurs, comme mon âme s’ouvrait à la vertu et l’accès facile qu’elle y avait. La Fournier tombe malade et son premier soin est de me faire appeler. « Duclos, mon enfant, je t’aime, me dit-elle, tu le sais et je vais te le prouver par l’extrême confiance que je vais avoir en toi dans ce moment-ci. Je te crois, malgré ta mauvaise tête, incapable de tromper une amie ; me voilà fort malade, je suis vieille et ne sais, par conséquent, ce que ceci deviendra. J’ai des parents qui vont tomber sur ma succession ; je veux au moins leur frustrer cent mille francs que j’ai en or dans ce petit coffre. Tiens, mon enfant, dit-elle, les voilà, je te les remets en exigeant de toi que tu en fasses la disposition que je te vais prescrire. — Oh, ma chère mère, lui dis-je en lui tendant les bras, ces précautions me désolent ; elles seront sûrement inutiles, mais si malheureusement elles devenaient nécessaires, je vous fais serment de mon exactitude à remplir vos intentions. — Je le crois, mon enfant, me dit-elle ; et voilà pourquoi j’ai jeté les yeux sur toi. Ce petit coffre contient donc cent mille francs en or ; j’ai quelques scrupules, ma chère amie, quelques remords de la vie que j’ai menée, de la quantité de filles que j’ai jetées dans le crime et que j’ai arrachées à Dieu. Je veux donc employer deux moyens pour me rendre la divinité moins sévère : celui de l’aumône et celui de la prière. Les deux premières portions de cette somme, que tu composeras de quinze mille francs chacune, seront l’une pour être remis aux capucins de la rue Saint-Honoré, afin que ces bons pères disent à perpétuité une messe pour le salut de mon âme ; l’autre part, de même somme, tu la remettras, dès que j’aurai fermé les yeux, au curé de la paroisse, afin qu’il la distribue en aumônes parmi les pauvres du quartier. C’est une excellente chose que l’aumône, mon enfant ; rien ne répare comme elle, aux yeux de Dieu, les péchés que nous avons commis sur la terre. Les pauvres sont ses enfants et il chérit tous ceux qui les soulagent ; on ne lui plaît jamais autant que par les aumônes. C’est la véritable façon de gagner le ciel, mon enfant. À l’égard de la troisième part, tu la formeras de soixante mille livres, que tu remettras, tout de suite après ma mort, au nommé Petignon, garçon cordonnier, rue du Bouloir. Ce malheureux est mon fils, il ne s’en doute pas, c’est un bâtard adultérin ; je veux donner à ce malheureux orphelin, en mourant, des marques de ma tendresse. À l’égard des dix mille autres livres restantes, ma chère Duclos, je te prie de les garder comme une faible marque de mon attachement pour toi et pour te dédommager des soins que va te donner l’emploi du reste. Puisse cette faible somme t’aider à prendre un parti et à quitter l’indigne métier que nous faisons, dans lequel il n’y a point de salut, ni d’espoir de le jamais faire. » Intérieurement enchantée de tenir une si bonne somme et très décidée, de peur de m’embrouiller dans les partages, de ne faire qu’un seul lot pour moi seule, je me jetai artificieusement en larmes dans les bras de la vieille matrone, lui renouvelant mes serments de fidélité, et ne m’occupai plus que des moyens d’empêcher qu’un cruel retour de santé n’allât faire changer sa résolution. Ce moyen se présenta dès le lendemain : le médecin ordonna un émétique, et comme c’était moi qui la soignais, ce fut à moi qu’il remit le paquet, me faisant observer qu’il y avait deux prises, de prendre bien garde de les séparer, parce que je la ferais crever si je lui donnais tout à la fois ; et de n’administrer la seconde dose que dans le cas où la première ne ferait pas assez d’effet. Je promis bien à l’Esculape d’avoir tous les égards possibles, et dès qu’il eut le dos tourné, bannissant de mon cœur tous ces futiles sentiments de reconnaissance qui auraient arrêté une âme faible, écartant tout repentir et toute faiblesse, et ne considérant que mon or, que le doux charme de le posséder et le chatouillement délicieux qu’on éprouve toujours chaque fois qu’on projette une mauvaise action, pronostic certain du plaisir qu’elle donnera, ne me livrant qu’à tout cela, dis-je, je campai sur-le-champ les deux prises dans un verre d’eau et présentai le breuvage à ma douce amie, qui, avalant avec sécurité, y trouva bientôt la mort que j’avais tâché de lui procurer. Je ne puis vous peindre ce que je sentis quand je vis réussir mon ouvrage. Chacun des vomissements par lesquels s’exhalait sa vie produisait une sensation vraiment délicieuse sur toute mon organisation : je l’écoutais, je la regardais, j’étais exactement dans l’ivresse. Elle me tendait les bras, elle m’adressait un dernier adieu, et je jouissais, et je formais déjà mille projets avec cet or que j’allais posséder. Ce ne fut pas long ; la Fournier creva dès le même soir et je me vis maîtresse du magot. »


« Duclos, dit le duc, soit vraie : te branlas-tu ? La sensation fine et voluptueuse du crime atteignit-elle l’organe de la volupté ? — Oui, monseigneur, je vous l’avoue ; et j’en déchargeai cinq fois de suite dès le même soir. — Il est donc vrai, dit le duc en s’écriant, il est donc vrai que le crime a par lui-même un tel attrait, qu’indépendamment de toute volupté, il peut suffire à enflammer toutes les passions et à jeter dans le même délire que les actes mêmes de lubricité ! Eh bien ?… — Eh bien, monsieur le duc, je fis enterrer honorablement la patronne, héritai du bâtard Petignon, me gardai bien de faire dire des messes et encore plus de distribuer des aumônes, espèce d’action que j’ai toujours eue en véritable horreur, quelque bien qu’en ait pu dire la Fournier. Je maintiens qu’il faut qu’il y ait des malheureux dans le monde, que la nature le veut, qu’elle l’exige, et que c’est aller contre ses lois en prétendant remettre l’équilibre, si elle a voulu du désordre. — Comment donc, Duclos, dit Durcet, mais tu as des principes ! Je suis bien aise de t’en voir sur cela ; tout soulagement fait à l’infortune est un crime réel contre l’ordre de la nature. L’inégalité qu’elle a mise dans nos individus prouve que cette discordance lui plaît, puisqu’elle l’a établie et qu’elle la veut dans les fortunes comme dans les corps. Et comme il est permis au faible de la réparer par le vol, il est également permis au fort de la rétablir par le refus de ses secours. L’univers ne subsisterait pas un instant si la ressemblance était exacte dans tous les êtres ; c’est de cette dissemblance que naît l’ordre qui conserve et qui conduit tout. Il faut donc bien se garder de le troubler. D’ailleurs, en croyant faire un bien à cette malheureuse classe d’hommes, je fais beaucoup de mal à une autre, car l’infortune est la pépinière où le riche va chercher les objets de sa luxure ou de sa cruauté ; je le prive de cette branche de plaisir en empêchant par mes secours cette classe de se livrer à lui. Je n’ai donc, par mes aumônes, obligé que faiblement une partie de la race humaine, et prodigieusement nui à l’autre. Je regarde donc l’aumône non seulement comme une chose mauvaise en elle-même, mais je la considère encore comme un crime réel envers la nature qui, en nous indiquant les différences, n’a nullement prétendu que nous les troublions. Ainsi, bien loin d’aider le pauvre, de consoler la veuve et de soulager l’orphelin, si j’agis d’après les véritables intentions de la nature, non seulement, je les laisserai dans l’état où la nature les a mis, mais j’aiderai même à ses vues en leur prolongeant cet état et en m’opposant vivement à ce qu’ils en changent, et je croirai sur cela tous les moyens permis. — Quoi, dit le duc, même de les voler ou de les ruiner ? — Assurément, dit le financier ; même d’en augmenter le nombre, puisque leur classe sert à une autre, et qu’en les multipliant, si je fais un peu de peine à l’une, je ferai beaucoup de bien à l’autre. — Voilà un système bien dur, mes amis, dit Curval. Il est pourtant, dit-on, si doux de faire du bien aux malheureux ! — Abus ! reprit Durcet, cette jouissance-là ne tient pas contre l’autre. La première est chimérique, l’autre est réelle ; la première tient aux préjugés, l’autre est fondée sur la raison ; l’une, par l’organe de l’orgueil, la plus fausse de toutes nos sensations, peut chatouiller un instant le cœur, l’autre est une véritable jouissance de l’esprit et qui enflamme toutes les passions par cela même qu’elle contrarie les opinions communes. En un mot je bande à l’une, dit Durcet, et je sens très peu de chose à l’autre. — Mais faut-il toujours tout rapporter à ses sens ? dit l’évêque. — Tout, mon ami, dit Durcet ; ce sont eux seuls qui doivent nous guider dans toutes les actions de la vie, parce que ce sont eux seuls dont l’organe est vraiment impérieux. — Mais mille et mille crimes peuvent naître de ce système, dit l’évêque. — Eh, que m’importe le crime, répondit Durcet, pourvu que je me délecte. Le crime est un mode de la nature, une manière dont elle meut l’homme. Pourquoi ne voulez-vous pas que je me laisse mouvoir aussi bien par elle en ce sens-là que par celui de la vertu ? Elle a besoin de l’un et de l’autre, et je la sers aussi bien dans l’un que dans l’autre. Mais nous voici dans une discussion qui nous mènerait trop loin. L’heure du souper va venir, et Duclos est bien loin d’avoir fini sa tâche. Poursuivez, charmante fille, poursuivez, et croyez que vous venez de nous avouer là une action et des systèmes qui vous méritent à jamais notre estime ainsi que celle de tous les philosophes. »


« Ma première idée, dès que ma bonne patronne fut enterrée, fut de prendre moi-même sa maison et de la maintenir sur le même pied qu’elle. Je fis part de ce projet à mes compagnes, qui toutes, et Eugénie surtout, qui était toujours ma bien-aimée, me promirent de me regarder comme leur maman. Je n’étais point trop jeune pour prétendre à ce titre : j’avais près de trente ans et toute la raison qu’il fallait pour diriger le couvent. Ainsi, messieurs, ce n’est plus sur le pied de fille du monde que je vais finir le récit de mes aventures, c’est sur celui d’abbesse, assez jeune et assez jolie pour faire souvent ma pratique moi-même, comme cela m’arriva souvent et comme j’aurai soin de vous le faire remarquer chaque fois que cela sera. Toutes les pratiques de la Fournier me restèrent, et j’eus le secret d’en attirer encore de nouvelles, tant par la propreté de mes appartements que par l’excessive soumission de mes filles à tous les caprices des libertins et par le choix heureux de mes sujets.

« Le premier chaland qui m’arriva fut un vieux trésorier de France, ancien ami de la Fournier. Je le donnai à la jeune Lucile dont il parut fort enthousiasmé. Sa manie d’habitude, aussi sale que désagréable pour la fille, consistait à chier sur le visage même de sa dulcinée, à lui barbouiller toute la face avec son étron et puis de la baiser, de la sucer en cet état. Lucile, par amitié pour moi, se laissa faire tout ce que voulut le vieux satyre, et il lui déchargea sur le ventre en baisant et rebaisant son dégoûtant ouvrage.

« Peu après, il en vint un autre qu’Eugénie passa. Il se faisait apporter un tonneau plein de merde, il y plongeait la fille nue et la léchait sur toutes les parties du corps en avalant, jusqu’à ce qu’il l’eût rendue aussi propre qu’il l’avait prise. Celui-là était un fameux avocat, homme riche et très connu et qui, ne possédant pour la jouissance des femmes que les plus minces qualités, y remédiait par ce genre de libertinage qu’il avait aimé toute sa vie.

« Le marquis de ***, vieille pratique de la Fournier, vint, peu après sa mort, m’assurer de sa bienveillance. Il m’assura qu’il continuerait de venir chez moi, et pour m’en convaincre, dès le même soir il vit Eugénie. La passion de ce vieux libertin consistait à baiser d’abord prodigieusement la bouche de la fille. Il avalait le plus qu’il pouvait de sa salive, ensuite il lui baisait les fesses un quart d’heure, faisait péter, et enfin demandait la grosse affaire. Dès qu’on avait fini, il gardait l’étron dans sa bouche et, faisant pencher la fille sur lui, qui l’embrassait d’une main et le branlait de l’autre, pendant qu’il goûtait le plaisir de cette masturbation en chatouillant le trou merdeux, il fallait que la demoiselle vînt manger l’étron qu’elle venait de lui déposer dans la bouche. Quoiqu’il payât ce goût-là fort cher, il trouvait fort peu de filles qui voulussent s’y prêter. Voilà pourquoi le marquis vint me faire sa cour ; il était aussi jaloux de conserver ma pratique que je pouvais l’être d’avoir la sienne. »


En cet instant, le duc échauffé dit que, le souper dût-il sonner, il voulait, avant que de se mettre à table, exécuter cette fantaisie-là. Et voici comme il s’y prit : il fit approcher Sophie, reçut son étron dans la bouche, puis obligea Zélamir à venir manger l’étron de Sophie. Cette manie eût pu devenir une jouissance pour tout autre que pour un enfant tel que Zélamir ; pas assez formé pour en sentir tout le délicieux, il n’y vit que du dégoût et voulut faire quelques façons. Mais le duc le menaçant de toute sa colère s’il balançait une seule minute, il exécuta. L’idée fut trouvée si plaisante que chacun l’imita du plus au moins, car Durcet prétendit qu’il fallait partager les faveurs et qu’il n’était pas juste que les petits garçons mangeassent la merde des filles pendant que les filles n’auraient rien pour elles, et, en conséquence, il se fit chier dans la bouche par Zéphire et ordonna à Augustine de venir manger la marmelade, ce que cette belle et intéressante fille fit en vomissant jusqu’au sang. Curval imita ce bouleversement et reçut l’étron de son cher Adonis, que Michette vint manger non sans imiter la répugnance d’Augustine. Pour l’évêque, il imita son frère, et fit chier la délicate Zelmire en obligeant Céladon à venir avaler la confiture. Il y eut des détails de répugnance très intéressants pour des libertins aux yeux desquels les tourments qu’ils infligent sont des jouissances. L’évêque et le duc déchargèrent, les deux autres, ou ne le purent, ou ne le voulurent, et on passa au souper. On y loua étonnamment l’action de la Duclos. « Elle a eu l’esprit de sentir, dit le duc, qui la protégeait étonnamment, que la reconnaissance était une chimère et que ses liens ne devaient jamais ni arrêter ni suspendre même les effets du crime, parce que l’objet qui nous a servi n’a nul droit à notre cœur ; il n’a travaillé que pour lui, sa seule présence est une humiliation pour une âme forte, et il faut le haïr ou s’en défaire. — Cela est si vrai, dit Durcet, que vous ne verrez jamais un homme d’esprit chercher à s’attirer de la reconnaissance. Bien sûr de se faire des ennemis, il n’y travaillera jamais. — Ce n’est pas à vous faire plaisir que travaille celui qui vous sert, interrompit l’évêque : c’est à se mettre au-dessus de vous par ses bienfaits. Or, je demande ce que mérite un tel projet. En nous servant il ne dit pas : je vous sers, parce que je veux vous faire du bien ; il dit seulement : je vous oblige pour vous rabaisser et pour me mettre au-dessus de vous. Ces réflexions, dit Durcet, prouvent donc l’abus des services qu’on rend et combien la pratique du bien est absurde. Mais, vous dit-on, c’est pour soi-même : soit, pour ceux dont la faiblesse de l’âme peut se prêter à ces petites jouissances-là, mais ceux qu’elles répugnent comme nous seraient, ma foi, bien dupes de se les procurer. » Ce système ayant échauffé les têtes, on but beaucoup et on fut célébrer les orgies, pour lesquelles nos inconstants libertins imaginèrent de faire coucher les enfants et de passer une partie de la nuit à boire, rien qu’avec les quatre vieilles et les quatre historiennes et de s’exhaler là, à qui mieux mieux, en infamies et en atrocités. Comme, parmi ces douze intéressantes personnes, il n’y en avait pas une qui n’eût mérité la corde et la roue plusieurs fois, je laisse au lecteur à penser et à imaginer ce qu’il y fut dit. Des propos on passa aux actions, le duc s’échauffa, et je ne sais ni pourquoi ni comment, mais on prétendit que Thérèse porta quelque temps ses marques. Quoi qu’il en soit, laissons nos acteurs passer de ces bacchanales au chaste lit de leur épouse qu’on leur avait préparé à chacun pour ce soir-là et voyons ce qui se passa le lendemain.



Seizième journée

Tous nos héros se levèrent frais comme s’ils fussent arrivés de confesse, excepté le duc qui commençait un peu à s’épuiser. On en accusa Duclos : il est certain que cette fille avait entièrement saisi l’art de lui procurer des voluptés et qu’il avoua ne décharger lubriquement qu’avec elle. Tant il est vrai que, pour ces choses-là, tout tient absolument au caprice et que l’âge, la beauté, la vertu, que tout cela n’y fait rien, qu’il n’est question que d’un certain tact bien plus souvent saisi par des beautés dans leur automne que par celles sans expérience que le printemps couronne encore de tous ses dons. Il y avait aussi une autre créature dans la société qui commençait à se rendre très aimable et à y devenir très intéressante : c’était Julie. Elle annonçait déjà de l’imagination, de la débauche et du libertinage. Assez politique pour sentir qu’elle avait besoin de protection, assez fausse pour caresser ceux mêmes dont peut-être elle ne se souciait guère au fond, elle se faisait amie de la Duclos pour tâcher de rester toujours un peu en faveur auprès de son père dont elle connaissait le crédit dans la société. Toutes les fois que c’était son tour de coucher avec le duc, elle se réunissait si bien à la Duclos, elle employait tant d’adresse et tant de complaisance que le duc était toujours sûr d’obtenir des décharges délicieuses toutes les fois que ces deux créatures-là s’employaient à les lui procurer. Néanmoins il se blasait prodigieusement sur sa fille, et peut-être sans le secours de la Duclos, qui la soutenait de tout son crédit, n’aurait-elle jamais pu réussir dans ses vues. Son mari, Curval, en était à peu près au même point et quoique, par le moyen de sa bouche et de ses baisers impurs, elle obtînt encore de lui quelques décharges, le dégoût n’était cependant pas éloigné : on eût dit qu’il naissait sous le feu même de ses impudiques baisers. Durcet l’estimait assez peu, et elle ne l’avait pas fait décharger deux fois depuis qu’on était réunis. Il ne lui restait donc guère plus que l’évêque, qui aimait beaucoup son jargon libertin et qui lui trouvait le plus beau cul du monde. Il est certain qu’elle l’avait fourni comme celui de Vénus même. Elle se cantonna donc de ce côté, car elle voulait absolument plaire, et à quelque prix que ce fût ; comme elle sentait l’extrême besoin d’une protection, elle en voulait une. Il ne parut à la chapelle ce jour-là qu’Hébé, Constance et la Martaine, et l’on n’avait trouvé personne en faute le matin. Après que les trois sujets eurent déposé leur cas, Durcet eut envie d’en faire autant. Le duc, qui tournaillait dès le matin autour de son derrière, saisit ce moment pour se satisfaire, et ils s’enfermèrent à la chapelle avec la seule Constance que l’on garda pour ce service. Le duc se satisfit, et le petit financier lui chia complètement dans la bouche. Ces messieurs ne s’en tinrent pas là, et Constance dit à l’évêque qu’ils avaient fait tous deux ensemble des infamies une demi-heure de suite. Je l’ai dit, ils étaient amis dès l’enfance et n’avaient cessé depuis lors de se rappeler leur plaisir d’écolier. À l’égard de Constance, elle servit à peu de chose dans ce tête-à-tête ; elle torcha des culs, suça et branla quelques vits tout au plus. On passa au salon où, après un peu de conversation entre les quatre amis, on vint leur annoncer le dîner. Il fut splendide et libertin comme à l’ordinaire, et, après quelques attouchements et baisers libertins, plusieurs propos scandaleux qui l’assaisonnèrent, on passa au salon dans lequel on trouva Zéphire et Hyacinthe, Michette et Colombe, pour servir le café. Le duc foutit Michette en cuisses, et Curval Hyacinthe ; Durcet fit chier Colombe et l’évêque le mit en bouche à Zéphire. Curval, se ressouvenant d’une des passions racontées la veille par Duclos, voulut chier dans le con de Colombe ; la vieille Thérèse, qui était du café, la plaça, et Curval agit. Mais comme il faisait des selles prodigieuses et proportionnées à l’immense quantité de vivres dont il se gonflait tous les jours, presque tout culbuta par terre et ce fut pour ainsi dire que superficiellement qu’il emmerdifia ce joli petit con vierge, qu’il ne semblait pas que la nature eût destiné sans doute à d’aussi sales plaisirs. L’évêque, délicieusement branlé par Zéphire, perdit son foutre philosophiquement, en joignant au plaisir qu’il sentait celui du délicieux tableau dont on le rendait spectateur. Il était furieux ; il gronda Zéphire, il gronda Curval, il s’en prit à tout le monde. On lui fit avaler un grand verre d’élixir pour réparer ses forces. Michette et Colombe le couchèrent sur un sofa pour sa méridienne, et ne le quittèrent pas. Il se réveilla assez bien rétabli, et pour lui rendre encore mieux ses forces, Colombe le suça un instant : son engin remontra le nez, et l’on passa au salon d’histoire. Il avait ce jour-là Julie sur son canapé ; comme il l’aimait assez, cette vue lui rendit un peu de bonne humeur. Le duc avait Aline, Durcet Constance, et le président sa fille. Tout étant prêt, la belle Duclos s’installa sur son trône et commença ainsi :


« Il est bien faux de dire que l’argent acquis par un crime ne porte pas bonheur. Nul système aussi faux, j’en réponds. Tout prospérait dans ma maison ; jamais la Fournier n’y avait vu tant de pratiques. Ce fut alors qu’il me passa par la tête une idée, un peu cruelle, je l’avoue, mais qui pourtant, j’ose m’en flatter, messieurs, ne vous déplaira pas à un certain point. Il me sembla que quand on n’avait pas fait à quelqu’un le bien que l’on devait lui faire, il y avait une certaine volupté méchante à lui faire du mal, et ma perfide imagination m’inspira cette taquinerie libertine contre ce même Petignon, fils de ma bienfaitrice et auquel j’avais été chargée de compter une fortune bien attrayante assurément pour ce malheureux, et que je commençais déjà à disperser en folies. Voici ce qui en fit naître l’occasion. Ce malheureux garçon cordonnier, marié avec une pauvre fille de son état, avait pour unique fruit de cet hymen infortuné une jeune fille d’environ douze ans, et que l’on m’avait dépeinte comme réunissant aux traits de l’enfance tous les attributs de la plus tendre beauté. Cette enfant qu’on élevait pauvrement, mais cependant avec tout le soin que pouvait permettre l’indigence des parents, dont elle faisait les délices, me parut une excellente capture à faire. Petignon ne venait jamais au logis ; il ignorait les droits qu’il y avait. Mais sitôt que la Fournier m’en eut parlé, mon premier soin fut de me faire informer de lui et de tous ses entours, et ce fut ainsi que j’appris qu’il possédait un trésor chez lui. Dans le même temps, le marquis de Mesanges, libertin fameux et de profession dont la Desgranges sans doute aura plus d’une fois occasion de vous entretenir, vint s’adresser à moi pour lui faire avoir une pucelle qui n’eût pas treize ans, et cela à quelque prix que ce fût. Je ne sais ce qu’il en voulait faire, car il ne passait pas pour un très rigoureux homme sur cet article, mais il y mettait pour clause, après que son pucelage aurait été constaté par des experts, de l’acheter de mes mains une somme prescrite, et que, de ce moment-là, il n’aurait plus affaire à qui que ce fût, attendu, disait-il, que l’enfant serait dépaysé et ne reviendrait peut-être jamais en France. Comme le marquis était une de mes pratiques, et que vous l’allez voir bientôt lui-même sur la scène, je mis tout en œuvre pour le satisfaire, et la petite fille de Petignon me parut positivement ce qu’il lui fallait. Mais comment la dépayser ? L’enfant ne sortait jamais, on l’instruisait dans la maison même, c’était retenu avec une sagesse, une circonspection qui ne me laissaient aucun espoir. Il ne m’était pas possible d’employer pour lors ce fameux débaucheur de filles dont j’ai parlé : il était pour lors à la campagne, et le marquis me pressait. Je ne trouvai donc qu’un moyen, et ce moyen servait on ne peut mieux la petite méchanceté secrète qui me portait à faire ce crime, car il l’aggravait. Je résolus de susciter des affaires au mari et à la femme, de tâcher de les faire enfermer tous deux, et la petite fille se trouvant par ce moyen, ou moins gênée ou chez des amis, il me serait aisé de l’attirer dans mon piège. Je leur lançai donc un procureur de mes amis, homme à toute main et dont j’étais sûre pour de tels coups d’adresse. Il s’informe, déterre des créanciers, les excite, les soutient, bref en huit jours le mari et la femme sont en prison. De ce moment tout me devint aisé ; une marcheuse adroite accosta bientôt la petite fille abandonnée chez de pauvres voisins ; elle vint chez moi. Tout répondait à son extérieur : c’était la peau la plus douce et la plus blanche, les petits appas les plus ronds, les mieux formés… Il était difficile en un mot de trouver un plus joli enfant. Comme elle me revenait à près de vingt louis, tous frais faits, et que le marquis voulait la payer une somme prescrite, au-delà du payement de laquelle il ne prétendait ni en entendre parler ni avoir affaire à personne, je la lui laissai pour cent louis, et comme il devenait essentiel pour moi que l’on n’eût jamais vent de mes démarches, je me contentai de gagner soixante louis sur cette affaire, et fis passer encore vingt à mon procureur pour embrouiller les choses, de manière à ce que le père et la mère de cette jeune enfant ne pussent de longtemps savoir des nouvelles de leur fille. Ils en surent ; sa fuite était impossible à cacher. Les voisins coupables de négligence s’excusèrent comme ils purent, et quant au cher cordonnier et à son épouse, mon procureur fit si bien qu’ils ne purent jamais remédier à cet accident, car ils moururent tous deux en prison au bout de près de onze ans de capture. Je gagnais doublement à ce petit malheur, puisqu’en même temps qu’il m’assurait la possession certaine de l’enfant que j’avais vendu, il m’assurait aussi celle de soixante mille francs qui m’avaient été comptés pour lui. Quant à la petite fille, le marquis m’avait dit vrai : jamais je n’en entendis parler, et ce sera vraisemblablement Mme Desgranges qui vous finira son histoire. Il est temps de vous ramener à la mienne et aux événements journaliers qui peuvent vous offrir les détails voluptueux dont nous avons entamé la liste. »


« Oh, parbleu ! dit Curval, j’aime ta prudence à la folie. Il y a là une scélératesse réfléchie, un ordre qui me plaît on ne saurait davantage ; et la taquinerie d’ailleurs, d’avoir été donner le dernier coup à une victime que tu n’avais encore qu’accidentellement écorchée, me paraît un raffinement d’infamie qui peut se placer à côté de nos chefs-d’œuvre. — Moi, j’aurais peut-être fait pis, dit Durcet, car enfin ces gens-là pouvaient obtenir leur délivrance : il y a tant de sots dans le monde qui ne songent qu’à soulager ces gens-là : pendant tout le temps de leur vie c’était des inquiétudes pour toi. — Monsieur, reprit la Duclos, quand on n’a pas dans le monde le crédit que vous y avez et que, pour ses coquineries, il faut employer des gens en sous-ordre, la circonspection devient souvent nécessaire, et l’on n’ose pas alors tout ce que l’on voudrait bien faire. — C’est juste, c’est juste, dit le duc ; elle ne pouvait en faire davantage. » Et cette aimable créature reprit ainsi la suite de sa narration.


« Il est affreux, messieurs, dit cette belle fille, d’avoir encore à vous entretenir de turpitudes semblables à celles dont je vous parle depuis plusieurs jours. Mais vous avez exigé que je réunisse tout ce qui pouvait y avoir trait et je ne laisse rien sous le voile. Encore trois exemples de ces saletés atroces, et nous passerons à d’autres fantaisies.

« Le premier que je vous citerai est celui d’un vieux directeur des domaines, âgé d’environ soixante-six ans. Il faisait mettre la femme toute nue, et après lui avoir caressé un instant les fesses avec plus de brutalité que de délicatesse, il 1’obligeait à chier devant lui, à terre, au milieu de la chambre. Quand il avait joui de la perspective, il venait à son tour déposer son cas à la même place, puis, les réunissant avec ses mains tous deux, il obligeait la fille à venir à quatre pattes manger la galimafrée, toujours en présentant bien le derrière, qu’elle devait avoir eu l’attention de laisser très merdeux. Il se manualisait pendant la cérémonie et déchargeait quand tout était mangé. Peu de filles, comme vous le croyez bien, messieurs, consentaient à se soumettre à de telles cochonneries, et cependant il les lui fallait jeunes et fraîches… Je les trouvais parce que tout se trouve à Paris, mais je les lui faisais payer.

« Le second exemple des trois qui me restent à vous citer en ce genre exigeait de même une furieuse docilité de la part de la fille ; mais comme le libertin la voulait extrêmement jeune, je trouvais plus facilement des enfants pour se prêter à ces choses-là que des filles faites. Je donnai à celui que je vais vous citer une petite bouquetière de treize à quatorze ans, fort jolie. Il arrive, fait quitter à la fille seulement ce qui la couvre de la ceinture en bas ; lui maniait un instant le derrière, la faisait péter, puis se donnait lui-même quatre ou cinq lavements qu’il obligeait la petite fille à recevoir dans sa bouche et à avaler à mesure que le flot tombait dans sa gorge. Pendant ce temps-là, comme il était à cheval sur sa poitrine, d’une main il branlait un assez gros vit et de l’autre il lui pétrissait la motte, et il la lui fallait, en raison de cela, toujours sans le plus léger poil. Celui dont je vous parle voulut encore recommencer après six, parce que sa décharge n’était pas faite. La petite fille, qui vomissait à mesure, lui demanda grâce, mais il lui rit au nez et n’en fut pas moins son train, et ce ne fut qu’à la sixième que je vis son foutre couler.

« Un vieux banquier vient enfin nous fournir le dernier exemple de ces saletés prises au principal, car je vous avertis que, comme accessoire, nous les reverrons encore souvent. Il lui fallait une femme belle, mais de quarante à quarante-cinq ans et dont la gorge fût extrêmement flasque. Dès qu’il fut avec elle, il la fit mettre nue seulement de la ceinture en haut, et ayant manié brutalement ses tétons : « Les beaux pis de vache ! s’écria-t-il. À quoi des tripes comme cela peuvent-elles être bonnes, si ce n’est à torcher mon cul ? » Ensuite, il les pressait, les tortillait l’un avec l’autre, les tiraillait, les broyait, crachait dessus, et mettait quelquefois son pied crotté dessus, toujours en disant que c’était une chose bien infâme qu’une gorge et qu’il ne concevait pas à quoi la nature avait destiné ces peaux-là et pourquoi elle en avait gâté et déshonoré le corps de la femme. Après tous ces propos saugrenus, il se mit nu comme la main. Mais, Dieu ! quel corps ! Comment vous le peindre, messieurs ? Ce n’était qu’un ulcère, dégouttant sans cesse de pus depuis les pieds jusqu’à la tête et dont l’odeur infecte se faisait même sentir de la chambre voisine où j’étais. Telle était pourtant la belle relique qu’il fallait sucer. »


« Sucer ? » dit le duc.


« Oui, messieurs, dit Duclos, sucer depuis les pieds jusqu’à la tête sans laisser une seule place large comme un louis d’or où la langue n’eût passé. La fille que je lui avais donnée eu beau être prévenue, dès qu’elle vit ce cadavre ambulant, elle recula d’horreur. « Comment donc, garce, dit-il, je crois que je te dégoûte ? Il faut pourtant que tu me suces, que ta langue lèche absolument toutes les parties de non corps. Ah ! ne fais pas tant la dégoûtée ! D’autres que toi l’ont bien fait ; allons, allons ; point de façons. »

« On a bien raison de dire que l’argent fait tout faire ; la malheureuse que je lui avais donnée était dans la plus extrême misère, il y avait deux louis à gagner : elle fit tout ce qu’on voulut, et le vieux podagre, enchanté de sentir une langue sur son corps hideux et adoucir l’âcreté dont il était dévoré, se branlait voluptueusement pendant l’opération. Quand elle fut faite, et, comme vous le croyez bien, ce ne fut pas sans de terribles dégoûts de la part de cette infortunée, quand elle fut faite, dis-je, il la fit étendre à terre sur le dos, se mit à cheval sur elle, lui chia sur les tétons, et les pressant après, l’un après l’autre, il s’en torcha le derrière. Mais de décharge, je n’en vis point, et je sus, quelque temps après, qu’il lui fallait plusieurs semblables opérations pour en déterminer une ; et comme c’était un homme qui ne revenait guère deux fois dans le même endroit, je ne le revis plus et j’en fus en vérité fort aise. »


« Ma foi, dit le duc, je trouve la clôture de l’opération de cet homme-là très raisonnable, et je n’ai jamais compris que des tétons pussent réellement servir à autre chose qu’à torcher des culs. — Il est certain, dit Curval, qui maniait assez brutalement ceux de la tendre et délicate Aline, il est certain, en vérité, que c’est une chose bien infâme que des tétons. Je n’en vois jamais que ça ne me mette en fureur ; j’éprouve en voyant cela, un certain dégoût, une certaine répugnance… Je ne connais que le con qui m’en fasse éprouver une plus vive. » Et en même temps, il se jeta dans son cabinet, en entraînant par le sein Aline, et se faisant suivre de Sophie et de Zelmire, les deux filles de son sérail, et de Fanchon. On ne sait trop ce qu’il y fit, mais on entendit un grand cri de femme, et, peu après, les hurlements de sa décharge. Il rentra ; Aline pleurait et tenait un mouchoir sur son sein, et comme tous ces événements-là ne faisaient jamais sensation, ou tout au plus celle du rire, Duclos reprit incontinent le fil de son histoire :


« J’expédiai moi-même, dit-elle, quelques jours après, un vieux moine dont la manie, plus fatigante pour la main, n’était cependant pas aussi répugnante au cœur. Il me livra un gros vilain fessier dont les peaux étaient comme du parchemin : il fallait lui pétrir le cul, le lui manier, le lui serrer de toutes mes forces, mais, quand j’en fus au trou, rien ne paraissait assez violent pour lui ; il fallait saisir les peaux de cette partie, les frotter, les pincer, les agiter fortement entre mes doigts, et ce n’était qu’à la vigueur de l’opération qu’il répandait son foutre. Du reste, il se branlait lui-même pendant l’opération, et ne me troussa seulement pas. Mais il fallait que cet homme-là eût une fière habitude de cette manipulation, car son derrière, d’ailleurs mollasse et pendant, était pourtant revêtu d’une peau aussi épaisse que du cuir. Le lendemain, sur les éloges sans doute qu’il fit à son couvent de ma manière d’agir, il m’amena un de ses confrères, sur le cul duquel il fallait appuyer des claques de toutes mes forces avec ma main ; mais celui-ci, plus libertin et plus examinateur, visitait soigneusement, avant, les fesses de la femme ; et mon cul fut baisé, langoté à dix ou douze reprises de suite, dont les intervalles étaient remplis par des claques sur le sien. Quand sa peau fut devenue écarlate, son vit dressa, et je puis certifier que c’était un des plus beaux engins que j’eusse encore maniés ; alors, il me le remit entre les mains, en m’ordonnant de le branler pendant que je continuerais de claquer de l’autre. »


« Ou je me trompe, dit l’évêque, ou nous voici à l’article des fustigations passives. — Oui, monseigneur, dit la Duclos, et comme ma tâche d’aujourd’hui est remplie, vous trouverez bon que je remette à demain le commencement des goûts de cette nature dont nous aurons plusieurs soirées de suite à nous occuper. » Comme il restait encore près d’une demi-heure avant l’instant du souper, Durcet dit que, pour se donner de l’appétit, il voulait prendre quelques lavements ; on se douta du fait, et toutes les femmes frémirent, mais l’arrêt était porté, il n’y avait plus à en revenir. Thérèse qui le servait ce jour-là, assura qu’elle les donnait à merveille ; de l’assertion elle passa à la preuve, et, dès que le petit financier eut les entrailles chargées, il signifia à Rosette d’avoir à venir tendre le bec. Il y eut un peu de reguignements, un peu de difficultés, mais il fallut obéir, et la pauvre petite en avala deux, quitte à les rendre après, ce qui, comme on l’imagine bien, ne fut pas long. Heureusement que le souper vint, car il allait sans doute recommencer. Mais cette nouvelle ayant changé la disposition de tous les esprits, on fut s’occuper d’autres plaisirs. Aux orgies, on poussa quelques selles sur des tétons et on fit beaucoup chier de culs ; le duc mangea devant tout le monde l’étron de la Duclos, pendant que cette belle fille le suçait et que les mains du paillard s’égaraient un peu partout ; son foutre partit avec abondance, et Curval l’ayant imité avec la Champville, on parla enfin de s’aller coucher.



Dix-septième journée

La terrible antipathie du président pour Constance éclatait tous les jours. Il avait passé la nuit avec elle par un arrangement particulier avec Durcet à qui elle revenait, et il en fit le lendemain les plaintes les plus amères. « Puisque à cause de son état, dit-il, on ne veut pas la soumettre aux corrections ordinaires, de peur qu’elle n’accouche avant l’instant où nous nous disposons à recevoir ce fruit-là, au moins, sacredieu, disait-il, faudrait-il trouver un moyen de punir cette putain quand elle fait des sottises. » Mais que l’on voie un peu ce que c’est que le maudit esprit des libertins. Lorsqu’on analyse ce tort prodigieux, ô lecteur, devine ce que c’était : il s’agissait de s’être malheureusement tournée par-devant lorsqu’on lui demandait le derrière, et ces torts-là ne se pardonnaient pas. Mais ce qu’il y a de pis encore, c’est qu’elle niait le fait ; elle prétendait, avec assez de fondement que c’était une calomnie du président, qui ne cherchait qu’à la perdre, et qu’elle ne couchait jamais avec lui sans qu’il n’inventât de pareils mensonges. Mais comme les lois étaient formelles sur cela, et que jamais les femmes n’étaient crues, il fut question de savoir comment on punirait à l’avenir cette femme sans risque de gâter son fruit. On décida qu’à chaque délit elle serait obligée à manger un étron, et, en conséquence, Curval exigea qu’elle commençât sur-le-champ. On approuva. On était pour lors au déjeuner dans l’appartement des filles ; elle eut ordre de s’y rendre, le président chia au milieu de la chambre, et il lui fut enjoint d’aller à quatre pattes dévorer ce que ce cruel homme venait de faire. Elle se jeta à genoux, elle demanda pardon, rien n’attendrit ; et la nature avait mis du bronze au lieu de cœur, dans ces ventres-là. Rien de plus plaisant que toutes les simagrées que la pauvre petite femme fit avant d’obéir, et Dieu sait comme on s’en amusait. Enfin il fallut prendre son parti ; le cœur bondit à la moitié de l’ouvrage, il n’en fallut pas moins l’achever, et tout y passa. Chacun de nos scélérats, excité par cette scène, se faisait, en la voyant, branler par une petite fille, et Curval, singulièrement excité de l’opération et qu’Augustine branlait à merveille, se sentant prêt à débonder, appela Constance qui finissait à peine son triste déjeuner : « Viens, putain, lui dit-il, quand on a gobé le poisson, il y faut mettre de la sauce ; elle est blanche, vient la recevoir. » Il fallut encore en passer par là, et Curval, qui tout en opérant faisait chier Augustine, lâche l’écluse dans la bouche de cette malheureuse épouse du duc, en avalant la petite merde fraîche et délicate de l’intéressante Augustine. Les visites se firent ; Durcet trouva de la merde dans le pot de chambre de Sophie. La jeune personne s’excusa en disant qu’elle s’était trouvée incommodée. « Non, dit Durcet en maniant l’étron, ce n’est pas vrai : une selle d’indigestion est en foire, et ceci est un étron très sain. » Et prenant aussitôt son funeste cahier, il inscrivit dessus le nom de cette charmante créature, qui fut cacher ses larmes et déplorer sa situation. Tout le reste était en règle, mais dans la chambre des garçons, Zélamir, qui avait chié la veille aux orgies et à qui l’on avait fait dire de ne pas se torcher le cul, se l’était nettoyé sans permission. Tout cela était des crimes capitaux : Zélamir fut inscrit. Durcet, malgré cela, lui baisa le cul et s’en fit sucer un instant ; puis l’on passa à la chapelle, où l’on vit chier deux fouteurs subalternes, Aline, Fanny, Thérèse et la Champville. Le duc reçut dans sa bouche l’étron de Fanny et le mangea, l’évêque celui de Champville, et le président celui d’Aline, qu’il envoya, malgré sa décharge, à côté de celui d’Augustine. La scène de Constance avait échauffé les têtes, car il y avait longtemps qu’on ne s’était permis de telles incartades le matin. On parla morale au dîner. Le duc dit qu’il ne concevait pas comment les lois, en France, sévissaient contre le libertinage, puisque le libertinage, en occupant les citoyens, les distrayait des cabales et des révolutions ; l’évêque dit que les lois ne sévissaient pas positivement contre le libertinage mais contre ses excès. Alors on les analysa, et le duc prouva qu’il n’y en avait aucun de dangereux, aucun qui pût être suspect au gouvernement, et qu’il y avait, d’après cela, non pas seulement de la cruauté, mais même de l’absurdité, à vouloir fronder contre de telles minuties. Des propos on vint aux effets. Le duc, à moitié ivre, s’abandonna dans les bras de Zéphire, et suça une heure la bouche de ce bel enfant, pendant qu’Hercule, profitant de la situation, enfonçait au duc son énorme engin dans l’anus. Blangis se laissa faire, et sans autre action, sans autre mouvement que de baiser, il changea de sexe sans s’en apercevoir. Ses compagnons se livrèrent de leur côté à d’autres infamies, et l’on fut prendre le café. Comme on venait de faire beaucoup de sottises, il fut assez tranquille et ce fut peut-être le seul de tout le voyage où il n’y eut pas du foutre de répandu. Duclos, déjà sur son estrade, attendait la compagnie, et lorsqu’elle fut placée, elle s’énonça de la manière suivante :


« Je venais de faire une perte dans ma maison qui m’était sensible de toutes les manières : Eugénie, que j’aimais passionnément, et qui m’était singulièrement utile à cause de ses extraordinaires complaisances pour tout ce qui pouvait me rapporter de l’argent, Eugénie, dis-je, venait de m’être enlevée de la plus singulière façon. Un domestique, ayant payé la somme convenue, était venu la chercher, disait-il, pour un souper à la campagne, dont elle rapporterait peut-être sept ou huit louis. Je n’étais pas à la maison lorsque cela était arrivé, car je ne l’aurais jamais laissée ainsi sortir avec un inconnu ; mais on ne s’adressa qu’à elle, et elle accepta… De mes jours je ne l’ai revue. »


« Ni ne la reverrez, dit Desgranges ; la partie qu’on lui proposait était la dernière de sa vie, et ce sera à moi à dénouer cette partie-là du roman de cette belle fille. — Ah ! grand Dieu ! dit Duclos, une si belle fille, à vingt ans, la figure la plus fine et la plus agréable ! — Et ajoutez, dit Desgranges, le plus beau corps de Paris : tous ces attraits-là lui devinrent funestes. Mais poursuivez, et n’empiétons pas sur les circonstances. »


« Ce fut Lucile, dit la Duclos, qui la remplaça et dans mon cœur et dans mon lit, mais non pas dans les emplois de la maison ; car il s’en fallait bien qu’elle eût et sa soumission et sa complaisance. Quoi qu’il en soit, ce fut entre ses mains que je confiai peu après le prieur des Bénédictins, qui venait de temps en temps me faire visite, et qui communément s’amusait avec Eugénie. Après que ce bon père avait branlé le con avec sa langue, et qu’il avait bien sucé la bouche, il fallait le fouetter légèrement avec des verges, seulement sur le vit et les couilles, et il déchargeait sans bander, du seul frottement, de la seule application des verges sur ces parties-là. Son plus grand plaisir, alors, consistait à voir la fille faire sauter en l’air avec le bout des verges les gouttes de foutre qui sortaient de son vit.

« Le lendemain, j’en expédiai moi-même un, auquel il fallait appliquer cent coups de verges bien comptés sur le derrière ; précédemment il baisait le derrière, et, pendant qu’on le fessait, il se branlait lui-même.

« Un troisième voulut encore de moi quelque temps après ; mais il y mettait en tous les points plus de cérémonie : j’étais avertie de huit jours à l’avance, et il fallait que j’eusse passé tout ce temps-là sans me laver en aucune partie de mon corps, et principalement ni le con, ni le cul, ni la bouche ; que, du moment de l’avertissement, j’eusse mis tremper dans un pot plein d’urine et de merde au moins trois poignées de verges. Il arriva enfin ; c’était un vieux receveur des gabelles, homme fort à son aise, veuf sans enfants, et qui faisait très souvent de pareilles parties. La première chose dont il s’informa est de savoir si j’avais été exacte sur l’abstinence des ablutions qu’il m’avait prescrite ; je l’assurai que oui, et, pour s’en convaincre, il commença par m’appliquer un baiser sur les lèvres qui le satisfit sans doute, car nous montâmes, et je savais que si, à ce baiser qu’il me faisait, moi étant à jeun, il avait reconnu que j’eusse usé de quelque toilette, il n’aurait pas voulu consommer la partie. Nous montons donc ; il regarde les verges dans le pot où je les avais placées, puis, m’ordonnant de me déshabiller, il vient avec attention flairer toutes les parties de mon corps où il m’avait le plus expressément défendu de me laver. Comme j’avais été très exacte, il y trouva sans doute le fumet qu’il y désirait, car je le vis s’échauffer dans son harnais et s’écrier : « Ah ! foutre ! c’est bien cela, c’est bien cela que je veux ! Alors je lui maniai le derrière à mon tour ; c’était exactement un cuir bouilli, tant pour la couleur que pour la dureté de la peau. Après avoir un instant caressé, manié, entrouvert ce fessier raboteux, je m’empare des verges, et, sans les essuyer, je commence par lui en cingler dix coups de toutes mes forces ; mais non seulement il ne fit aucun mouvement, mais même mes coups ne parurent seulement pas effleurer cette inentamable citadelle. Après cette première reprise, je lui enfonçai trois doigts dans l’anus et je me mis à l’y secouer de toute ma force ; mais notre homme était également insensible partout : il ne frétilla seulement pas. Ces deux premières cérémonies faites, ce fut lui qui agit : je m’appuyai le ventre sur le lit, il s’agenouilla, écarta mes fesses, et promena sa langue alternativement dans les deux trous, lesquels, sans doute, d’après ses ordres ne devaient pas être très odoriférants. Après qu’il a bien sucé, je refouette et je socratise, lui se ragenouille et me lèche, et ainsi de suite au moins pendant quinze reprises. Enfin, instruite de mon rôle et me réglant sur l’état de son vit que j’observais sans le toucher, avec le plus grand soin, à l’une de ses genouillades je lui lâche mon étron sur le nez. Il se renverse, me dit que je suis une insolente, et décharge en se branlant lui-même et en jetant des cris que l’on eut entendus de la rue, sans la précaution que j’avais prise pour empêcher qu’ils ne pussent percer. Mais l’étron tomba à terre ; il ne fit que le voir et le sentir, ne le reçut point dans sa bouche et n’y toucha point. Il avait reçu au moins deux cents coups de fouet, et, je puis le dire, sans qu’il y parût, sans que son derrière racorni par une longue habitude en eût seulement la plus légère marque. »


« Oh ! parbleu, dit le duc voilà un cul, président, qui peut faire paroli au tien. — Il est bien certain, dit Curval en balbutiant, parce qu’Aline le branlait, il est bien certain que l’homme dont on parle a positivement et mes fesses et mes goûts, car j’approuve infiniment l’absence du bidet, mais je la voudrais plus longue : je voudrais qu’on n’eût pas touché d’eau au moins de trois mois. — Président, tu bandes, lui dit le duc. — Croyez-vous ? dit Curval. Ma foi, tenez, demandez-le à Aline, elle vous dira ce qui en est, car, pour moi, je suis si accoutumé à cet état-là que je ne m’aperçois jamais ni quand il cesse, ni quand il commence. Tout ce que je puis vous certifier, c’est que, dans le moment où je vous parle, je voudrais une putain très impure ; je voudrais qu’elle débouchât pour moi de la lunette des commodités, que son cul sentît bien la merde, et que son con sentît la marée. Holà, Thérèse ! toi dont la saleté remonte au déluge, toi qui, depuis le baptême, n’as pas torché ton cul, et dont l’infâme con empeste à trois lieues à la ronde, viens apporter tout cela sur mon nez, je t’en prie, et joins-y même un étron si tu veux. » Thérèse approche ; de ses appas sales, dégoûtants et flétris, elle frotte le nez du président, elle y pose de plus l’étron désiré ; Aline branle, le libertin décharge ; et Duclos reprend ainsi la suite de sa narration :


« Un vieux garçon, qui recevait tous les jours une fille nouvelle pour l’opération que je vais dire, me fit prier par une de mes amies d’aller le voir, et on m’instruisit en même temps du cérémonial en usage chez ce paillard d’habitude. J’arrive, il m’examine avec ce coup d’œil flegmatique que donne l’habitude du libertinage, coup d’œil sûr et qui, dans une minute, apprécie l’objet qu’on lui offre. « On m’a dit que vous aviez un beau cul, me dit-il, et comme j’ai, depuis près de soixante ans, un faible décidé pour de belles fesses, j’ai voulu voir si vous souteniez votre réputation… Troussez. » Ce mot énergique était un ordre suffisant ; non seulement j’offre la médaille, mais je l’approche le plus que je peux du nez de ce libertin de profession. D’abord je me tiens droite ; peu à peu je me penche et lui montre l’objet de son culte sous toutes les formes qui peuvent lui plaire le plus. À chaque mouvement, je sentais les mains du paillard qui se promenaient sur la surface et qui perfectionnaient la situation, soit en la consolidant, soit en la faisant prendre un peu mieux à sa guise. « Le trou est bien large, me dit-il, il faut que vous vous soyez furieusement prostituée sodomitement dans votre vie. — Hélas, monsieur, lui dis-je, nous vivons dans un siècle où les hommes sont si capricieux que, pour leur plaire, il faut bien un peu se prêter à tout. » Alors je sentis sa bouche se coller hermétiquement au trou de mes fesses, et sa langue essayer de pénétrer dans l’orifice. Je saisis l’instant avec adresse, ainsi que cela m’était recommandé, et lui fais glisser sur sa langue le vent le mieux nourri et le plus moelleux. Le procédé ne lui déplaît nullement, mais il ne s’en émeut pas davantage ; enfin, au bout d’une demi-douzaine, il se lève, me conduit dans la ruelle de son lit, et m’y fait voir un seau de faïence dans lequel trempaient quatre poignées de verges ; au-dessus du seau pendaient plusieurs martinets attachés à des clous à crochets dorés. « Armez-vous, me dit le paillard, de l’une et l’autre de ces armes ; voilà mon cul : il est, comme vous le voyez sec, maigre et très endurci ; touchez. » Et comme je venais d’obéir : « Vous le voyez, continuait-il, c’est un vieux cuir endurci aux coups et qui ne s’échauffe plus qu’aux excès les plus incroyables. Je vais me tenir dans cette attitude, dit-il, en s’étendant sur les pieds de son lit, couché sur le ventre et les jambes à terre ; servez-vous tour à tour de ces deux instruments, tantôt les verges et tantôt le martinet. Ça sera long, mais vous aurez une marque sûre de l’approche du dénouement : dès que vous verrez qu’il arrivera à ce cul quelque chose d’extraordinaire, tenez-vous prête à imiter ce que vous lui verrez faire ; nous changerons de place, je m’agenouillerai devant vos belles fesses, vous ferez ce que vous m’aurez vu faire, et je déchargerai. Mais surtout ne vous impatientez pas, parce que je vous préviens encore une fois qu’il y en a pour très longtemps. » Je commence, je change de meuble comme il me l’a recommandé. Mais quel flegme, grand Dieu ! j’étais en nage ; pour frapper plus à mon aise, il m’avait fait mettre le bras nu jusqu’au col. Il y avait plus de trois quarts d’heure que j’y allais à tour de bras, tantôt avec les verges, tantôt avec le martinet, et je n’en voyais pas ma besogne plus avancée. Notre paillard, immobile, ne remuait pas plus que s’il eût été mort ; on eût dit qu’il savourait en silence les mouvements internes de volupté qu’il recevait de cette opération, mais aucun vestige extérieur, nulle apparence qu’elle influât seulement sur sa peau. Enfin, deux heures sonnèrent et j’étais depuis onze à l’ouvrage ; tout à coup, je le vois soulever les reins, il écarte les fesses ; j’y passe et repasse mes verges dans de certains intervalles, tout en continuant de fouetter ; un étron part, je fouette, mes coups vont faire voler la merde au plancher. « Allons, courage, lui dis-je, nous voilà au port. » Alors notre homme se relève en fureur ; son vit dur et mutin était collé contre son ventre. « Imitez-moi, me dit-il, imitez-moi, il ne me faut plus que de la merde pour vous donner du foutre. » Je me courbe promptement à sa place, il s’agenouille comme il l’avait dit, et je lui ponds dans la bouche un œuf qu’à ce dessein je gardais depuis près de trois jours. En le recevant, son foutre part, et il se jette en arrière en hurlant de plaisir, mais sans avaler et sans même garder plus d’une seconde l’étron que je venais de lui déposer. Au reste, excepté vous, messieurs, qui sans doute êtes des modèles en ce genre, j’ai peu vu d’hommes avoir des crispations plus aiguës ; il s’évanouit presque en répandant son foutre. La séance me valut deux louis.

« Mais à peine rentrée à la maison, je trouvai Lucile aux prises avec un autre vieillard qui, sans lui avoir fait aucun attouchement préliminaire, se faisait simplement fustiger depuis le haut des reins jusqu’au bas des jambes avec des verges trempées dans le vinaigre, et, les coups dirigés tant que la force de son bras y pouvait suffire, celui-ci terminait l’opération en se faisant sucer. La fille se mettait à genoux devant lui dès qu’il en donnait le signal, et faisant flotter ses vieilles couilles usées sur ses tétons, elle prenait l’engin mollasse dans sa bouche où le pécheur amendé ne tardait pas à pleurer ses fautes. »


Et Duclos ayant terminé là ce qu’elle avait à dire dans sa soirée, comme l’heure du souper n’était pas encore venue, on fit quelques polissonneries en l’attendant. « Tu dois être rendu, président, dit le duc à Curval ; voilà deux décharges que je te vois faire aujourd’hui, et tu n’es guère accoutumé à perdre dans un jour une telle quantité de foutre. — Gageons pour une troisième, dit Curval qui patinait les fesses de la Duclos. — Oh ! tout ce que tu voudras, dit le duc. — Mais j’y mets une clause, dit Curval, c’est que tout me sera permis. — Oh ! non, reprit le duc, tu sais bien qu’il y a des choses que nous nous sommes promis de ne pas faire avant les époques où elles nous seront contées. Nous faire foutre était du nombre : avant d’y procéder nous devions attendre qu’on nous citât dans l’ordre reçu quelque exemple de cette passion ; et cependant, sur vos représentations à tous, messieurs, nous avons passé par là-dessus. Il est beaucoup de jouissances particulières que nous aurions dû nous interdire également jusqu’au temps de leur narration, et que nous tolérons pourvu qu’elles se passent ou dans nos chambres ou dans nos cabinets. Tu viens de t’y livrer tout à l’heure avec Aline : est-ce pour rien qu’elle a jeté un cri perçant, et qu’elle a maintenant son mouchoir sur sa gorge ? Eh bien ! choisis donc, ou dans ces jouissances mystérieuses, ou dans celles que nous nous permettons publiquement, et que ta troisième vienne d’une de ces seules espèces de choses, et je parie cent louis que tu ne la fais pas. » Alors le président demanda s’il pourrait passer au boudoir du fond, avec tels sujets que bon lui semblerait ; on le lui accorda, avec le seule clause que Duclos serait présente et qu’on ne s’en rapporterait qu’à elle sur la certitude de cette décharge. « Allons, dit le président, j’accepte. » Et, pour débuter, il se fit donner d’abord, devant tout le monde, cinq cents coups de fouet par la Duclos ; cela fait, il emmena avec lui sa chère et féale amie Constance, à qui l’on le pria pourtant de ne rien faire qui puisse faire tort à sa grossesse ; il y joignit sa fille Adélaïde, Augustine, Zelmire, Céladon, Zéphire, Thérèse, Fanchon, la Champville, la Desgranges, et la Duclos avec trois fouteurs. « Oh ! foutre, dit le duc, nous n’étions pas convenus que tu te servirais de tant de sujets. » Mais l’évêque et Durcet, prenant le parti du président, assurèrent qu’il n’avait pas été question du nombre. Le président avec sa troupe fut donc s’enfermer, et au bout d’une demi-heure que l’évêque, Durcet et Curval, avec ce qui leur restait de sujets, ne passèrent pas à prier Dieu, au bout d’une demi-heure, dis-je, Constance et Zelmire rentrèrent en pleurant, et le président les suivit bientôt avec le reste de sa troupe, soutenu par la Duclos qui rendit témoignage de sa vigueur et certifia qu’en bonne justice il méritait une couronne de myrte. Le lecteur trouvera bon que nous ne lui révélions pas ce que le président avait fait : les circonstances ne nous le permettent point encore ; mais il avait gagné la gageüre et c’était là l’essentiel. « Voilà cent louis, dit-il en les recevant, qui me serviront à payer une amende à laquelle je crains d’être bientôt condamné. » Voilà encore une chose que nous prions le lecteur de nous permettre de ne lui expliquer qu’à l’événement, mais qu’il y voie seulement comme ce scélérat prévoyait ses fautes d’avance et comme il prenait son parti sur la punition qu’elles devaient lui mériter, sans se mettre le moins du monde en peine ou de les prévenir ou de les éviter. Comme il ne se passa absolument que des choses ordinaires, depuis cet instant-là jusqu’à celui où les narrations du lendemain commencèrent, nous allons tout de suite y transporter le lecteur.



Dix-huitième journée

Duclos, belle, parée, et toujours plus brillante que jamais, commença ainsi les récits de sa dix-huitième soirée :


« Je venais de faire l’acquisition d’une grosse et grande créature nommée Justine ; elle avait vingt-cinq ans, cinq pieds six de haut, membrée comme une servante de cabaret, d’ailleurs de beaux traits, une belle peau, et le plus beau corps du monde. Comme ma maison abondait en ces sortes de vieux paillards qui ne retrouvent quelque notion de plaisir que dans les supplices qu’on leur fait éprouver, je crus qu’une telle pensionnaire ne pouvait que m’être d’un grand secours. Dès le lendemain de son arrivée, pour faire l’épreuve de ses talents fustigateurs que l’on m’avait prodigieusement vantés, je la mis aux prises avec un vieux commissaire de quartier, qu’il fallait fustiger à tour de bras depuis le bas de la poitrine jusqu’aux genoux et depuis le milieu du dos jusqu’au gras des jambes, et cela jusqu’à ce que le sang distillât de partout. L’opération faite, le libertin troussait tout simplement la donzelle et lui plantait son paquet sur les fesses. Justine se comporta en véritable héroïne de Cythère, et notre paillard vint m’avouer que je possédais là un trésor, et que, de ses jours, il n’avait été fustigé comme par cette coquine-là.

« Pour lui faire voir le cas que je faisais d’elle, je l’assemblai, peu de jours après, à un vieux invalide de Cythère qui se faisait donner plus de mille coups de fouet sur toutes les parties du corps indistinctement, et lorsqu’il était tout sanglant, il fallait que la fille pissât dans sa main à elle, et le frottât de son urine sur toutes les parties les plus molestées de son corps. Cette lotion faite, on recommençait la besogne ; alors il déchargeait, la fille recueillait avec soin dans sa main le foutre qu’il rendait, et elle le frictionnait une seconde fois avec ce nouveau baume.

« Succès égaux de la part de ma nouvelle emplette, et chaque jour plus ample louange ; mais il n’était plus possible de l’employer avec le champion qui se présentait cette fois-ci. Cet homme singulier ne voulait du féminin que l’habit, mais, dans le fait, il fallait que ce fût un homme, et, pour m’expliquer mieux, c’était par un homme habillé en femme que le paillard voulait être fessé. Et de quelle arme encore se servait-on ! N’imaginez pas que ce fussent des verges : c’était un faisceau de houssines d’osier, dont il fallait barbarement lui déchirer les fesses. Dans le fait, cette affaire-ci sentant un peu la sodomie, je ne devais pas trop m’en mêler ; cependant, comme c’était une ancienne pratique de la Fournier, un homme véritablement attaché de tout temps à notre maison, et qui, par sa place, pouvait nous rendre quelque service, je ne fis pas la difficile, et ayant fait joliment déguiser un jeune garçon de dix-huit ans qui faisait quelquefois nos commissions et qui était d’une très jolie figure, je le lui présentai armé du faisceau d’osier. Rien de plus plaisant que la cérémonie (vous imaginez bien que je voulus la voir). Il commença par bien regarder sa prétendue pucelle, et l’ayant sans doute trouvée très à son gré, il débuta par cinq ou six baisers sur la bouche qui sentaient le fagot d’une lieue loin ; cela fait, il montra ses fesses, et ayant dans le propos toujours l’air de prendre le jeune homme pour une fille, il lui dit de les lui manier et de les pétrir un peu durement ; le petit garçon que j’avais bien instruit fit tout ce qu’on lui demandait. « Allons, dit le paillard, fouettez-moi, et surtout ne m’épargnez pas. » Le jeune garçon s’empare du paquet de gaules, laisser tomber alors d’un bras vigoureux cinquante coups tout de suite sur les fesses qui lui sont offertes ; le libertin, déjà vigoureusement marqué des cinglons formés par ces houssines, se jette sur sa masculine fouetteuse, il la trousse, une main vérifie son sexe, l’autre saisit avidement les deux fesses. D’abord, il ne sait quel temple il encenser le premier : le cul le détermine à la fin, il y colle sa bouche avec ardeur. Oh ! quelle différence de culte rendu par la nature à celui qu’on dit qui l’outrage ! Juste Dieu, si cet outrage était réel, l’hommage aurait-il tant d’ardeur ? Jamais cul de femme n’a été baisé comme le fut celui de ce jeune garçon ; trois ou quatre fois la langue du paillard disparut en entier dans l’anus. Se replaçant enfin : « Ô cher enfant ! s’écria-t-il, continue ton opération. » On reflagelle ; mais comme il était plus animé, il soutient cette seconde attaque avec bien plus de force. On le met en sang ; pour le coup son vit dresse, et il le fait empoigner avec empressement au jeune objet de ses transports. Pendant que celui-ci le lui manie, l’autre veut lui rendre un pareil service ; il trousse encore, mais c’est au vit qu’il en veut cette fois : il le touche, il le branle, il le secoue, et l’introduit bientôt dans sa bouche. Après ces caresses préliminaires, il se représente une troisième fois aux coups. Cette dernière scène le mit tout à fait en fureur ; il jette son Adonis sur le lit, s’étend sur lui, presse à la fois et son vit et le sien, colle sa bouche sur les lèvres de ce beau garçon, et, étant parvenu à l’échauffer par ses caresses, il lui procure le divin plaisir au même moment qu’il le goûte lui-même ; tous deux déchargent à la fois. Notre libertin, enchanté de la scène, tâcha de lever mes scrupules, et me fit promettre de lui procurer souvent le même plaisir, soit avec celui-là, soit avec d’autres. Je voulus travailler à sa conversion, je l’assurai que j’avais des filles charmantes qui le fouetteraient tout aussi bien : il ne voulut seulement pas les regarder. »


« Je le crois, dit l’évêque. Quand on a décidément le goût des hommes, on ne change point ; la distance est si extrême qu’on n’est pas tenté de l’épreuve. — Monseigneur, dit le président, vous entamez là une thèse qui mériterait une dissertation de deux heures. — Et qui finirait toujours à l’avantage de mon assertion, dit l’évêque, parce qu’il est sans réplique qu’un garçon vaut mieux qu’une fille. — Sans contredit, reprit Curval, mais on pourrait pourtant vous dire qu’il y a quelques objections à ce système et que, pour les plaisirs d’une certaine sorte, tels que ceux, par exemple, dont nous parleront Martaine et Desgranges, une fille vaut mieux qu’un garçon. — Je le nie, dit l’évêque ; et même pour ceux que vous voulez dire, le garçon vaut mieux que la fille. Considérez-le du côté du mal, qui est presque toujours le véritable attrait du plaisir, le crime vous paraîtra plus grand avec un être absolument de votre espèce qu’avec un qui n’en est pas, et, de ce moment-là, la volupté est double. — Oui, dit Curval, mais ce despotisme, cet empire, ce délice, qui naît de l’abus qu’on fait de sa force sur le faible… — Il s’y trouve tout de même, répondit l’évêque. Si la victime est bien à vous, cet empire que, dans ces cas-là, vous croyez mieux établi avec une femme qu’avec un homme, ne vint que du préjugé, ne vint que de l’usage qui soumit plus ordinairement ce sexe-là à vos caprices que l’autre. Mais renoncez pour un instant à ces préjugés d’opinion, et que l’autre soit parfaitement dans vos chaînes : avec la même autorité, vous retrouvez l’idée d’un crime plus grand, et nécessairement votre lubricité doit doubler. — Moi, je pense comme l’évêque, dit Durcet, et une fois qu’il est certain que l’empire est bien établi, je crois l’abus de la force plus délicieux à exercer avec son semblable qu’avec une femme. — Messieurs, dit le duc, je voudrais bien que vous remettiez vos discussions pour l’heure des repas, et que ces heures-ci, qui sont destinées à écouter les narrations, vous ne les employassiez pas à des sophismes. — Il a dit raison, dit Curval. Allons, Duclos, reprenez. » Et l’aimable directrice des plaisirs de Cythère se renoua dans les termes suivants :


« Un vieux greffier du parlement, dit-elle, vient me rendre visite un matin, et comme il était accoutumé, du temps de la Fournier, à n’avoir affaire qu’à moi, il ne voulut pas changer sa méthode. Il s’agissait, en le branlant, de le souffleter par gradation, c’est-à-dire doucement d’abord, puis un peu plus fort à mesure que son vit prenait de la consistance, et enfin à tour de bras lorsqu’il déchargeait. J’avais si bien saisi la manie de ce personnage, qu’au vingtième soufflet je faisais partir son foutre. »


« Au vingtième ! dit l’évêque, corbleu ! il ne m’en faudrait pas tant pour me faire débander tout d’un coup. — Tu le vois, mon ami, dit le duc, chacun a sa manie ; nous ne devons jamais ni blâmer, ni nous étonner de celle de personne. Allons, Duclos, encore une et termine. »


« Celle dont il me reste à vous parler pour ce soir, dit Duclos, me fut apprise par une de mes amies ; elle vivait depuis deux ans avec un homme qui ne bandait jamais qu’après qu’on lui avait appliqué vingt nasardes sur le nez, tiré les oreilles jusqu’au sang, mordu les fesses, le vit et les couilles. Excité par les dures titillations de ces préliminaires, il bandait comme un étalon, et déchargeait en jurant comme un diable, presque toujours sur le visage de celle dont il venait de recevoir un si singulier traitement. »


De tout ce qui venait d’être dit, messieurs n’ayant échauffé leur cervelle que de ce qui tenait aux fustigations masculines, on n’imita ce soir-là que cette fantaisie. Le duc s’en fit donner jusqu’au sang par Hercule, Durcet par Bande-au-ciel, l’évêque par Antinoüs et Curval par Brise-cul ; l’évêque, qui n’avait rien fait de la journée, déchargea, dit-on, aux orgies, en mangeant l’étron de Zélamir qu’il se faisait garder depuis deux jours. Et l’on fut se coucher.



Dix-neuvième journée

Dès le matin, d’après quelques observations faites sur la merde des sujets destinés aux lubricités, on décida qu’il fallait essayer une chose dont Duclos avait parlé dans ses narrations : je veux dire le retranchement du pain et de la soupe à toutes les tables, excepté à celle de messieurs. Ces deux objets furent soustraits ; on y redoubla, au contraire, la volaille et le gibier. On ne fut pas huit jours à s’apercevoir d’une différence essentielle dans les excréments : ils étaient plus moelleux, plus fondants, d’une délicatesse infiniment plus grande, et l’on trouva que le conseil de d’Aucourt à Duclos était celui d’un libertin véritablement consommé dans ces matières-là. On prétendit qu’il en résulterait peut-être un peu d’altération dans les haleines. « Eh ! qu’importe ! dit sur cela Curval, à qui le duc faisait l’objection ; il est très mal vu de dire qu’il faille, pour donner des plaisirs, que la bouche d’une femme ou d’un jeune garçon soit absolument saine. Mettons à part toute manie, je vous accorderai tant que vous voudrez que celui qui veut une bouche puante n’agit que par dépravation, mais accordez-moi de votre côté qu’une bouche qui n’a pas la moindre odeur ne donne aucune sorte de plaisir à baiser : il faut toujours qu’il y ait un certain sel, un certain piquant à tous ces plaisirs-là, et ce piquant ne se trouve que dans un peu de saleté. Telle propre que soit la bouche, l’amant qui la suce fait assurément une saleté, et il ne se doute pas que c’est cette saleté-là même qui lui plaît. Donnez un degré de force de plus au mouvement, et vous voudrez que cette bouche ait quelque chose d’impur : qu’elle ne sente pas la pourriture ou le cadavre, à la bonne heure, mais qu’elle n’ait qu’une odeur de lait ou d’enfant, voilà ce que j’affirme ne devoir pas être. Ainsi le régime que nous ferons suivre aura, tout au plus, l’inconvénient d’altérer un peu sans corrompre, et c’est tout ce qu’il faut. » Les visites du matin ne rendirent rien : on s’observait. Personne ne demanda de permission pour la garde-robe du matin, et l’on se mit à table. Adélaïde, au service, ayant été sollicitée par Durcet à péter dans un verre de vin de Champagne, et ne l’ayant pu faire, fut à l’instant inscrite sur le fatal livre par ce mari barbare qui, depuis le commencement de la semaine, ne cherchait qu’une occasion de la trouver en faute. On passa au café ; il était servi par Cupidon, Giton, Michette et Sophie. Le duc foutit Sophie en cuisses en la faisant chier dans sa main et en s’en barbouillant le visage, l’évêque en fit autant à Giton, et Curval à Michette ; pour Durcet il le mit en bouche à Cupidon, en venant de le faire chier. On ne déchargea point, et la méridienne faite on fut écouter la Duclos.


« Un homme que nous n’avions pas encore vu, dit cette aimable fille, vint nous proposer une cérémonie assez singulière : il s’agissait de l’attacher sur le troisième échelon d’une échelle double ; à ce troisième échelon on attachait ses pieds, son corps où il portait, et ses mains élevées l’étaient au plus haut de l’échelle. Il était nu en cette situation ; il fallait le flageller à tour de bras, et avec le manche des verges quand les pointes étaient usées. Il était nu, il n’était nullement nécessaire de le toucher, il ne se touchait pas non plus lui-même ; mais, au bout d’une certaine dose, son instrument monstrueux prenait l’essor, on le voyait ballotter entre les échelons comme le battant d’une cloche et peu après, avec impétuosité, lancer son foutre au milieu de la chambre. On le détachait, il payait, et tout était dit.

« Il nous envoya le lendemain un de ses amis auquel il fallait picoter le vit et les couilles, les fesses et les cuisses, avec une aiguille d’or ; il ne déchargeait que quand il était en sang. Ce fut moi-même qui l’expédiai, et comme il me disait toujours d’aller plus fort, ce fut en lui enfonçant presque jusqu’à la tête l’aiguille dans le gland, que je vis jaillir son foutre dans ma main. En le lâchant, il se jeta sur ma bouche qu’il suça prodigieusement, et tout fut dit.

« Un troisième, toujours de la connaissance des deux premiers, m’ordonna de le flageller avec des chardons sur toutes les parties du corps indistinctement. Je le mis en sang ; il se regarda dans une glace, et ce ne fut qu’en se voyant en cet état qu’il lâcha son foutre, sans rien toucher, sans rien manier, sans rien exiger de moi.

« Ces excès-là me divertissaient fort, et j’avais une volupté secrète à les servir ; aussi, tous ceux qui s’y livraient étaient-ils enchantés de moi. Ce fut environ vers le temps de ces trois scènes-là qu’un seigneur danois, m’ayant été adressé pour des parties de plaisir différentes et qui ne sont pas de mon ressort, eut l’imprudence de venir chez moi avec dix mille francs de diamants, autant de bijoux, et cinq cents louis d’argent comptant. La capture était trop bonne pour la laisser échapper : entre Lucile et moi, le gentilhomme fut volé jusqu’à son dernier sol. Il voulut faire des plaintes, mais comme je soudoyais fortement la police, et que dans ce temps-là, avec de l’or, on en faisait ce qu’on voulait, le gentilhomme eut ordre de se taire et ses effets m’appartinrent, à quelques bijoux près qu’il me fallut céder aux exempts pour jouir tranquillement du reste. Il ne m’était jamais arrivé de faire un vol sans qu’un bonheur ne m’arrivât le lendemain : cette bonne fortune-ci fut une nouvelle pratique, mais une de ces pratiques journalières qu’on peut regarder comme la pièce de bœuf d’une maison.

« Celle-ci était un vieux courtisan qui, las des hommages qu’il recevait dans le palais des rois, aimait à venir changer de rôle chez des putains. Ce fut par moi qu’il voulut débuter ; il fallait que je lui fisse sa leçon, et à chaque faute qu’il y faisait, il était condamné à se mettre à genoux et à recevoir, tantôt sur les mains, tantôt sur le derrière, de vigoureux coups d’une férule de cuir, telle que celle dont les régents font usage en classe. C’était à moi de m’apercevoir quand il était bien en feu ; je m’emparais alors de son vit et je le secouais adroitement, toujours en le grondant, en l’appelant petit libertin, petit mauvais sujet, et autres invectives enfantines qui le faisaient voluptueusement décharger. Cinq fois de la semaine, pareille cérémonie devait s’exécuter chez moi, mais toujours avec une fille nouvelle et bien instruite, et je recevais pour cela vingt-cinq louis par mois. Je connaissais tant de femmes dans Paris qu’il me fut aisé de lui promettre ce qu’il demandait et de le lui tenir ; j’ai eu dix ans dans ma pension ce charmant écolier, qui s’avisa vers cette époque d’aller prendre d’autres leçons en enfer.

« Cependant je prenais des années, et quoique ma figure fût d’espèce à se conserver, je commençais à m’apercevoir que ce n’était plus guère que par caprice que les hommes voulaient avoir affaire à moi. J’avais cependant encore d’assez jolies pratiques, quoique âgée de trente-six ans, et le reste des aventures où j’ai eu part s’est passé pour moi depuis cet âge jusqu’à celui de quarante.

« Quoique âgée, dis-je, de trente-six ans, le libertin dont je vais vous conter la manie qui va clore cette soirée-ci ne voulut avoir affaire qu’à moi. C’était un abbé, âgé d’environ soixante ans (car je ne recevais jamais que des gens d’un certain âge, et toute femme qui voudra faire sa fortune dans notre métier m’imitera sur cela, sans doute). Le saint homme arrive, et dès que nous sommes ensemble, il me demande à voir mes fesses. « Voilà le plus beau cul du monde, me dit-il ; mais malheureusement ce n’est pas lui qui va me fournir la pitance que je vais dévorer. Tenez, me dit-il ; en me mettant ses fesses entre les mains : voilà celui qui va me la fournir… Faites-moi chier, je vous en prie. » Je m’empare d’un vase de porcelaine que je place sur mes genoux, l’abbé se place à hauteur, je presse son anus, je l’entrouvre, et lui donne en un mot toutes les différentes agitations que j’imagine devoir hâter son évacuation. Elle a lieu ; un énorme étron remplit le plat, je l’offre au libertin, il se saisit, se jette dessus, dévore, et décharge au bout d’un quart d’heure de la plus violente fustigation administrée par moi sur ces mêmes fesses qui viennent de lui pondre un si bel œuf. Tout était avalé ; il avait si bien compassé sa besogne, que son éjaculation n’avait lieu qu’à la dernière bouchée. Tout le temps que je l’avais fouetté, je n’avais cessé de l’exciter par des propos analogues : « Allons donc, petit coquin, lui disais-je, petit malpropre ! Pouvez-vous manger de la merde comme cela ? Ah ! je vous apprendrai, petit drôle, à vous livrer à de pareilles infamies ! » Et c’était par ces procédés et ces propos que le libertin arrivait au comble du plaisir. »


Ici, Curval, avant le souper, voulut donner à la société le spectacle en réalité dont Duclos ne venait de donner que la peinture. Il appela Fanchon, elle le fit chier, et le libertin dévora, pendant que cette vieille sorcière l’étrillait à tour de bras. Cette lubricité ayant échauffé les têtes, on voulut de la merde de tous les côtés, et alors Curval, qui n’avait point déchargé, mêla à son étron celui de Thérèse qu’il fit chier sur-le-champ. L’évêque, accoutumé à se servir des jouissances de son frère, en fit autant avec la Duclos, le duc avec Marie, et Durcet avec Louison. Il était atroce, inouï, je le répète, de se servir de vieilles gouines comme celles-là, quand on avait à ses ordres d’aussi jolis objets : mais, on le sait, la satiété naît au sein de l’abondance, et c’est au milieu des voluptés que l’on se délecte par des supplices. Ces saletés faites sans qu’il en eût coûté qu’une décharge, et ce fut l’évêque qui la fit, on fut se mettre à table. En train de faire des saletés, on ne voulut aux orgies que les quatre vieilles et les quatre historiennes, et on renvoya tout le reste. On en dit tant, on en fit tant, que pour le coup tout le monde partit, et nos libertins ne furent se coucher que dans les bras de l’épuisement et de l’ivresse.



Vingtième journée

Il était arrivé quelque chose de très plaisant le soir précédent : le duc, absolument ivre, au lieu de gagner sa chambre, avait été se mettre dans le lit de la jeune Sophie, et quelque chose que pût lui dire cette enfant, qui savait bien que ce qu’il faisait était contre les règles, il n’en démordit pas, soutint toujours qu’il était dans son lit avec Aline, qui devait être sa femme de nuit. Mais comme il pouvait prendre avec Aline de certaines privautés qui lui étaient encore interdites avec Sophie, quand il voulut mettre celle-ci en posture pour s’amuser à sa guise, et que la pauvre enfant, à qui on n’avait encore rien fait de pareil, sentit l’énorme tête du vit du duc frapper à la porte étroite de son jeune derrière et vouloir l’enfoncer, la pauvre petite se mit à faire des cris affreux et à se sauver toute nue au milieu de la chambre. Le duc la suit, en jurant comme un diable après elle, la prenant toujours pour Aline : « Bougresse, lui disait-il, est-ce donc la première fois ? » Et croyant l’attraper dans sa fuite, il tombe sur le lit de Zelmire qu’il prend pour le sien, et embrasse cette jeune fille, croyant qu’Aline s’est mise à la raison. Même procédé avec celle-ci qu’avec l’autre, parce que, décidément, le duc voulait en venir à ses fins ; mais dès que Zelmire s’aperçoit du projet, elle imite sa compagne, qui s’était sauvée la première, voyant bien qu’il n’y avait d’autres moyens de mettre ordre à ce quiproquo que d’aller chercher et de la lumière, et quelqu’un de sens froid qui pût venir mettre ordre à tout, en conséquence elle était allée trouver Duclos. Mais celle-ci, qui s’était saoulée comme une bête aux orgies, était étendue sans presque de connaissance dans le milieu du lit du duc, et ne put lui donner aucune raison. Désespérée, et ne sachant à qui avoir recours dans une telle circonstance, et entendant toutes ses camarades appeler au secours, elle osa entrer chez Durcet qui couchait avec Constance, sa fille, et lui dit ce qui arrivait. Constance, à tout événement, osa se lever, malgré les efforts que Durcet, ivre, faisait pour la retenir, en lui disant qu’il voulait décharger. Elle prit une bougie et vint dans la chambre des filles : elle les trouva toutes en chemise au milieu de leur chambre, et le duc les poursuivant les unes après les autres et croyant toujours n’avoir affaire qu’à la même, qu’il prenait pour Aline et qu’il disait être sorcière cette nuit-là. Enfin Constance lui montra son erreur, et le priant de permettre qu’elle le conduisît dans sa chambre où il trouverait Aline très soumise à tout ce qu’il voudrait en exiger, le duc qui, très ivre et de très bonne foi, n’avait réellement point d’autre dessein que d’enculer Aline, se lassa conduire ; cette belle fille le reçut, et on se coucha ; Constance se retira, et tout rentra dans le calme chez les jeunes filles. On rit beaucoup, tout le lendemain, de cette aventure nocturne, et le duc prétendit que si malheureusement, dans un tel cas, il eût fait sauter un pucelage, il n’aurait pas été dans le cas de l’amende parce qu’il état saoul : on l’assura qu’il se trompait, et qu’il l’aurait très bien payée. On déjeuna chez les sultanes à l’ordinaire et toutes avouèrent qu’elles avaient eu une furieuse peur. On n’en trouva cependant aucune en faute, malgré la révolution ; tout était de même ordre chez les garçons et le dîner, non plus que le café, n’ayant rien offert d’extraordinaire, on passa au salon d’histoire, où Duclos, bien remise de ses excès de la veille, amusa l’assemblée, ce soir-là, des cinq récits suivants :


« Ce fut encore moi, dit-elle, messieurs, qui servis à la partie que je vais vous conter. C’était un médecin ; son premier soin fut de visiter mes fesses et comme il les trouva superbes, il fut plus d’une heure à ne faire autre chose que les baiser. Enfin, il m’avoua ses petites faiblesses : il s’agissait de chier ; je le savais, et m’étais arrangée en conséquence. Je remplis un vase de porcelaine blanche qui me servait à ces sortes d’expéditions ; dès qu’il est maître de mon étron, il se jette dessus et le dévore ; à peine est-il à l’œuvre que je m’arme d’un nerf de bœuf (tel était l’instrument dont il fallait lui caresser le derrière), je le menace, je frappe, le gronde des infamies auxquelles il se livre, et sans m’écouter, le libertin, tout en avalant, décharge, et se sauve avec la rapidité de l’éclair en jetant un louis sur la table.

« J’en remis un autre, peu après, entre les mains de Lucile qui n’eut pas peu de peine à le faire décharger. Il fallait d’abord qu’il fût sûr que l’étron qu’on allait lui présenter était d’une vieille pauvresse, et pour s’en convaincre, la vieille était obligée d’opérer devant lui. Je lui en donnai une de soixante-dix ans, pleine d’ulcères et d’érésipèle, et qui, depuis quinze ans, n’avait plus une dent aux gencives : « C’est bon, c’est excellent, dit-il, voilà comment il me les faut. » Puis, s’enfermant avec Lucile et l’étron, il fallut que cette fille, aussi adroite que complaisante, l’excitât à manger cette merde infâme. Il la sentait, il la regardait, il la touchait, mais il avait bien de la peine à se décider à autre chose. Alors Lucile, employant les grands moyens, met la pelle au feu, et la retirant toute rouge, elle lui annonce qu’elle va lui brûler les fesses pour le déterminer à ce qu’elle exige de lui, s’il ne s’y décide pas sur-le-champ. Notre homme frémit, il s’essaye encore : même dégoût. Alors Lucile, ne le ménageant plus, rabaisse ses culottes, et s’exposant un vilain cul tout flétri, tout excorié de semblables opérations, elle lui grésille légèrement les fesses. Le paillard jure, Lucie redouble, elle finit par le brûler très serré sur le milieu du derrière ; la douleur le détermine enfin, il mord une bouchée ; on le réexcite par de nouvelles brûlures, et tout y passe à la fin. Tel fut l’instant de sa décharge, et j’en ai peu vu de plus violentes ; il jeta les hauts cris, il se roula par terre ; je le crus frénétique ou attaqué d’épilepsie. Enchanté de nos bonnes manières, le libertin me promit sa pratique, mais aux conditions que je lui donnerais et la même fille, et toujours de nouvelles vieilles. « Plus elles sont dégoûtantes, me dit-il, et mieux je vous paierai. Vous n’imaginez pas, ajouta-t-il, jusqu’où je porte la dépravation sur cela ; je n’ose presque en convenir moi-même.

« Un de ses amis, qu’il m’envoya le lendemain, la portait cependant, selon moi, bien plus loin que lui, car, avec la seule différence qu’au lieu de lui grésiller les fesses, il fallait les lui frapper fortement avec des pincettes rouges, avec cette seule différence, dis-je, il lui fallait l’étron du plus vieux, du plus sale et du plus dégoûtant de tous les crocheteurs. Un vieux valet de quatre-vingts ans, que nous avions dans la maison depuis un temps immense, lui plut étonnamment pour cette opération ; et il en goba délicieusement l’étron tout chaud, pendant que Justine le rossait avec des pinces qu’on pouvait à peine toucher tant elles étaient brûlantes. Et encore fallait-il lui pincer avec de gros morceaux de chair et les lui rôtir presque.

« Un autre se faisait piquer les fesses, le ventre, les couilles et le vit avec une grosse alêne de savetier, et cela avec à peu près les mêmes cérémonies, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il eût mangé un étron que je lui présentais dans un pot de chambre sans qu’il voulût savoir de qui il était.

« On n’imagine pas, messieurs, où les hommes portent le délire dans le feu de leur imagination. N’en ai-je pas vu un qui, toujours dans les mêmes principes, exigeait que je le rossasse à grands coups de canne sur les fesses, jusqu’à ce qu’il eût mangé l’étron qu’il faisait tirer devant lui du fond même de la fosse des lieux. Et sa perfide décharge ne coulait dans ma bouche, à cette expédition, que lorsqu’il avait dévoré cette fange impure. »


« Tout se conçoit, dit Curval en maniant les fesses de Desgranges ; je suis persuadé qu’on peut aller encore plus loin que tout cela. — Plus loin ? dit le duc, qui pelotait un peu ferme le derrière nu d’Adélaïde, sa femme du jour. Et que diable veux-tu que l’on fasse ? — Pis, dit Curval, pis ! et je trouve qu’on n’en fait jamais assez sur toutes ces choses-là. — Je pense bien comme lui, dit Durcet, qu’enculait Antinoüs, et je sens que ma tête raffinerait encore toutes ces cochonneries. — Je parie que je sais ce que Durcet veut dire, dit l’évêque, qui n’opérait point encore. — Et quoi diable est-ce donc ? dit le duc. Alors l’évêque se leva, parla bas à Durcet, qui dit que c’était cela, et l’évêque fut le rendre à Curval qui dit : « Eh ! vraiment oui », et au duc qui s’écria : « Ah ! foutre, je n’aurais jamais trouvé celle-là. » Comme ces messieurs ne s’expliquèrent pas davantage, il nous a été impossible de savoir ce qu’ils ont voulu dire. Et, le sussions-nous, je crois que nous ferions bien par pudeur de le tenir toujours sous le voile, car il y a tout plein de choses qu’il ne faut qu’indiquer ; une prudente circonspection l’exige ; on peut rencontrer des oreilles chastes, et je suis infiniment persuadé que le lecteur nous sait déjà gré de toute celle que nous employons avec lui ; plus il ira en avant, plus nous serons sur cet objet digne de ses plus sincères louanges, c’est de quoi nous pouvons presque déjà l’assurer. Enfin, quoi qu’on en puisse dire, chacun a son âme à sauver : et de quelle punition, et dans ce monde et dans l’autre, n’est pas digne celui qui, sans aucune modération, se plairait, par exemple, à divulguer tous les caprices, tous les dégoûts, toutes les horreurs secrètes auxquels les hommes sont sujets dans le feu de leur imagination. Ce serait révéler des secrets qui doivent être enfouis pour le bonheur de l’humanité ; ce serait entreprendre la corruption générale des mœurs, et précipiter ses frères en Jésus-Christ dans tous les écarts où pourraient porter de tels tableaux ; et Dieu qui voit le fond de nos cœurs, ce Dieu puissant qui a fait le ciel et la terre, et qui doit nous juger un jour, sait si nous aurions envie d’avoir à nous entendre reprocher par Lui de tels crimes !

On acheva quelques horreurs qui étaient commencées. Curval, par exemple, fit chier Desgranges ; les autres, ou la même chose avec différents sujets, ou d’autres qui ne valaient pas mieux, et l’on passa au souper. Aux orgies, Duclos, ayant entendu ces messieurs disserter sur le nouveau régime plus haut, et dont l’objet était de rendre la merde plus abondante et plus délicate, leur dit que, pour des amateurs comme eux, elle était étonnée de leur voir ignorer le véritable secret d’avoir des étrons très abondants et très délicats. Interrogée sur la façon dont on devait s’y prendre, elle dit que le seul moyen était de donner sur-le-champ une légère indigestion au sujet, non pas en lui faisant manger des choses contraires ou malsaines, mais en l’obligeant à manger précipitamment hors des heures de ses repas. L’expérience fut faite dès le même soir : on fut réveiller Fanny, dont on ne s’était pas soucié ce soir-là et qui s’était couchée après son souper, on l’obligea de manger sur-le-champ quatre très gros biscuits, et le lendemain matin elle fournit un des plus gros et des plus beaux étrons que l’on se fût encore procuré. On adopta donc ce système, avec la clause cependant de ne point donner de pain, que Duclos approuva et qui ne pouvait qu’améliorer les fruits que produirait l’autre secret. Il n’y eut pas de jour où l’on ne donnât ainsi de demi-indigestions à ces jeunes filles et à ces jolis petits garçons, et ce que l’on en obtint ne s’imagine pas. Je le dis en passant, afin que si quelque amateur veuille user de ce secret, il soit fermement persuadé qu’il n’en est pas de meilleur. Le reste de la soirée n’ayant rien produit d’extraordinaire, on fut se coucher afin de se préparer le lendemain aux noces brillantes de Colombe et de Zélamir, qui devaient former la célébration de la fête de la troisième semaine.



Vingt et unième journée

On s’occupa dès le matin de cette cérémonie, suivant l’usage accoutumé, mais, je ne sais si c’était fait exprès ou non, mais la jeune épouse se trouva coupable dès le matin : Durcet assura qu’il avait trouvé de la merde dans son pot de chambre. Elle s’en défendit, elle dit que, pour la faire punir, c’était la vieille qui était venue faire cela, et qu’on leur faisait souvent de ces tromperies-là quand on avait envie de les punir : elle eut beau dire, elle ne fut pas écoutée, et comme son petit mari était déjà sur la liste, on s’amusa beaucoup du plaisir de les corriger tous deux. Cependant les jeunes époux furent conduits en pompe, après la messe, au grand salon de compagnie où la cérémonie devait se compléter avant l’heure du repas. Ils étaient tous deux du même âge, et l’on livra la jeune fille nue à son mari, en permettant à celui-ci d’en faire tout ce qu’il voudrait. Rien ne parle comme l’exemple ; il était impossible d’en recevoir de plus mauvais et de plus contagieux. Le jeune homme saute donc comme un trait sur sa petite femme, et comme il bandait fort dur, quoiqu’il ne déchargeât point encore, il l’aurait inévitablement enfilée ; mais quelque légère qu’eût été la brèche, messieurs mettaient toute leur gloire à ce que rien n’altérât ces tendres fleurs qu’ils voulaient cueillir seuls. Moyen en quoi l’évêque, arrêtant l’enthousiasme du jeune homme, profita lui-même de l’érection et se fit mettre dans le cul l’engin très joli et déjà très formé dont Zélamir allait enfiler sa jeune moitié. Quelle différence pour ce jeune homme ! et quelle distance entre le cul fort large du vieil évêque et le jeune con étroit d’une petite vierge de treize ans ! Mais on avait affaire à des gens avec lesquels il n’y avait pas à raisonner. Curval s’empara de Colombe et la foutit en cuisses par-devant, en lui léchant les yeux, la bouche, les narines et la totalité du visage. Sans doute, on lui rendit pendant ce temps-là quelques services, car il déchargea, et Curval n’était pas homme à perdre son foutre pour des niaiseries semblables. On dîna ; les deux époux furent admis au café comme ils l’avaient été au repas, et ce café fut servi ce jour-là par l’élite des sujets, je veux dire par Augustine, Zelmire, Adonis et Zéphire. Curval, qui voulait rebander, voulut de la merde absolument, et Augustine lui lâcha le plus bel étron qu’on pût faire. Le duc se fit sucer par Zelmire, Durcet par Colombe et l’évêque par Adonis. Ce dernier chia dans la bouche de Durcet, quand il eut expédié l’évêque. Mais point de foutre ; il devenait rare : on ne s’était point ménagé dans les commencements, et comme l’on sentait l’extrême besoin que l’on en aurait vers la fin, on se ménageait. On passa au salon d’histoire, où la belle Duclos, invitée à montrer son derrière avant que de commencer, après l’avoir libertinement exposé aux yeux de l’assemblée, reprit ainsi le fil de son discours :


« Encore un trait de mon caractère, messieurs, dit cette belle fille, après lequel, vous l’ayant assez fait connaître, vous voudrez bien juger ce que je vous cacherai sur ce que je vous aurai dit, et me dispenser de vous entretenir davantage de moi. La mère de Lucile venait de tomber dans une misère effroyable, et c’était par le plus grand hasard du monde que cette charmante fille, qui n’avait point eu de ses nouvelles depuis qu’elle s’était sauvée de chez elle, apprit sa malheureuse détresse. Une de nos marcheuses, aux aguets d’une jeune fille qu’une de mes pratiques me demandait dans le même goût de celle que m’avait demandée le marquis de Mesanges, c’est-à-dire à acheter pour n’en jamais entendre parler, une de nos marcheuses, dis-je, vint me rapporter, comme j’étais au lit avec Lucile, qu’elle avait trouvé une petite fille de quinze ans, très sûrement pucelle, extrêmement jolie, et ressemblant, disait-elle, comme deux gouttes d’eau à mademoiselle Lucile, mais qu’elle était dans un tel état de misère, qu’il faudrait la garder quelques jours pour l’empâter avant de la vendre. Et alors elle fit description de la vieille femme avec qui elle l’avait trouvée, et de l’état d’indigence effroyable dans laquelle était cette mère. À ces traits, au détail de l’âge et de la figure, à tout ce qui concernait l’enfant, Lucile eut un pressentiment secret que ce pouvait bien être là sa mère et sa sœur : elle savait qu’elle avait laissé celle-ci en bas âge avec sa mère, lors de sa fugue, et elle me demanda permission d’aller vérifier ses doutes. Mon infernal esprit me suggéra ici une petite horreur dont l’effet embrasa si promptement mon physique que, faisant aussitôt sortir notre marcheuse, et ne pouvant calmer l’embrasement de mes sens, je commençai par prier Lucile de me branler. Ensuite, m’arrêtant au milieu de l’opération : « Que veux-tu aller faire chez cette vieille femme, lui dis-je, et quel est ton dessein ? — Eh ! mais, dit Lucile, qui n’avait pas encore mon cœur, il s’en fallait… la soulager, si je puis, et principalement si c’est ma mère. — Imbécile, lui dis-je en la repoussant, va, va sacrifier seule à tes indignes préjugés populaires, et perds, en n’osant les braver, la plus belle occasion d’irriter tes sens par une horreur qui te fera décharger dix ans ! » Lucile étonnée me regarda, et je vis bien alors qu’il fallait lui expliquer une philosophie qu’elle était loin d’entendre. Je le fis, je lui fis comprendre combien sont vils les liens qui nous enchaînent aux auteurs de nos jours ; je lui démontrai qu’une mère, pour nous avoir porté dans son sein, au lieu de mériter de nous quelque reconnaissance, ne méritait que de la haine, puisque, pour son seul plaisir, et au risque de nous exposer à tous les malheurs qui pouvaient nous atteindre dans le monde, elle nous avait cependant mis au jour dans la seule intention de satisfaire sa brutale lubricité. J’ajoutai à cela tout ce qu’on pouvait dire pour étayer ce système que le bon sens dicte, et que le cœur conseille quand il n’est pas absorbé par les préjugés de l’enfance. « Et que t’importe, ajoutai-je, que cette créature-là soit heureuse ou infortunée ? Éprouves-tu quelque chose de sa situation ? Écarte ces vils liens dont je viens de te démontrer l’absurdité, et isolant alors entièrement cette créature, la séparant tout à fait de toi, tu verras que non seulement son infortune doit t’être indifférente, mais qu’il peut même devenir très voluptueux de la redoubler. Car enfin tu lui dois de la haine, cela est démontré, et tu te venges ; tu fais ce que les sots appellent une mauvaise action, et tu sais l’empire que le crime eut toujours sur les sens. Voici donc deux motifs de plaisir dans les outrages que je veux que tu lui fasses : et les délices de la vengeance, et ceux qu’on goûte toujours à faire le mal. » Soit que je misse avec Lucile plus d’éloquence que je n’en emploie ici pour vous rendre le fait, soit que son esprit, déjà très libertin et très corrompu, avertît sur-le-champ son cœur de la volupté de mes principes, mais elle les goûta, et je vis ses belles joues se colorer de cette flamme libertine qui ne manque jamais de paraître chaque fois qu’on brise un frein. « Eh bien ! me dit-elle, que faut-il faire ? — Nous en amuser, lui dis-je, et en tirer de l’argent. Quant au plaisir, il est sûr, si tu adoptes mes principes ; quant à l’argent, il l’est de même, puisque je peux faire servir, et ta vieille mère, et ta sœur, à deux différentes parties qui nous deviendront très lucratives. » Lucile accepte, je la branle pour l’exciter encore mieux au crime, et nous ne nous occupons plus que des arrangements. Occupons-nous d’abord de vous détailler le premier plan, puisqu’il fait nombre dans la classe des goûts que j’ai à vous conter, quoique je le dérange un peu de sa place pour suivre l’ordre des événements, et quand vous serez instruits de cette première branche de mes projets, je vous éclairerai sur la seconde.

« Il y avait un homme, dans le monde, fort riche, fort en crédit et d’un dérèglement d’esprit qui passe tout ce qu’on peut dire. Comme je ne le connaissais que sous le titre de comte, vous trouverez bon, quelque instruite que je puisse être de son nom, que je ne vous le désigne que par ce seul titre. Le comte était dans toute la force des passions, âgé au plus de trente-cinq ans, sans foi, sans loi, sans dieu, sans religion, et doué surtout, comme vous, messieurs, d’une invincible horreur pour ce qu’on appelle le sentiment de la charité ; il disait qu’il était plus fort que lui de le comprendre, et qu’il n’admettait pas qu’on pût imaginer d’outrager la nature au point de déranger l’ordre qu’elle avait mis dans les différentes classes de ses individus, en en élevant un par des secours à la place de l’autre, et en employant ces secours absurdes et révoltants des sommes bien plus agréablement employées à ses plaisirs. Pénétré de ces sentiments, il ne s’en tenait pas là ; non seulement il trouvait une jouissance réelle dans le refus du secours, mais il améliorait même cette jouissance par des outrages à l’infortune. Une de ses voluptés, par exemple, était de se faire chercher avec soin de ces asiles ténébreux, où l’indigence affamée mange comme elle peut un pain arrosé de ses larmes et dû à ses travaux. Il bandait à aller non seulement jouir de l’amertume de tels pleurs mais même… mais même à en redoubler la source et arracher, s’il le pouvait, ce malheureux soutien des jours de ces infortunés. Et ce goût, ce n’était pas une fantaisie, c’était une fureur, il n’avait pas, disait-il, de délices plus vives, et rien ne pouvait irriter, enflammer son âme, comme cet excès-là. Ce n’était point, m’assurait-il un jour, le fruit de la dépravation : il avait dès l’enfance cette extraordinaire manie, et son cœur, perpétuellement endurci aux accents plaintifs du malheur, n’avait jamais conçu de sentiments plus doux. Comme il est essentiel que vous connaissiez le sujet, il faut que vous sachiez d’abord que le même homme avait trois passions différentes : celle que je vais vous conter, une que vous expliquera la Martaine, en vous le rappelant par son titre, et une plus atroce encore que la Desgranges vous réservera sans doute pour la fin de ses récits, comme une des plus fortes qu’elle ait sans doute à vous raconter. Mais commençons par ce qui me regarde. Aussitôt que j’eus prévenu le comte de l’asile infortuné que je lui avais découvert, et des attenances qu’il avait, il fut transporté de joie. Mais comme des affaires de la plus grande importance pour sa fortune et son avancement, qu’il négligeait d’autant moins qu’il y voyait une sorte d’étai à ses écarts, comme, dis-je, ses affaires allaient l’occuper près de quinze jours, et qu’il ne voulait pas manquer la petite fille, il aima mieux perdre quelque chose au plaisir qu’il se promettait à cette première scène, et s’assurer la seconde. En conséquence, il m’ordonna de faire à l’instant enlever l’enfant à tel prix que ce fût, et de la faire remettre à l’adresse qu’il m’indiqua. Et pour ne pas vous tenir plus longtemps en suspens, messieurs, cette adresse était celle de la Desgranges, qui le fournissait dans ces troisièmes parties secrètes. Ensuite, nous prîmes jour. Jusque-là, nous fûmes trouver la mère de Lucile, tant pour préparer la reconnaissance avec sa fille que pour aviser au moyen d’enlever sa sœur. Lucile, bien instruite, ne reconnut sa mère que pour l’insulter, lui dire qu’elle était cause de ce qu’elle s’était jetée dans le libertinage, et mille autres propos semblables qui déchiraient le cœur de cette pauvre femme et troublaient tout le plaisir qu’elle avait a retrouver sa fille. Je crus, dans ce début, trouver nos textes, et je représentai à la mère qu’ayant retiré sa fille aînée du libertinage, je m’offrais d’en retirer la seconde. Mais le moyen ne réussit pas ; la malheureuse pleura et dit que pour rien au monde on ne lui arracherait le seul secours qu’il lui restait dans sa seconde fille ; qu’elle était vieille, infirme, qu’elle recevait des soins de cet enfant, et que l’en priver serait lui arracher la vie. Ici, je l’avoue à ma honte, messieurs, mais je sentis un petit mouvement au fond de mon cœur qui me fit connaître que ma volupté allait croître du raffinement d’horreur que j’allais, dans ce cas, mettre à mon crime, et ayant prévenu la vieille que, dans peu de jours, sa fille viendrait lui rendre une seconde visite avec un homme en crédit qui pourrait lui rendre de grands services, nous nous retirâmes, et je ne m’occupai que d’employer mes cordes ordinaires pour me rendre maîtresse de cette jeune fille. Je l’avais bien examinée, elle en valait la peine : quinze ans, une jolie taille, une très belle peau et de très jolis traits. Trois jours après, elle arriva, et après l’avoir examinée sur toutes les parties de son corps et n’y avoir rien trouvé que de charmant, que de très potelé et de très frais, malgré la mauvaise nourriture où elle était condamnée depuis si longtemps, je la fis passer à Mme Desgranges, avec qui j’avais cette fois commerce pour la première fois de ma vie. Notre homme revint enfin de ses affaires ; Lucile le conduisit chez sa mère, et c’est ici où commence la scène que j’ai à vous peindre. On trouva la vieille mère au lit, sans feu, quoique au milieu d’un hiver très froid, ayant près de son lit un vase de bois dans lequel était un peu de lait où le comte pissa dès en entrant. Pour empêcher toute espèce de train et être bien maître du réduit, le comte avait mis deux grands coquins à ses gages dans l’escalier, qui devaient fortement s’opposer à toute montée ou descente hors de propos. « Vieille bougresse, lui dit le comte, nous venons ici avec ta fille que voilà, et qui, par ma foi, est une très jolie putain ; nous venons, vieille sorcière, pour soulager tes maux, mais il faut nous les peindre. Allons, dit-il en s’asseyant et commençant à palper les fesses de Lucile, allons détaille-nous tes souffrances. — Hélas ! dit la bonne femme, vous venez avec cette coquine plutôt pour les insulter que pour les soulager. — Coquine ! dit le comte, tu oses insulter ta fille ? Allons, dit-il en se levant et arrachant la vieille de son grabat, hors du lit tout à l’heure, et demande-lui excuse à genoux de l’insulte que tu viens de lui faire. » Il n’y avait pas moyen de résister. « Et vous, Lucile, troussez-vous, faites baiser vos fesses à votre mère, que je m’assure bien qu’elle va les baiser, et que la réconciliation se rétablisse. » L’insolente Lucile frotte son cul sur le vieux visage de sa pauvre mère, en l’accablant de sottises. Le comte permit à la vieille de se recoucher, et il rentama la conversation : « Je vous dis, encore un coup, continua-t-il, que si vous me contez toutes vos doléances, je les soulagerai. » Les malheureux croient tout ce qu’on leur dit, ils aiment à se plaindre ; la vieille dit tout ce qu’elle souffrait, et se plaignit surtout amèrement du vol qu’on lui avait fait de sa fille, accusant vivement Lucile de savoir où elle était, puisque la dame avec laquelle elle était venue la voir, il y avait peu de temps, lui avait proposé d’en prendre soin, et elle calculait de là, avec assez de raison, que c’était cette dame qui l’avait enlevée. Cependant, le comte, en face du cul de Lucile, dont il avait fait quitter les jupes, baisant de temps à autre ce beau cul et se branlant lui-même, écoutait, interrogeait, demandait des détails, et réglait toutes les titillations de sa perfide volupté sur les réponses qu’on lui faisait. Mais quand la vieille dit que l’absence de sa fille, qui par son travail lui procurait de quoi vivre, allait la conduire insensiblement au tombeau, puisqu’elle manquait de tout et n’avait vécu depuis quatre jours que de ce peu de lait qu’on venait de lui gâter : « Eh bien ! garce, dit-il en dirigeant son foutre sur la vieille et en continuant de serrer fortement les fesses de Lucile, eh bien ! putain, tu crèveras, le malheur ne sera pas grand. » Et en achevant de lâcher son sperme : « Je n’y aurai, si cela arrive, qu’un seul et unique regret, c’est de ne pas moi-même en hâter l’instant. » Mais tout n’était pas dit, le comte n’était pas un homme à s’apaiser pour une décharge. Lucile, qui avait son rôle, s’occupa, dès qu’il eut fait, à empêcher que la vieille ne vît ses manœuvres, et le comte, furetant partout, s’empara d’un gobelet d’argent, unique reste du petit bien-être qu’avait eu autrefois cette malheureuse, et le mit dans sa poche. Ce redoublement d’outrage l’ayant fait rebander, il tira la vieille du lit, la mit nue, et ordonna à Lucile de le branler sur le corps flétri de cette vieille matrone. Il fallut bien encore se laisser faire, et le scélérat darda son foutre sur cette vieille chair, en redoublant ses injures et en disant à cette pauvre malheureuse qu’elle pouvait se tenir pour dit qu’il n’en resterait pas là, et qu’elle aurait bientôt et de ses nouvelles et de celles de sa petite fille qu’il voulait bien lui apprendre être entre ses mains. Il procéda à cette dernière décharge avec des transports de lubricité vivement allumés par ce que sa perfide imagination lui faisait déjà concevoir d’horreurs sur toute cette malheureuse famille, et il sortit. Mais pour n’avoir plus à revenir à cette affaire, écoutez, Messieurs, jusqu’à quel point je comblai la mesure de ma scélératesse. Le comte, voyant qu’il pouvait avoir confiance en moi, m’instruisit de la seconde scène qu’il préparait à cette vieille et à sa petite fille ; il me dit qu’il fallait que je la lui fisse enlever sur-le-champ, et que, de plus, comme il voulait réunir toute la famille, je lui cédasse aussi Lucile dont le beau corps l’avait vivement ému, et dont il ne me cachait pas qu’il projetait la perte, ainsi que des deux autres. J’aimais Lucile, mais j’aimais encore mieux l’argent ; il me donnait un prix fou de ces trois créatures, je consentis à tout. Quatre jours après, Lucile, sa petite sœur et la veille mère furent réunies : ce sera à Mme Desgranges à vous conter comment. Pour quant à moi, je reprends le fil de mes récits interrompu par cette anecdote, qui n’aurait dû vous être racontée qu’à la fin de mes récits, comme une de mes plus fortes. »


« Un moment, dit Durcet ; je n’entends pas ces choses-là de sens froid ; elles ont un empire sur moi qui se peindrait difficilement. Je retiens mon foutre depuis le milieu du récit, trouvez bon que je le perde. » Et se jetant dans son cabinet avec Michette, Zélamir, Cupidon, Fanny, Thérèse et Adélaïde, on l’entendit hurler au bout de quelques minutes, et Adélaïde rentra en pleurant et disant qu’elle était bien malheureuse que l’on allât encore échauffer la tête de son mari à des récits comme ceux-là, et que c’était à celle qui les contait à être victime elle-même. Pendant ce temps-là, le duc et l’évêque n’avaient pas perdu leur temps, mais la manière dont ils avaient opéré étant encore du nombre de celles que les circonstances nous obligent de voiler, nous prions nos lecteurs de trouver bon que nous tirions le rideau et que nous passions tout de suite aux quatre récits qu’il restait à faire à Duclos pour terminer sa vingt et unième soirée.


« Huit jours après le départ de Lucile, j’expédiai un paillard doué d’une assez plaisante manie. Prévenue de plusieurs jours à l’avance, j’avais laissé dans ma chaise percée accumuler un grand nombre d’étrons, et j’avais prié quelqu’une de mes demoiselles d’y en ajouter encore. Notre homme arrive, déguisé en Savoyard ; c’était le matin, il balaye ma chambre, s’empare du pot de la chaise percée, monte aux lieux pour le vider (article qui, par parenthèse, l’occupa fort longtemps) ; il revient, me fait voir avec quel soin il l’a nettoyé et me demande son payement. Mais prévenue du cérémonial, je tombe sur lui le manche à balai à la main. « Ton payement, scélérat ? lui dis-je, tiens, le voilà ton payement ! » Et je lui en assène au moins une douzaine de coups. Il veut fuir, je le suis, et le libertin dont c’était là l’instant décharge tout le long de l’escalier en criant à tue-tête qu’on l’estropie, qu’on le tue, et qu’il est chez une coquine, et non pas chez une honnête femme, comme il le croyait.

« Un autre voulait que je lui insinuasse dans le canal de l’urètre un petit bâton noué qu’il portait à ce dessein dans un étui ; il fallait secouer vivement le petit bâton qu’on introduisait de trois pouces, et de l’autre main lui branler le vit à tête décalottée ; à l’instant de sa décharge, on retirait le bâton, on se troussait par-devant et il déchargeait sur la motte.

« Un abbé, que je vis six mois après, voulait que je lui laissasse dégoutter de la cire de bougie brûlante sur le vit et les couilles ; il déchargeait de cette seule sensation et sans qu’on fût obligé de le toucher ; mais il ne bandait jamais, et pour que son foutre partît, il fallait que tout fût enduit de cire et qu’on n’y reconnût plus figure humaine.

« Un ami de ce dernier se faisait cribler le cul d’épingles d’or, et quand son derrière, ainsi garni, ressemblait à une casserole bien plus qu’à un fessier, il s’asseyait pour mieux sentir les piqûres ; on lui présentait les fesses très écartées, il se branlait lui-même et déchargeait sur le trou du cul. »


« Durcet, dit le duc, j’aimerais assez à voir ton beau cul grassouillet tout couvert comme cela d’épingles d’or : je suis persuadé qu’il serait on ne saurait plus intéressant. — Monsieur le duc, dit le financier, vous savez qu’il y a quarante ans que je me fais gloire et honneur de vous imiter ; ayez la bonté de me donner l’exemple et je vous réponds de le suivre. — Je renie Dieu, dit Curval, qu’on n’avait pas encore entendu, comme l’histoire de Lucile m’a fait bander ! Je me tenais coi, mais je n’en pensais pas moins : tenez, dit-il, en faisant voir son vit collé contre son ventre, voyez si je vous mens. J’ai une furieuse impatience de savoir le dénouement de l’histoire de ces trois bougresses-là ; je me flatte qu’un même tombeau doit les réunir. — Doucement, doucement, dit le duc, n’empiétons pas sur les événements. Parce que vous bandez, monsieur le président, vous voudriez qu’on vous parlât tout de suite de roue et de potence ; vous ressemblez beaucoup aux gens de votre robe, dont on prétend que le vit dresse toujours, chaque fois qu’ils condamnent à mort. — Laissons là l’état et la robe, dit Curval ; le fait est que je suis enchanté des procédés de Duclos, que je la trouve une fille charmante, et que son histoire du comte m’a mis dans un état affreux, dans un état où je crois que j’irais bien volontiers sur le grand chemin arrêter et voler un coche. — Il faut mettre ordre à cela, président, dit l’évêque, autrement nous ne serions pas ici en sûreté, et le moins que tu puisses faire serait de nous condamner tous à être pendus. — Non, pas vous, mais je ne vous cache pas que je condamnerais de bon cœur ces demoiselles, et principalement Mme la duchesse, que voilà là couchée comme un veau sur mon canapé, et qui, parce qu’elle a un peu de foutre modifié dans la matrice, s’imagine qu’on ne peut plus la toucher. — Oh ! dit Constance, ce n’est assurément pas avec vous que je compterais sur mon état pour m’attirer un tel respect ; on sait trop à quel point vous détestez les femmes grosses. — Oh ! prodigieusement, dit Curval, c’est la vérité. » Et il allait, dans son transport, commettre, je crois, quelque sacrilège sur ce beau ventre, lorsque Duclos s’en empara. « Venez, venez, dit-elle, monsieur le président, puisque c’est moi qui ait fait le mal, je veux le réparer. Et ils passèrent ensemble dans le boudoir du fond, suivis d’Augustine, d’Hébé, de Cupidon et de Thérèse. On ne fut pas longtemps sans entendre brailler le président, et malgré tous les soins de Duclos, la petite Hébé revint tout en pleurs ; il y avait même quelque chose de plus que des larmes, mais nous n’osons pas encore dire ce que c’était ; les circonstances ne nous le permettent pas. Un peu de patience, ami lecteur, et bientôt nous ne te cacherons plus rien. Curval, rentré et grumelant encore entre ses dents, disant que toutes ces lois-là faisaient qu’on ne pouvait pas décharger à son aise, etc., on fut se mettre à table. Après le souper, on s’enferma pour les corrections ; elles étaient, ce soir-là, peu nombreuses : il n’y avait en faute que Sophie, Colombe, Adélaïde et Zélamir. Durcet, dont la tête, dès le commencement de la soirée, s’était fortement échauffée contre Adélaïde, ne la ménagea pas ; Sophie, de qui l’on avait surpris des larmes pendant le récit de l’histoire du comte, fut punie pour son ancien délit et pour celui-là ; et le petit ménage du jour, Zélamir et Colombe, fut, dit-on, traité par le duc et Curval avec un sévérité qui tenait un peu de la barbarie.

Le duc et Curval, singulièrement en train, dirent qu’ils ne voulaient pas se coucher, et ayant fait apporter des liqueurs, ils passèrent la nuit à boire avec les quatre historiennes et Julie, dont le libertinage s’augmentant tous les jours, la faisait passer pour une créature fort aimable et qui méritait d’être mise au rang des objets pour lesquels on avait des égards. Tous les sept furent trouvés, le lendemain, ivres morts par Durcet qui vint les visiter ; on trouva la fille nue entre le père et le mari, et dans une attitude qui ne prouvait ni la vertu, ni même la décence dans le libertinage. Il paraissait enfin, pour ne pas tenir le lecteur en suspens, qu’ils en avaient joui tous les deux à la fois. Duclos, qui vraisemblablement avait servi de second, était jonchée, morte ivre auprès d’eux, et le reste était l’un sur l’autre, dans un autre coin, vis-à-vis le grand feu qu’on avait eu soin d’entretenir toute la nuit.



Vingt-deuxième journée

Il résulta de ces bacchanales nocturnes que l’on fit très peu de choses ce jour-là ; on oublia la moitié des cérémonies, on dîna en l’air, et ce ne fut guère qu’au café que l’on commença à se reconnaître. Il était servi par Rosette et Sophie, Zélamir et Giton. Curval, pour se remettre, fit chier Giton, et le duc avala l’étron de Rosette ; l’évêque se fit sucer par Sophie et Durcet par Zélamir ; mais personne ne déchargea. On passa au salon ; la belle Duclos, très malade des excès de la veille, ne s’y offrit qu’en battant l’œil, et ses récits furent si courts, elle y mêla si peu d’épisodes, que nous avons pris le parti de la suppléer et d’extraire au lecteur ce qu’elle dit aux amis. Suivant l’usage, elle raconta cinq passions.


La première fut celle d’un homme qui se faisait branler le cul avec un godemiché d’étain que l’on remplissait d’eau chaude, et qu’on lui seringuait dans le fondement à l’instant de son éjaculation, à laquelle il procédait de lui-même et sans qu’on le touchât.

Le second avait la même manie, mais on y procédait avec un bien plus grand nombre d’instruments ; on débutait par un très petit, et augmentant peu à peu, et de ligne en ligne, on arrivait jusqu’à un dernier dont la taille était énorme, et il ne déchargeait qu’à celui-là.

Il fallait beaucoup plus de mystère au troisième. Il s’en faisait d’entrée de jeu mettre un énorme dans le cul ; ensuite on le retirait ; il chiait, mangeait ce qu’il venait de rendre, et alors on le fouettait. Cela fait, on remettait l’instrument dans son derrière et on le retirait encore. À cette fois, c’était la putain qui chiait et le fouettait, pendant qu’il mangeait ce qu’elle venait de faire. On renfoncait pour la troisième fois l’instrument : pour cette fois, il lâchait son foutre sans qu’on le touchât et en achevant de manger l’étron de la fille.

Duclos parla, dans le quatrième récit, d’un homme qui se faisait lier toutes les articulations avec des ficelles. Pour rendre sa décharge plus délicieuse, on lui serrait même le col, et, en cet état, il lâchait son foutre en face du cul de la putain.

Et, dans son cinquième, d’un autre qui se faisait fortement lier le gland avec une corde ; à l’autre bout de la chambre, une fille nue passait entre ses cuisses le bout de la corde et le tirait devant elle en présentant les fesses au patient ; il déchargeait ainsi.


L’historienne, véritablement excédée après sa tâche remplie, demanda permission de se retirer ; elle lui fut accordée. On polissonna quelques instants, après quoi on fut se mettre à table, mais tout se sentait encore du désordre de nos deux acteurs principaux. On fut également aussi sage aux orgies qu’il était possible que de tels libertins le fussent, et tout le monde fut au lit assez tranquille.



Vingt-troisième journée

« Peut-on brailler, peut-on hurler comme tu le fais en déchargeant ! dit le duc à Curval, en le revoyant le vingt-trois au matin. À qui diable en avais-tu pour crier de la sorte ? Je n’ai jamais vu des décharges de cette violence-là. — Ah ! parbleu, dit Curval, c’est bien à toi qu’on entend d’une lieue à m’adresser un pareil reproche ! Ces cris-là, mon ami, viennent de l’extrême sensibilité de l’organisation : les objets de nos passions donnent une commotion si vive au fluide électrique qui coule dans nos nerfs, le choc reçu par les esprits animaux qui composent ce fluide est d’un tel degré de violence, que toute la machine en est ébranlée, et qu’on n’est pas plus le maître de retenir ses cris à ces secousses terribles du plaisir qu’on ne le pourrait aux émotions puissantes de la douleur. — Voilà qui est fort bien défini. Mais quel était le délicat objet qui mettait ainsi tes esprits animaux en vibration ? — Je suçais violemment le vit, la bouche et le trou du cul d’Adonis, mon compagnon de couche, désespéré de ne pouvoir encore lui en faire davantage, et cela pendant qu’Antinoüs, aidé de votre chère fille Julie, travaillait, chacun dans son genre, à faire évacuer cette liqueur dont l’écoulement a occasionné ces cris qui ont frappé vos oreilles. — De façon qu’aujourd’hui, continua le duc, vous voilà sur les dents. — Point du tout, dit Curval ; si vous daignez me suivre et me faire l’honneur de m’examiner, vous verrez que je me conduirai, pour le moins, aussi bien que vous. » On en était à ces propos, quand Durcet vint dire que le déjeuner était servi. On passa à l’appartement des filles, où l’on vit ces huit charmantes petites sultanes nues présenter des tasses et du café à l’eau. Alors le duc demanda à Durcet, le directeur du mois, pourquoi ce café à l’eau le matin. « Il sera au lait quand vous voudrez, dit le financier. En désirez-vous ? — Oui, dit le duc. — Augustine, dit Durcet, servez du lait à monsieur le duc. Alors la jeune fille préparée vint placer son joli petit cul sur la tasse, et répandit par son anus, dans la tasse du duc, trois ou quatre cuillerées d’un lait très clair et nullement souillé. On rit beaucoup de la plaisanterie, et chacun demanda du lait. Tous les culs étaient préparés comme celui d’Augustine : c’était une surprise agréable que le directeur des plaisirs du mois voulait donner à ses amis. Fanny vint en répandre dans la tasse de l’évêque, Zelmire dans celle de Curval et Michette dans celle du financier ; on reprit une seconde tasse, et les quatre autres sultanes vinrent faire, dans ces nouvelles tasses, la même cérémonie que leurs compagnes avaient faite dans les anciennes. On trouva la plaisanterie fort bonne ; elle échauffa la tête de l’évêque qui voulut autre chose que du lait, et la belle Sophie vint le satisfaire. Quoique toutes eussent envie de chier, on leur avait très recommandé de se retenir dans l’exercice du lait, et de ne donner cette première fois absolument que du lait. On passa chez les garçons : Curval fit chier Zélamir et le duc Giton. Les garde-robes de la chapelle ne fournirent que deux fouteurs subalternes, Constance et Rosette ; c’était une de celles sur lesquelles on avait essayé la veille l’histoire des indigestions, elle avait eu une peine affreuse à se retenir au café et elle lâcha, pour lors, l’étron le plus superbe qu’il fût possible de voir. On félicita Duclos de son secret, et on en usa tous les jours, depuis, avec le plus grand succès. La plaisanterie du déjeuner anima la conversation du dîner et fit imaginer, dans le même genre, des choses dont nous aurons peut-être occasion de parler dans la suite. On passa au café, servi par quatre jeunes sujets du même âge : Zelmire, Augustine, Zéphire et Adonis, tous quatre de quinze ans. Le duc foutit Augustine en cuisses en lui chatouillant l’anus, Curval en fit autant à Zelmire, le duc à Zéphire, et le financier foutit Adonis en bouche. Augustine dit qu’elle s’attendait qu’on la ferait chier à cette époque, et qu’elle n’en pouvait plus : c’était encore une de celles sur lesquelles on avait éprouvé les indigestions de la veille. Curval, à l’instant, lui tendit le bec, et la charmante petite fille y déposa un étron monstrueux que le président goba en trois bouchées, non sans perdre entre les mains de Fanchon, qui le secouait, une rivière abondante de foutre. « Eh bien ! dit-il au duc, vous voyez que les excès de la nuit ne portent aucun préjudice au plaisir du jour, et vous voilà en arrière, monsieur le duc ! — Je n’y serai pas longtemps, » dit celui-ci à qui Zelmire, tout aussi pressée, rendait le même service qu’Augustine venait de rendre à Curval. Et dans le même instant le duc se renverse, jette des cris, avale de la merde, et décharge comme un furieux. « En voilà assez, dit l’évêque ; que deux de nous conservent au moins leurs forces pour les récits. » Durcet qui n’avait pas, comme ces deux messieurs, du foutre au commandement, y consentit de tout son cœur, et, après un instant de méridienne, on fut s’établir au salon, où l’intéressante Duclos reprit dans les termes suivants le fil de sa brillante et lascive histoire :


« Comment est-il, messieurs, dit cette belle fille, qu’il y ait des gens dans le monde à qui le libertinage ait tellement engourdi le cœur, tellement abruti tous les sentiments d’honneur et de délicatesse, que l’on les voie se plaire et s’amuser uniquement de ce qui les dégrade et les avilit ? On dirait que leur jouissance ne se trouve qu’au sein de l’opprobre, qu’elle ne peut exister pour eux que dans ce qui les rapproche du déshonneur et de l’infamie. Dans ce que je vais vous raconter, messieurs, dans les différents exemples que je vais vous donner à preuve de mon assertion, ne m’alléguez pas la sensation physique ; je sais qu’elle s’y trouve, mais soyez bien parfaitement sûrs qu’elle n’existe en quelque sorte que par l’étai puissant que lui donne la sensation morale, et que si vous fournissiez à ces gens-là la même sensation physique sans y joindre tout ce qu’ils retirent de la morale, vous ne réussiriez pas à les émouvoir.

« Il venait très souvent chez moi un homme dont j’ignorais le nom et la qualité, mais que je savais pourtant bien être certainement un homme de condition. L’espèce de femme avec qui je le mariais lui était parfaitement égale : belle ou laide, vieille ou jeune, tout lui était indifférent ; il ne s’agissait que de bien jouer son rôle, et voici ce dont il s’agissait. Il venait ordinairement le matin, il entrait comme par mégarde dans une chambre où se trouvait une fille sur un lit, troussée jusqu’au milieu du ventre et dans l’attitude d’une femme qui se branle. Dès qu’on le voyait entrer, la femme, comme surprise, se jetait aussitôt au bas du lit. « Que viens-tu faire ici, scélérat, lui disait-elle ; qui t’a donné, coquin, la permission de me troubler ? » Il demandait excuse, on ne l’écoutait pas, et tout en l’accablant d’un nouveau déluge d’invectives les plus dures et les plus piquantes, elle tombait sur lui à grands coups de pied dans le cul, et il lui devenait d’autant plus difficile de manquer son coup que le patient, loin d’éviter, ne manquait jamais de se tourner et de présenter le derrière, quoi qu’il eût l’air d’éviter et de vouloir fuir. On redoublait, il demandait grâce ; les coups et les sottises étaient toutes les réponses qu’il recevait ; et dès qu’il se sentait suffisamment excité, il sortait promptement son vit d’une culotte que, jusqu’à cet instant, il avait avec soin tenue très boutonnée, et, se donnant légèrement trois ou quatre coups de poignet, il déchargeait en se sauvant, pendant que l’on continuait et les invectives et les coups.

« Un second, ou plus dur, ou plus accoutumé à cette sorte d’exercice, ne voulait procéder qu’avec un portefaix ou un crocheteur qui comptait son argent. Le libertin entrait furtivement, le malotru criait au voleur ; de ce moment, comme sur l’autre, les coups et les sottises se distribuaient, mais avec cette différence, que celui-ci, tenant toujours sa culotte baissée, voulait recevoir en plein sur le milieu des fesses à nu les coups que l’on lui appliquait, et qu’il fallait que l’assaillant eût un gros soulier ferré plein de boue. Au moment de sa décharge, celui-ci ne s’esquivait pas ; planté, ses culottes bien basses, au milieu de la chambre, en se secouant de toute sa force, il bravait les coups de son ennemi, et, à ce dernier instant, le défiait de lui faire demander quartier, l’insultant à son tour et jurant qu’il mourait de plaisir. Plus l’homme que je donnais à celui-ci était vil, plus il était de la lie du peuple, plus son soulier était grossier et sale, et plus je le comblais de volupté ; je devais mettre à ces raffinements-là les mêmes soins qu’il faudrait employer avec un autre homme pour farder et embellir une femme.

« Un troisième voulait se trouver dans ce qu’on appelle, dans une maison, le sérail, à l’instant où deux hommes, payés et apostés exprès, y élèveraient une dispute. On s’en prenait à lui, il demandait grâce, il se jetait a genoux, on ne l’écoutait pas ; et l’un des deux champions tombant aussitôt sur lui l’accablait de coups de canne jusqu’à l’entrée d’une chambre préparée et dans laquelle il se sauvait ; là une fille le recevait, le consolait, le caressait comme on ferait à un enfant qui vient se plaindre, elle troussait ses jupes, lui montrait le derrière, et le libertin déchargeait dessus.

« Un quatrième exigeait les mêmes préliminaires, mais, dès que les coups de canne commençaient à pleuvoir sur son dos, il se branlait devant tout le monde. Alors on suspendait un instant la dernière opération, quoique les coups de canne et les invectives coulassent toujours, puis, dès qu’on le voyait s’animer, et que son foutre était prêt à partir, on ouvrait une fenêtre, on le saisissait par le milieu du corps et on le jetait de l’autre côté sur un fumier préparé exprès, ce qui ne lui faisait faire une chute tout au plus que de six pieds. Tel était l’instant de sa décharge ; son moral était excité par les apprêts qui précédaient, et son physique ne le devenait que par l’élan de la chute, et ce n’était jamais que sur le fumier que son foutre coulait. On ne le revoyait plus ; une petite porte dont il avait la clé se trouvant en bas, il disparaissait sur-le-champ.

« Un homme, payé pour cela et mis en tapageur, entrait brusquement dans la chambre où l’homme qui nous fournit le cinquième exemple se trouvait enfermé avec une fille, dont il baisait le derrière en attendant l’exécution. Le tapageur, s’en prenant au miché, lui demandait insolemment, en enfonçant la porte, de quel droit il prenait ainsi sa maîtresse, puis mettant l’épée à la main, il lui disait de se défendre. Le miché, tout confus, se jetait à genoux, demandait pardon, baisait la terre, baisait les pieds de son ennemi, et lui jurait qu’il pouvait reprendre sa maîtresse et qu’il n’avait pas envie de se battre pour une femme. Le tapageur, rendu plus insolent par les souplesses de son adversaire, devenait bien plus impérieux : il traitait son ennemi de poltron, de plat, de jean-foutre, et le menaçait de lui couper le visage avec la lame de son épée. Et plus l’un devenait méchant, plus l’autre aussitôt s’humiliait. Enfin, au bout quelques instants de débat, l’assaillant offrait une composition à son ennemi : « Je vois bien que tu es un plat, lui disait-il ; je te fais grâce, mais à condition que tu baiseras mon cul. — Oh ! monsieur, tout ce que vous voudrez, disait l’autre, enchanté. Je vous le baiserai merdeux même, si vous voulez, pourvu que vous ne me fassiez aucun mal. » Le tapageur, rengainant, exposait à l’instant son derrière ; le miché trop heureux se jetait dessus avec enthousiasme, et pendant que le jeune homme lui lâchait une demi-douzaine de pets au nez, le vieux paillard, au comble de sa joie, lâchait du foutre en mourant de plaisir. »


« Tous ces excès-là se conçoivent, dit Durcet en bégayant (parce que le petit libertin bandait au récit de ces turpitudes). Rien de si simple que d’aimer l’avilissement et de trouver des jouissances dans le mépris. Celui qui aime avec ardeur les choses qui déshonorent trouve du plaisir à l’être et doit bander quand on lui dit qu’il l’est. La turpitude est une jouissance très connue de certaines âmes ; on aime à entendre dire ce qu’on aime à mériter, et il est impossible de savoir où peut aller sur cela l’homme qui ne rougit plus de rien. C’est ici l’histoire de certains malades qui se plaisent dans leur cacochysme. — Tout cela est l’affaire du cynisme, dit Curval en maniant les fesses de Fanchon : qui ne sait pas que la punition même produit des enthousiasmes ? Et n’a-t-on pas vu des gens bander, à l’instant où l’on les déshonorait publiquement. Tout le monde sait l’histoire du marquis de *** qui, dès qu’on lui eut appris la sentence qui le brûlait en effigie, sortit son vit de sa culotte et s’écria : « Foutredieu ! me voilà au point où je me voulais, me voilà couvert d’opprobre et d’infamie ; laissez-moi, laissez-moi, il faut que j’en décharge ! » Et il le fit au même instant. — Ce sont des faits, dit à cela le duc, mais expliquez-m’en la cause. — Elle est dans notre cœur, reprit Curval. Une fois que l’homme s’est dégradé, qu’il s’est avili par des excès, il a fait prendre à son âme une espèce de tournure vicieuse dont rien ne peut plus la sortir. Dans tout autre cas, la honte servirait de contrepoids aux vices où son esprit lui conseillerait de se livrer, mais ici cela ne se peut plus : c’est le premier sentiment qu’il a éteint, c’est le premier qu’il a banni loin de lui ; et de l’état où l’on est, en ne rougissant plus, à celui d’aimer tout ce qui fait rougir, il n’y a exactement qu’un pas. Tout ce qui affectait désagréablement, trouvant une âme différemment préparée, se métamorphose alors en plaisir, et, de ce moment-là, tout ce qui rappelle le nouvel état que l’on adopte ne peut plus être que voluptueux. — Mais quel chemin il faut avoir fait dans le vice pour en être là ! dit l’évêque. — J’en conviens, dit Curval, mais cette route se fait imperceptiblement, on ne la suit que sur des fleurs ; un excès amène l’autre ; l’imagination, toujours insatiable, nous amène bientôt au dernier terme, et comme elle n’a parcouru sa carrière qu’en endurcissant le cœur, dès qu’elle a touché le but, ce cœur, qui contenait jadis quelques vertus, n’en reconnaît plus une seule. Accoutumé à des choses plus vives, il secoue promptement les premières impressions molles et sans douceur qui l’avaient enivré jusque lors, et comme il sent bien que l’infamie et le déshonneur vont être la suite de ses nouveaux mouvements, pour n’avoir pas à les redouter, il commence par se familiariser avec eux. Il ne les a pas plus tôt caressés qu’il les aime, parce qu’ils tiennent à la nature de ses nouvelles conquêtes, et il ne change plus. — Voilà donc ce qui rend la correction si difficile, dit l’évêque. — Dites impossible, mon ami. Et comment les punitions infligées à celui que vous voulez corriger réussiraient-elles à le convertir, puisque à cela près de quelques privations, l’état d’avilissement qui caractérise celui où vous le placez en le punissant lui plaît, l’amuse, le délecte, et qu’il jouit au-dedans de lui-même d’avoir été assez loin pour mériter d’être ainsi traité ? — Oh ! quelle énigme que l’homme ! dit le duc. — Oui, mon ami, dit Curval. Et voilà ce qui a fait dire à un homme de beaucoup d’esprit qu’il valait mieux le foutre que de le comprendre. » Et le souper venant interrompre nos interlocuteurs, on fut se mettre à table sans avoir rien fait de la soirée. Mais Curval, au dessert, bandant comme un diable, déclara qu’il voulait faire sauter un pucelage, dût-il en payer vingt amendes, et s’emparant aussitôt de Zelmire qui lui était destinée, il allait l’entraîner dans le boudoir, lorsque les trois amis, se jetant au-devant de lui, le supplièrent de se soumettre à ce que lui-même avait prescrit, et que puisque eux, qui avaient pour le moins autant envie d’enfreindre ces lois, s’y soumettaient cependant, il devait les imiter au moins par complaisance. Et comme on avait sur-le-champ envoyé Julie qu’il aimait, elle s’empara de lui avec la Champville et Brise-cul, et ils passèrent tous trois dans le salon, où les autres amis, les rejoignant bientôt pour commencer les orgies, les trouvèrent aux prises, et Curval lâchant enfin son foutre, au milieu des plus lubriques postures et des épisodes les plus libertins. Durcet, aux orgies, se fit donner deux ou trois cents coups de pied au cul par les vieilles ; l’évêque, le duc et Curval par les fouteurs, et personne, avant d’aller se coucher, ne fut exempt de perdre plus ou moins de foutre, suivant la faculté qu’il en avait reçue de la nature. Comme on craignait quelque nouveau retour de la fantaisie déflorante que Curval venait d’annoncer, on fit coucher avec soin les vieilles dans la chambre des filles et des garçons. Mais ce soin ne fut pas nécessaire ; et Julie, qui s’en empara toute la nuit, le rendit le lendemain à la société aussi souple qu’un gant.



Vingt-quatrième journée

C’est une véritable maladie de l’âme que la dévotion ; on a beau faire, on ne s’en corrige point. Plus facile à s’imprégner dans l’âme des malheureux, parce qu’elle les console, parce qu’elle leur offre des chimères pour les consoler de leurs maux, il est bien plus difficile encore de l’extirper dans ces âmes-là que dans d’autres. C’était l’histoire d’Adélaïde : plus le tableau de la débauche et du libertinage se développait à ses yeux, plus elle se rejetait dans les bras de ce Dieu consolateur qu’elle espérait avoir un jour pour libérateur des maux où elle ne voyait que trop qu’allait l’entraîner sa malheureuse situation. Personne ne sentait mieux son état qu’elle ; son esprit lui présageait au mieux tout ce qui devait suivre le funeste commencement dont elle était déjà victime, quoique légèrement ; elle comprenait à merveille qu’à mesure que les récits deviendraient plus forts, les procédés des hommes, envers ses compagnes et elle, deviendraient aussi plus féroces. Tout cela, quelque chose qu’on pût lui dire, lui faisait tant qu’elle pouvait rechercher avec avidité la société de sa chère Sophie. Elle n’osait plus y aller la nuit ; on s’en était trop aperçu, et on s’opposait trop bien à ce que pareille incartade pût arriver désormais, mais sitôt qu’elle avait un instant, elle y volait ; et cette même matinée-ci dont nous écrivons le journal, s’étant levée de très bonne heure d’auprès de l’évêque avec qui elle avait couché, elle était venue dans la chambre des jeunes filles causer avec sa chère Sophie. Durcet qui, à cause des fonctions de son mois, se levait aussi plus matin que les autres, l’y trouva, et lui déclara qu’il ne pouvait pas s’empêcher d’en rendre compte, et que la société en déciderait comme il lui plairait. Adélaïde pleura, c’était là toutes ses armes, et se laissa faire ; la seule grâce qu’elle osa demander à son mari fut de tâcher de ne point faire punir Sophie, qui ne pouvait pas être coupable puisque c’était elle qui était venue la trouver, et non Sophie qui fût venue dans sa chambre. Durcet dit qu’il dirait le fait comme il était et qu’il n’en déguiserait rien : rien ne s’attendrit moins qu’un correcteur qui a le plus grand intérêt à la correction. C’était ici le cas ; il n’y avait rien de si joli à punir que Sophie : par quel motif Durcet l’aurait-il épargnée ? On s’assembla, et le financier rendit compte. C’était une récidive ; le président se ressouvint que, quand il était au palais, ses ingénieux confrères prétendaient que comme une récidive prouvait que la nature agissait dans un homme plus fortement que l’éducation et que les principes, que, par conséquent, en récidivant, il attestait pour ainsi dire qu’il n’était pas maître de lui-même, il fallait le punir doublement ; il voulut raisonner aussi conséquemment, avec autant d’esprit, que ses anciens condisciples, et déclara qu’en conséquence il fallait les punir, elle et sa compagne, dans toute la rigueur des ordonnances. Mais comme ces ordonnances portaient peine de mort pour un tel cas, et qu’on avait envie de s’amuser encore quelque temps de ces dames avant d’en venir là, on se contenta de les faire venir, de les faire mettre à genoux, et de leur lire l’article de l’ordonnance, en leur faisant sentir tout ce qu’elles venaient de risquer en s’exposant à un tel délit. Cela fait, on leur inflige une pénitence triple de celle qu’elles avaient endurée samedi dernier, on leur fit jurer que ça n’arriverait plus, on leur protesta que, si ça arrivait encore, on userait de toute rigueur envers elles ; et on les inscrivit sur le livre fatal. La visite de Durcet y fit placer encore trois noms de plus : deux chez les filles et un chez les garçons. C’était le résultat de la nouvelle expérience des petites indigestions ; elles réussissaient fort bien, mais il en arrivait que ces pauvres enfants, ne pouvant plus se retenir, se mettaient à tout instant dans le cas d’être punis. C’était l’histoire de Fanny, d’Hébé chez les sultanes, et d’Hyacinthe chez les garçons : ce qu’on trouva dans leur pot était énorme, et Durcet s’en amusa longtemps. On n’avait jamais tant demandé de permissions du matin, et tout le monde jurait après Duclos de ce qu’elle avait indiqué un tel secret. Malgré la multitude de permissions demandés, on n’en accorda qu’à Constance, Hercule, deux fouteurs subalternes, Augustine, Zéphire et la Desgranges. On s’en amusa un instant, et l’on se mit à table. « Tu vois, dit Durcet à Curval, le tort que tu as eu de laisser instruire ta fille de la religion ; on ne peut plus maintenant la faire renoncer à ces imbécillités-là : je te l’avais bien dit, dans le temps. — Ma foi, dit Curval, je croyais que de les connaître serait pour elle une raison de plus de les détester, et qu’avec l’âge elle se convaincrait de l’imbécillité de ces infâmes doctrines. — Ce que tu dis là est bon dans les têtes raisonnables, dit l’évêque ; mais il ne faut pas s’en flatter avec un enfant. — Nous serons obligés d’en venir à des partis violents, dit le duc, qui savait bien qu’Adélaïde l’écoutait. — On y viendra, dit Durcet. Je lui réponds d’avance que si elle n’a que moi pour avocat, elle sera mal défendue. — Oh ! je le crois, monsieur, dit Adélaïde en pleurant ; vos sentiments pour moi sont assez connus. — Des sentiments ? dit Durcet. Je commence, ma belle épouse, par vous prévenir que je n’en ai jamais eu pour aucune femme, et moins assurément pour vous qui êtes la mienne que pour toute autre. J’ai la religion en haine ainsi que tous ceux qui la pratiquent, et, de l’indifférence que j’éprouve pour vous, je vous préviens que je passerai bien promptement à la plus violente aversion, si vous continuez à révérer d’infâmes et d’exécrables chimères qui firent de tout temps l’objet de mon mépris. Il faut avoir perdu l’esprit pour admettre un Dieu, et être devenu tout à fait imbécile pour l’adorer. Je vous déclare, en un mot, devant votre père et ces messieurs, qu’il n’y aura point d’extrémité où je ne me porte vis-à-vis de vous, si je vous reprends encore à pareille faute. Il fallait vous faire religieuse si vous vouliez adorer votre jean-foutre de Dieu ; vous l’auriez prié là tout à votre aise. — Ah ! reprit Adélaïde en gémissant, religieuse, grand Dieu ! religieuse, plût au ciel que je le fusse ! » Et Durcet, qui se trouvait alors vis-à-vis d’elle, impatienté de la réponse, lui lança de côté une assiette d’argent au visage, qui l’aurait tuée si elle l’eût atteinte à la tête, car le choc en fut si violent qu’elle se plia contre la muraille. « Vous êtes une insolente créature, dit Curval à sa fille, qui, pour éviter l’assiette, s’était jetée entre son père et Antinoüs ; vous mériteriez que je vous donnasse cent coups de pied dans le ventre. » Et la rejetant loin de lui avec un coup de poing : « Allez faire à genoux des excuses à votre mari, lui dit-il, où nous allons vous faire subir tout à l’heure la plus cruelle des punitions. » Elle fut se jeter en larmes aux pieds de Durcet, mais celui-ci, qui avait vivement bandé en jetant l’assiette, et qui disait que pour mille louis il n’aurait pas voulu manquer son coup, dit qu’il fallait qu’il y eût sur-le-champ une correction générale et exemplaire, sans faire tort à celle du samedi ; qu’il demandait que, pour cette fois, sans conséquence, on congédiât les enfants du café, et que cette expédition se fit à l’heure ou l’on avait coutume de s’amuser en venant de prendre le café. Tout le monde y consentit ; Adélaïde et les deux seules vieilles, Louison et Fanchon, les plus méchantes des quatre et les plus craintes des femmes, passèrent au salon du café, où les circonstances nous obligent de tirer le rideau sur ce qui se passa. Ce qu’il y a de certain, c’est que nos quatre héros déchargèrent, et qu’on permit à Adélaïde de s’aller coucher. C’est au lecteur à faire sa combinaison, et à trouver agréable, s’il lui plaît, que nous le transportions tout de suite aux narrations de Duclos. Chacun s’étant placé auprès des épouses, excepté le duc qui, ce soir-là, devait avoir Adélaïde et qui la fit remplacer par Augustine, chacun donc s’étant arrangé, Duclos reprit ainsi le fil de son histoire :


« Un jour, dit cette belle fille, que je soutenais à une de mes compagnes en maquerellage que j’avais sûrement vu, en fait de flagellations passives, tout ce qu’il était possible de voir de plus fort, puisque j’avais fouetté et vu fouetter des hommes avec des épines et des nerfs de bœuf : « Oh, parbleu ! me dit-elle, pour te convaincre qu’il s’en faut bien que tu aies vu ce qu’il y a de plus fort en ce genre, je veux t’envoyer demain une de mes pratiques. Et m’ayant fait avertir, le matin, de l’heure de la visite et du cérémonial à observer avec ce vieux fermier des postes, qui se nommait, je m’en souviens, M. de Grancourt, je préparai tout ce qu’il fallait, et j’attendis notre homme ; c’était à moi qu’il devait avoir affaire, la chose était ainsi arrangée. Il arrive, et après nous être enfermés : « Monsieur, lui dis-je, je suis désespérée de la nouvelle que j’ai à vous apprendre, mais vous voilà prisonnier, et vous ne pouvez plus sortir d’ici. Je suis désespérée que le Parlement ait jeté les yeux sur moi pour exécuter votre arrêt, mais il l’a voulu ainsi, et j’ai son ordre dans ma poche. La personne qui vous a envoyé chez moi vous a tendu un piège, car elle savait bien de quoi il était question, et certainement elle aurait pu vous éviter cette scène. Au reste, vous savez votre affaire ; on ne se livre pas impunément aux crimes noirs et affreux que vous avez commis, et je vous trouve fort heureux d’en être quitte à si bon marché. » Notre homme avait écouté ma harangue avec la plus grande attention, et, dès qu’elle fut finie, il se jeta en pleurant à mes genoux, en me suppliant de le ménager. « Je sais bien, dit-il, que je me suis grandement oublié. J’ai puissamment offensé Dieu et la Justice ; mais puisque c’est vous, ma bonne dame, qui êtes chargée de ma correction, je vous demande avec instance de me ménager. — Monsieur, lui dis-je, je ferai mon devoir. Que savez-vous si je ne suis pas moi-même examinée, et si je suis maîtresse de me livrer à la compassion que vous m’inspirez ? Déshabillez-vous et soyez docile, c’est tout ce que je puis vous dire. » Grancourt obéit, et, dans une minute, il fut nu comme la main. Mais, grand Dieu ! quel corps offrait-il à ma vue ! Je ne puis vous le comparer qu’à un taffetas chiné. Il n’y avait pas une place de ce corps tout marqué qui ne portât l’épreuve d’une déchirure. Cependant j’avais mis au feu une discipline de fer, armée de pointes aiguës, qui m’avait été envoyée le matin avec l’instruction. Cette arme meurtrière se trouva rouge à peu près au même instant où Grancourt se trouva nu. Je m’en empare, et commençant à le flageller avec, doucement d’abord, puis un peu plus fort, et puis à tour de bras, et cela indistinctement depuis la nuque du col jusqu’au talon, en un instant je mets mon homme en sang. « Vous êtes un scélérat, lui disais-je en frappant, un gueux qui avez commis toutes sortes de crimes. Rien n’est sacré pour vous, et dernièrement encore, on dit que vous avez empoisonné votre mère. — Cela est vrai, madame, cela est vrai, disait-il en se branlant, je suis un monstre, je suis un criminel ; il n’y a pas d’infamie et que je n’aie faite et que je ne sois prêt à faire encore. Allez, vos coups sont inutiles ; je ne me corrigerai jamais, j’ai trop de volupté dans le crime ; vous me tueriez que je le commettrais encore. Le crime est mon élément, il est ma vie, j’y ai vécu et j’y veux mourir. Et vous sentez combien, m’animant lui-même par ces propos, je redoublais et mes invectives et mes coups. Un « foutre ! » lui échappe pourtant : c’était le signal ; à ce mot, je redouble de vigueur et tâche de le frapper sur les endroits les plus sensibles. Il cabriole, il saute, il m’échappe, et va se jeter, en déchargeant, dans une cuve d’eau tiède préparée tout exprès pour le purifier de cette sanglante cérémonie. Oh ! pour le coup, je cédai à ma compagne l’honneur d’en avoir vu plus que moi sur cet article, et je crois que nous pouvions bien nous dire, alors, les deux seules de Paris qui en eussions vu autant, car notre Grancourt ne variait jamais, et il y avait plus de vingt ans qu’il allait tous les trois jours chez cette femme pour pareille expédition.

« Peu après, cette même amie m’adressa chez un autre libertin dont la fantaisie, je le crois, vous paraîtra pour le moins aussi singulière. La scène se passait à sa petite maison, au Roule. On m’introduit dans une chambre assez sombre, où je vois un homme au lit et, dans le milieu de la chambre, une bière. Vous voyez, me dit notre libertin, un homme au lit de la mort, et qui n’a pas voulu fermer les yeux sans rendre encore une fois hommage à l’objet de son culte. J’adore les culs, et je veux mourir en en baisant un. Dès que j’aurai fermé les yeux, vous me placerez vous-même dans cette bière après m’avoir enseveli, et vous m’y clouerez. Il entre dans mes intentions de mourir ainsi dans le sein du plaisir, et d’être servi dans ce dernier moment par l’objet même de ma lubricité. Allons, continue-t-il d’une voix faible et entrecoupée, dépêchez-vous, car je suis au dernier moment. » J’approche, je me tourne, je lui fais voir mes fesses. « Ah ! le beau cul ! dit-il, que je suis bien aise d’emporter au tombeau l’idée d’un si joli derrière ! » Et il le maniait, et il l’entrouvrait, et il le baisait, comme l’homme du monde qui se porte le mieux.

« Ah ! dit-il au bout d’un instant, en quittant sa besogne et se retournant de l’autre côté, je savais bien que je ne jouirais pas longtemps de ce plaisir ! J’expire, souvenez-vous de ce que je vous ai recommandé. » Et, en disant cela, il pousse un grand soupir, se roidit, et joue si bien son rôle que le diable m’ emporte si je ne le crus mort. Je ne perds pas la tête : curieuse de voir la fin d’une si plaisante cérémonie, je l’ensevelis. Il ne bougeait plus, et soit qu’il eût un secret pour paraître ainsi, soit que mon imagination fût frappée, mais il était raide et froid comme une barre de fer ; son vit seul donnait quelques signes d’existence, car il était dur et collé contre son ventre et des gouttes de foutre semblaient s’en exhaler malgré lui. Sitôt qu’il est empaqueté dans un drap, je l’emporte, et ce n’était pas là le plus aisé, car la manière dont il se raidissait le rendait aussi lourd qu’un bœuf. J’en viens pourtant à bout, et je l’étends dans sa bière ; dès qu’il y est, je me mets à réciter l’office des morts et je le cloue enfin. Tel était l’instant de la crise : à peine a-t-il entendu les coups de marteau, qu’il s’écrie comme un furieux : « Ah ! sacré nom d’un Dieu, je décharge ! Sauve-toi putain, sauve-toi, car si je t’attrape tu es morte ! » La peur me prend, je me lance sur l’escalier, où je rencontre un valet de chambre adroit et au fait des manies de son maître, qui me donne deux louis, et qui entre précipitamment dans la chambre du patient pour le délivrer de l’état où je l’avais mis. »


« Voilà un plaisant goût, dit Durcet. Eh bien ! Curval, le conçois-tu, celui-là ? — À merveille, dit Curval, ce personnage-là est un homme qui veut se familiariser avec l’idée de la mort, et qui n’a pas vu de meilleur moyen pour cela que de la lier avec une idée libertine. Il est parfaitement sûr que cet homme-là mourra en maniant des culs. — Ce qu’il y a de certain, dit Champville, c’est que c’est un fier impie ; je le connais, et j’aurai occasion de vous faire voir comme il en use avec les plus saints mystères de la religion. — Ça doit être, dit le duc ; c’est un homme qui se moque de tout et qui veut s’accoutumer à penser et à agir de même à ses derniers instants. — Pour moi ajouta l’évêque, je trouve quelque chose de très piquant à cette passion, et je ne vous cache pas que j’en bande. Continue, Duclos, continue, car je sens que je ferais quelque sottise et je n’en veux plus faire aujourd’hui. »


« Eh bien, dit cette belle fille, en voici un moins compliqué : il s’agit d’un homme qui m’a suivie plus de cinq ans de suite pour l’unique plaisir de se faire coudre le trou du cul. Il s’étendait à plat ventre sur un lit, je m’asseyais entre ses jambes, et là, armée d’une aiguille et d’une demi-aune de gros fil ciré, je lui cousais exactement l’anus tout autour ; et la peau de cette partie était chez cet homme tellement dure et tellement faite au coup d’aiguille, que mon opération n’en faisait pas sortir une goutte de sang. Il se branlait lui-même pendant ce temps-là, et déchargeait comme un diable au dernier coup d’aiguille. Son ivresse dissipée, je défaisais promptement mon ouvrage et tout était dit.

« Un autre se faisait frotter avec de l’esprit-de-vin sur tous les endroits de son corps où la nature avait placé des poils, puis j’allumais cette liqueur spiritueuse, qui consumait à l’instant tous les poils. Il déchargeait en se voyant en feu pendant que je lui faisais voir mon ventre, ma motte, et le reste, car celui-là avait le mauvais goût de ne regarder jamais que des devants. »


« Mais qui de vous, messieurs, a connu Mirecourt, aujourd’hui président de grand-chambre et dans ce temps-là conseiller clerc ? — Moi, répondit Curval. — Eh bien ! monsieur, dit Duclos, savez-vous quelle était et quelle est encore, à ce que je crois, sa passion. — Non et comme il passe, ou veut passer, pour un dévot, je serai fort aise de le savoir. — Eh bien, reprit Duclos, il veut qu’on le prenne pour un âne. — Ah ! morbleu, dit le duc à Curval, mon ami c’est un goût d’état que ceci ! Je parierais qu’alors cet homme-là croit qu’il va juger… — Eh bien, ensuite dit le duc. — Ensuite, monseigneur, il faut le mener par le licol, le promener ainsi une heure dans la chambre ; il braie, on le monte, et dès qu’on est dessus, on le fouette sur tout le corps avec une houssine comme pour presser sa marche ; il la redouble, et comme il se branle pendant ce temps-là, dès qu’il décharge, il jette les hauts cris, fait une ruade, et jette la fille les quatre fers en l’air. — Oh ! pour celle-là, dit le duc, elle est plus divertissante que lubrique. Et dis-moi, je te prie, Duclos, cet homme-là t’a-t-il dit s’il avait quelque camarade du même goût ? — Oui, dit l’aimable Duclos en entrant avec esprit dans la plaisanterie, et descendant de son estrade parce que sa tâche était remplie, oui, monseigneur ; il me dit qu’il en avait beaucoup, mais qu’ils ne voulaient pas tous se laisser monter. » La séance étant finie, on voulut faire quelque sottise avant souper ; le duc serrait Augustine de fort près. « Je ne m’étonne pas, disait-il, en la branlant sur le clitoris et en lui faisant empoigner son vit, je ne m’étonne pas qu’il prenne quelquefois à Curval des tentations de rompre le pacte et de faire sauter un pucelage, car je sens que dans ce moment-ci, par exemple, j’enverrais de bon cœur au diable celui d’Augustine. — Lequel ? dit Curval. — Ma foi, tous deux, dit le duc ; mais il faut être sage : en attendant ainsi nos plaisirs, nous les rendrons bien plus délicieux. Allons petite fille, continua-t-il, faites-moi voir vos fesses, ça fera changer peut-être la nature de mes idées… Sacredieu ! le beau cul qu’a cette petite putain-là ! Curval, que me conseilles-tu d’en faire ? — Une vinaigrette, dit Curval. — Plût à Dieu ! dit le duc. Mais patience… tu verras que tout viendra avec le temps. — Mon très cher frère, dit le prélat d’une voix coupée, vous tenez des propos qui sentent le foutre. — Eh ! vraiment, c’est que j’ai grande envie d’en perdre. — Eh ! qui vous en empêche ? dit l’évêque. — Oh ! tout plein de choses, reprit le duc. D’abord il n’y a pas de merde, et j’en voudrais ; et puis je ne sais : j’ai envie de tout plein de choses. — Et de quoi ? dit Durcet, à qui Antinoüs chiait dans la bouche. — De quoi ? dit le duc. D’une petite infamie à laquelle il faut que je me livre. » Et passant au boudoir du fond avec Augustine, Zélamir, Cupidon, Duclos, Desgranges et Hercule, on entendit au bout d’une minute des cris et des jurements qui prouvaient que le duc venait enfin de calmer et sa tête et ses couilles. On ne sait pas trop ce qu’il avait fait à Augustine, mais malgré son amour pour elle, on la vit revenir en pleurant et un de ses doigts entortillé. Nous sommes désolés de ne pouvoir pas encore expliquer tout cela, mais il est certain que ces messieurs, sous-main et avant que cela ne fût bien exactement permis, se livraient à des choses qu’on ne leur avait pas encore racontées, et en cela ils manquaient formellement aux conventions qu’ils avaient établies ; mais quand une société entière commet les mêmes fautes, elle se les pardonne assez communément. Le duc rentra, et vit avec plaisir que Durcet et l’évêque n’avaient pas perdu leur temps, et que Curval, entre les bras de Brise-cul, faisait délicieusement tout ce qu’on peut faire avec tout ce qu’il avait pu rassembler près de lui d’objets voluptueux. On servit. Les orgies à l’ordinaire ; et l’on fut se coucher. Tout éclopée qu’était Adélaïde, le duc, qui devait l’avoir cette nuit-là, la voulut, et comme il était revenu des orgies un peu ivre à son ordinaire, on dit qu’il ne la ménagea pas. Enfin la nuit se passa comme toutes les précédentes, c’est-à-dire dans le sein du délire et de la débauche ; et la blonde Aurore étant venue, comme disent les poètes, ouvrir les portes du palais d’Apollon, ce dieu, assez libertin lui-même, ne monta sur son char azuré que pour venir éclairer de nouvelles luxures.



Vingt-cinquième journée

Une nouvelle intrigue se formait pourtant à la sourdine dans les murs impénétrables du château de Silling, mais elle n’était pas d’une conséquence aussi dangereuse que celle d’Adélaïde et de Sophie. Cette nouvelle association se tramait entre Aline et Zelmire ; la conformité du caractère de ces deux jeunes filles avait aidé beaucoup à les lier : toutes deux douces et sensibles, deux ans et demi de différence au plus dans leur âge, bien de l’enfance, bien de la bonhomie dans leur caractère, en un mot presque toutes deux les mêmes vertus et presque toutes deux les mêmes vices, car Zelmire, douce et tendre, était nonchalante et paresseuse comme Aline. En un mot elles se convenaient si bien que, le matin du vingt-cinq, on les trouva dans le même lit, et voici comme cela eut lieu. Zelmire, étant destinée à Curval, couchait, comme on sait, dans sa chambre ; cette même nuit ; Aline était femme de lit de Curval ; mais Curval, revenu ivre mort des orgies, ne voulut coucher qu’avec Bande-au-ciel, et moyennant cela, les deux petites colombes, abandonnées et réunies par ce hasard, se campèrent, de crainte du froid, toutes les deux dans le même lit, et là on prétendit que leur petit doigt s’était gratté ailleurs qu’au coude. Curval, en ouvrant les yeux le matin, et voyant ces deux oiseaux dans le même nid, leur demanda ce qu’elles faisaient là, et, leur ordonnant de venir à l’instant toutes deux dans son lit, il les flaira au-dessous du clitoris, et reconnut clairement qu’elles étaient encore toutes deux pleines de foutre. Le cas était grave : on voulait bien que ces demoiselles fussent des victimes d’impudicité, mais on exigeait qu’entre elles il y eût de la décence (car que n’exige pas le libertinage dans ses perpétuelles inconséquences !), et si l’on voulait bien quelquefois leur permettre d’être impures entre elles, il fallait que ce fût, et par ordre de ces messieurs, et sous leurs yeux. Moyen en quoi le cas fut porté au conseil, et les deux délinquantes, qui ne purent ou n’osèrent désavouer, eurent l’ordre de montrer comment elles s’y prenaient, et de faire voir devant tout le monde quel était leur petit talent particulier. Elles le firent en rougissant beaucoup, en pleurant, et en demandant pardon de ce qu’elles avaient fait. Mais il était trop doux d’avoir ce joli petit couple à punir le samedi d’ensuite pour qu’on imaginât de leur faire grâce, et elles furent subitement inscrites sur le fatal livre de Durcet, qui, par parenthèse, se remplissait très agréablement cette semaine. Cette expédition faite, on acheva le déjeuner, et Durcet fit ses visites. Les fatales indigestions valurent encore une délinquante : c’était la petite Michette ; elle n’en pouvait plus, disait-elle, on l’avait trop fait manger la veille, et mille autres petites excuses enfantines qui ne l’empêchèrent pas d’être inscrite. Curval, qui bandait beaucoup, saisit le pot de chambre et dévora tout ce qui était dedans. Et jetant ensuite sur elle des yeux courroucés : « Oh ! oui, parbleu, petite coquine, lui dit-il. Oh ! oui, parbleu, vous serez corrigée, et de ma main encore. Il n’est pas permis de chier comme cela ; vous n’aviez qu’à nous avertir, au moins ; vous savez bien qu’il n’y a pas d’heure où nous ne soyons prêts à recevoir de la merde. » Et il lui maniait fortement les fesses en lui adressant la leçon. Les garçons se trouvèrent intacts ; on n’accorda nulle permission pour la chapelle, et l’on se mit à table. On raisonna beaucoup pendant le dîner sur l’action d’Aline : on la croyait une sainte nitouche, et tout à coup voilà des preuves de son tempérament. « Eh ! bien, dit Durcet à l’évêque, mon ami, faut-il s’en rapporter à l’air des filles, maintenant ? » On convint unanimement qu’il n’y avait rien de si trompeur, et que, comme elles étaient toutes fausses, elles ne se servaient jamais de leur esprit qu’à l’être avec plus d’adresse. Ces propos firent tomber la conversation sur les femmes, et l’évêque, qui les abhorrait, se livra à toute la haine qu’elles lui inspiraient ; il les ravala à l’état des plus vils animaux, et prouva leur existence si parfaitement inutile dans le monde, qu’on pourrait les extirper toutes de dessus la terre sans nuire en rien aux vues de la nature qui, ayant bien trouvé autrefois le moyen de créer sans elles, le trouverait encore quand il n’existerait que des hommes. On passa au café ; il était présenté par Augustine, Michette, Hyacinthe et Narcisse. L’évêque, dont un des plus grands plaisirs simples était de sucer le vit des petits garçons, s’amusait depuis quelques minutes à ce jeu avec Hyacinthe, lorsque tout à coup il s’écria en retirant sa bouche pleine : « Ah ! sacredieu, mes amis, voilà un pucelage ! Voilà la première fois que ce petit drôle-là décharge, j’en suis sûr. » Et, de fait, personne n’avait encore vu Hyacinthe en venir là ; on le croyait même trop jeune pour y parvenir encore ; mais il avait quatorze ans faits, c’était l’âge où la nature a coutume de nous combler de ses faveurs, et rien n’était plus réel que la victoire que l’évêque s’imaginait avoir remportée. On voulut cependant constater le fait, et chacun voulant être témoin de l’aventure, on s’assit en demi-cercle autour du jeune homme. Augustine, la plus célèbre branleuse du sérail, eut ordre de manualiser l’enfant en face de l’assemblée, et le jeune homme eut permission de la manier et de la caresser en telle partie du corps qu’il le désirait : nul spectacle plus voluptueux que celui de voir une jeune fille de quinze ans, belle comme le jour, se prêter aux caresses d’un jeune garçon de quatorze et l’exciter à la décharge par la plus délicieuse pollution ! Hyacinthe, peut-être aidé de la nature, mais plus certainement encore des exemples qu’il avait sous ses yeux, ne toucha, ne mania, ne baisa que les jolies petites fesses de sa branleuse, et, au bout d’un instant, ses belles joues se colorèrent, il poussa deux ou trois soupirs, et son joli petit vit lança à trois pieds de lui cinq ou six jets d’un petit foutre doux et blanc comme de la crème, qui vint tomber sur la cuisse de Durcet, placé le plus près de lui, et qui se faisait branler par Narcisse en regardant l’opération. Le fait bien constaté, on caressa et baisa l’enfant de toute part ; chacun voulut recueillir une petite portion de ce jeune sperme, et comme il parut qu’à son âge et pour un début, six décharges n’étaient pas trop, aux deux qu’ils venaient de faire nos libertins lui en firent joindre chacun une, qu’il leur répandit dans la bouche. Le duc, s’étant échauffé de ce spectacle, s’empara d’Augustine et la branla sur le clitoris avec la langue jusqu’à ce qu’elle eût déchargé deux ou trois fois, ce que la petite friponne, pleine de feu et de tempérament, fit bientôt. Pendant que le duc polluait ainsi Augustine, il n’y avait rien de si plaisant que de voir Durcet, venant recueillir les symptômes du plaisir qu’il ne procurait point, baiser mille fois sur la bouche cette belle enfant, et avaler, pour ainsi dire, la volupté qu’un autre faisait circuler dans ses sens. Il était tard, on fut obligé de soustraire la méridienne et de passer au salon d’histoire, où Duclos attendait depuis longtemps. Dès que tout le monde fut arrangé, elle poursuivit le récit de ses aventures dans les termes suivants :


« J’ai déjà eu l’honneur de vous le dire, messieurs, il est très difficile de comprendre tous les supplices que l’homme invente contre lui-même pour retrouver, dans leur avilissement ou dans leurs douleurs, ces étincelles de plaisir que l’âge ou la satiété lui ont fait perdre. Croiriez-vous qu’une de ces espèces de gens, homme de soixante ans, et singulièrement blasé sur tous les plaisirs de la lubricité, ne les réveillait plus dans ses sens qu’en se faisant brûler avec une bougie sur toutes les parties de son corps et principalement sur celles que la nature destine à ces plaisirs-là ? On la lui éteignait fortement sur les fesses, le vit, les couilles, et surtout sur le trou du cul ; il baisait un derrière pendant ce temps-là, et quand on lui avait vivement renouvelé quinze ou vingt fois cette douloureuse opération, il déchargeait en suçant l’anus que sa brûleuse lui présentait.

« J’en vis un autre, peu après, qui m’obligeait à me servir d’une étrille de cheval, et de le panser avec, sur tout le coprs, précisément comme on aurait fait de l’animal que je viens de nommer. Dès que son corps était tout en sang, je le frottais avec de l’esprit-de-vin, et cette seconde douleur le faisait abondamment décharger sur ma gorge : tel était le champ de bataille qu’il voulait arroser de son foutre. Je me mettais à genoux devant lui, je pressais son vit dans mes tétons, et il y répandait tout à l’aise l’âcre superflu de ses couilles.

« Un troisième se faisait arracher brin à brin tout le poil des fesses. Il se branlait pendant l’opération sur un étron tout chaud que je venais de lui faire. Puis, à l’instant où un foutre de convention m’apprenait l’approche de la crise, il fallait, pour la déterminer, que je lui dardasse dans chaque fesse un coup de ciseaux qui le fît saigner. Il avait le cul ouvert de ces plaies, et à peine pus-je trouver un endroit intact pour y faire mes deux blessures ; à cet instant, son nez se plongeait dans la merde, il s’en barbouillait tout le visage, et des flots de sperme couronnaient son extase.

« Un quatrième me mettait le vit dans la bouche et m’ordonnait de le lui mordre de toutes mes forces. Pendant ce temps-là, je lui déchirais les deux fesses avec un peigne de fer à dents très aiguës, puis, au moment où je sentais son engin prêt à foutre, ce que m’annonçait une très légère et très faible érection, alors, dis-je, je lui écartais prodigieusement les deux fesses, et j’approchais le trou de son cul de la flamme d’une bougie placée à terre à ce dessein. Ce n’était qu’à la sensation de la brûlure de cette bougie à son anus que se décidait l’émission : je redoublais alors mes morsures, et ma bouche se trouvait bientôt pleine. »


« Un instant, dit l’évêque. Je n’entendrai point parler aujourd’hui de décharge faite dans une bouche, sans que cela me rappelle la bonne fortune que je viens d’avoir, et ne dispose mes esprits à des plaisirs de même sorte. » En disant cela, il attire à lui Bande-au-ciel, qui était de poste auprès de lui ce soir-là, et se met à lui sucer le vit avec toute la lubricité d’un vrai bougre. Le foutre part, il l’avale, et renouvelle bientôt la même opération sur Zéphire. Il bandait, et rarement les femmes se trouvaient bien auprès de lui quand il était dans cette crise. Malheureusement, c’était Aline, sa nièce. « Que fais-tu là, garce, lui dit-il, quand ce sont des hommes que je veux ? Aline veut s’esquiver, il la saisit par ses cheveux, et l’entraînant dans son cabinet avec Zelmire et Hébé, les deux filles de son sérail : « Vous allez voir, vous allez voir, dit-il à ses amis, comme je vais apprendre à ces gueuses-là à me faire trouver des cons sous ma main quand ce sont des vits que je veux ! » Fanchon suivit les trois pucelles par son ordre, et au bout d’un instant on entendit vivement crier Aline, et les hurlements de la décharge de monseigneur se joindre aux accents douloureux de sa chère nièce. Tout rentra… Aline pleurait, serrait et tortillait le derrière. « Viens me faire voir cela ! lui dit le duc. J’aime à la folie à voir les vestiges de la brutalité de monsieur mon frère. » Aline montra je ne sais quoi, car il m’a toujours été impossible de découvrir ce qui se passait dans ces infernaux cabinets, mais le duc s’écria : « Ah ! foutre, c’est délicieux ! Je crois que je m’en vais en faire autant. » Mais Curval lui ayant fait observer qu’il était tard et qu’il avait un projet d’amusement à lui communiquer aux orgies, qui demandait et toute sa tête, et tout son foutre, on pria Duclos de faire le cinquième récit par lequel sa soirée devait se clore, et elle reprit dans ces termes :


« Du nombre de ces gens extraordinaires, dit cette belle fille, dont la manie consiste à se faire avilir et dégrader, était un certain président de la chambre des Comptes que l’on appelait Foucolet. Il est impossible d’imaginer à quel point celui-là poussait cette manie ; il fallait lui donner un échantillon de tous les supplices. Je le pendais, mais la corde rompait à temps, et il tombait sur des matelas ; l’instant après, je l’étendais sur une croix de Saint-André et faisais semblant de lui briser les membres avec une barre de carton ; je le marquais sur l’épaule avec un fer presque chaud, et qui laissait une légère empreinte ; je le fouettais sur le dos, précisément comme fait l’exécuteur des hautes œuvres, et il fallait entremêler tout cela d’invectives atroces, de reproches amers de différents crimes, desquels, pendant chacune de ces opérations il demandait en chemise, un cierge en main, bien humblement pardon à Dieu et à la Justice. Enfin, la séance se terminait sur mon derrière, où le libertin venait perdre son foutre quand sa tête était au dernier degré d’embrasement. »


« Eh ! bien, me laisses-tu décharger en paix, à présent que Duclos a fini ? dit le duc à Curval. — Non, non, dit le président ; garde ton foutre : je te dis que j’en ai besoin pour les orgies. — Oh ! je suis ton valet, dit le duc ; me prends-tu donc pour un homme usé, et t’imagines-tu qu’un peu de foutre que je vais perdre tout à l’heure m’empêchera de céder et de correspondre à toutes les infamies qui te passeront par la tête dans quatre heures d’ici ? N’aie pas peur, je serai toujours prêt ; mais il a plu à monsieur mon frère de me donner là un petit exemple d’atrocité, que je serais bien fâché de ne pas exécuter avec Adélaïde, ta chère et aimable fille. » Et la poussant aussitôt dans le cabinet avec Thérèse, Colombe et Fanny, les femmes de son quadrille, il y fit vraisemblablement ce que l’évêque avait fait à sa nièce, et déchargea avec les mêmes épisodes, car on entendit comme tout à l’heure un cri terrible de la jeune victime et le hurlement du paillard. Curval voulut décider qui des deux frères s’était le mieux conduit ; il fit approcher les deux femmes, et ayant examiné les deux derrières à l’aise, il décida que le duc n’avait imité qu’en surpassant. On fut se mettre à table, et, ayant au moyen de quelque drogue, farci de vents les entrailles de tous les sujets, hommes et femmes, on joua après souper à pète-en-gueule. Les amis étaient tous quatre couchés sur le dos, sur des canapés, la tête relevée, et l’on venait tour à tour leur péter dans la bouche ; Duclos était chargée de compter et de marquer, et comme il y avait trente-six péteurs ou péteuses contre seulement quatre avaleurs, il y en eut qui reçurent jusqu’à cent cinquante pets. C’était pour cette lubrique cérémonie que Curval voulait que le duc se réservât, mais cela était parfaitement inutile ; il était trop ami du libertinage pour qu’un excès nouveau ne lui fit pas toujours le plus grand effet, dans quelque situation qu’on vînt le lui proposer, et il n’en déchargea pas moins une seconde fois complètement aux vents moelleux de la Fanchon. Pour Curval, ce furent les pets d’Antinoüs qui lui coûtèrent du foutre, tandis que Durcet perdit le sien, excité par ceux de Martaine, et l’évêque excité par ceux de Desgranges. Mais les jeunes beautés n’obtinrent rien, tant il est vrai qu’il faut que tout se suive et qu’il faut que ce soit toujours les gens crapuleux qui exécutent les choses infâmes.



Vingt-sixième journée

Comme rien n’était plus délicieux que les punitions, que rien ne préparait autant de plaisirs, et de ces sortes de plaisirs qu’on s’était promis de ne goûter que là, jusqu’à ce que les récits permissent, en les développant, de s’y livrer avec plus d’étendue, on imagina tout pour tâcher de faire tomber les sujets dans des fautes qui procurassent la volupté de les punir. Pour cet effet, les amis s’étant assemblés extraordinairement ce matin-là pour raisonner sur cette affaire, on ajouta différents articles aux règlements, dont l’infraction devait nécessairement occasionner des punitions. D’abord, on défendit expressément aux épouses, aux jeunes garçons et aux filles, de péter ailleurs que dans la bouche des amis ; dès que cette envie leur prenait, il fallait sur-le-champ en aller trouver un et lui administrer ce qu’on retenait ; une forte peine afflictive fut infligée aux délinquants. On défendit, de même, absolument l’usage des bidets et des torchements de cul : il fut ordonné à tous les sujets, généralement et sans aucune exception, de ne se jamais laver et de ne jamais sur toute chose torcher son cul en revenant de chier ; que lorsque leur cul serait trouvé propre, il faudrait que le sujet prouvât que c’était un des amis qui le lui avait nettoyé, et qu’il le citât. Moyennant quoi, l’ami interrogé ayant la facilité de nier le fait quand il le voudrait, se procurait à la fois deux plaisirs : celui de torcher un cul avec sa langue, et celui de faire punir le sujet qui venait de lui donner ce plaisir… On en verra des exemples. Ensuite on introduisit une cérémonie nouvelle : dès le matin, au café, dès qu’on entrait dans la chambre des filles, et de même quand, après cela, on passait dans celle des garçons, chacun de ces sujets devait, l’un après l’autre, aller aborder chacun des amis, et lui dire à haute et intelligible voix : « Je me fous de Dieu ! Voulez-vous mon cul ? Il y a de la merde. » Et ceux ou celles qui ne prononceraient pas, et le blasphème, et la proposition à haute voix, seraient sur-le-champ inscrits sur le fatal livre. On imagine aisément combien la dévote Adélaïde et sa jeune élève Sophie eurent de la peine à prononcer de telles infamies, et c’est ce qui divertissait infiniment. Tout cela réglé, on admit les délations ; ce moyen barbare de multiplier les vexations, admis chez tous les tyrans, fut embrassé avec chaleur. Il fut décidé que tout sujet qui porterait une plainte contre un autre gagnerait la suppression de la moitié de sa punition à la première faute qu’il commettrait ; ce qui n’engageait à rien du tout, parce que le sujet qui venait en accuser un autre ignorait toujours où devait aller la punition dont on lui promettait de gagner moitié ; moyen en quoi il était très aisé de lui donner tout ce qu’on voulait donner, et de lui persuader encore qu’il avait gagné. On décida et l’on publia que la délation serait crue sans preuve, ensuite qu’il suffirait d’être accusé n’importe par qui pour être à l’instant inscrit. On augmenta, de plus, l’autorité des vieilles, et sur leur moindre plainte, vraie ou non, le sujet était condamné sur-le-champ. On établit, en un mot, sur le petit peuple toute la vexation, toute l’injustice qu’on pût imaginer, sûrs de retirer des sommes d’autant plus fortes de plaisirs que la tyrannie aurait été le mieux exercée. Cela fait, on visita les garde-robes. Colombe se trouva coupable ; elle s’excusa sur ce qu’on lui avait fait manger la veille entre ses repas et qu’elle n’avait pu y résister, qu’elle était bien malheureuse, que c’était la quatrième semaine de suite qu’elle était punie. Le fait était vrai, et il ne fallait en accuser que son cul, qui était le plus frais, le mieux tourné et le plus mignon qu’on pût voir. Elle objecta qu’elle ne s’était pas torchée, et que ça devait au moins lui valoir quelque chose. Durcet examina, et lui ayant effectivement trouvé un très gros et très large placard de merde, on l’assura qu’elle ne serait pas traitée avec autant de rigueur. Curval qui bandait s’en empara, et lui ayant complètement torché l’anus, il se fit apporter l’étron, qu’il mangea en se faisant branler par elle, et entremêlant le repas de force baisers sur la bouche et d’injonctions positives d’avaler à son tour ce qu’il lui rapportait de son propre ouvrage. On visita Augustine et Sophie, auxquelles il avait été recommandé, après leurs selles poussées de la veille, de rester dans l’état le plus impur. Sophie était dans la règle, quoiqu’elle eût couché chez l’évêque, ainsi que sa place l’exigeait ; mais Augustine était de la plus grande propreté. Sûre de sa réponse, elle s’avança fièrement, et dit qu’on savait bien qu’elle avait couché, suivant sa coutume, chez M. le duc, et qu’avant de s’endormir il l’avait fait venir dans son lit, où il lui avait sucé le trou du cul pendant qu’elle lui branlait le vit avec la bouche. Le duc interrogé dit qu’il ne se souvenait point de cela (quoique cela fût très vrai), qu’il s’était endormi le vit dans le cul de la Duclos, qu’on pouvait approfondir le fait. On mit à cela tout le sérieux et toute la gravité possible ; on envoya chercher Duclos qui, voyant bien ce dont il s’agissait, certifia tout ce qu’avait avancé le duc, et soutint qu’Augustine n’avait été appelée qu’un instant au lit de monseigneur, qui lui avait chié dans la bouche pour y revenir manger son étron. Augustine voulut soutenir sa thèse, et disputa contre la Duclos, mais on lui imposa silence, et elle fut inscrite, quoique parfaitement innocente. On passa chez les garçons, où Cupidon fut trouvé en faute : il avait fait, dans son pot de chambre, le plus bel étron qu’on pût voir. Le duc s’en empara et le dévora, pendant que le jeune homme lui suçait le vit. On refusa toutes les permissions de chapelle, et on passa au salon à manger. La belle Constance, qu’on dispensait quelquefois d’y servir a cause de son état, se trouvant bien ce jour-là, parut nue, et son ventre, qui commençait un peu à enfler, échauffa beaucoup la tête de Curval, et comme on vit qu’il commençait à manier un peu durement les fesses et le sein de cette pauvre créature, pour laquelle on s’apercevait chaque jour que son horreur allait en doublant, sur ses instances et d’après l’envie qu’on avait de conserver son fruit au moins jusqu’à une certaine époque, on lui permit de ne plus paraître ce jour-là qu’aux narrations, dont elle n’était jamais exempte. Curval se remit à dire des horreurs sur les pondeuses d’enfants, et protesta que s’il était le maître il établirait la loi de l’île de Formose, où les femmes enceintes avant trente ans sont pilées dans un mortier avec leur fruit, et que, quand on ferait suivre cette loi-là en France, il y aurait encore deux fois plus de population qu’il n’en faudrait. On passa au café ; il était présenté par Sophie, Fanny, Zélamir et Adonis, mais servi d’une très singulière façon : ce fut avec leur bouche qu’ils le firent avaler. Sophie servit le duc, Fanny Curval, Zélamir l’évêque, et Adonis Durcet. Ils prenaient les gorgées dans leur bouche, se la rinçaient avec, et la rendaient ainsi dans le gosier de celui qu’ils servaient. Curval, qui était sorti de table très échauffé, rebanda de nouveau à cette cérémonie, et quand elle fut achevée, il s’empara de Fanny et lui déchargea dans la bouche, en lui ordonnant d’avaler, sous les peines les plus graves, ce que fit ce malheureux enfant sans même oser sourciller. Le duc et ses deux autres amis firent péter ou chier, et, la méridienne faite, on vint écouter Duclos, qui reprit ainsi la suite de ses récits :


« Je vais couler rapidement, dit cette aimable fille, sur les deux dernières aventures qui me restent à vous conter de ces hommes singuliers qui ne trouvent leur volupté que dans la douleur qu’on leur fait éprouver, et puis nous changerons de matière si vous le trouvez bon. Le premier, pendant que je le branlais, nu et debout, voulait que par un trou fait au plafond, on nous jetât tout le temps que devait durer la séance, des flots d’eau presque bouillante sur le corps. J’eus beau lui représenter que, n’ayant pas la même passion que lui, j’allais pourtant comme lui m’en trouver la victime, il m’assura que je n’en ressentirais aucun mal, et que ces douches-là étaient supérieures pour la santé. Je le crus, et me laissai faire ; et comme c’était chez lui, je ne fus pas maîtresse du degré de chaleur de l’eau : elle était presque bouillante. On n’imagine pas le plaisir qu’il éprouva en la recevant. Pour moi, tout en l’opérant le plus promptement que je pus, je criais, je vous l’avoue, comme un matou que l’on échaude : ma peau en pela, et je me promis bien de ne jamais retourner chez cet homme. »


« Ah ! parbleu, dit le duc, il me prend envie d’échauder comme cela la belle Aline. — Monseigneur, lui répondit humblement celle-ci, je ne suis pas un cochon. » Et la franchise naïve de sa réponse enfantine ayant fait rire tout le monde, on demanda à Duclos quel était le second et dernier exemple qu’elle avait à citer du même genre.


« Il n’était pas tout à fait si pénible pour moi, dit Duclos : il ne s’agissait que de se cuirasser la main d’un bon gant, puis de prendre avec cette main du gravier brûlant dans une poêle, sur un réchaud, et, la main ainsi remplie, il fallait frotter mon homme avec ce gravier presque en feu, depuis la nuque du col jusqu’aux talons. Son corps était si singulièrement endurci à cet exercice qu’il semblait que ce fût du cuir. Quand on en était au vit, il fallait le prendre et le branler au milieu d’une poignée de ce sable brûlant ; il bandait fort vite ; alors, de l’autre main, je plaçais sous ses couilles la pelle toute rouge et préparée à dessein. Ce frottement d’une part, cette chaleur dévorante dont ses testicules étaient dévorés, peut-être un peu d’attouchements sur mes deux fesses, que je devais toujours tenir très présentées pendant l’opération, tout cela le faisait partir, et il déchargeait, ayant bien soin de faire couler son sperme sur la pelle rouge et de le considérer brûler avec délices. »


« Curval, dit le duc, ceci est un homme qui ne me paraît pas aimer la population plus que toi. — Cela m’en a l’air, dit Curval ; je ne te cache pas que j’aime l’idée de vouloir brûler son foutre. — Oh ! je vois bien toutes celles qu’elle te donne, dit le duc ; et fût-il même éclos tu le brûlerais avec le même plaisir, n’est-ce pas ? — Ma foi, je le crains fort, dit Curval, en faisant je ne sais quoi à Adélaïde qui lui fit jeter un grand cri. — Et à qui en as-tu, putain, dit Curval à sa fille, à piailler de la sorte ?… Ne vois-tu pas que le duc me parle de brûler, de vexer, de morigéner du foutre éclos ; et qu’es-tu, je t’en prie, sinon un peu de foutre éclos au sortir de mes couilles ? Allons, poursuivez, Duclos ajouta Curval, car je sens que les pleurs de cette garce-là me feraient décharger, et je ne veux pas. »


« Nous voici, dit cette héroïne, à des détails qui, portant avec eux des caractères de singularité plus piquants, vous plairont peut-être davantage. Vous savez que l’usage, à Paris, est d’exposer les morts aux portes des maisons. Il y avait un homme dans le monde qui me payait douze francs par chacun de ces appareils lugubres où je pouvais le conduire dans ma soirée. Toute sa volupté consistait à s’en approcher avec moi le plus près possible, au bord même du cercueil, si nous pouvions, et là, je devais le branler en sorte que son foutre éjaculât sur le cercueil. Nous en allions courir comme cela trois ou quatre dans la soirée, suivant le nombre que j’en avais découvert, et nous faisions la même opération à tous, sans qu’il me touchât autre chose que le derrière pendant que je le branlais. C’était un homme d’environ trente ans, et j’ai eu sa pratique plus de dix ans, pendant lesquels je suis sûre de l’avoir fait décharger sur plus de deux mille cercueils. »


« Mais disait-il quelque chose pendant son opération ? dit le duc. Adressait-il quelque parole à vous ou au mort ? — Il invectivait le mort, dit Duclos ; il lui disait : « Tiens, coquin ! tiens, bougre ! tiens, scélérat ! emporte mon foutre avec toi dans les enfers ! » — Voilà une singulière manie, dit Curval. — Mon ami, dit le duc, sois sûr que cet homme-là était un des nôtres et qu’il n’en restait sûrement pas là. — Vous avez raison, monseigneur, dit la Martaine, et j’aurai l’occasion de vous représenter encore une fois cet acteur-là sur la scène. » Duclos, alors profitant du silence, reprit ainsi :


« Un autre, poussant beaucoup plus loin une fantaisie à peu près semblable, voulait que j’eusse des espions en campagne pour l’avertir, chaque fois que l’on enterrait, dans quelque cimetière, une jeune fille morte sans maladie dangereuse (c’était la chose qu’il me recommandait le plus). Dès que je lui avait trouvé son affaire, et il me payait toujours la découverte très cher, nous partions le soir, nous nous introduisions dans le cimetière comme nous pouvions, et allant tout de suite au trou indiqué par l’espion, et dont la terre était le plus fraîchement remuée, nous travaillions promptement tous deux à écarter avec nos mains tout ce qui couvrait le cadavre ; et dès qu’il pouvait le toucher, je le branlais dessus pendant qu’il le maniait partout, et surtout sur les fesses, s’il le pouvait. Quelquefois il rebandait une seconde fois, mais alors il chiait et me faisait chier sur le cadavre, et déchargeait par-dessus, en palpant toujours toutes les parties du corps qu’il pouvait saisir. »


« Oh ! pour celle-là, je la conçois, dit Curval, et s’il faut ici vous faire ma confession, c’est que je l’ai faite quelquefois dans ma vie. Il est vrai que j’y ajoutais quelques épisodes qu’il n’est pas encore temps de vous dire. Quoi qu’il en soit, elle me fait bander ; écartez vos cuisses, Adélaïde… » Et je ne sais ce qui se passa, mais le canapé plia sous le faix, on entendit une décharge très constatée, et je crois que tout simplement et très vertueusement, M. le président venait de faire un inceste. « Président, dit le duc, je parie que tu as cru qu’elle était morte — Oui, en vérité, dit Curval, car je n’aurais pas déchargé sans cela. » Et Duclos, voyant qu’on ne disait plus mot, termina ainsi sa soirée :


« Pour ne pas vous laisser, messieurs, dans des idées aussi lugubres, je vais clore ma soirée par le récit de la passion du duc de Bonnefort. Ce jeune seigneur, que j’ai amusé cinq ou six fois, et qui pour la même opération, voyait souvent une de mes amies, exige qu’une femme, armée d’un godemiché, se branle nue devant lui, et par-devant et par-derrière, trois heures de suite sans discontinuer. Une pendule est là qui vous règle, et si l’on quitte l’ouvrage avant la révolution juste de la troisième heure, on n’est point payée. Il est en face de vous, il vous observe, vous tourne et retourne de tous les côtés, vous exhorte à vous évanouir de plaisir, et si, transportée par les effets de l’opération, vous veniez réellement à perdre connaissance dans le plaisir, il est bien certain que vous hâteriez le sien. Sinon, à l’instant précis où l’horloge frappe la troisième heure, il vous approche et vous décharge sur le nez. »


« Par ma foi, dit l’évêque, je ne vois pas, Duclos, pourquoi tu n’as pas préféré de nous laisser sur les idées précédentes que sur celle-là. Elles avaient quelque chose de piquant et qui nous irritait puissamment, au lieu qu’une passion à l’eau rose, comme celle par laquelle tu finis ta soirée, ne nous laisse rien dans la tête. — Elle a bien raison, dit Julie, qui était avec Durcet ; pour mon compte, je l’en remercie, et on nous laissera toutes coucher plus tranquilles, quand on n’aura pas dans la tête de ces vilaines idées que Mme Duclos avait entamées tout à l’heure. — Ah ! cela pourrait peut-être bien vous tromper, belle Julie ! dit Durcet, car, moi, je ne me souviens jamais que de l’ancien quand le nouveau m’ennuie, et pour vous le prouver, ayez la bonté de me suivre. » Et Durcet se jeta dans son cabinet avec Sophie et Michette, pour décharger je ne sais trop comment, mais d’une manière pourtant qui ne plut pas à Sophie, car elle poussa un cri terrible et revint rouge comme une crête de coq. « Oh ! pour celle-là, lui dit le duc, tu n’avais pas envie de la prendre pour morte, car tu viens de lui faire donner un furieux signe de vie ! — Elle a crié de peur, dit Durcet ; demande-lui ce que je lui ai fait, et ordonne-lui de vous le dire tout bas. » Sophie s’approcha du duc pour le lui dire. « Ah ! dit celui-ci tout haut, il n’y avait là ni de quoi tant crier, ni de quoi faire une décharge. » Et comme le souper sonna, on interrompit tous propos et tous plaisirs, pour aller jouir de ceux de la table. Les orgies se célébrèrent avec assez de tranquillité, et on fut se coucher vertueusement, sans qu’il y eût même aucune apparence d’ivresse, ce qui était extrêmement rare.



Vingt-septième journée


Dès le matin, les délations autorisées dès la veille commencèrent, et les sultanes, ayant vu qu’il ne manquait que Rosette pour qu’elles fussent toutes les huit en correction, ne manquèrent pas de l’aller accuser. On assura qu’elle avait pété toute la nuit, et comme c’était affaire de taquinerie de la part des jeunes filles, elle eut tout le sérail contre elle, et elle fut inscrite sur-le-champ. Tout le reste se passa à merveille, et excepté Sophie et Zelmire, qui balbutièrent un peu, les amis furent décidément abordés avec le nouveau compliment : « Foutredieu ! voulez-vous de mon cul ? Il y a de la merde. » Et il y en avait bien exactement partout, car, de peur de tentation de lavage, les vieilles avaient ôté tout vase, toute serviette et toute eau. Le régime de la viande sans pain commençant à échauffer toutes ces petites bouches qui ne se lavaient pas, on s’aperçut de ce jour-là qu’il y avait déjà une grande différence dans les haleines : « Ah ! parbleu, dit Curval en langotant Augustine, ça signifie quelque chose au moins, à présent ! On bande, en baisant cela ! » Tout le monde convint unanimement que cela valait infiniment mieux. Comme il n’y eut rien de nouveau jusqu’au café, nous allons tout de suite y transporter le lecteur. Il était servi par Sophie, Zelmire, Giton et Narcisse. Le duc dit qu’il était parfaitement sûr que Sophie devait décharger, et qu’il fallait en faire absolument l’expérience. Il dit à Durcet de l’observer, et la couchant sur un canapé, il la pollua à la fois sur les bords du vagin, au clitoris, et au trou du cul d’abord avec les doigts, ensuite avec la langue. La nature triompha : au bout d’un quart d’heure, cette belle fille se troubla, elle devint rouge, elle soupira ; Durcet fit observer tous ces mouvements à Curval et à l’évêque, qui ne pouvait pas croire qu’elle déchargeât encore, et, pour le duc, il fut plus à même qu’eux tous de s’en convaincre, puisque ce jeune petit con s’imbiba de partout, et que la petite friponne lui mouilla toutes les lèvres de foutre. Le duc ne put résister à la lubricité de son expérience ; il se leva, et se courbant sur la jeune fille, il lui déchargea sur la motte entrouverte, en introduisant avec ses doigts, le plus qu’il put, son sperme dans l’intérieur du con. Curval, la tête échauffée du spectacle, la saisit et lui demanda autre chose que du foutre ; elle tendit son joli petit cul, le président y colla sa bouche, et le lecteur intelligent devine aisément ce qu’il en reçut. Pendant ce temps-là, Zelmire amusait l’évêque : elle le suçait et lui branlait le fondement. Et tout cela pendant que Curval se faisait branler par Narcisse, dont il baisait ardemment le derrière. Il n’y eut pourtant que le duc qui perdit son foutre : Duclos avait annoncé pour ce soir-là de plus jolis récits que les précédents, et l’on voulut se réserver pour les entendre. L’heure étant venue, on passa, et voici comment s’exprima cette intéressante fille :


« Un homme dont je n’ai jamais connu, messieurs, dit-elle, ni les entours, ni l’existence, et que je ne pourrai, d’après cela, vous peindre que très imparfaitement, me fait prier par un billet de me rendre chez lui, à neuf heures du soir, rue Blanche-du-Rempart. Il m’avertissait par son billet de n’avoir aucune défiance, et que, quoiqu’il ne se fît pas connaître à moi, je n’aurais aucun sujet de me plaindre de lui. Deux louis accompagnaient la lettre, et malgré ma prudence ordinaire, qui certainement aurait dû s’opposer à cette démarche dès que je ne connaissais pas celui qui me la faisait faire, je hasardai tout cependant, me fiant tout à fait à je ne sais quel pressentiment qui semblait m’avertir tout bas que je n’avais rien à craindre. J’arrive, un valet m’ayant avertie de me déshabiller entièrement et qu’il ne pourrait m’introduire qu’en cet état dans l’appartement de son maître, j’exécute l’ordre, et dès qu’il me voit dans l’état désiré, il me prend par la main, et m’ayant fait traverser deux ou trois appartements, il frappe enfin à une porte. Elle s’ouvre, j’entre, le valet se retire, et la porte se referme, mais entre un four et l’endroit où je fus introduite, relativement au jour, il n’y avait pas la moindre différence ; et le jour ni l’air n’entraient dans cette pièce absolument d’aucun côté. À peine suis-je entrée qu’un homme nu vient à moi et me saisit sans prononcer un seul mot ; je ne perds pas la tête, persuadée que tout cela tenait à un peu de foutre qu’il s’agissait de faire répandre pour être débarrassée de tout ce nocturne cérémonial ; je porte sur-le-champ ma main au bas de son ventre, à dessein de faire bien vite perdre au monstre un venin qui le rendait si méchant. Je trouve un vit très gros, fort dur et extrêmement mutin, mais dans l’instant on écarte mes doigts, on a l’air de ne vouloir ni que je touche, ni que je vérifie, et on m’assoit sur un tabouret. L’inconnu se campe auprès de moi, et saisissant mes tétons l’un après l’autre, il les serre et les comprime avec une telle violence que je lui dis brusquement : « Vous me faites mal ! » Alors on cesse, on me relève, on me couche à plat ventre sur un sofa élevé, et s’asseyant entre mes jambes par-derrière, on se met à faire à mes fesses ce qu’on venait de faire à mes tétons : on les palpe et les comprime avec une violence sans égale, on les écarte, on les resserre, on les pétrit, on les baise en les mordillant, on suce le trou de mon cul, et comme ces compressions réitérées avaient moins de danger de ce côté-là que de l’autre, je ne m’opposai à rien, et j’en étais, en me laissant faire, à deviner quel pouvait être le but de ce mystère pour des choses qui me paraissaient aussi simples, lorsque tout à coup j’entends mon homme pousser des cris épouvantables : « Sauve-toi, foutue putain ! sauve-toi, me dit-il, sauve-toi, garce ! Je décharge et je ne réponds pas de ta vie. » Vous croyez bien que mon premier mouvement fut de gagner au pied ; une faible lueur s’offre à moi : c’était celle du jour, introduit par la porte par laquelle j’étais entrée ; je m’y jette, je trouve le valet qui m’avait reçue, je me précipite dans ses bras, il me rend mes habits, me donne deux louis, et je décampe, très contente de m’en trouver quitte à si bon marché. »


« Vous aviez lieu de vous féliciter, dit Martaine, car ce n’était là qu’un diminutif de sa passion ordinaire. Je vous ferai voir le même homme, messieurs, continua cette maman, sous un aspect plus dangereux. — Pas aussi funeste que celui sous lequel je le présenterai à ces messieurs, dit Desgranges, et je me joins à Mme Martaine pour vous assurer que vous fûtes bien heureuse d’en être quitte pour cela, car le même homme avait d’autres passions bien plus singulières. — Attendons donc pour en raisonner que nous sachions toute son histoire, dit le duc, et presse-toi, Duclos, de nous en dire une autre, pour nous ôter de la cervelle une espèce d’individu qui ne manquerait pas de l’échauffer. »


« Celui que je vis ensuite, messieurs, poursuivit Duclos, voulait une femme qui eût une très belle gorge, et comme c’est une de mes beautés, après la lui avoir fait observer, il me préféra à toutes mes filles. Mais quel usage, et de ma gorge et de ma figure, l’insigne libertin prétendait-il donc faire ? Il m’étend sur un sofa, toute nue, se campe à cheval sur ma poitrine, place son vit entre mes deux tétons, m’ordonne de le serrer de mon mieux, et au bout d’une courte carrière, le vilain homme les inonde de foutre en me lançant de suite plus de vingt crachats très épais au visage. »


« Eh bien, dit en rognonnant Adélaïde au duc qui venait de lui cracher au nez, je ne vois pas quelle nécessité il y a d’imiter cette infamie-là ! Finirez-vous ? continuait-elle en s’essuyant, au duc qui ne déchargeait point. — Quand bon me semblera, ma belle enfant, lui dit le duc ; souvenez-vous une fois dans la vie que vous n’êtes là que pour obéir et vous laisser faire. Allons poursuis, Duclos, car je ferais peut-être pis, et comme j’adore cette belle enfant-là, dit-il en persiflant, je ne veux pas l’outrager tout a fait. »


« Je ne sais, messieurs, dit Duclos en reprenant le fil de ses récits, si vous avez entendu parler de la passion du commandeur de Saint-Elme. Il avait une maison de jeu où tous ceux qui venaient risquer leur argent étaient rudement étrillés ; mais ce qu’il y a de fort extraordinaire, c’est que le commandeur bandait à les escroquer : chaque coupe-gorge qu’il leur faisait, il déchargeait dans sa culotte, et une femme que j’ai fort connue, et qu’il avait entretenue longtemps, m’a dit que quelquefois la chose l’échauffait au point qu’il était obligé d’aller chercher avec elle quelques rafraîchissements à l’ardeur dont il était dévoré. Il ne s’en tenait pas là : toute espèce de vol avait pour lui le même attrait, et nul meuble n’était en sûreté avec lui : était-il à votre table, il y volait des couverts ; dans votre cabinet, vos bijoux ; près de votre poche, votre bourse ou votre mouchoir. Tout était bon pourvu qu’il pût le prendre, et tout le faisait bander, et même décharger, dès qu’il l’avait pris.

« Mais il était certainement en cela moins extraordinaire que le président au Parlement avec lequel j’eus affaire très peu de temps après mon arrivée chez la Fournier, et dont je conservais encore la pratique, car son cas étant assez chatouilleux, il ne voulait avoir affaire qu’avec moi. Le président avait un petit appartement loué toute l’année sur la place de Grève ; une vieille servante l’occupait seule comme concierge, et la seule consigne de cette femme était, et d’approprier cet appartement et de faire avertir le président dès qu’on voyait sur la place quelque préparatif d’exécution. Aussitôt le président me faisait dire de me tenir prête, il venait me prendre déguisé et en fiacre, et nous nous rendions à son petit appartement. La croisée de cette chambre était disposée de manière qu’elle dominait exactement et de très près sur l’échafaud ; nous nous placions là le président et moi au travers d’une jalousie, sur l’une des traverses de laquelle il appuyait une excellente lorgnette, et, en attendant que le patient parût, le suppôt de Thémis s’amusait sur un lit à me baiser les fesses, épisode qui, par parenthèse, lui plaisait extraordinairement. Enfin, le brouhaha nous annonçant l’arrivée de la victime, l’homme de robe reprenait sa place à la fenêtre et m’y faisait prendre la mienne à côté de lui, avec injonction de lui manier et branler légèrement le vit, en proportionnant mes secousses à l’exécution qu’il allait observer, en telle sorte que le sperme ne s’échappe qu’au moment où le patient rendrait son âme à Dieu. Tout s’arrangeait, le criminel montait sur l’échafaud, le président contemplait ; plus le patient approchait de la mort, plus le vit du scélérat devenait furieux dans mes mains. Les coups se portaient enfin : c’était l’instant de sa décharge : « Ah ! sacredieu, disait-il alors, double foutu Dieu ! Comme je voudrais être son bourreau moi-même, et comme j’aurais frappé mieux que cela ! » Au reste, les impressions de ses plaisirs se mesuraient sur le genre de supplice : un pendu ne produisait sur lui qu’une sensation fort simple, un homme rompu le mettait dans le délire, mais s’il était ou brûlé ou écartelé, il s’évanouissait de plaisir. Homme ou femme, ça lui était égal : « Il n’y aurait, disait-il, qu’une femme grosse qui me ferait un peu plus d’effet, et malheureusement ça ne se peut pas. — Mais, monsieur, lui disais-je un jour, par votre charge vous coopérez à la mort de cette infortunée victime. — Assurément, me répondit-il, et c’est ce qui m’en amuse davantage : depuis trente ans que je juge, je n’ai jamais donné ma voix autrement qu’à mort. — Et croyez-vous, lui dis-je, que vous n’ayez pas un peu à vous reprocher la mort de ces gens-là comme un meurtre — Bon ! me dit-il, faut-il y regarder de si près ? — Mais, lui dis-je, c’est pourtant ce que dans le monde on appellerait une horreur. — Oh ! me dit-il, il faut savoir prendre son parti sur l’horreur de tout ce qui fait bander, et cela par une raison bien simple : c’est que cette chose, telle affreuse que vous vouliez la supposer, n’est plus horrible pour vous dès qu’elle vous fait décharger ; elle ne l’est donc plus qu’aux yeux des autres ; mais qui m’assure que l’opinion des autres, presque toujours fausse sur tous les objets, ne l’est pas également sur celui-ci ? Il n’y a, poursuivit-il, rien de foncièrement bien et rien de foncièrement mal ; tout n’est que relatif à nos mœurs, à nos opinions et à nos préjugés. Ce point établi, il est extrêmement possible qu’une chose parfaitement indifférente en elle-même soit pourtant indigne à vos yeux et très délicieuse aux miens, et dès qu’elle me plaît, d’après la difficulté de lui assigner une place juste, dès qu’elle m’amuse, ne serais-je pas un fou de m’en priver seulement parce que vous la blâmez ? Va, va, ma chère Duclos, la vie d’un homme est une chose si peu importante que l’on peut s’en jouer tant que cela plaît, comme l’on le ferait de celle d’un chat ou de celle d’un chien ; c’est au plus faible à se défendre ; il a, à fort peu de chose près, les mêmes armes que nous. Et puisque tu es si scrupuleuse, ajoutait mon homme, que dirais-tu donc de la fantaisie d’un de mes amis ? » Et vous trouverez bon, messieurs, que ce goût qu’il me raconta fasse et termine le cinquième récit de ma soirée.

« Le président me dit que cet ami ne voulait avoir affaire qu’à des femmes qui vont être exécutées. Plus le moment où l’on peut les lui livrer est voisin de celui où elles vont périr, et plus il les paye ; mais il faut toujours que ce soit après que leur sentence leur a été signifiée. À portée par sa place d’avoir de ces sortes de bonnes fortunes-là, il n’en manque jamais une, et je lui ai vu payer jusqu’à cent louis des tête-à-tête de cette espèce. Cependant il n’en jouit pas, il n’exige d’elles que de montrer leurs fesses et de chier ; il prétend que rien n’égale le goût de la merde d’une femme à qui on vient de faire une pareille révolution. Il n’y a rien qu’il n’imagine pour se procurer ces tête-à-tête, et encore, comme vous croyez bien, veut-il qu’on ne le connaisse pas. Quelquefois il passe pour le confesseur, quelquefois pour un ami de leur famille, et toujours l’espoir de leur être utile si elles sont complaisantes étaie ses propositions. « Et quand il a fini, quand il s’est satisfait, par où t’imagines-tu qu’il finit son opération, ma chère Duclos ? me disait le président… Par la même chose que moi, ma chère amie : il réserve son foutre pour le dénouement, et le lâche en les voyant délicieusement expirer. — Ah ! c’est bien scélérat ! lui dis-je. — Scélérat ? interrompit-il… Verbiage que cela, mon enfant ! rien n’est scélérat de ce qui fait bander, et le seul crime dans le monde est de se refuser quelque chose sur cela. » »


« Aussi ne se refusait-il rien, dit la Martaine, et Mme Desgranges et moi aurons, je me flatte, occasion d’entretenir la compagnie de quelques anecdotes lubriques et criminelles du même personnage. — Ah ! tant mieux, dit Curval, car voilà un homme que j’aime déjà beaucoup. Voilà comme il faut penser sur les plaisirs, et sa philosophie me plaît infiniment. Il est incroyable à quel point l’homme, déjà resserré dans tous ses amusements, dans toutes ses facultés, cherche à restreindre encore les bornes de son existence par ses indignes préjugés. On n’imagine point, par exemple, où celui qui érige le meurtre en crime a limité toutes ses délices ; il s’est privé de cent plaisirs, plus délicieux les uns que les autres, en osant adopter la chimère odieuse de ce préjugé-là. Et que diable peut faire à la nature un, dix, vingt, cinq cents hommes de plus ou de moins dans le monde ? Les conquérants, les héros, les tyrans s’imposent-ils cette loi absurde de ne pas oser faire aux autres ce que nous ne voulons pas qui nous soit fait ? En vérité, mes amis, je ne vous le cache pas, mais je frémis quand j’entends des sots oser me dire que c’est là la loi de la nature, etc. Juste ciel ! avide de meurtres et de crimes, c’est à les faire commettre et à les inspirer que la nature met sa loi, et la seule qu’elle imprime au fond de nos cœurs est de nous satisfaire n’importe aux dépens de qui. Mais patience, j’aurai peut-être bientôt une meilleure occasion de vous entretenir amplement sur ces matières ; je les ai étudiées à fond, et j’espère, en vous les communiquant, vous convaincre comme je le suis que la seule façon de servir la nature est de suivre aveuglément ses désirs, de quelque espèce qu’ils puissent être, parce que, pour le maintien de ses lois, le vice lui étant aussi nécessaire que la vertu, elle sait nous conseiller tour à tour ce qui devient pour l’instant nécessaire à ses vues. Oui, mes amis, je vous entretiendrai un autre jour de tout cela, mais, pour l’instant, il faut que je perde du foutre, car ce diable d’homme aux exécutions de la Grève m’a tout à fait gonflé les couilles. » Et passant au boudoir du fond avec Desgranges, Fanchon, ses deux bonnes amies, parce qu’elles étaient aussi scélérates que lui, ils se firent suivre tous trois d’Aline, de Sophie, d’Hébé, d’Antinoüs et de Zéphire. Je ne sais trop ce que le libertin imagina au milieu de ces sept personnes, mais cela fut long ; on l’entendit beaucoup crier : « Allez donc, tournez donc ! mais ce n’est pas ce que je vous demande ! », et autres propos d’humeur, entremêlés de jurements auxquels on le savait fort sujet dans ces scènes de débauche ; et les femmes reparurent enfin, très rouges, très échevelées et ayant l’air d’avoir été furieusement pelotées de tous les sens. Pendant ce temps-là, le duc et ses deux amis n’avaient pas perdu leur temps, mais l’évêque était le seul qui eût déchargé, et d’une manière si extraordinaire qu’il ne nous est pas encore permis de la dire. On fut se mettre à table, où Curval philosopha encore un peu, car les passions chez lui n’influaient en rien sur les systèmes ; ferme dans ses principes, il était aussi impie, aussi athée, aussi criminel en venant de perdre du foutre que dans le feu du tempérament, et voilà comme tous les gens sages devraient être. Jamais le foutre ne doit ni dicter, ni diriger les principes ; c’est aux principes à régler la manière de le perdre. Et qu’on bande ou non, la philosophie, indépendante des passions, doit toujours être la même. L’amusement des orgies consista à une vérification dont on ne s’était pas encore avisé, et qui néanmoins était intéressante : on voulut décider qui chez les filles et qui chez les garçons avait le plus beau cul. En conséquence, on fit d’abord placer les huit garçons sur une file, droits, mais un tant soit peu courbés cependant : telle est la vraie manière de bien examiner un cul et de le juger. L’examen fut très long et très sévère ; on combattit ses opinions, on en changea, on visita quinze fois de suite, et la pomme fut généralement accordée à Zéphire : on convint unanimement qu’il était physiquement impossible de rien trouver de plus parfait et de mieux coupé. On passa aux filles ; elles prirent les mêmes postures ; la décision fut d’abord très longue : il était presque impossible de décider entre Augustine, Zelmire et Sophie. Augustine, plus grande, mieux faite que les deux autres, l’eût incontestablement emporté peut-être chez les peintres ; mais les libertins veulent plus de grâce que d’exactitude, plus d’embonpoint que de régularité. Elle eut contre elle un peu trop de maigreur et de délicatesse ; les deux autres offraient une carnation si fraîche, si potelée, des fesses si blanches et si rondes, une chute de reins si voluptueusement coupée qu’elles l’emportèrent sur Augustine. Mais comment décider entre les deux qui restaient ? Dix fois les opinions se trouvèrent égales. Enfin Zelmire l’emporta ; on assembla ces deux charmants enfants, on les baisa, mania, branla toute la soirée, on ordonna à Zelmire de branler Zéphire, qui, déchargeant à merveille, donna le plus grand plaisir à observer dans le plaisir ; à son tour il branla la jeune fille, qui se pâma dans ses bras ; et toutes ces scènes d’une lubricité indicible firent perdre du foutre au duc et à son frère, mais n’émurent que faiblement Curval et Durcet, qui convinrent qu’il leur fallait des scènes moins couleur de rose pour émouvoir leur vieille âme usée, et que toutes ces drôleries-là n’étaient bonnes que pour des jeunes gens. Enfin on fut se coucher, et Curval, au sein de quelques nouvelles infamies, fut se dédommager des tendres pastourelles dont on venait de le rendre témoin.



Vingt-huitième journée

C’était le jour d’un mariage, et le tour de Cupidon et de Rosette à être unis par les nœuds de l’hymen, et, par une singularité encore fatale, tous deux se trouvaient dans le cas d’être corrigés le soir. Comme personne ne se trouva en faute ce matin-là, on employa toute cette partie du jour à la cérémonie des noces, et dès qu’elle fut faite, on les réunit au salon pour voir ce qu’ils feraient ensemble. Comme les mystères de Vénus se célébraient souvent aux yeux de ces enfants, quoique aucun n’y eut encore servi, ils avaient une théorie suffisante à leur faire exécuter sur ces objets à peu près ce qu’il y avait à faire. Cupidon, qui bandait fort roide, plaça donc sa petite cheville entre les cuisses de Rosette, qui se laissait faire avec toute la candeur de l’innocence la plus entière ; le jeune garçon s’y prenait si bien qu’il allait vraisemblablement réussir, quand l’évêque, le saisissant entre ses bras, se fit mettre à lui-même ce que l’enfant aurait, je crois, bien mieux aimé mettre à sa petite femme. Tout en perforant le large cul de l’évêque, il la regardait avec des yeux qui prouvaient ses regrets, mais elle fut elle-même bientôt occupée, et le duc la foutit en cuisses. Curval vint manier lubriquement le cul du petit fouteur de l’évêque, et comme ce joli petit cul se trouva, suivant l’ordre, dans l’état désiré, il le lécha et bandailla. Pour Durcet, il en faisait autant à la petite fille que le duc tenait par-devant. Cependant personne ne déchargea, et l’on fut se mettre à table ; les deux jeunes époux, qui y avaient été admis, furent servir le café avec Augustine et Zélamir. Et la voluptueuse Augustine, toute confuse de n’avoir pas remporté, la veille, le prix de beauté, avait comme en boudant laissé régner dans sa coiffure un désordre qui la rendait mille fois plus intéressante. Curval s’en émut, et lui examinant les fesses : « Je ne conçois pas, dit-il, comment cette petite friponne n’a pas gagné la palme hier, car le diable m’emporte s’il existe au monde un plus beau cul que celui-là ! » En même temps, il l’entrouvrit, et demanda à Augustine si elle était prête à le satisfaire. « Oh oui, dit-elle, et complètement, car je n’en puis plus de besoin. » Curval la couche sur un sofa, et s’agenouillant devant le beau derrière, en un instant il en a dévoré l’étron. « Sacré nom d’un Dieu, dit-il en se tournant vers ses amis et leur montrant son vit collé contre son ventre, me voilà dans un état où j’entreprendrais furieusement de choses. — Et quoi ? lui dit le duc, qui aimait à lui faire dire des horreurs quand il était dans cet état-là. — Quoi ? répondit Curval : telle infamie que l’on voudra me proposer, dût-elle démembrer la nature et disloquer l’univers. — Viens, viens, dit Durcet qui le voyait lancer des regards furieux sur Augustine, viens, allons écouter Duclos, il en est temps ; car je suis persuadé que si on te lâchait la bride sur le col à présent, voilà une pauvre poulette qui passerait un mauvais quart d’heure. — Oh ! oui, dit Curval en feu, un très mauvais : c’est de quoi je puis fermement répondre. — Curval, dit le duc, qui bandait aussi furieusement en venant de faire chier Rosette, que l’on nous abandonne à présent le sérail, et dans deux heures d’ici nous en rendrons bon compte. »

L’évêque et Durcet, plus calmes pour ce moment-ci, les prirent chacun par un bras, et ce fut dans cet état, c’est-à-dire la culotte basse et le vit en l’air, que ces libertins se présentèrent devant l’assemblée déjà réunie au salon d’histoire, et prête à écouter les nouveaux récits de Duclos qui, ayant prévu, à l’état de ces deux messieurs, qu’elle serait bientôt interrompue, commença toujours dans ces termes :


« Un seigneur de la cour, homme d’environ trente-cinq ans, venait de me faire demander, dit Duclos, une des plus jolies filles qu’il me fût possible de trouver. Il ne m’avait point prévenu de sa manie, et, pour le satisfaire, je lui donnai une jeune ouvrière en modes qui n’avait jamais fait de parties, et qui était sans contredit une des plus belles créatures qu’il fût possible de trouver. Je les mets aux prises, et, curieuse d’observer ce qui va se passer, je vais bien vite me camper à mon trou. « Où diable Mme Duclos, débuta-t-il par dire, a-t-elle été chercher une vilaine garce comme vous ? Dans la boue sans doute !… Vous étiez à raccrocher quelques soldats aux gardes quand on est venu vous chercher. » Et la jeune personne, honteuse, et qui n’était prévenue de rien, ne savait quelle contenance tenir. « Allons ! déshabillez-vous donc, continua le courtisan… Que vous êtes gauche !… Je n’ai de mes jours vu une putain et plus laide et plus bête… Eh bien ! allons donc, finirons-nous aujourd’hui ?… Ah ! voilà donc ce corps que l’on avait tant vanté ? Quels tétons… On les prendrait pour les pis d’une vieille vache ! » Et il les maniait brutalement. « Et ce ventre ! comme il est ridé !… Vous avez donc fait vingt enfants ? — Pas un seul, monsieur, je vous assure. — Oh ! oui, pas un seul : voilà comme elles parlent toutes, ces garces-là ; à les entendre, elles sont toujours pucelles… Allons, tournez-vous ! L’infâme cul… quelles fesses flasques et dégoûtantes… C’est à force de coups de pieds au cul, sans doute, qu’on vous a arrangé le derrière ainsi ! » Et vous observerez, s’il vous plaît, messieurs, que c’était le plus beau derrière qu’il fût possible de voir. Cependant, la jeune fille commençait à se troubler ; je distinguais presque les palpitations de son petit cœur, et je voyais ses beaux yeux se couvrir d’un nuage. Et plus elle paraissait se troubler, plus le maudit fripon la mortifiait. Il me serait impossible de vous dire toutes les sottises qu’il lui adressa ; on n’oserait pas en dire de plus piquantes à la plus vile et à la plus infâme des créatures. Enfin le cœur bondit et les larmes partirent : c’était pour cet instant que le libertin, qui se polluait de toutes ses forces, avait réservé le bouquet de ses litanies. Il est impossible de vous rendre toutes les horreurs qu’il lui adressa sur sa peau, sur sa taille, sur ses traits, sur l’odeur infecte qu’il prétendait qu’elle exhalait, sur sa tenue, sur son esprit : en un mot, il chercha tout, il inventa tout pour désespérer son orgueil, et déchargea sur elle, en vomissant des atrocités qu’un portefaix n’oserait prononcer. Il résulta de cette scène quelque chose de fort plaisant : c’est qu’elle valut un sermon à cette jeune fille ; elle jura qu’elle ne s’exposerait de sa vie à pareille aventure, et j’appris, huit jours après, qu’elle était dans un couvent pour le reste de ses jours. Je le dis au jeune homme, qui s’en amusa prodigieusement, et qui me demanda dans la suite quelque nouvelle conversion à faire.

« Un autre, poursuivit Duclos, m’ordonnait de lui chercher des filles extrêmement sensibles, et qui fussent dans l’attente d’une nouvelle dont la mauvaise tournure pût leur causer une révolution de chagrin des plus fortes. Ce genre me donnait à trouver beaucoup de peine, parce qu’il était difficile d’en imposer là. Notre homme était connaisseur, depuis le temps qu’il jouait au même jeu, et d’un coup d’œil il voyait si le coup qu’il portait frappait juste. Je ne le trompais donc point, et donnais toujours des jeunes filles positivement dans la disposition d’esprit qu’il désirait. Un jour, je lui en fisvoir une qui attendait de Dijon des nouvelles d’un jeune homme qu’elle idolâtrait et que l’on nommait Valcourt. Je les mets aux prises. « D’où êtes-vous, mademoiselle lui demande honnêtement notre libertin. — De Dijon, monsieur. — De Dijon ? Ah ! morbleu, voilà une lettre que j’en reçois à l’instant où l’on vient de m’apprendre une nouvelle qui me désole. — Et qu’est-ce que c’est ? demande avec intérêt la jeune fille ; comme je connais toute la ville, cette nouvelle pourra peut-être m’intéresser. — Oh ! non, reprend notre homme, elle n’intéresse que moi ; c’est la nouvelle de la mort d’un jeune homme auquel je prenais le plus vif intérêt. Il venait d’épouser une fille que mon frère, qui est à Dijon, lui avait procurée, une fille dont il était très épris, et le lendemain des noces il est mort subitement. — Son nom, monsieur, s’il vous plaît — Il se nommait Valcourt ; il était de Paris, à telle rue, à telle maison… Oh ! vous ne connaissez sûrement pas cela. » Et dans l’instant la jeune fille tombe à la renverse et s’évanouit. « Ah ! foutre, dit alors notre libertin transporté, en déboutonnant sa culotte et se branlant sur elle, ah ! sacredieu, voilà où je la voulais ! Allons des fesses, des fesses ! il ne me faut que des fesses pour décharger. » Et, la retournant et la troussant, tout immobile qu’elle est, il lui lâche sept ou huit jets de foutre sur le derrière, et se sauve, sans s’inquiéter ni des suites de ce qu’il a dit, ni de ce que la malheureuse deviendra. »


« Et en creva-t-elle ? dit Curval que l’on foutait à tour de reins. — Non, dit Duclos, mais elle en fit une maladie qui lui a duré plus de dix semaines. — Oh ! la bonne chose, dit le duc. Mais moi, poursuivit ce scélérat, je voudrais que notre homme eût choisi le temps de ses règles pour lui apprendre cela. — Oui, dit Curval ; dites mieux, monsieur le duc : vous bandez, je vous vois d’ici, et vous voudriez tout simplement qu’elle en fût morte sur la place. — Eh bien, à la bonne heure ! dit le duc. Puisque vous le voulez comme cela, j’y consens ; moi, je ne suis pas très scrupuleux sur la mort d’une fille. — Durcet, dit l’évêque, si tu n’envoies pas décharger ces deux coquins-là, il y aura du tapage ce soir. — Ah ! parbleu, dit Curval à l’évêque, vous craignez bien votre troupeau ! Deux ou trois de plus ou de moins qu’est-ce que ça ferait ? Allons, monsieur le duc, allons dans le boudoir, et allons-y ensemble, et en compagnie, car je vois bien que ces messieurs ne veulent pas ce soir qu’on les scandalise. » Aussitôt dit aussitôt fait ; et nos deux libertins se font suivre de Zelmire, d’Augustine, de Sophie, de Colombe, de Cupidon, de Narcisse, de Zélamir et d’Adonis, escortés de Brise-cul, de Bande-au-ciel, de Thérèse, de Fanchon, de Constance et de Julie. Au bout d’un instant, on entendit deux ou trois cris de femmes, et les hurlements de nos deux scélérats qui dégorgeaient leur foutre ensemble. Augustine revint, ayant son mouchoir sur son nez, dont elle saignait, et Adélaïde un mouchoir sur le sein. Pour Julie, toujours assez libertine et assez adroite pour se tirer de tout danger, elle riait comme une folle, et disait que sans elle ils n’auraient jamais déchargé. La troupe revint ; Zélamir et Adonis avaient encore les fesses pleines de foutre ; et ayant assuré leurs amis qu’ils s’étaient conduits avec toute la décence et la pudeur possible, afin qu’on n’eût nul reproche à leur faire, et que maintenant, parfaitement calmes, ils étaient en état d’écouter, on ordonna à Duclos de continuer et elle le fit en ces termes :


« Je suis fâchée, dit cette belle fille, que M. de Curval se soit tant pressé de soulager ses besoins, car j’avais deux histoires de femmes grosses à lui conter qui lui auraient peut-être fait quelque plaisir. Je connais son goût pour ces sortes de femmes, et je suis sûre que s’il avait encore quelque velléité, ces deux contes-là le divertiraient. — Conte, conte toujours, dit Curval ; ne sais-tu pas bien que le foutre n’a jamais rien fait sur mes sentiments, et que l’instant où je suis le plus amoureux du mal est toujours celui où je viens d’en faire ? »


« Eh bien, dit Duclos, j’ai vu un homme dont la manie était de voir accoucher une femme. Il se branlait en la voyant dans les douleurs, et déchargeait sur la tête de l’enfant dès qu’il pouvait l’apercevoir.

« Un second campait une femme grosse de sept mois sur un piédestal isolé, à plus de quinze pieds de hauteur. Elle était obligée de s’y tenir droite et sans perdre la tête, car si malheureusement elle lui eût tourné, elle et son fruit étaient à jamais écrasés. Le libertin dont je vous parle, très peu touché de la situation de cette malheureuse, qu’il payait pour cela, l’y retenait jusqu’à ce qu’il eût déchargé, et il se branlait devant elle en s’écriant : « Ah ! la belle statue, le bel ornement, la belle impératrice ! »


« Tu aurais secoué la colonne, toi, n’est-ce pas, Curval ? dit le duc. — Oh ! point du tout, vous vous trompez ; je connais trop le respect qu’on doit à la nature et à ses ouvrages. Le plus intéressant de tous n’est-il pas la propagation de notre espèce ? N’est-ce pas une espèce de miracle que nous devons sans cesse adorer, et qui doit nous donner pour celles qui le font le plus tendre intérêt ? Pour moi, je ne vois jamais une femme grosse sans être attendri : imaginez-vous donc ce que c’est qu’une femme qui, comme un four, fait éclore un peu de morve au fond de son vagin ! Il y a-t-il rien de si beau, rien de si tendre que cela ? Constance, venez je vous en prie, venez que je baise en vous l’autel où s’opère à présent un si profond mystère. » Et comme elle se trouvait positivement dans sa niche, il n’eut pas loin à aller chercher le temple qu’il voulait desservir. Mais il y a lieu de croire que ce ne fut pas absolument comme l’entendait Constance, qui pourtant ne s’y fiait qu’à demi, car on lui entendit sur-le-champ jeter un cri qui ne ressemblait nullement à la suite d’un culte ou d’un hommage. Et Duclos, voyant que le silence avait succédé, termina ses récits par le conte suivant :


« J’ai connu, dit cette belle fille, un homme dont la passion consistait à entendre les enfants pousser de grands cris. Il lui fallait une mère qui eût un enfant de trois ou quatre ans au plus ; il exigeait que cette mère battît rudement cet enfant devant lui, et quand la petite créature, irritée par ce traitement, commençait à pousser de grands cris, il fallait que la mère s’emparât du vit du paillard et le branlât fortement vis-à-vis de l’enfant, au nez duquel il déchargeait, dès qu’il le voyait bien en pleurs. »


« Je gage, dit l’évêque à Curval, que cet homme-là n’aimait pas la propagation plus que toi. — Je le croirai, dit Curval. Ce devait être d’ailleurs suivant le principe d’une dame de beaucoup d’esprit, à ce qu’on dit, ce devait être, dis-je, un grand scélérat, car tout homme, suivant elle, qui n’aime ni les bêtes, ni les enfants, ni les femmes grosses, est un monstre à rouer. Voilà mon procès tout fait au tribunal de cette vieille commère, dit Curval, car je n’aime assurément aucune de ces trois choses. » Et, comme il était tard et que l’interruption avait pris une forte portion de la soirée, on fut se mettre à table. On agita au souper les questions suivantes, savoir : à quoi servait la sensibilité dans l’homme, et si elle était utile à son bonheur ou non. Curval prouva qu’elle n’était que dangereuse, et que c’était le premier sentiment qu’il fallait émousser dans les enfants, en les accoutumant de bonne heure aux spectacles les plus féroces. Et chacun ayant agité différemment la question, on en revint à l’avis de Curval. Après souper, le duc et lui diront qu’il fallait envoyer coucher les femmes et les petits garçons et faire les orgies tout en hommes. Tout le monde consentit à ce projet, on s’enferma avec les huit fouteurs, et on passa presque toute la nuit à se faire foutre et à boire des liqueurs. On fut se mettre au lit à deux heures, à la pointe du jour, et le lendemain ramena, et les événements et les récits que le lecteur trouvera, s’il prend la peine de lire ce qui suit.



Vingt-neuvième journée

Il y a un proverbe (et c’est une fort bonne chose que les proverbes), il y en a un, dis-je, qui prétend que l’appétit vient en mangeant. Ce proverbe, tout grossier qu’il est, a pourtant un sens très étendu : il veut dire qu’à force de faire des horreurs, on en désire de nouvelles, et que plus on en fait plus on en désire. C’était l’histoire de nos insatiables libertins. Par une dureté impardonnable, par un détestable raffinement de débauche, ils avaient condamné, comme on l’a dit, leurs malheureuses épouses à leur rendre, au sortir de la garde-robe, les soins les plus vils et les plus malpropres ; ils ne s’en tinrent point là, et de ce même jour on proclama une nouvelle loi qui parut être l’ouvrage du libertinage sodomite de la veille, une nouvelle loi, dis-je, qui statuait qu’elles serviraient, à compter du 1er de décembre, tout à fait de vase à leurs besoins, et que ces besoins, en un mot, gros et petits, ne se feraient jamais que dans leur bouche ; que chaque fois que messieurs voudraient satisfaire à leurs besoins, ils seraient suivis de quatre sultanes pour leur rendre, le besoin fait, le service que leur rendaient jadis les épouses, et qu’elles ne pouvaient plus leur rendre à présent, puisqu’elles allaient servir à quelque chose de plus rave ; que les quatre sultanes officiantes seraient Colombe pour Curval, Hébé pour le duc, Rosette pour l’évêque et Michette pour Durcet ; et que la moindre faute à l’une ou à l’autre de ces opérations, soit à celle qui regarderait les épouses, soit à celle qui regarderait les quatre jeunes filles, serait punie avec une prodigieuse rigueur. Les pauvres femmes n’eurent pas plus tôt pris ce nouvel ordre qu’elles pleurèrent et se désolèrent, et malheureusement sans attendrir. On prescrivit seulement que chaque femme servirait son mari, et Aline l’évêque, et que, pour cette seule opération, il ne serait pas permis de les changer. Deux vieilles, à tour de rôle, furent chargées de s’y trouver de même, pour le même service, et l’heure en fut invariablement fixée le soir, au sortir des orgies. Il fut conclu que l’on y procéderait toujours en commun ; que, pendant qu’on opérerait, les quatre sultanes, en attendant le service qu’elles devaient rendre, présenteraient leurs fesses, et que les vieilles iraient d’un anus à l’autre pour le presser, l’ouvrir et l’exciter enfin à l’opération. Ce règlement promulgué, on procéda, ce matin-là, aux corrections que l’on n’avait point faites la veille, attendu le désir qui avait pris de faire des orgies d’hommes. L’opération se fit dans l’appartement des sultanes ; elles furent expédiées toutes les huit, et, après elles, Adélaïde, Aline et Cupidon, qui se trouvaient aussi tous trois sur la fatale liste. La cérémonie, avec les détails et tout le protocole d’usage en pareil cas, dura près de quatre heures, au bout desquelles on descendit au dîner, la tête très embrasée, et surtout celle de Curval qui, chérissant prodigieusement ces opérations, n’y procédait jamais sans la plus certaine érection. Pour le duc, il y avait déchargé, ainsi que Durcet. Ce dernier, qui commençait à prendre une humeur de libertinage très taquine contre sa chère femme Adélaïde, ne la corrigea pas sans de violentes secousses de plaisir qui lui coûtèrent du foutre. Après dîner, on passa au café ; on aurait bien voulu y offrir des culs frais, en donnant en hommes Zéphire et Giton et bien d’autres, si l’on l’eût voulu : on le pouvait, mais en sultanes c’était impossible. Ce furent donc tout simplement, suivant l’ordre du tableau, Colombe et Michette qui le servirent. Curval, examinant le cul de Colombe dont la bigarrure, en partie son ouvrage, lui faisait naître de très singuliers désirs, lui mit le vit entre les cuisses par-derrière, en maniant beaucoup les fesses ; quelquefois, son engin, revenant sur ses pas, heurtait comme sans le vouloir le trou mignon qu’il aurait bien voulu perforer. Il le regardait, il l’observait. « Sacredieu ! dit-il à ses amis, je donne deux cents louis tout à l’heure à la société si l’on veut me laisser foutre ce cul-là… » Cependant, il se contint, et ne déchargea même pas. L’évêque fit décharger Zéphire dans sa bouche, et perdit son foutre en avalant celui de ce délicieux enfant ; pour Durcet, il se fit donner des coups de pied au cul par Giton, le fit chier, et resta vierge. On passa au salon d’histoire, où chaque père, par un arrangement qui se rencontrait assez souvent, ayant ce soir-là sa fille sur son canapé, on écouta, culottes basses, les cinq récits de notre chère historienne.


« Il semblait que depuis la manière exacte dont j’avais acquitté les legs pieux de la Fournier, le bonheur affluât sur ma maison, dit cette belle fille : je n’avais jamais eu tant de riches connaissances. Le prieur des bénédictins, l’une de mes meilleures pratiques, vint me dire un jour qu’ayant entendu parler d’une fantaisie assez singulière, et que l’ayant même vu exécuter à un de ses amis qui en était entiché, il voulait l’exécuter à son tour, et il me demanda en conséquence une fille qui eût beaucoup de poils. Je lui donnai une grande créature de vingt-huit ans qui avait des touffes d’une aune, et sous les aisselles et sur la motte. « C’est ce qu’il me faut », me dit-il. Et comme il était extrêmement lié avec moi et que nous nous étions très souvent amusés ensemble, il ne se cacha point à mes yeux. Il fit mettre la fille nue, à demi couchée sur un sofa, les deux bras élevés ; et lui, armé d’une paire de ciseaux très effilés, il se mit à tondre jusqu’au cuir les deux aisselles de cette créature. Des aisselles, il passa à la motte ; il la tondit de même, mais avec une si grande exactitude, que ni à l’un ni à l’autre des endroits qu’il avait opérés il ne semblait pas qu’il y eut jamais eu le plus léger vestige de poil. Son affaire finie, il baisa les parties qu’il venait de tondre, et répandit son foutre sur cette motte tondue en s’extasiant sur son ouvrage.

« Un autre exigeait sans doute une cérémonie bien plus bizarre : c’était le duc de Florville. J’eus ordre de conduire chez lui une des plus belles femmes que je pourrais trouver. Un valet de chambre nous reçut, et nous entrâmes à l’hôtel par une porte détournée. « Arrangeons cette belle créature, me dit le valet, comme il convient qu’elle le soit pour que M. le duc puisse s’en amuser… Suivez-moi. Par des détours et des corridors aussi sombres qu’immenses, nous parvenons enfin à un appartement lugubre, seulement éclairé de six cierges, placés à terre autour d’un matelas de satin noir ; toute la chambre était tendue de deuil, et nous fûmes effrayées en entrant. Rassurez-vous, nous dit notre guide, il ne vous arrivera pas le moindre mal ; mais prêtez-vous à tout, dit-il à la jeune fille, et exécutez bien surtout ce que je vais vous prescrire. » Il fit mettre la fille toute nue, défit sa coiffure, et laissa pendre ses cheveux, qu’elle avait superbes. Ensuite, il l’étendit sur le matelas, au milieu des cierges, lui enjoignit de contrefaire la morte, et surtout de prendre sur elle, pendant toute la scène, de ne bouger ni de ne respirer que le moins qu’elle pourrait. « Car, si malheureusement mon maître, qui va se figurer que vous êtes réellement morte, s’aperçoit de la feinte, il sortira furieux, et vous ne serez sûrement pas payée. » Dès qu’il eut placé la demoiselle sur le matelas, dans l’attitude d’un cadavre, il fit prendre à sa bouche et à ses yeux les impressions de la douleur, laissa flotter les cheveux sur le sein nu, plaça près d’elle un poignard, et lui barbouilla, du côté du cœur, une plaie large comme la main avec du sang de poulet. « Surtout n’ayez aucune crainte, dit-il encore à la jeune fille, vous n’avez rien à dire, rien à faire : il ne s’agit que d’être immobile et de ne prendre votre haleine que dans les moments où vous le verrez moins près de vous. Retirons-nous, maintenant, me dit le valet. Venez, madame ; afin que vous ne soyez pas inquiète de votre demoiselle, je vais vous placer dans un endroit d’où vous pourrez entendre et observer toute la scène. » Nous sortons, laissant la fille d’abord très émue, mais néanmoins un peu plus rassurée par les propos du valet de chambre. Il me mène dans un cabinet voisin de l’appartement où le mystère allait se célébrer, et, au travers d’une cloison mal jointe, sur laquelle la tenture noire était appliquée, je pus tout entendre. Observer me devenait encore plus aisé, car cette tenture n’était que de crêpe : je distinguais tous les objets au travers, comme si j’eusse été dans l’appartement même. Le valet tira le cordon d’une sonnette ; c’était le signal, et, quelques minutes après, nous vîmes entrer un grand homme sec et maigre, d’environ soixante ans. Il était entièrement nu sous une robe de chambre flottante de taffetas des Indes. Il s’arrêta dès en entrant ; il est bon de vous dire ici que nos observations étaient une surprise, car le duc, qui se croyait absolument seul, était très éloigné de croire qu’on le regardât. « Ah ! le beau cadavre ! s’écria-t-il aussitôt… la belle morte !… Oh ! mon Dieu ! dit-il en voyant le sang et le poignard, ça vient d’être assassiné dans l’instant… Ah ! sacredieu, comme celui qui a fait ce coup-là doit bander ! » Et se branlant : « Comme j’aurais voulu lui voir donner le coup ! » Et lui maniant le ventre : « Était-elle grosse ?… Non, malheureusement. » Et continuant de manier : « Les belles chairs ! elles sont encore chaudes… le beau sein ! » Et alors il se courba sur elle, et lui baisa la bouche avec une fureur incroyable : « Elle bave encore, dit-il… que j’aime cette salive ! » Et, une seconde fois, il lui renfonça sa langue jusque dans le gosier. Il était impossible de mieux jouer son rôle que ne le faisait cette fille ; elle ne bougea pas plus qu’une souche, et tant que le duc l’approcha, elle ne souffla nullement. Enfin il la saisit, et la retournant sur le ventre : « Il faut que j’observe ce beau cul », dit-il. Et dès qu’il l’eut vu : « Ah ! sacredieu, les belles fesses ! » Et alors il les baisa, les entrouvrit, et nous le vîmes distinctement placer sa langue au trou mignon. « Voilà, sur ma parole, s’écria-t-il tout enthousiasmé, un des plus superbes cadavres que j’aie vus de ma vie ! Ah ! combien est heureux celui qui a privé cette belle fille du jour, et que de plaisir il a dû avoir ! » Cette idée le fit décharger ; il était couché près d’elle, la serrait, ses cuisses collées contre les fesses, et lui déchargea sur le trou du cul avec des marques de plaisir incroyables, et criant comme un diable en perdant son sperme : « Ah ! foutre, foutre ! comme je voudrais l’avoir tuée ! » Telle fut la fin de l’opération. Le libertin se releva et disparut. Il était temps que nous vinssions relever notre moribonde : elle n’en pouvait plus ; la contrainte, l’effroi, tout avait absorbé ses sens, et elle était prête à jouer d’après nature le personnage qu’elle venait de si bien contrefaire. Nous partîmes avec quatre louis que nous remit le valet, qui, comme vous imaginez bien, nous volait au moins la moitié. »


« Vive Dieu ! s’écria Curval, voilà une passion ! Il y a du sel, du piquant, au moins, là-dedans. — Je bande comme un âne, dit le duc ; je parie que ce personnage-là ne s’en tint pas là. — Soyez-en sûr, monsieur le duc, dit Martaine, il y veut quelquefois plus de réalité. C’est de quoi Mme Desgranges et moi aurons l’occasion de vous convaincre. — Et que diable fais-tu en attendant ? dit Curval au duc. — Laisse-moi, laisse-moi ! dit le duc, je fous ma fille, et je la crois morte. — Ah ! scélérat, dit Curval, voilà donc deux crimes dans ta tête. — Ah ! foutre ! dit le duc, je voudrais bien qu’ils fussent plus réels ! Et son sperme impur s’échappa dans le vagin de Julie. « Allons, poursuis, Duclos, dit-il aussitôt qu’il eut fait, poursuis, ma chère amie, et ne laisse pas décharger le président, car je l’entends incester sa fille : le petit drôle se met de mauvaises idées dans la tête ; ses parents me l’ont confié, je dois avoir l’œil sur sa conduite, et je ne veux pas qu’il se pervertisse. — Ah ! il n’est plus temps, dit Curval, il n’est plus temps, je décharge ! Ah ! double Dieu, la belle morte ! » Et le scélérat, en enconnant Adélaïde, se figurait comme le duc qu’il foutait sa fille assassinée : incroyable égarement de l’esprit du libertin, qui ne peut rien entendre, rien voir, qu’il ne veuille à l’instant l’imiter ! « Duclos, continue, dit l’évêque, car l’exemple de ces coquins-là me séduirait, et dans l’état où je suis je ferais peut-être pis qu’eux. »


« Quelque temps après cette aventure, je fus seule chez un autre libertin, dit Duclos, dont la manie, peut-être plus humiliante, n’était pourtant pas aussi sombre. Il me reçoit dans un salon dont le parquet était orné d’un très beau tapis, me fait mettre nue, puis, me faisant placer à quatre pattes : « Voyons, dit-il, en parlant de deux grands danois qu’il avait à ses côtés, voyons qui, de mes chiens ou de toi, sera le plus leste ; va chercher ! » Et en même temps, il jette de gros marrons rôtis à terre, et me parlant comme à une bête : « Apporte, apporte ! » me dit-il. Je cours à quatre pattes après le marron, dans le dessein d’entrer dans l’esprit de sa fantaisie et de le lui rapporter, mais les deux chiens, s’élançant après moi, m’ont bientôt devancée ; ils saisissent le marron et le rapportent au maître. « Vous êtes une franche maladroite, me dit alors le patron, avez-vous peur que mes chiens ne vous mangent ? N’en craignez rien, ils ne vous feront aucun mal, mais, intérieurement, ils se moqueront de vous s’ils vous voient moins habile qu’eux. Allons, votre revanche… apporte ! » Nouveau marron lancé, et nouvelle victoire remportée par les chiens sur moi. Enfin le jeu dura deux heures, pendant lesquelles je ne fus assez adroite pour saisir le marron qu’une fois, et le rapporter à la bouche à celui qui l’avait lancé. Mais que je triomphasse ou non, jamais ces animaux, dressés à ce jeu, ne me faisaient aucun mal ; ils semblaient, au contraire, se jouer et s’amuser avec moi comme si j’eusse été de leur espèce. « Allons, dit le patron, voilà assez travaillé ; il faut manger. » Il sonna, un valet de confiance entra. « Apporte à manger à mes bêtes », dit-il. Et en même temps, le valet apporta une auge de bois d’ébène, qu’il posa à terre, et qui était remplie d’une espèce de hachis de viande très délicat. « Allons, me dit-il, dîne avec mes chiens, et tâche qu’ils ne soient pas aussi lestes au repas qu’ils l’ont été à la course. » Il n’y eut pas un mot à répondre, il fallut obéir, et, toujours à quatre pattes, je mis la tête dans l’auge, et comme le tout était très propre et très bon, je me mis à pâturer avec les chiens qui, très poliment, me laissèrent ma part, sans me chercher la moindre dispute. Tel était l’instant de la crise de notre libertin : l’humiliation, l’abaissement dans lequel il réduisait une femme échauffait incroyablement ses esprits. « La bougresse ! dit-il alors, en se branlant, la garce, comme elle mange avec mes chiens ! Voilà comme il faudrait traiter toutes les femmes, et si on le faisait, elles ne seraient pas si impertinentes ; animaux domestiques comme ces chiens, quelle raison avons-nous de les traiter autrement qu’eux ? Ah ! garce, ah ! putain ! s’écria-t-il alors en s’avançant et me lâchant son foutre sur le derrière ; ah ! bougresse, je t’ai donc fait manger avec mes chiens ! » Ce fut tout ; notre homme disparut, je me rhabillai promptement, et trouvai deux louis sur mon mantelet, somme usitée, et dont le paillard, sans doute, avait coutume de payer ses plaisirs.


« Ici, messieurs, continua Duclos, je suis obligée de revenir sur mes pas, et de vous raconter, pour finir la soirée, deux aventures qui me sont arrivées dans ma jeunesse. Comme elles sont un peu fortes, elles auraient été déplacées dans le cours des faibles événements par lesquels vous m’aviez ordonné de commencer ; j’ai donc été obligée de les déplacer et de vous les garder pour le dénouement. Je n’avais pour lors que seize ans, et j’étais encore chez la Guérin ; on m’avait placée dans le cabinet inférieur de l’appartement d’un homme d’une très grande distinction, en me disant simplement d’attendre, d’être tranquille, et de bien obéir au seigneur qui viendrait s’amuser avec moi. Mais on s’était bien gardé de m’en dire davantage ; je n’aurais pas eu autant de peur si j’avais été prévenue, et notre libertin certainement pas autant de plaisir. Il y avait environ une heure que j’étais dans ce cabinet, lorsqu’on l’ouvre à la fin. C’était le maître même. « Que fais-tu là, coquine, me dit-il avec l’air de la surprise, à l’heure qu’il est, dans mon appartement ? Ah ! putain, s’écria-t-il en me saisissant par le col jusqu’à me faire perdre la respiration, ah ! gueuse, tu viens pour me voler ! » À l’instant, il appelle à lui ; un valet affidé paraît : « La Fleur, lui dit le maître tout en colère, voilà une voleuse que j’ai trouvée cachée ; déshabille-la toute nue, et prépare-toi à exécuter, après, l’ordre que je te donnerai. » La Fleur obéit ; en un instant je suis dépouillée, et on jette mes vêtements dehors à mesure que je les quitte. « Allons, dit le libertin à son valet, va chercher un sac, à présent, couds-moi cette garce dedans, et va la jeter à la rivière ! » Le valet sort pour aller chercher le sac ;. Je vous laisse à penser si je profitai de cet intervalle pour me jeter aux pieds du patron, et pour le supplier de me faire grâce, l’assurant que c’est Mme Guérin, sa maquerelle ordinaire, qui m’a placée elle-même là, mais que je ne suis point une voleuse… Mais le paillard, sans rien écouter, me saisit les deux fesses, et les pétrissant avec brutalité : « Ah ! foutre, dit-il, je vais donc faire manger ce beau cul-là aux poissons ! » Ce fut le seul acte de lubricité qu’il parût se permettre, et encore n’exposa-t-il rien à ma vue qui pût me faire croire que le libertinage entrait pour quelque chose dans la scène. Le valet rentre, apporte un sac ; quelque instance que je puisse faire, on me campe dedans, on m’y coud, et La Fleur me charge sur ses épaules. Alors j’entendis les effets de la révolution de la crise chez notre libertin, et vraisemblablement il avait commencé à se branler dès qu’on m’avait mis dans le sac. Au même instant où La Fleur me chargea, le foutre du scélérat partit. « Dans la rivière… dans la rivière… entends-tu, La Fleur, disait-il en bégayant de plaisir ; oui, dans la rivière, et tu mettras une pierre dans le sac pour que la putain soit plus tôt noyée. » Tout fut dit ; nous sortîmes, nous passâmes dans une chambre voisine, ou La Fleur, ayant décousu le sac, me rendit mes habits, me donna deux louis, quelques preuves non équivoques d’une manière de se conduire dans le plaisir très différemment que son maître, et je revins chez la Guérin que je grondai fort de ne m’avoir point prévenue, et qui, pour se raccommoder avec moi, me fit faire, deux jours après, la partie suivante où elle m’avertit encore moins.

« Il s’agissait à peu près, comme dans celle que je viens de vous raconter, de se trouver dans le cabinet de l’appartement d’un fermier général, mais j’y étais, cette fois-là, avec le valet même qui était venu me chercher chez la Guérin de la part de son maître. En attendant l’arrivée du patron, le valet s’amusait à me faire voir plusieurs bijoux qui étaient dans un bureau de ce cabinet. « Parbleu, me dit l’honnête mercure, quand vous en prendriez quelqu’un, il n’y aurait pas grand mal ; le vieux crésus est assez riche : je parie qu’il ne sait seulement pas la quantité ni l’espèce des bijoux qu’il tient dans ce bureau. Croyez-moi, ne vous gênez pas, et n’ayez pas peur que ce soit moi qui vous trahisse. » Hélas ! je n’étais que trop disposée à suivre ce perfide conseil : vous connaissez mes penchants, je vous les ai dits. Je mis donc la main, sans me le faire dire davantage, sur une petite boîte d’or de sept ou huit louis, n’osant m’emparer d’un objet de plus grande valeur. C’était tout ce que désirait le coquin de valet, et pour ne plus revenir sur cela, j’appris depuis que, si j’avais refusé de prendre, il aurait, sans que je m’en aperçusse, glissé un de ces effets dans ma poche. Le maître arrive, il me reçoit très bien, le valet sort, et nous restons ensemble. Celui-ci ne faisait pas comme l’autre, il s’amusait très réellement : il me baisa beaucoup le derrière, se fit fouetter, se fit péter dans a bouche, mit son vit dans la mienne, et se gorgea, en un mot, de lubricités de tous genres et toutes espèces, excepté celle de devant ; mais il eut beau faire, il ne déchargea point. L’instant n’était pas venu, tout ce qu’il venait de faire n’était pour lui que des épisodes ; vous en allez voir le dénouement. « Ah ! parbleu, me dit-il, je ne songe pas qu’un domestique attend dans mon antichambre un petit bijou que je viens de promettre d’envoyer à l’instant à son maître. Permettez que je m’acquitte de ma parole, et dès que j’aurai fini, nous nous remettrons en besogne. » Coupable du petit délit que je venais de commettre à l’instigation de ce maudit valet, je vous laisse à penser comme ce propos me fit frémir. Un moment je voulus le retenir ; ensuite je fis réflexion qu’il valait mieux faire bonne contenance et risquer le paquet. Il ouvre le bureau, il cherche, il fouille, et ne trouvant point ce dont il a besoin, il lance sur moi des regards furieux. « Coquine ! me dit-il enfin, vous seule et un valet dont je suis sûr êtes entrés ici depuis tantôt ; mon effet manque, il ne peut donc être pris que par vous. — Oh ! monsieur, lui dis-je en tremblant, soyez certain que je suis incapable… — Allons, sacredieu ! dit-il en colère (or vous remarquerez que sa culotte était toujours déboutonnée et son vit collé contre son ventre : cela seul aurait dû m’éclairer et m’empêcher d’être si inquiète, mais je ne voyais, je n’apercevais plus rien), allons, bougresse, il faut que mon effet se trouve. » Il m’ordonne de me mettre nue. Vingt fois je me jette à ses pieds pour le prier de m’épargner l’humiliation d’une telle recherche : rien ne l’émeut, rien ne l’attendrit, il arrache lui-même mes vêtements avec colère, et dès que je suis nue, il fouille mes poches, et, comme vous croyez, il n’est pas longtemps à trouver la boîte. « Ah ! scélérate, me dit-il, me voilà donc convaincu. Bougresse ! tu viens chez les gens pour les voler. » Et appelant aussitôt son homme de confiance : « Allez, lui dit-il tout en feu, allez me chercher à l’instant le commissaire ! — Oh ! monsieur, m’écriai-je, ayez pitié de ma jeunesse, j’ai été séduite, je ne l’ai pas fait de moi-même, on m’y a engagée. — Eh bien ! dit le paillard, vous direz toutes ces raisons-là à l’homme de justice, mais je veux être vengé. » Le valet sort ; il se jette sur un fauteuil, toujours bandant et toujours dans une grande agitation, et m’adressant mille invectives. « Cette gueuse, cette scélérate ! disait-il, moi qui voulais la récompenser comme il faut, venir ainsi chez moi pour me voler !… Ah ! parbleu, nous allons voir. » En même temps on frappe, et je vois entrer un homme en robe. « Monsieur le commissaire, dit le patron, voilà une coquine que je vous remets, et je vous la remets nue, dans l’état où je l’ai fait mettre pour la fouiller ; voilà la fille d’un côté, ses vêtements de l’autre, et, de plus, l’effet dérobé ; et surtout faites-la pendre, monsieur le commissaire. » Ce fut alors qu’il se rejeta sur son fauteuil en déchargeant. « Oui, faites-la pendre, sacredieu ! Que je la voie pendre, sacredieu, monsieur le commissaire ! que je la voie pendre, c’est tout ce que j’exige de vous. » Le prétendu commissaire m’emmène avec l’effet et mes hardes, il me fait passer dans une chambre voisine, défait sa robe, et me laisse voir le même valet qui m’avait reçue et engagée au vol, que le trouble dans lequel j’étais m’avait empêchée de reconnaître. « Eh bien ! me dit-il, avez-vous eu bien peur ? — Hélas, lui dis-je, je n’en puis plus. — C’est fini, me dit-il et voilà pour vous dédommager. » Et, en même temps, il me remet de la part de son maître l’effet même que j’avais volé, me rend mes habits, me fait boire un verre de liqueur, et me ramène chez Mme Guérin. »


« Cette manie-là est plaisante, dit l’évêque ; on peut en tirer le plus grand parti pour d’autres choses, et en mettant moins de délicatesse, car je vous dirai que je suis peu partisan de la délicatesse en libertinage. En y en mettant moins, dis-je, on peut apprendre de ce récit la manière sûre d’empêcher une putain de se plaindre, quelle que soit l’iniquité des procédés qu’on veuille employer avec elle. Il n’y a qu’à lui tendre ainsi des panneaux, l’y faire tomber, et dès qu’une fois on est certain de l’avoir rendue coupable, on peut à son tour faire tout ce qu’on veut ; il n’y a plus à craindre qu’elle ose se plaindre, elle aura trop peur ou d’être prévenue ou d’être récriminée. — Il est certain, dit Curval, qu’à la place du financier je m’en serais permis davantage, et vous auriez bien pu, ma charmante Duclos, ne pas vous en tirer à si bon compte. » Les récits ayant été longs, cette soirée-ci, l’heure du souper vint sans qu’on eût le temps de paillarder un peu avant. On fut donc se mettre à table, bien résolus de se dédommager après le repas. Ce fut alors que tout le monde étant rassemblé, on détermina de constater enfin les jeunes filles et les jeunes garçons que l’on pouvait mettre au rang des hommes et des femmes. Il fut question, pour décider la chose, de branler tous ceux de l’un et l’autre sexe sur lesquels on avait quelque soupçon. En femmes on était sûr d’Augustine, de Fanny et de Zelmire : ces trois charmantes petites créatures, âgées de quatorze et quinze ans, déchargeaient toutes trois aux plus légers attouchements ; Hébé et Michette, n’ayant encore que douze ans, n’étaient même pas dans le cas d’être essayées. Il ne s’agissait donc, chez les sultanes, que d’éprouver Sophie, Colombe et Rosette, âgées, la première de quatorze ans et les deux autres de treize. Chez les garçons on savait que Zéphire, Adonis et Céladon lâchaient du foutre comme des hommes faits ; Giton et Narcisse étaient trop jeunes pour être essayés. Il ne s’agissait donc que de Zélamir, Cupidon et Hyacinthe. Les amis firent cercle autour d’une pile d’amples carreaux que l’on arrangea à terre ; Champville et Duclos furent nommées pour les pollutions ; l’une, en sa qualité de tribade, devait branler les trois jeunes filles, et l’autre, comme maîtresse en l’art de branler des vits, devait polluer les garçons. Elles passèrent dans la ceinture formée par les fauteuils des amis, et qu’on avait remplie de carreaux, et on leur livra Sophie, Colombe, Rosette, Zélamir, Cupidon et Hyacinthe, et chaque ami, pour s’exciter pendant le spectacle, prit un enfant entre ses cuisses. Le duc prit Augustine, Curval Zelmire, Durcet Zéphire et l’évêque Adonis. La cérémonie commença par les garçons, et Duclos, la gorge et les fesses découvertes, le bras nu jusqu’au coude, mit tout son art à polluer l’un après l’autre chacun de ces délicieux ganymèdes. Il était impossible d’y mettre plus de volupté ; elle agitait sa main avec une légèreté… ses mouvements étaient d’une délicatesse et d’une violence… elle offrait à ces jeunes garçons sa bouche, son sein ou ses fesses avec tant d’art, qu’il était bien certain que ceux qui ne déchargeraient pas n’en avaient pas encore le pouvoir. Zélamir et Cupidon bandèrent, mais on eut beau faire, rien ne sortit. Pour Hyacinthe, la révolution se fit sur-le-champ, au sixième coup de poignet : le foutre sauta sur son sein, et l’enfant se pâma en lui maniant le derrière ; observation qui fut d’autant plus remarquée que, de toute l’opération, il n’avait pas imaginé de lui toucher le devant. On passa aux filles. Champville, presque nue, très bien coiffée et élégamment ajustée du reste, ne paraissait pas plus de trente ans, quoiqu’elle en eût cinquante. La lubricité de cette opération de laquelle, comme tribade fieffée, elle comptait retirer le plus grand plaisir, animait de grands yeux noirs qu’elle avait toujours eus fort beaux. Elle mit pour le moins autant d’art dans sa partie que Duclos en avait mis dans la sienne : elle pollua à la fois le clitoris, l’entrée du vagin et le trou du cul ; mais la nature ne développa rien chez Colombe et Rosette ; il n’y eut pas même la plus légère apparence de plaisir. Il n’en fut pas ainsi de la belle Sophie : au dixième coup de doigts, elle se pâma sur le sein de Champville ; de petits soupirs entrecoupés, ses belles joues qui s’animèrent du plus tendre incarnat, ses lèvres qui s’entrouvrirent et se mouillèrent, tout prouva le délire dont venait de la combler la nature, et elle fut déclarée femme. Le duc, qui bandait extraordinairement, ordonna à Champville de la branler une seconde fois, et, à l’instant de sa décharge le scélérat vint mêler son foutre impur à celui de la jeune vierge. Pour Curval, son affaire s’était faite entre les cuisses de Zelmire ; et les deux autres, avec les jeunes garçons qu’ils tenaient entre leurs cuisses. On fut se coucher, et le lendemain matin n’ayant fourni aucun événement qui puisse mériter place en ce recueil, non plus que le dîner ni le café, on passa tout de suite au salon, où Duclos magnifiquement vêtue, parut sur sa tribune pour y terminer, par les cinq récits suivants, la partie des cent cinquante narrations qui lui avait été confiée pour les trente jours du mois de novembre.



Trentième journée

« Je ne sais, messieurs, dit cette belle fille, si vous avez entendu parler de la fantaisie, aussi singulière que dangereuse, du comte de Lernos, mais quelque liaison que j’ai eue avec lui m’ayant mise dans le cas de connaître à fond ses manœuvres, et les ayant trouvées très extraordinaires, j’ai cru qu’elles devaient faire nombre dans les voluptés que vous m’avez ordonné de vous détailler. La passion du comte de Lernos est de mettre à mal le plus de jeunes filles et de femmes mariées qu’il peut, et indépendamment des livres qu’il met en usage pour les séduire, il n’y a sorte de moyens qu’il n’invente pour les livrer à des hommes ; ou il favorise leurs penchants en les unissant à l’objet de leurs vœux, ou il leur trouve des amants si elles n’en ont pas. Il a une maison exprès, où toutes les parties qu’il arrange se retrouvent ; il les unit, leur assure de la tranquillité et du repos, et va jouir, dans un cabinet secret, du plaisir de les voir aux prises. Mais il est inouï à quel point il multiplie ces désordres, et tout ce qu’il met en œuvre pour former ces petits mariages : il a des entours dans presque tous les couvents de Paris, chez une grande quantité de femmes mariées, et il s’y prend si bien, qu’il n’y a pas un seul jour où il n’ait chez lui trois ou quatre rendez-vous. Jamais il ne manque à surprendre leurs voluptés sans qu’on puisse s’en douter, mais une fois placé au trou de son observatoire, comme il y est toujours seul, personne ne sait ni comment il procède à sa décharge, ni de quelle nature elle est : on sait seulement le fait, le voilà, et j’ai cru qu’il était digne de vous être raconté.

« La fantaisie du vieux président Desportes vous amusera peut-être davantage. Prévenue de l’étiquette qui s’observait chez ce paillard, d’habitude, j’arrive chez lui vers les dix heures du matin, et, parfaitement nue, je vais lui présenter mes fesses à baiser dans un fauteuil où il était gravement assis, et du premier abord je lui pète au nez. Mon président, irrité, se lève, saisit une poignée de verges qu’il avait auprès de lui, et se met à courir après moi, dont le premier soin est de me sauver. « Impertinente ! me dit-il, toujours en me poursuivant ; je t’apprendrai à venir faire chez moi des infamies de cette espèce ! » Lui de poursuivre, et moi toujours de me sauver. Je gagne enfin une ruelle, je m’y tapis comme dans une retraite imprenable, mais j’y suis bientôt atteinte ; les menaces du président redoublent en se voyant maître de moi ; il brandit ses verges, il me menace de m’en frapper ; je me rencogne, je m’accroupis, je ne me fais pas plus grosse qu’une souris : cet air de frayeur et d’avilissement détermine à la fin son foutre, et le gaillard le darde sur mon sein en hurlant de plaisir. »


« Quoi ! sans te donner un seul coup de verges ? dit le duc. — Sans les baisser même sur moi, répondit Duclos. — Voilà un homme bien patient, dit Curval ; mes amis, convenez que nous ne le sommes pas tout à fait autant, quand nous avons en main l’instrument dont parle la Duclos. — Un peu de patience, messieurs, dit Champville, je vous en ferai bientôt voir du même genre, et qui ne seront pas aussi patients que le président dont vous parle ici Mme Duclos. » Et celle-ci, voyant que le silence que l’on observait lui laissait la facilité de reprendre son récit, y procéda de la manière suivante :


« Peu de temps après cette aventure, je fus chez le marquis de Saint-Giraud, dont la fantaisie était de placer une femme nue dans une escarpolette, et de la faire enlever ainsi à une très grande hauteur. À chaque secousse, on lui passe devant le nez ; il vous attend, et il faut, à ce moment-là, ou faire un pet, ou recevoir une claque sur le cul. Je le satisfis de mon mieux ; j’eus quelques claques, mais je lui fis force pets. Et le paillard, ayant enfin déchargé au bout d’une heure de cette ennuyeuse et fatigante cérémonie, l’escarpolette s’arrêta, et j’eus mon audience de congé.

« Environ trois ans après que je fus maîtresse de la maison de la Fournier, il vint un homme chez moi me faire une singulière proposition : il s’agissait de trouver des libertins qui s’amusassent avec sa femme et sa fille, aux seules conditions de le cacher dans un coin pour voir tout ce qu’on leur ferait. Il me les livrerait, disait-il, et non seulement l’argent que je gagnerais avec elles serait pour moi, mais il me donnerait encore deux louis par partie que je leur ferais faire. Il ne s’agissait plus que d’une chose : c’est qu’il ne voulait, pour sa femme, que des hommes d’un certain goût, et pour sa fille des hommes d’une autre espèce de fantaisie : pour sa femme, il fallait des hommes qui lui chiassent sur les tétons, et pour sa fille, il en fallait qui, en la troussant, exposassent bien son derrière en face du trou où il observerait, afin qu’il pût le contempler à son aise, et qui ensuite lui déchargeassent dans la bouche ; pour toute autre passion que ces deux-là, il ne livrait point sa marchandise. Après avoir fait promettre à cet homme qu’il répondait de tout événement au cas que sa femme et sa fille vinssent à se plaindre d’être venues chez moi, j’acceptai tout ce qu’il voulut, et lui promis que les personnes qu’il m’amènerait seraient fournies ainsi qu’il l’entendait. Dès le lendemain, il m’amena sa marchandise : l’épouse était une femme de trente-six ans, peu jolie, mais grande et bien faite, un grand air de douceur et de modestie ; la demoiselle avait quinze ans, elle était blonde, un peu grasse, et de la physionomie du monde la plus tendre et la plus agréable. « En vérité, monsieur, dit l’épouse, vous nous faites faire là des choses… — J’en suis mortifié, dit le paillard, mais il faut que cela soit ainsi ; croyez-moi, prenez votre parti, car je n’en démordrai pas. Et si vous résistez en la moindre chose aux propositions et aux actions auxquelles nous allons vous soumettre, vous, madame, et vous, mademoiselle, je vous mène dès demain dans le fond d’une terre, toutes les deux, dont vous ne reviendrez de vos jours. Alors l’épouse jeta quelques larmes, et comme l’homme auquel je la destinais attendait, je la priai de passer dans l’appartement qui lui était destiné, pendant que sa fille resterait très en sûreté dans une autre chambre avec mes filles, jusqu’à ce que son tour vînt. À ce moment cruel, il y eut encore quelques pleurs, et je vis bien que c’était la première fois que ce mari brutal exigeait pareille chose de sa femme ; et malheureusement le début était dur, car, indépendamment du goût baroque du personnage à qui je la livrais, c’était un vieux libertin tort impérieux et fort brusque, et qui ne la traiterait pas très honnêtement. « Allons, point de pleurs, lui dit le mari en entrant. Songez que je vous observe, et que si vous ne satisfaites pas amplement l’honnête homme auquel on vous livre, j’entrerai moi-même pour vous y contraindre. » Elle entre, et nous passons, le mari et moi, dans la chambre d’où l’on pouvait tout voir. On n’imagine pas à quel point ce vieux scélérat s’échauffa l’imagination en contemplant sa malheureuse épouse victime de la brutalité d’un inconnu. Il se délectait à chaque chose qu’on exigeait d’elle ; la modestie, la candeur de cette pauvre femme, humiliée sous les atroces procédés du libertin qui s’en amusait, lui composait un spectacle délicieux. Mais quand il la vit brutalement posée à terre, et le vieux magot à qui je l’avais livrée lui chier sur la gorge, et quand il vit les pleurs, les dégoûts de sa femme, aux propositions et à l’exécution de cette infamie, il n’y tint pas, et la main dont je branlais fut à l’instant couverte de foutre. Enfin, cette première scène cessa, et si elle lui avait donné du plaisir, ce fut autre chose quand il put jouir de la seconde. Ce n’était pas sans de grandes difficultés et surtout sans de grandes menaces, que nous étions parvenus à faire passer la jeune fille, témoin des larmes de sa mère et ignorant ce qu’on lui avait fait. La pauvre petite faisait toutes sortes de difficultés ; enfin nous la décidâmes. L’homme à qui je la livrais était parfaitement instruit de tout ce qu’il y avait à faire ; c’était une de mes pratiques ordinaires que je gratifiais de cette bonne fortune, et qui, par reconnaissance, consentait à tout ce que j’en exigeais. « Oh ! le beau cul ! s’écria le père libertin, dès que le miché de sa fille nous l’exposa entièrement à nu. Oh ! sacredieu, les belles fesses ! — Eh ! quoi, lui dis-je, est-ce donc la première fois que vous les voyez — Oui, vraiment, me dit-il, il m’a fallu cet expédient pour jouir de ce spectacle ; mais si c’est la première fois que je vois ce beau fessier, je proteste bien que ce ne sera pas la dernière. » Je le branlais vivement, il s’extasiait ; mais quand il vit l’indignité qu’on exigeait de cette jeune vierge, quand il vit les mains d’un libertin consommé se promener sur ce beau corps qui n’avait jamais souffert pareil attouchement, quand il vit qu’on la faisait mettre à genoux, qu’on la forçait d’ouvrir la bouche, qu’on introduisait un gros vit dedans et qu’on y déchargeait, il se rejeta en arrière, en jurant comme un possédé, en jurant que de ses jours il n’avait goûté tant de plaisir, et en laissant entre mes doigts des preuves certaines de ce plaisir. Tout fut dit, les pauvres femmes se retirèrent en pleurant beaucoup, et le mari, trop enthousiasmé d’une telle scène, trouva sans doute le moyen de les décider à lui redonner souvent le spectacle d’une telle scène, car je les ai reçues chez moi plus de six ans, et j’ai fait, d’après l’ordre que je recevais du mari, passer ces deux malheureuses créatures par toutes les différentes passions dont je viens de vous faire les récits, à peut-être dix ou douze près, qu’il n’était pas possible qu’elles satisfassent parce qu’elles ne se passaient pas chez moi. »


« Voilà bien des façons, pour prostituer une femme et une fille ! dit Curval. Comme si ces garces-là étaient faites pour autre chose ! Ne sont-elles pas nées pour nos plaisirs, et, de ce moment-là, ne doivent-elles pas les satisfaire n’importe comment ? J’ai eu beaucoup de femmes, dit le président, trois ou quatre filles, dont il ne me reste plus, Dieu merci, que milli Adélaïde, que M. le duc fout à présent, à ce que je crois, mais si aucune de ces créatures eût refusé les prostitutions où je les ai régulièrement soumises, que je sois damné tout vivant, ou condamné, ce qui est pis, à ne foutre que des cons toute ma vie, si je ne leur eusse brûlé la cervelle. — Président, vous bandez, dit le duc ; vos foutus propos vous décèlent toujours. — Bander ? Non, dit le président ; mais je suis au moment de faire chier milli Sophie, et j’espère que sa merde délicieuse produira peut-être quelque chose. — Oh ! ma foi, plus que je ne pensais, dit Curval, après avoir gobé l’étron ; voilà, sur le Dieu dont je me fous, mon vit qui prend consistance ! Qui de vous, messieurs, veut passer avec moi dans le boudoir ? — Moi, dit Durcet en entraînant Aline qu’il patinait depuis une heure. Et nos deux libertins s’y étant fait suivre d’Augustine, de Fanny, de Colombe et d’Hébé, de Zélamir, d’Adonis, d’Hyacinthe et de Cupidon, joignant à cela Julie et deux vieilles, la Martaine et la Champville, Antinoüs et Hercule, ils reparurent triomphants au bout d’une demi-heure, et ayant chacun perdu leur foutre dans les plus doux excès de la crapule et du libertinage. « Allons, dit Curval à Duclos, donne-nous ton dénouement, ma chère amie. Et s’il peut me faire rebander, tu pourras te flatter d’un miracle, car il y a, ma foi, plus d’un an que je n’avais perdu tant de foutre à la fois. Il est vrai que… — Bon, dit l’évêque ; si nous l’écoutons, ce sera bien pis que la passion que doit nous conter Duclos. Ainsi, comme il ne faut pas aller du fort au faible, trouve bon que nous te fassions taire et que nous écoutions notre historienne. » Aussitôt cette belle fille termina ses récits par la passion suivante :


« Il est enfin temps, messieurs, dit-elle, de vous raconter la passion du marquis de Mesanges, auquel vous vous souvenez que j’avais vendu la fille du malheureux cordonnier qui périssait en prison avec sa pauvre femme, pendant que je jouissais du legs que lui laissait sa mère. Comme c’est Lucile qui le satisfit, ce sera, si vous voulez bien, dans sa bouche que j’en vais placer le récit. « J’arrive chez le marquis, me dit cette charmante créature, vers les dix heures du matin. Dès que je suis entrée, toutes les portes se ferment. « Que viens-tu faire ici, scélérate ? me dit le marquis tout en feu. Qui t’a permis de me venir interrompre ? Et comme vous ne m’aviez prévenue de rien, vous imaginez facilement à quel point cette réception m’effraya. Allons, mets-toi nue ! poursuivit le marquis. Puisque je te tiens, garce, tu ne sortiras plus de chez moi… tu vas périr ; te voilà à ton dernier moment. Alors, je fondis en larmes, je me jetai aux pieds du marquis, mais il n’y eut aucun moyen de le fléchir. Et comme je ne me pressais pas assez de me déshabiller, il déchira lui-même mes vêtements en les arrachant de force de dessus mon corps. Mais ce qui acheva de m’effrayer, ce fut de les voir jeter au feu à mesure qu’il les enlevait. « Tout ceci devient inutile, disait-il en jetant pièce à pièce tout ce qu’il emportait dans un vaste foyer. Tu n’as plus besoin de robe, de mantelet, d’ajustement : ce n’est plus qu’une bière qu’il te faut. » En un instant je fus tout à fait nue. Alors le marquis, qui ne m’avait jamais vue, contempla un instant mon derrière, il le mania en jurant, l’entrouvrit, le resserra, mais ne le baisa point. « Allons, putain, dit-il, c’en est fait ! tu vas suivre tes habits, et je vais t’attacher sur ces chenets ; oui, foutre ! oui, sacrebleu ! te brûler vive, garce, avoir le plaisir de respirer l’odeur qui s’exhalera de ta chair brûlée ! » Et disant cela, il tombe pâmé dans son fauteuil, et décharge en dardant son foutre sur mes vêtements qui brûlent encore. Il sonne, on entre, un valet m’emmène, et je retrouve, dans une chambre voisine, de quoi me vêtir complètement, en parures deux fois plus belles que celles qu’il avait consumées. »


« Tel est le récit que me fit Lucile ; reste à savoir maintenant si c’est à cela ou à pis qu’il fit servir la jeune pucelle que je lui vendis. — À bien pis, dit la Desgranges, et vous avez bien fait de faire un peu connaître ce marquis, car j’aurai occasion d’en parler à ces messieurs. — Puissiez-vous, madame, dit Duclos à la Desgranges, et vous, mes chères compagnes, ajouta-t-elle en adressant la parole à ses deux autres camarades, le faire avec plus de sel, d’esprit et d’agrément que moi. C’est votre tour, le mien est fini, et je n’ai plus qu’à prier ces messieurs de vouloir bien excuser l’ennui que je leur ai peut-être causé par la monotonie presque inévitable en de semblables récits qui, tous fondus dans un même cadre, ne peuvent guère ressortir que par eux-mêmes. »


Après ces paroles, la belle Duclos salua respectueusement la compagnie, et descendit de la tribune pour venir auprès du canapé de ces messieurs, où elle fut généralement applaudie et caressée. On servit le souper, auquel elle fut invitée, faveur qui n’avait encore été faite à aucune femme. Elle fut aussi aimable dans la conversation qu’elle avait été amusante dans le récit de son histoire, et, pour récompense du plaisir qu’elle avait procuré à l’assemblée, elle fut créée directrice générale des deux sérails, avec promesse, donnée à part par les quatre amis, qu’à quelque extrémité qu’on pût se porter contre les femmes dans le cours du voyage, elle serait toujours ménagée, et très certainement ramenée chez elle à Paris, où la société la dédommagerait amplement du temps qu’elle lui avait fait perdre, et des peines qu’elle s’était données pour lui procurer des plaisirs. Curval, le duc et elle se saoulèrent tous trois si complètement au souper, qu’ils furent presque hors d’état de pouvoir passer aux orgies. Ils laissèrent Durcet et l’évêque les faire à leur guise, et furent les faire à part, dans le boudoir du fond, avec Champville, Antinoüs, Brise-cul, Thérèse et Louison, où l’on peut assurer qu’il se fit et dit pour le moins autan d’horreurs et d’infamies que les deux autres amis en purent inventer de leur côté. À deux heures du matin tout fut se coucher, et c’est ainsi que se termina le mois de novembre et la première partie de cette lubrique et intéressante narration, de laquelle nous ne ferons pas attendre la seconde au public, si nous voyons qu’il accueille bien la première.



Fautes que j’ai faites.


J’ai trop dévoilé les histoires de garde-robe au commencement ; il ne faut les développer qu’après les récits qui en parlent.

Trop parlé de la sodomie active et passive ; voilez-la, jusqu’à ce que les récits en parlent.

J’ai eu tort de rendre Duclos sensible à la mort de sa sœur ; ça ne répond pas au reste de son caractère ; changez cela.

Si j’ai dit qu’Aline était pucelle en arrivant au château, j’ai eu tort : elle ne l’est pas ; et ne doit pas l’être : l’évêque l’a dépucelée de partout.

Et n’ayant pas pu me relire, cela doit sûrement fourmiller d’autres fautes.

Quand je remettrai au net, qu’un de mes premiers soins soit d’avoir toujours près de moi un cahier de notes, où il faudra que je place exactement chaque événement et chaque portrait à mesure que je l’écris, car, sans cela, je m’ embrouillerai horriblement à cause de la multitude des personnages.

Partez, pour la seconde partie, du principe qu’Augustine et Zéphire couchent déjà dans la chambre du duc dès la première partie, comme Adonis et Zelmire dans celle de Curval, Hyacinthe et Fanny dans celle de Durcet, Céladon et Sophie dans celle de l’évêque, quoique tout cela ne soit pas encore dépucelé.


Deuxième partie

Les cent cinquante passions de seconde classe, ou doubles, composant trente et une journées de décembre, remplies par la narration de la Champville, auxquelles on a joint le journal exact des événements scandaleux du château ce mois.


(Plan.)




Le premier de décembre. La Champville prend les récits, et conte les cent cinquante histoires suivantes. (Les chiffres précèdent les récits.)


1. Ne veut dépuceler que de trois ans jusqu’à sept, mais en con. C’est lui qui dépucelle la Champville à l’âge de cinq ans.

2. Il fait attacher une fille de neuf ans en boule et la dépucelle en levrette.

3. Il veut violer une fille de douze à treize ans, et ne la dépucelle que le pistolet sur la gorge.

4. Il veut branler un homme sur le con de la pucelle ; le foutre lui sert de pommade ; il enconne, après, la pucelle tenue par l’homme.

5. Il veut dépuceler trois filles de suite, une au berceau, une à cinq ans, l’autre à sept.


Le deux. 6. Il ne veut dépuceler que de neuf ans à treize. Son vit est énorme ; il faut que quatre femmes lui tiennent la pucelle. C’est le même de Martaine, qui n’encule qu’à trois ans, le même de l’enfer.

7. Il fait dépuceler à dix ou douze ans, devant lui, par son valet, et ne les touche pendant l’opération que sur le cul ; il manie tantôt celui de la pucelle, tantôt celui du valet ; il décharge sur le cul du valet.

8. Il veut dépuceler une fille qui doit être mariée le lendemain.

9. Il veut que le mariage se fasse, et dépuceler l’épouse entre la messe et l’heure du coucher.

10. Il veut que son valet, homme très adroit, aille épouser partout des filles, qu’il les lui amène. Le maître les fout, il les trafique après à des maquerelles.


Le trois. 11. Il ne veut dépuceler que les deux sœurs.

12. Il épouse la fille, la dépucelle, mais il l’a trompée, et dès que l’affaire est faite, il la plante là.

13. Il ne fout la pucelle que l’instant d’après où un homme vient de la déflorer devant lui ; il veut qu’elle ait le con tout barbouillé de sperme.

14. Il dépucelle avec un godemiché, et décharge sur l’ouverture qu’il vient de faire, sans s’introduire.

15. Il ne veut que des pucelles de condition et les paye au poids de l’or. Ce sera le duc qui avouera en avoir depuis trente ans, dépucelé plus de quinze cents.


Le quatre. 16. Il force un frère à foutre sa sœur devant lui, et il la fout après ; il les fait chier tous les deux avant.

17. Il force un père à foutre sa fille, après que lui l’a dépucelée.

18. Il mène sa fille à neuf ans au bordel, et l’y dépucelle, tenue par la maquerelle. Il a eu douze filles, et il les a ainsi dépucelées toutes.

19. Il ne veut dépuceler que de trente à quarante ans.

20. Il ne veut dépuceler que des religieuses, et dépense un argent immense pour en avoir ; il en a.


Cela est le quatre au soir, et, ce même soir, aux orgies, le duc dépucelle Fanny, tenue par les quatre vieilles et servi par la Duclos. Il la fout deux coups de suite ; elle s’évanouit ; il la fout le second coup sans connaissance.


Le cinq, en conséquence de ces narrations, pour célébrer la fête de la cinquième semaine, on marie ce jour-là Hyacinthe et Fanny, et le mariage se consomme devant tout le monde.

21. Il veut que la mère tienne sa fille ; il fout d’abord la mère et dépucelle ensuite l’enfant tenue par la mère. C’est le même, du vingt février, de Desgranges.

22. Il n’aime que l’adultère ; il faut lui trouver des femmes sages et publiquement dans leur ménage ; il les dégoûte de leurs maris.

23. Il veut que le mari lui prostitue lui-même sa femme et la lui tienne quand il fout. (Les amis imiteront cela sur-le-champ.)

24. Il place une femme mariée sur un lit, l’enconne, pendant que la fille de cette femme, en perspective au-dessus, lui fait baiser son con ; l’instant d’après, il enconne la fille en baisant le trou du cul de la mère. Quand il a baisé le con de la fille, il la fait pisser ; quand il baise le cul de la mère, il la fait chier.

25. Il a quatre filles légitimes et mariées ; il veut les foutre toutes les quatre ; il leur fait des enfants à toutes quatre, afin d’avoir le plaisir de dépuceler un jour les enfants qu’il a faits à sa fille et que le mari croit à lui.


Le duc raconte sur cela, mais ça ne fait point nombre, parce que, ne pouvant être renouvelé, ça ne fait point passion, il raconte, dis-je, qu’il a connu un homme qui a foutu trois enfants qu’il avait de sa mère, desquelles il y avait une fille qu’il avait fait épouser à son fils, de façon qu’en foutant celle-là, il foutait sa sœur, sa fille et sa belle-fille, et qu’il contraignait son fils à foutre sa sœur et sa belle-mère. Curval en conte une autre d’un frère et d’une sœur qui firent projet de se livrer mutuellement leurs enfants. La sœur avait un garçon et une fille, et le frère de même ; ils se mêlèrent de façon que tantôt ils foutaient avec leurs neveux, tantôt avec leurs enfants, et tantôt les cousins germains ou les frères et sœurs se foutaient, pendant que les pères et mères, c’est-à-dire le frère et la sœur, se foutaient également. Le soir, Fanny est livrée en con à l’assemblée, mais comme l’évêque et M. Durcet ne foutent pas en con, elle n’est foutue que par Curval et le duc. De ce moment, elle porte un petit ruban en écharpe, et après la perte de ses deux pucelages, elle en portera un rose très large.


Le six. 26. Il se fait branler, pendant qu’on branle une femme sur le clitoris, et veut décharger en même temps que la fille, mais il décharge sur les fesses de l’homme qui branle la femme.

27. Il baise le trou d’un cul pendant qu’une seconde fille lui branle le cul et une troisième le vit ; elles changent, afin que chacune fasse baiser le trou de son cul, que chacune branle le vit, et chacune le cul. Il faut péter.

28. Il lèche un con pendant qu’il fout une seconde en bouche, et qu’une troisième lui lèche le cul, et il change de même que ci-dessus. Il faut que les cons déchargent, et il avale le foutre.

29. Il suce un cul merdeux, fait branler son cul merdeux avec la langue, et se branle sur un cul merdeux, puis les trois filles changent.

30. Il fait branler deux filles devant lui, et fout alternativement les branleuses en levrette pendant qu’elles continuent de se saphotiser.


On découvre ce jour-là que Zéphire et Cupidon se branlent, mais ils ne se sont pas encore enculés ; ils sont punis. Fanny est très enconnée aux orgies.


Le sept. 31. Il veut qu’une grande fille en mette à mal une petite, qu’elle la branle, qu’elle lui donne de mauvais conseils, et qu’elle finisse par la lui tenir pendant qu’il la fout, vierge ou non.

32. Il veut quatre femmes ; il en fout deux en con et deux en bouche, en observant de ne mettre le vit dans la bouche de l’une qu’au sortir du con de l’autre. Pendant tout ce temps-là, une cinquième le suit en lui branlant le cul avec un godemiché.

33. Il veut douze filles, six jeunes et six vieilles, et, si cela se peut, six mères et six filles. Il leur gamahuche le con, le cul et la bouche ; quand il en est au con, il veut de l’urine ; quand il en est à la bouche, il veut de la salive ; et quand il en est au cul, il veut des pets.

34. Il emploie huit femmes à le branler, toutes différemment postées. Il faudra peindre cela.

35. Veut voir trois hommes et trois filles se foutre dans différentes postures.


Le huit. 36. Il forme douze groupes de deux filles chaque, mais elles sont agencées de façon qu’elles ne montrent que leurs culs ; tout le reste du corps est caché. Il se branle en voyant toutes ces fesses.

37. Il fait branler six couples à la fois, dans une salle de glaces. Chaque couple est composé de deux filles se branlant dans des attitudes lubriques et variées. Il est au milieu du salon, regarde et les couples et leur répétition dans ses glaces, et décharge au milieu de cela, branlé par une vieille. Il a baisé les fesses de ces couples.

38. Il fait saouler et battre quatre raccrocheuses devant lui, et veut que quand elles sont ainsi bien saoules, elles lui vomissent dans la bouche ; il les prend les plus vieilles et les plus laides possible.

39. Il fait chier une fille dans sa bouche, sans le manger, et, pendant ce temps-là, une seconde fille lui suce le vit et lui branle le cul ; il chie en déchargeant dans la main de celle qui le socratise ; elles changent.

40. Il fait chier un homme dans sa bouche, et le mange, pendant qu’un petit garçon le branle, puis l’homme le branle et il fait chier le petit garçon.


Ce soir-là, aux orgies, Curval dépucelle Michette, toujours dans la même coutume, tenue par les quatre vieilles et servi par Duclos. On ne le répétera plus.


Le neuf. 41. Il fout une fille en bouche en venant de lui chier dans la bouche ; une seconde est au-dessus de celle-là, ayant la tête de celle-ci entre ses cuisses, et, sur le visage de cette seconde, une troisième pousse sa selle, et lui, en foutant ainsi son étron dans la bouche de cette première, va manger la merde donnée par la troisième sur le visage de la seconde, et puis elles changent, de manière à ce que chacune remplisse successivement les trois rôles.

42. Il passe trente femmes dans sa journée, et les fait toutes chier dans sa bouche ; il mange l’étron de trois ou quatre des plus jolies. Il renouvelle cette partie là cinq fois de la semaine, ce qui fait qu’il voit sept mille huit cents filles par an. Quand Champville le voit, il a soixante et dix ans, et il y a cinquante ans qu’il fait ce métier.

43. Il en voit douze tous les matins, et avale les douze étrons ; il les voit toutes ensemble.

44. Il se met dans un bain où trente femmes viennent remplir la baignoire en pissant et en chiant ; il décharge en recevant, et nageant dans tout cela.

45. Il chie devant quatre femmes, exige qu’elles le regardent et l’aident à faire son étron ; ensuite, il veut qu’elles se le partagent et le mangent, puis elles en font chacune un ; il les mêle et les avale tous quatre, mais il faut que ce soit des vieilles d’au moins soixante ans.


Ce soir-là, Michette est livrée en con à l’assemblée ; de ce moment, elle porte la petite écharpe.


Le dix. 46. Il fait chier une fille A et une autre B ; puis il force B à manger l’étron de A et A de manger l’étron de B ; ensuite elles chient toutes deux, et il mange leurs deux étrons.

47. Il veut une mère et trois filles, et il mange la merde des filles sur le cul de la mère, et la merde de la mère sur le cul d’une de ses filles.

48. Il oblige une fille à chier dans la bouche de sa mère, et à se torcher le cul avec les tétons de sa mère ; ensuite, il va manger l’étron dans la bouche de cette mère, et fait, après, chier la mère dans la bouche de sa fille, où il va, de même, manger l’étron. (Il vaut mieux mettre un fils et sa mère pour varier avec la précédente.)

49. Il veut qu’un père mange l’étron de son fils, et lui, mange l’étron du père.

50. Il veut que le frère chie dans le con de sa sœur, et il mange l’étron, puis il faut que la sœur vienne chier dans la bouche du frère, et il mange l’étron.


Le onze. 51. Elle prévient qu’elle va parler d’impiétés, et parle d’un homme qui veut que la putain en le branlant profère des blasphèmes épouvantables ; il en dit à son tour d’effroyables. Son amusement, pendant ce temps-là, consiste à baiser le cul ; il ne fait que cela.

52. Il veut que la fille vienne le branler le soir, dans une église, dans le temps surtout où le Saint-Sacrement est exposé. Il se place le plus près qu’il peut de l’autel, et manie le cul pendant ce temps-là

53. Il va à confesse uniquement pour faire bander son confesseur ; il lui dit des infamies, et se branle dans le confessionnal tout en parlant.

54. Il veut que la fille aille à confesse ; il attend au moment où elle en sort pour la foutre en bouche.

55. Il fout une putain pendant une messe dite dans une chapelle à lui, et décharge à l’élévation.


Ce soir-là le duc dépucelle Sophie en con, et blasphème beaucoup.


Le douze. 56. Il gagne un confesseur, qui lui cède sa place pour confesser de jeunes pensionnaires ; il surprend ainsi leur confession, et leur donne, en les confessant, tous les plus mauvais conseils qu’il peut.

57. Il veut que sa fille aille à confesse à un moine qu’il a gagné, et on le place de façon qu’il peut tout entendre ; mais le moine exige que sa pénitente ait les jupes relevées pendant la confession, et le cul est posté de manière que le père peut le voir : ainsi il entend la confession de sa fille et il voit son cul tout à la fois.

58. Fait célébrer la messe à des putains toutes nues ; et il se branle en voyant cela sur les fesses d’une autre fille.

59. Il fait aller sa femme à confesse à un moine gagné, qui séduit sa femme et la fout devant le mari qui est caché. Si la femme refuse, il sort et va aider le confesseur.


Ce jour-là, on a célébré la fête de la sixième semaine par le mariage de Céladon et de Sophie, qui se consomme, et le soir, Sophie est livrée en con, et elle porte l’écharpe. C’est un événement qui fait que l’on ne conte que quatre passions.


Le treize. 60. Fout des putains sur l’autel, au moment où l’on va dire la messe ; elles ont le cul nu sur la pierre sacrée.

61. Il fait mettre une fille nue à cheval sur un grand crucifix ; il la fout en con, en levrette, dans cette attitude, et de façon à ce que la tête du Christ branle le clitoris de la putain.

62. Il pète et fait péter dans le calice ; il y pisse et y fait pisser ; il y chie et y fait chier, et finit par y décharger.

63. Il fait chier un jeune garçon sur la patère, et il le mange pendant que l’enfant le suce.

64. Il fait chier deux filles sur un crucifix ; il y chie après elles ; et on le branle sur les trois étrons qui couvrent la face de l’idole.


Le quatorze. 65. Il brise des crucifix, des images de Vierge et du Père éternel, chie sur les débris et brûle le tout. Le même homme a la manie de mener une putain au sermon, et de se faire branler pendant la parole de Dieu.

66. Il va communier, et revient se faire chier dans la bouche par quatre putains.

67. Il la fait aller communier et la fout en bouche au retour.

68. Il interrompt le prêtre dans une messe dite chez lui, il l’interrompt, dis-je, pour se branler dans son calice, oblige la fille à y faire décharger le prêtre, et force celui-ci à avaler le tout.

70. Il l’interrompt, quand l’hostie est consacrée, et force le prêtre à foutre la putain avec son hostie.


On découvre ce jour-là qu’Augustine et Zelmire se branlent ensemble ; elles sont toutes deux rigoureusement punies.


Le quinze. 71. Il fait péter la fille sur l’hostie, y pète lui-même, et avale après l’hostie en foutant la putain.

72. Le même homme qui se fait clouer dans une bière, et dont a parlé Duclos, force la putain à chier sur l’hostie ; il y chie aussi, et jette le tout dans les lieux.

73. Branle avec le clitoris de la putain, la fait décharger dessus, puis il l’enfonce et fout avec, en déchargeant à son tour dessus.

74. Il la perce à coups de couteau et s’en fait enfoncer les morceaux dans le cul.

75. Il se fait branler sur l’hostie, y décharge, et fait ensuite, de sens froid et quand le foutre a coulé, manger le tout à un chien.


Le même soir, l’évêque consacre une hostie, et Curval dépucelle Hébé avec ; il la lui enfonce dans le con et décharge dessus. On en consacre plusieurs autres, et les sultanes déjà dépucelées sont toutes foutues avec des hosties.


Le seize. Champville annonce que la profanation, qui tout à l’heure formait la chose principale dans ses récits, ne sera plus qu’accessoire, et ce qu’on appelle au bordel les petites cérémonies en passions doubles va faire l’objet principal. Elle prie qu’on se souvienne que tout ce qui sera lié à cela ne sera qu’accessoire, mais que la différence qu’il y aura pourtant entre ses récits et ceux de Duclos sur ce même objet c’est que Duclos n’a jamais parlé que d’un homme avec une femme, et qu’elle, elle mêlera toujours plusieurs femmes avec l’homme.

76. Il se fait fouetter pendant la messe par une fille, il en fout une seconde en bouche, et il décharge à l’élévation.

77. Il se fait fouetter légèrement sur le cul par deux femmes avec un martinet ; elles donnent dix coups chacune et lui branlent le trou du cul entre chaque reprise.

78. Il se fait fouetter par quatre filles différentes, pendant qu’on lui pète dans la bouche. Elles changent, afin que toutes, chacune à leur tour, fouettent et pètent.

79. Il se fait fouetter par sa femme en foutant sa fille, et ensuite par sa fille en foutant sa femme. C’est le même dont Duclos a parlé, et qui prostitue sa fille et sa femme au bordel.

80. Il se fait fouetter par deux filles à la fois : l’une frappe par-devant et l’autre par-derrière, et quand il est bien en train, il en fout une, pendant que l’autre fouette, puis la seconde pendant que la première fouette.


Le même soir, on livre Hébé pour le con, et elle porte le petit cordon, ne pouvant avoir le grand que quand elle aura perdu ses deux pucelages.


Le dix-sept. 81. Il se fait fouetter en baisant le cul d’un garçon, pendant qu’il fout une fille en bouche ; ensuite il fout le garçon en bouche, en baisant le cul de la fille et recevant toujours le fouet par une autre fille ; puis il se fait fouetter par le garçon, fout en bouche la putain qui le fouettait, et se fait fouetter par celle dont il baisait le cul.

82. Il se fait fouetter par une vieille femme, fout un vieux homme en bouche, et se fait chier dans la bouche par la fille de cet homme et de cette femme, puis change, afin que chacun remplisse les trois rôles.

83. Il se fait fouetter, en se branlant et déchargeant sur un crucifix appuyé sur les fesses d’une fille.

84. Il se fait fouetter, en foutant en levrette une putain avec l’hostie.

85. Il passe tout un bordel en revue ; il reçoit le fouet de toutes les putains, en baisant le trou du cul de la maquerelle qui lui pète et lui chie dans la bouche.


Le dix-huit. 86. Il se fait fouetter par des cochers de fiacre et des garçons maréchaux, les passant deux à deux et faisant toujours péter dans sa bouche celui qui ne fouette pas ; il en passe dix ou seize dans sa matinée.

87. Il se fait tenir par trois filles ; la quatrième l’étrille à quatre pattes, étant montée sur lui ; toutes les quatre changent et lui montent sur le corps tour à tour.

88. Il arrive au milieu de six filles, nu ; il demande pardon, il se jette à genoux. Chaque fille ordonne une pénitence, et il a cent coups de fouet par chaque pénitence refusée ; c’est la fille refusée qui le fouette. Or ces pénitences sont toutes fort sales : l’une voudra lui chier dans la bouche, l’autre lui faire lécher ses crachats à terre ; celle-ci se fait lécher le con avec ses règles, cette autre l’entre-deux des doigts des pieds, celle-là sa morve, etc.

89. Quinze filles passent, trois par trois ; une fouette, une le suce, l’autre chie, puis celle qui a chié fouette, celle qui a sucé chie, et celle qui a fouetté suce. Il les passe ainsi toutes quinze ; il ne voit rien, il n’entend rien, il est dans l’ivresse. C’est une maquerelle qui dirige tout. Il recommence cette partie six fois de la semaine. (Celle-là est charmante à faire, et je vous la recommande. Il faut que ça aille fort vite ; chaque fille doit donner vingt-cinq coups de fouet, et c’est dans l’intervalle de ces vingt-cinq coups que la première suce et que la troisième chie. S’il veut que chaque fille donne cinquante coups, il en aura reçu sept cent cinquante, ce qui n’est pas trop.)

90. Vingt-cinq putains lui mollissent le cul, à force de le claquer et de le manier ; on ne le laisse que quand son derrière est tout à fait insensible.


Le soir on fouette le duc, pendant qu’il dépucelle Zelmire en con.


Le dix-neuf. 91. Il se fait faire son procès par six filles ; chacune a son rôle. On le condamne à être pendu. On le pend effectivement, mais la corde casse : c’est l’instant de sa décharge. (Liez celle-là avec une de celles de Duclos qui lui ressemble.)

92. Il fait mettre six vieilles en demi-cercle ; trois jeunes filles l’étrillent devant ce demi-cercle de duègnes qui, toutes, lui crachent au visage.

93. Une fille lui branle le trou du cul avec le manche des verges, une seconde le fouette sur les cuisses et le vit, par-devant : c’est ainsi qu’il décharge sur les tétons de la fouetteuse de devant.

94. Deux femmes le rossent à coups de nerfs de bœuf, pendant qu’une troisième, à genoux devant lui, le fait décharger sur ses tétons.


Elle n’en dit que quatre, ce soir-là, à cause du mariage de Zelmire et d’Adonis qui célèbre la septième semaine, et qui se consomme, attendu que Zelmire est dépucelée en con de la veille.


Le vingt. 95. Il se bat avec six femmes dont il fait semblant de vouloir éviter le fouet ; il veut leur arracher les verges des mains, mais celles-ci sont plus fortes, et elles le fustigent malgré lui ; il est nu.

96. Il passe par les verges, entre deux rangs de douze filles chacun ; il est fouetté sur tout le corps, et il décharge après neuf tours.

97. Il se fait fouetter sur la plante des pieds, sur le vit, les cuisses, pendant qu’étendu sur un canapé, trois femmes montent à cheval sur lui et lui chient dans la bouche.

98. Trois filles le fouettent alternativement, l’une à coups de martinet, l’autre à coups de nerf de bœuf, la troisième à coups de verges ; une quatrième, à genoux devant lui, et dont le laquais du paillard branle le trou du cul, lui suce le vit, et lui, branle le vit du laquais, qu’il fait décharger sur les fesses de sa suceuse.

99. Il est entre six filles ; l’une le pique, l’autre le pince, la troisième le brûle, la quatrième le mord, la cinquième l’égratigne et la sixième le fouette : tout cela indistinctement, partout ; il décharge au milieu de tout cela.


Ce soir-là, Zelmire, dépucelée de la veille, est livrée en con à l’assemblée, c’est-à-dire toujours uniquement à Curval et au duc, puisqu’ils sont les deux seuls du quadrille qui foutent en con. Dès que Curval a foutu Zelmire, sa haine pour Constance et pour Adélaïde redouble ; il veut que Constance serve Zelmire.


Le vingt et un. 100. Il se fait branler par son laquais, pendant que la fille est sur un piédestal, nue ; il ne faut ni qu’elle bouge, ni qu’elle perde l’équilibre, de tout le temps qu’on le branle.

101. Il se fait branler par la maquerelle, en lui maniant les fesses, pendant que la fille tient dans ses doigts un bout de bougie très court, qu’il ne faut pas qu’elle lâche que le paillard n’ait déchargé ; et il a bien soin de ne le faire que quand elle se brûle.

102. Il fait coucher six filles à plat ventre sur sa table à manger, chacune un bout de bougie dans le cul pendant qu’il soupe.

103. Il fait tenir une fille à genoux sur des cailloux aigus, pendant qu’il soupe, et si elle bouge de tout le repas, elle n’est pas payée. Au-dessus d’elle sont deux bougies renversées, et dont la cire lui coule toute chaude sur le dos et les tétons. Au moindre mouvement qu’elle fait, elle est renvoyée sans être payée.

104. Il la contraint d’être dans une cage de fer très à l’étroit, pendant quatre jours ; elle ne peut ni s’asseoir, ni se coucher ; il lui donne à manger au travers des barreaux : (C’est celui dont Desgranges parlera au ballet des dindons.)


Ce même soir, Curval dépucelle Colombe en con.


Le vingt-deux. 105. Il fait danser une fille nue dans une couverture, avec un chat qui la pince, la mord et l’égratigne en retombant ; il faut qu’elle saute, quelque chose qui en arrive, jusqu’à la décharge de l’homme.

106. Il frotte une femme avec une certaine drogue qui cause des démangeaisons si violentes que cette femme se met en sang elle-même ; il la regarde faire en se branlant.

107. Il arrête les règles d’une femme par une boisson, et risque de lui donner ainsi de fortes maladies.

108. Il lui donne une médecine de cheval qui lui cause des tranchées horribles ; il la regarde chier et souffrir tout le jour.

109. Il frotte une fille de miel, puis l’attache nue contre une colonne, et lâche sur elle un essaim de grosses mouches.


Ce même soir, Colombe est livrée pour le con.


Le vingt-trois. 110. Il place la fille sur un pivot qui tourne avec une prodigieuse rapidité ; elle est liée nue et tourne jusqu’à décharge.

111. Il pend une fille la tête en bas, jusqu’à décharge.

112. Lui fait avaler une forte dose d’émétique, persuade qu’elle est empoisonnée, et se branle en la voyant vomir.

113. Il pétrit la gorge jusqu’à ce qu’elle soit toute bleue.

114. Il pétrit le cul neuf jours de suite, pendant trois heures chaque jour.


Le vingt-quatre. 115. Il fait monter une fille sur une échelle jusqu’à vingt pieds de haut. Là, un échelon casse, et la fille tombe, mais c’est sur des matelas préparés. Il vient lui décharger sur le corps au moment de sa chute, et quelquefois il la fout à ce moment-là.

116. Il donne des soufflets à tour de bras, et décharge en les donnant ; il est dans un fauteuil et la fille est à genoux devant lui.

117. Lui donne des férules sur les mains.

118. De fortes claques sur les fesses, jusqu’à ce que le derrière soit tout en feu.

119. Il la gonfle avec un soufflet de forge par le trou du cul.

120. Il lui donne un lavement d’eau presque bouillante, il s’amuse de ses contorsions et lui décharge sur le cul.


Ce soir-là, Aline reçoit des claques sur le cul des quatre amis, jusqu’à ce que son cul soit comme de l’écarlate ; une vieille la tient sur ses épaules. On en donne aussi quelques-unes à Augustine.


Le vingt-cinq. 121. Il cherche des dévotes, et les fouette avec des crucifix et des chapelets, puis les pose, en statue de vierge, sur un autel, dans une posture gênante et dont elles ne peuvent bouger. Il faut qu’elle soit là tout le temps d’une fort longue messe, à l’élévation de laquelle elle doit lâcher son étron sur l’hostie.

122. La fait courir nue, dans une nuit glacée d’hiver, au milieu d’un jardin, et il y a des cordes tendues d’intervalles en intervalles, pour la faire tomber.

123. Il la jette, comme par mégarde, dès qu’elle est nue, dans une cuve d’eau presque bouillante, et l’empêche de sortir, jusqu’à ce qu’il lui ait déchargé sur le corps.

124. Il la fait tenir nue sur une colonne, au milieu d’un jardin, au cœur de l’hiver, jusqu’à ce qu’elle ait dit cinq pater et cinq ave, ou jusqu’à ce qu’il ait perdu son foutre, qu’une autre fille excite en face de ce spectacle.

125. Il fait coller de glu la lunette d’une garde-robe préparée, il l’y envoie chier ; dès qu’elle est assise, son cul se prend ; pendant ce temps-là, de l’autre côté, on pose un réchaud de feu sous son derrière ; elle fuit, et s’écorche en laissant toute la peau prise au cercle.


Ce soir-là, on fait faire des profanations à Adélaïde et à Sophie, les deux dévotes, et le duc dépucelle Augustine, dont il est amoureux depuis longtemps ; il lui décharge trois fois de suite dans le con. Et dès le même soir, il propose de la faire courir nue dans les cours, par le froid affreux qu’il fait. Il le propose vivement ; on ne veut pas, parce qu’elle est très jolie et qu’on veut la conserver, que d’ailleurs elle n’est pas encore dépucelée par-derrière. Il offre deux cents louis à la société pour la faire descendre au caveau dès le même soir : on refuse. Il veut au moins qu’elle ait le cul claqué ; elle reçoit vingt-cinq claques de chaque ami. Mais le duc donne les siennes à tour de bras et décharge une quatrième fois en les donnant. Il couche avec elle, et l’enconne encore trois coups pendant la nuit.


Le vingt-six. 126. Il fait saouler la fille ; elle se couche ; dès qu’elle dort, on enlève son lit. Elle se penche pour prendre son pot de chambre, vers le milieu de la nuit. Ne le trouvant pas, elle tombe parce que le lit est en l’air et la culbute dès qu’elle se penche. Elle tombe sur des matelas préparés ; l’homme l’attend là, et la fout dès qu’elle tombe.

127. Il la fait courir nue dans un jardin, en la poursuivant avec un fouet de poste dont elle est seulement menacée. Il faut qu’elle coure jusqu’à ce qu’elle tombe de lassitude : c’est l’instant où il se jette sur elle et où il la fout.

128. Il fouette la fille, par reprise de dix coups, jusqu’à cent, avec un martinet de soie noire ; il baise beaucoup les fesses à chaque reprise.

129. Il fouette avec des verges trempées dans de l’esprit-de-vin, et ne décharge sur les fesses de la fille que lorsqu’il les voit en sang.


Champville ne conte que quatre passions ce jour-là, parce que c’est la fête de la huitième semaine. On la célèbre par le mariage de Zéphire et d’Augustine, qui tous deux appartiennent au duc et qui couchent dans sa chambre ; mais avant la célébration, le duc veut que Curval fouette le garçon, pendant qu’il fouettera la fille. Cela a lieu ; ils reçoivent chacun cent coups de fouet, mais le duc, plus animé que jamais contre Augustine, parce qu’elle l’a beaucoup fait décharger, la fouette jusqu’au sang. (Il faudra, ce soir-là, expliquer ce que c’est que les pénitences, comment on y procède, et quel nombre de coups de fouet on y reçoit. Vous pourrez faire un tableau des fautes avec à côté le nombre de coups.)


Le vingt-sept. 130. Il ne veut fouetter que des petites filles de cinq à sept ans, et toujours cherche un prétexte, afin d’avoir mieux l’air de punir.

131. Une femme vient à confesse à lui ; il est prêtre ; elle dit tous ses péchés, et, pour pénitence, il lui donne cinq cents coups de fouet.

132, Il passe quatre femmes, et leur donne six cents coups de fouet à chacune.

133. Il fait faire la même cérémonie devant lui par deux valets qui se relaient ; on passe vingt femmes à six cents coups chacune ; elles ne sont point attachées ; il se branle en voyant opérer.

134. Il ne fouette que des petits garçons de quatorze à seize ans, et il les fait décharger dans sa bouche, après. Il leur en donne cent coups chacun ; il en voit toujours deux à la fois.


Ce soir-là, Augustine est livrée pour le con. Curval l’enconne deux fois de suite, et veut, comme le duc, la fouetter après. Tous deux s’acharnent contre cette fille charmante ; ils proposent quatre cents louis à la société pour en être maîtres tous deux dès ce même soir : on leur refuse.


Le vingt-huit. 135. Il fait entrer une fille nue dans un appartement ; alors deux hommes lui tombent sur le corps et la fouettent chacun sur une fesse jusqu’au sang ; elle est liée. Quand c’est fini, il branle les hommes sur le derrière en sang de la putain, et s’y branle lui-même.

136. Elle est attachée pieds et mains au mur. Devant elle, également attachée au mur, est une plaque d’acier tranchante qu’on relève contre son ventre. Si elle veut échapper le coup, il faut qu’elle se jette en avant : alors elle se coupe ; si elle veut échapper la machine, il faut qu’elle se jette sur les coups.

137. Il fouette une fille neuf jours de suite, à cent coups le premier jour, toujours en doublant jusqu’au neuvième inclus.

138. Il fait mettre la putain à quatre pattes, monte à cheval sur elle, le visage tourné vers ses fesses et la serrant fortement entre ses cuisses. Là, il l’étrille sur les fesses et sur le con à l’envers, et comme pour cette opération il se sert d’un martinet, il lui est facile de diriger ses coups dans l’intérieur du vagin, et c’est ce qu’il fait.

139. Il veut une femme grosse ; il la fait courber en arrière sur un cylindre qui lui soutient le dos. Sa tête, au-delà du cylindre va poser en arrière sur une chaise et est fixée là, les cheveux épars ; ses jambes se trouvent dans le plus grand écartement possible, et son gros ventre extraordinairement tendu ; là, le con bâille de toute sa force. C’est là et sur le ventre qu’il dirige ses coups, et quand il a vu le sang, il passe de l’autre côté du cylindre et vient décharger sur le visage.


N.B. — Mes brouillons marquent les adoptions seulement après la défloration, et, en conséquence, disent que le duc adopte ici Augustine. Vérifiez si cela n’est pas faux, et si l’adoption des quatre sultanes n’est pas faite dès les commencements, et dès ce moment s’il n’est pas dit qu’elles couchent dans la chambre de ceux qui les ont adoptées.


Le duc, ce soir-là, répudie Constance, qui tombe dans le plus grand discrédit ; cependant on la ménage, à cause de sa grossesse sur laquelle on a des projets. Augustine passe pour femme du duc, et ne fait plus que les fonctions d’épouse au sofa et aux garde-robes. Constance n’a plus rang qu’après les vieilles.


Le vingt-neuf. 140. Il ne veut que des filles de quinze ans, et il les fouette jusqu’au sang avec des houx et des orties ; il est très difficile sur le choix des culs.

141. Ne fouette qu’avec un nerf de bœuf, jusqu’à ce que les fesses soient toutes meurtries ; il voit quatre femmes de suite.

142. Il ne fouette qu’avec des martinets à pointe de fer, et ne décharge que quand le sang découle de partout.

143. Le même homme, dont Desgranges parlera le vingt février, veut des femmes grosses ; il les frappe avec un fouet de poste, dont il enlève de gros morceaux de chair sur les fesses, et lâche de temps en temps quelques cinglons sur le ventre.


On fouette Rosette ce soir-là, et Curval la dépucelle en con. On découvre ce jour-là l’intrigue d’Hercule et de Julie : elle s’était fait foutre. Quand on l’en gronde, elle répond libertinement ; on la fouette extraordinairement ; puis, comme elle est aimée, ainsi qu’Hercule qui s’est toujours bien conduit, on leur pardonne et on s’en amuse.


Le trente. 144. Il place une bougie à une certaine hauteur ; la fille a, au doigt du milieu de sa main droite, un bout de pain de bougie attaché, lequel est fort court, et la brûlera si elle ne se dépêche. Il faut qu’avec ce bout de pain de bougie elle allume la bougie élevée, mais, comme elle est placée haute, il faut qu’elle cabriole pour l’atteindre, et le paillard, armé d’un fouet de lanières de cuir, la frappe à tour de bras pour la faire sauter plus haut, ou allumer plus vite. Si elle réussit, tout est dit : sinon, elle est fouettée à tour de bras.

145. Il fouette alternativement sa femme et sa fille, et les prostitue au bordel pour y être fouettées sous ses yeux, mais ce n’est pas le même dont il a déjà été question.

146. Il fouette avec des verges, depuis la nuque du col jusqu’au gras des jambes ; la fille est liée, il lui met en sang tout le train de derrière.

147. Ne fouette que sur les tétons ; il veut qu’elle les ait très gros, et paye double quand les femmes sont grosses.


Ce soir-là, Rosette est livrée pour le con ; quand Curval et le duc l’ont eu bien foutue, ils la fouettent, eux et leurs amis, sur le con. Elle est à quatre pattes, et on dirige les coups dans l’intérieur avec un martinet.


Le trente et un. 148. Il ne fouette que sur le visage, avec des verges ; il lui faut des figures charmantes. C’est celui dont Desgranges parlera le sept de février.

149. Il fouette indifféremment avec des verges toutes les parties du corps ; rien n’est épargné, visage, con et sein compris.

150. Donne deux cents coups de nerf de bœuf, sur tout le train de derrière, à des jeunes garçons de seize à vingt ans.

151. Il est dans une chambre ; quatre filles l’échauffent et le fouettent. Quand il est bien en feu, il se jette sur la cinquième fille, nue dans une chambre vis-à-vis, et l’assaillit indifféremment sur tout le corps à grands coups de nerf de bœuf, jusqu’à ce qu’il décharge ; mais pour que cela soit plus tôt fait et que la patiente souffre moins, on ne le lâche que quand il est trop près de sa décharge. (Vérifiez pourquoi il y en a une de trop.)


Champville est applaudie, on lui fait les mêmes honneurs qu’à Duclos, et, ce soir-là, elles soupent toutes deux avec les amis. Ce soir-là, aux orgies, Adélaïde, Aline, Augustine et Zelmire sont condamnées à être fouettées avec des verges sur tout le corps, excepté le sein, mais comme on veut encore en jouir au moins deux mois, elles sont très ménagées.


Troisième partie


Les cent cinquante passions de troisième classe, ou criminelles, composant trente et une journées de janvier, remplies par la narration de la Martaine, auxquelles on a joint le journal exact des événements scandaleux du château pendant ce mois-là.


(Plan.)





Le premier de janvier. 1. Il n’aime qu’à se faire enculer, et on ne sait où lui chercher des vits assez gros. Mais elle n’appuie pas, dit-elle, sur cette passion, comme un goût trop simple et trop connu de ses auditeurs.

2. Il ne veut dépuceler que des petites filles de trois à sept ans, en cul. C’est l’homme qui a eu son pucelage de cette manière : elle avait quatre ans. Elle en est malade, sa mère implore le secours de cet homme ; quelle fut sa dureté. Cet homme est le même dont Duclos parle le 29 novembre la dernière ; c’est le même du 2 décembre de Champville, et le même de l’enfer. Il a un vit monstrueux. C’est un homme énormément riche. Il dépucelle deux petites filles par jour ; une en con le matin, comme l’a dit Champville le 2 décembre, et une en cul le soir, et le tout indépendamment de ses autres passions. Quatre femmes tenaient Martaine quand il l’encula. Sa décharge est de six minutes et il beugle en y procédant. Manière adroite et simple dont il fait sauter ce pucelage de cul, quoiqu’elle n’ait que quatre ans.

3. Sa mère vend le pucelage du petit frère de Martaine à un autre homme qui n’encule que des garçons, et qui les veut à sept ans juste.

4. Elle a treize ans et son frère quinze ; ils vont chez un homme qui contraint le frère à foutre sa sœur, et qui fout alternativement en cul tantôt le garçon, tantôt la fille, pendant qu’ils sont aux prises ensemble.


La Martaine vante son cul ; on lui dit de le faire voir ; elle le montre de dessus la tribune. L’homme dont elle vient de parler est le même que celui du 21 novembre de Duclos, le comte, et du 27 février de Desgranges.


5. Il se fait foutre en enculant le frère et la sœur ; c’est le même homme dont parlera Desgranges le 24 de février.


Ce même soir, le duc dépucelle Hébé en cul, qui n’a que douze ans. Il y a des peines infinies ; elle est tenue par les quatre vieilles, et il est servi par Duclos et Champville ; et comme il y a une fête le lendemain, pour ne rien déranger, Hébé, dès le même soir, est livrée en cul, et tous les quatre amis en jouissent. On l’emporte sans connaissance ; elle a été enculée sept coups.


Que Martaine ne dise point qu’elle est barrée ; c’est faux.


Le deux. 6. Il se fait péter dans la bouche par quatre filles, en en enculant une cinquième, puis il change. Toutes pètent, et toutes sont enculées ; il ne décharge que dans le cinquième cul.

7. Il s’amuse avec trois jeunes garçons ; il encule et se fait chier, en les changeant tous trois, et il branle celui qui est dans l’inaction.

8. Il fout la sœur en cul, en se faisant chier dans la bouche par le frère, puis il les change, et dans l’une et l’autre jouissance on l’encule.

9. Il n’encule que des filles de quinze ans, mais après les avoir au préalable fouettées à tour de bras.

10. Il moleste et pince les fesses et le trou du cul une heure, puis il encule pendant qu’on le fouette à tour de bras.


On célèbre ce jour-là la fête de la neuvième semaine. Hercule épouse Hébé et la fout en con. Curval et le duc enculent tour à tour et le mari et la femme, alternativement.


Le trois. 11. Il n’encule que pendant la messe, et décharge à l’élévation.

12. Il n’encule qu’en foulant un crucifix aux pieds et en le faisant fouler à la fille.

13. L’homme qui s’est amusé avec Eugénie dans la onzième journée de Duclos fait chier, torche le cul merdeux, a un vit énorme, et encule une hostie au bout de son engin.

14. Encule un garçon avec l’hostie, se fait enculer avec l’hostie. Sur la nuque du col du garçon qu’il encule est une autre hostie, sur laquelle chie un troisième garçon. Il décharge ainsi sans changer mais en proférant d’épouvantables blasphèmes.

15. Il encule le prêtre tout en disant sa messe, et quand celui-ci a consacré, le fouteur se retire un moment ; le prêtre se fourre l’hostie dans le cul, et on le rencule par là-dessus.


Le soir, Curval dépucelle en cul, avec une hostie, le jeune et charmant Zélamir. Et Antinoüs fout le président avec une autre hostie ; en foutant, le président en enfonce avec sa langue une troisième dans le trou du cul de Fanchon.


Le quatre. 16. Il n’aime à enculer que de très vieilles femmes pendant qu’on le fouette.

17. N’encule que de vieux hommes pendant qu’on le fout.

18. A une intrigue réglée avec son fils.

19. Veut n’enculer que des monstres, ou des nègres, ou des gens contrefaits.

20. Pour réunir l’inceste, l’adultère, la sodomie et le sacrilège, il encule sa fille mariée avec une hostie.


Ce soir-là, on livre Zélamir en cul aux quatre amis.


Le cinq. 21. Il se fait foutre et fouetter alternativement par deux hommes, pendant qu’il encule un jeune garçon et qu’un vieux lui fait dans sa bouche un étron qu’il mange.

22. Deux hommes le foutent alternativement, l’un en bouche, l’autre en cul ; il faut que ça dure trois heures, montre sur table. Il avale le foutre de celui qui le fout en bouche.

23. Il se fait foutre par dix hommes, à tant par coup ; il soutient jusqu’à quatre-vingts coups dans sa journée sans décharger.

24. Il prostitue, pour être foutues en cul, sa femme, sa fille et sa sœur, et les regarde faire.

25. Il emploie huit hommes autour de lui : un dans la bouche, un dans le cul, un sous l’aine droite, un sous la gauche ; il en branle un de chaque main ; le septième est entre ses cuisses, et le huitième se branle sur son visage.


Ce soir-là le duc dépucelle Michette en cul et lui fait des douleurs affreuses.


Le six. 26. Il fait enculer un vieux homme devant lui ; on retire plusieurs fois le vit du cul du vieillard, on le met dans la bouche de l’examinateur qui le suce ; puis il suce le vieux, le gamahuche, l’encule pendant que celui qui vient de foutre le vieux l’encule à son tour et est fouetté par la gouvernante du paillard.

27. Il serre violemment le col d’une jeune fille de quinze ans en l’enculant, afin de lui rétrécir l’anus ; on le fouette avec un nerf de bœuf pendant ce temps-là.

28. Il se fait mettre dans le cul de grosses boules de mercure combinées avec le vif argent. Ces boules remontent et redescendent, et pendant le chatouillement excessif qu’elles occasionnent, il suce des vits, avale le foutre, fait chier des culs de filles, avale la merde. Il est deux heures dans cette extase.

29. Il veut que le père l’encule, pendant qu’il sodomise le fils et la fille de cette homme.


Le soir, Michette est livrée en cul. Durcet prend la Martaine pour coucher dans sa chambre, à l’exemple du duc qui a Duclos et de Curval qui a Fanchon ; cette fille prend sur lui le même empire lubrique que Duclos sur le duc.


Le sept. 30. Il fout un dindon dont la tête est passée entre les cuisses d’une fille couchée sur le ventre, de façon qu’il a l’air d’enculer la fille. On l’encule pendant ce temps-là, et à l’instant de sa décharge, la fille coupe le cou du dindon.

31. Il fout une chèvre en levrette, pendant qu’on le fouette. Il fait un enfant à cette chèvre, qu’il encule à son tour, quoique ce soit un monstre.

32. Il encule des boucs.

33. Veut voir une femme décharger, branlée par un chien ; et il tue le chien d’un coup de pistolet sur le ventre de la femme sans blesser la femme.

34. Il encule un cygne, en lui mettant une hostie dans le cul, et il étrangle lui-même l’animal en déchargeant.


Ce même soir, l’évêque encule Cupidon pour la première fois.


Le huit. 35. Il se fait placer dans un panier préparé, qui n’a d’ouverture qu’à un endroit, où il place le trou de son cul frotté de foutre de jument, dont le panier représente le corps, couvert d’une peau de cet animal. Un cheval entier, dressé à cela, l’encule et pendant ce temps-là, dans son panier il fout une belle chienne blanche.

36. Il fout une vache, la fait engendrer, et fout le monstre.

37. Dans un panier également arrangé, il fait placer une femme qui reçoit le membre d’un taureau ; il s’amuse du spectacle.

38. Il a un serpent apprivoisé qui s’introduit dans son anus et le sodomise, pendant qu’il encule un chat dans un panier, qui, pris de partout, ne peut lui faire aucun mal.

39. Il fout une ânesse, en se faisant enculer par un âne dans des machines préparées qu’on détaillera.


Le soir, Cupidon est livré en cul.


Le neuf. 40. Il fout une chèvre en narines, qui, pendant ce temps-là, lui lèche les couilles avec la langue ; pendant ce temps-là, on l’étrille et on lui lèche le cul alternativement.

41. Il encule un mouton, pendant qu’un chien lui lèche le trou du cul.

42. Il encule un chien, dont on coupe la tête pendant qu’il décharge.

43. Il oblige une putain de branler un âne devant lui, et on le fout pendant ce spectacle.

44. Il fout un singe en cul ; l’animal est enfermé dans un panier ; on le tourmente pendant ce temps-là, afin de redoubler les resserrements de son anus.


On célèbre ce soir-là la fête de la dixième semaine par le mariage de Brise-cul et de Michette qui se consomme et qui fait grand mal a Michette.


Le dix. Elle annonce qu’elle va changer de passion, et que le fouet, qui était le principal, plus haut, dans le récit de Champville, n’est plus ici qu’accessoire.

45. Il fait chercher des filles coupables de quelques délits. Il vient les effrayer, leur dire qu’elles vont être arrêtées, mais qu’il se charge de tout si elles veulent recevoir une violente fustigation ; et dans la crainte où elles sont, elles se laissent fouetter jusqu’au sang.

46. Fait chercher une femme qui ait de beaux cheveux, sous le seul prétexte de les examiner ; mais il les lui coupe en traître, et décharge en la voyant s’éplorer de ce malheur, dont il rit beaucoup.

47. Avec tout plein de cérémonies, elle entre dans une chambre obscure. Elle ne voit personne, mais elle entend une conversation qui la regarde, que vous détaillerez, et qui est capable de la faire mourir d’effroi. À la fin, elle reçoit un déluge de soufflets et de coups de poing, sans savoir d’où ça lui vient ; elle entend les cris d’une décharge, et on la délivre.

48. Elle entre dans une espèce de sépulcre sous terre, qui n’est éclairé que par des lampes ; elle en voit toute l’horreur. Dès qu’elle a pu observer un moment, tout s’éteint, un bruit horrible de cris et de chaînes se fait entendre ; elle s’évanouit. Sinon, jusqu’à ce qu’elle le soit, on redouble la cause de l’effroi par quelques nouveaux épisodes. Dès qu’elle a perdu connaissance, un homme tombe sur elle et l’encule ; ensuite il la laisse, et ce sont des valets qui viennent la secourir. Il lui faut des filles très jeunes et très novices.

49. Elle entre dans un endroit semblable, mais que vous différencierez un peu dans le détail. On l’enferme nue dans une bière, on l’y cloue, et l’homme décharge au bruit des clous.


Ce soir-là, on avait fait exprès absenter Zelmire des récits. On la descend dans le caveau dont il a été question et qu’on a préparé comme ceux qui viennent d’être dépeints. Les quatre amis s’y trouvent nus et tous armés ; elle s’évanouit, et pendant ce temps-là Curval la dépucelle en cul. Le président a conçu pour cette fille les mêmes sentiments d’un amour mêlé de rage lubrique que le duc a pour Augustine.


Le onze. 50. Le même homme, le duc de Florville, dont Duclos a parlé, la seconde du 29 novembre, le même aussi que la cinquième du 26 février, de Desgranges, veut qu’on place sur un lit de satin noir un beau cadavre de fille venant d’être assassinée ; il le manie dans tous les sens et l’encule.

51. Un autre en veut deux, celui d’une fille et celui d’un garçon, et il encule le cadavre du jeune garçon en baisant les fesses de la fille et en enfonçant sa langue dans l’anus.

52. Il reçoit la fille dans un cabinet rempli de cadavres en cire, très bien imités ; ils sont tous percés de différentes manières. Il dit à la fille de choisir, et qu’il va la tuer comme celui de ces cadavres dont les blessures lui plaisent le mieux.

53. Il la lie à un cadavre réel, bouche à bouche, et la fouette dans cette attitude jusqu’au sang sur tout le train de derrière.


Ce soir-là, Zelmire est livrée en cul, mais, avant, on lui a fait son procès, et on lui a dit qu’elle sera tuée dans la nuit. Elle le croit, et au lieu de cela, quand elle a été bien enculée, on se contente de lui donner cent coups de fouet chacun, et Curval l’emmène coucher avec lui, où il l’encule encore.


Le douze. 54. Il veut une fille qui ait ses règles. Elle arrive près de lui, mais il est placé près d’une espèce de réservoir d’eau glacée de plus de douze pieds carrés sur huit de profondeur ; c’est masqué, de façon que la fille ne le voie pas. Dès qu’elle est près de l’homme, il la pousse dedans, et l’instant de sa chute est celui de la décharge de l’homme ; on la retire aussitôt, mais, comme elle a ses règles, elle n’en fait pas moins très souvent une violente maladie.

55. Il la descend nue dans un puits très profond et la menace de le combler de pierres ; il jette quelques mottes de terre pour l’effrayer, et décharge dans le puits sur la tête de la putain.

56. Il fait entrer chez lui une femme grosse, et l’effraie en menaces et en propos ; il la fouette, renouvelle ses mauvais traitements pour la faire avorter, ou chez lui ; ou dès qu’elle est de retour chez elle. Si elle accouche chez lui, il la paye double.

57. Il l’enferme dans un cachot noir, au milieu de chats, de rats et de souris ; il persuade qu’elle est là pour sa vie, et il va chaque jour se branler à sa porte en la persiflant.

58. Il lui enfonce des gerbes d’artifice dans le cul, dont les flammèches lui grésillent les fesses en y retombant.


Ce soir-là Curval fait reconnaître Zelmire pour sa femme, et l’épouse publiquement. L’évêque les marie ; il répudie Julie, qui tombe dans le plus grand discrédit, mais que son libertinage soutient cependant et que l’évêque protège un peu, jusqu’à ce qu’il se déclarera tout à fait pour elle, comme on le verra.

On s’aperçoit mieux que jamais, ce soir-là de la haine taquine de Durcet pour Adélaïde ; il la tourmente, il la vexe, elle se désole ; et le président, son père, ne la soutient point.


Le treize. 59. Il attache une fille sur une croix de Saint-André suspendue en l’air, et l’y fouette à tour de bras sur tout le train de derrière. Après cela, il la détache et la jette par une fenêtre, mais elle tombe sur des matelas préparés ; il décharge en l’entendant tomber. Détaillez la scène qu’il lui fait pour légitimer cela.

60. Il lui fait avaler une drogue qui lui fait voir une chambre remplie d’objets horribles. Elle voit un étang dont l’eau la gagne, elle monte sur une chaise pour éviter l’eau. On lui dit qu’elle n’a point d’autre parti à prendre que de se jeter à la nage ; elle s’y jette, mais elle tombe à plat sur un carreau, et se fait souvent beaucoup de mal. C’est l’instant de la décharge de notre libertin, dont le plaisir, avant, a été de beaucoup baiser le derrière.

61. Il la tient suspendue par une poulie en haut d’une tour ; il est à portée de la corde placée à une fenêtre au-dessus ; il se branle, donne des secousses à la corde, et menace de la couper en déchargeant. On le fouette pendant cela, et, avant, il a fait chier la putain.

62. Elle est tenue par quatre petites cordes minces aux quatre membres. Ainsi suspendue dans la plus cruelle attitude, on ouvre une trappe sous elle qui lui découvre un brasier ardent : si les cordes cassent elle y tombe. On les ébranle, et le paillard en coupe une en déchargeant. Quelquefois, il la met dans la même attitude, lui met un poids sur les reins et relève beaucoup les quatre cordes, de manière qu’elle se crève, pour ainsi dire, l’estomac et se brise les reins. Elle reste ainsi jusqu’à décharge.

63. Il la lie sur un tabouret ; à un pied au-dessus de sa tête est un poignard très affilé, suspendu à un cheveu ; si le cheveu casse, le poignard, très aigu, lui entre dans le crâne. L’homme se branle en face, et jouit des contorsions que la crainte arrache à sa victime. Au bout d’une heure, il la délivre, et lui ensanglante les fesses avec la pointe de ce même poignard, pour lui faire voir qu’il piquait bien ; il décharge sur le cul ensanglanté.


Ce soir-là, l’évêque dépucelle Colombe en cul et la fouette jusqu’au sang après sa décharge parce qu’il ne peut souffrir qu’une fille le fasse décharger.


Le quatorze. 64. Il encule une jeune novice qui ne sait rien, et, en déchargeant, il lui lâche deux coups de pistolet aux oreilles dont elle a les cheveux brûlés.

65. Il la fait asseoir dans un fauteuil à ressorts ; de son poids elle fait partir tous les ressorts qui répondent à des cerceaux de fer dont elle se trouve attachée ; d’autres ressorts présentent en partant vingt poignards sur son corps. L’homme se branle en lui disant que, donnant au fauteuil le moindre mouvement, elle va être percée, et fait, en déchargeant, jaillir son foutre sur elle.

66. Elle tombe, par le moyen d’une bascule, dans un cabinet tendu de noir et meublé d’un prie-Dieu, d’un cercueil et de têtes de morts. Elle y voit six spectres armés de massues, d’épées, de pistolets, de sabres, de poignards et de lances, et chacun prêt à la percer dans un endroit différent. Elle chancelle, la peur la prend ; l’homme entre, la saisit là et la fouette sur tout le corps à tour de bras, puis décharge en l’enculant. Si elle est évanouie quand il entre, ce qui arrive souvent, il la fait revenir à coup de verges.

67. Elle entre dans la chambre d’une tour ; elle y voit, au milieu, un grand brasier ; sur une table, du poison et un poignard. On lui donne à choisir les trois genres de mort. Communément elle choisit le poison : c’est un opium préparé, qui la fait tomber dans un assoupissement profond, pendant lequel le libertin l’encule. C’est le même homme dont a parlé Duclos le 27 et dont Desgranges parlera le 6 de février.

68. Le même homme dont Desgranges parlera le 16 de février fait toutes les cérémonies pour couper la tête de la fille ; lorsque le coup va tomber, un cordon retire précipitamment le corps de la fille, le coup porte sur le billot, et le sabre y enfonce de trois pouces. Si la corde ne retire pas la fille à temps, elle est morte. Il décharge en lâchant son coup. Mais, avant, il l’a enculée, le cou sur le billot.


Le soir, Colombe est livrée pour le cul ; on la menace et on fait mine de lui couper le cou.


Le quinze. 69. Il pend la putain tout à fait ; elle a ses pieds appuyés sur un tabouret, une corde tient au tabouret ; il est en face, posté sur un fauteuil, où il se fait branler par la fille de cette femme-là. En déchargeant, il tire la corde ; la fille, n’étant plus soutenue, reste accrochée ; il sort, des valets viennent, détachent la fille, et au moyen d’une saignée, elle en revient, mais ce secours se donne à son insu. Il va coucher avec la fille, et la sodomise toute la nuit en lui disant qu’il a pendu sa mère ; il ne veut pas savoir qu’elle en est revenue. (Dites que Desgranges en parlera.)


70. Il tire la fille par les oreilles, et la promène ainsi, nue, au milieu de la chambre ; il décharge alors.

71. Il pince la fille extraordinairement sur tout le corps, excepté sur le sein ; il la rend toute noire.

72. Il la pince sur la gorge, la lui moleste et la lui pétrit, jusqu’à ce qu’elle soit entièrement meurtrie.

73. Il lui trace des chiffres et des lettres avec la pointe d’une aiguille sur les tétons, mais l’aiguille est envenimée, la gorge enfle, et elle souffre beaucoup.

74. Lui enfonce mille ou deux mille camions dans les tétons, et décharge quand elle en a le sein couvert.


On surprend ce jour-là Julie, toujours plus libertine que jamais, se branlant avec la Champville. L’évêque la protège encore plus depuis lors, et l’admet dans sa chambre, comme le duc a Duclos, Durcet Martaine, et Curval Fanchon. Elle avoue que depuis sa répudiation, comme elle avait été condamnée à aller coucher dans l’étable des bêtes, la Champville l’avait retirée dans sa chambre et couchait avec elle.


Le seize. 75. Il enfonce de grosses épingles, généralement sur tout le corps de la fille, tétons compris ; il décharge quand elle en est couverte. (Dites que Desgranges en parlera ; c’est celle qu’elle explique, la quatrième du 27 février.)


76. Il la gonfle de boisson, puis il lui coud le con et le cul ; il la laisse ainsi jusqu’à ce qu’il la voie évanouie de besoin d’uriner ou de chier sans en pouvoir venir à bout, ou que la chute et le poids des besoins viennent à rompre les fils.


77. Ils sont quatre dans une chambre et se pelotent la fille à coups de pied et à coups de poing, jusqu’à ce qu’elle tombe. Tous quatre se branlent mutuellement et déchargent quand elle est à bas.

78. On lui ôte et lui rend l’air à volonté dans une machine pneumatique.


Pour fêter la onzième semaine, on célèbre, ce jour-là, le mariage de Colombe et d’Antinoüs qui se consomme. Le duc, qui fout prodigieusement Augustine en con, a pris, cette nuit-là, une rage lubrique contre elle : il l’a fait tenir par la Duclos, et lui a donné trois cents coups de fouet, depuis le milieu du dos jusqu’au gras des jambes, et a ensuite enculé la Duclos en baisant le cul fouetté d’Augustine. Ensuite, il fait des folies pour Augustine, veut qu’elle dîne auprès de lui, ne mange que de sa bouche, et mille autres inconséquences libertines qui peignent le caractère de ces paillards-là.


Le dix-sept. 79. Il lie la fille sur une table, à plat ventre, et lui mange une omelette bouillante sur ses fesses, dont il pique fortement les morceaux avec une fourchette très aiguë.

80. Il lui fixe la tête sur un réchaud de braise jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse, et il l’encule en cet état.

81. Il lui grésille légèrement et peu à peu la peau du sein et des fesses avec des allumettes soufrées.

82. Il lui éteint, une grande quantité de fois de suite, des bougies dans le con, dans le cul, et sur les tétons.

83. Il lui brûle, avec une allumette, les poils des paupières, ce qui l’empêche de prendre aucun repos la nuit, ni de pouvoir fermer les yeux pour dormir.


Ce soir-là, le duc dépucelle Giton, qui s’en trouve mal, parce que le duc est énorme, qu’il fout très brutalement et que Giton n’a que douze ans.


Le dix-huit. 84. Il l’oblige, le pistolet sur la gorge, de mâcher et d’avaler un charbon ardent, et puis il lui seringue de l’eau-forte dans le con.

85. Il lui fait danser les olivettes toute nue, à l’entour de quatre piliers préparés ; mais le seul sentier qu’elle puisse suivre nu-pieds, autour de ces piliers, est garni de ferrailles aiguës et de pointes de clous et de morceaux de verre, et il y a un homme placé à chaque pilier, une poignée de verges à la main, qui la cingle ou par-devant ou par-derrière, suivant la partie qu’elle présente, chaque fois qu’elle passe près de cet homme. Elle est obligée de courir ainsi un certain nombre de tours, suivant qu’elle est plus ou moins jeune et jolie, les plus belles étant toujours les plus vexées.

86. Il lui donne de violents coups de poing dans le nez, jusqu’à ce qu’elle saigne, et il continue encore, malgré qu’elle soit en sang ; il décharge et mêle son foutre au sang qu’elle perd.

87. Il la pince sur les chairs, et principalement sur les fesses, la motte et les tétons, avec des tenailles de fer très chaudes. (Dites que Desgranges en parlera.)


88. Il lui place sur son corps nu différents petits tas de poudre à canon, surtout dans les endroits les plus sensibles et il y met le feu.


Le soir, on livre Giton pour le cul, et il est fustigé après la cérémonie par Curval, le duc et l’évêque qui l’ont foutu.


Le dix-neuf. 89. Il lui enfonce dans le con un cylindre de poudre, à cru, et qui n’est point revêtu de carton ; il y met le feu et décharge en voyant la flamme. Précédemment il a baisé le cul.

90. Il l’imbibe, depuis les pieds jusqu’à la tête, exclusivement avec de l’esprit-de-vin ; il y met le feu, et s’amuse jusqu’à sa décharge à voir ainsi cette pauvre fille tout en feu. Il renouvelle deux ou trois fois l’opération.

91. Il lui donne un lavement d’huile bouillante dans le cul.

92. Il lui enfonce un fer brûlant dans l’anus, et autant dans le con, après l’avoir bien fouettée avant.

93. Il veut fouler à ses pieds une femme grosse, jusqu’à ce qu’elle avorte. Précédemment il la fouette.


Ce même soir, Curval dépucelle Sophie en cul, mais elle est, avant, fouettée jusqu’au sang de cent coups par chacun des amis. Dès que Curval lui a déchargé dans le cul, Il offre cinq cents louis à la société pour la descendre le soir même dans le caveau et s’en amuser à sa guise ; on le lui refuse. Il la rencule, et en sortant de son cul à cette seconde décharge, il lui donne un coup de pied au derrière, qui va la jeter sur des matelas à quinze pieds de là. Dès le même soir, il va se venger sur Zelmire, qu’il fouette à tour de bras.


Le vingt. 94. Il a l’air de caresser la fille qui le branle, elle est sans défiance ; mais à l’instant de sa décharge, il lui saisit la tête et la cogne fortement contre un mur. Le coup est si imprévu et si violent qu’elle en tombe ordinairement évanouie.

95. Ils sont quatre libertins réunis ; ils jugent une fille et la condamnent en règle : sa sentence à cent coups de bâton, appliqués vingt-cinq par vingt-cinq par chacun des amis et distribués l’un depuis le dos jusqu’au bas des reins, le second depuis la chute des reins jusqu’au gras des jambes, le troisième depuis le cou jusqu’au nombril, sein compris, et le quatrième depuis le bas-ventre jusqu’aux pieds.

96. Il lui fait une piqûre d’épingle dans chaque œil, sur chaque bout de téton et sur le clitoris.

97. Il lui dégoutte de la cire d’Espagne sur les fesses, dans le con et sur la gorge.

98. Il la saigne du bras, et n’arrête le sang que quand elle s’évanouit.


Curval propose de saigner Constance à cause de sa grossesse : on le fait jusqu’à l’évanouissement ; c’est Durcet qui la saigne. Ce soir-là, on livre Sophie pour le cul, et le duc propose de la saigner, que ça ne peut pas lui faire du mal, au contraire, et de faire du boudin de son sang pour le déjeuner. On le fait, c’est Curval qui la saigne ; Duclos le branle pendant ce temps-là, et il ne veut faire sa piqûre qu’au moment où son foutre échappe ; il la fait large, mais il ne la manque pas. Malgré tout cela, Sophie a plu à l’évêque, qui l’adopte pour femme et répudie Aline, qui tombe dans le plus grand discrédit.


Le vingt et un. 99. Il la saigne des deux bras, et veut qu’elle soit debout quand le sang coule ; de temps à autre, il arrête le sang pour la fouetter ; ensuite il rouvre les plaies, et le tout jusqu’à l’évanouissement. Il ne décharge que quand elle tombe ; avant, il fait chier.

100. Il la saigne des quatre membres et à la jugulaire, et se branle en voyant couler ses cinq fontaines de sang.

101. Il la scarifie légèrement sur les chairs, et surtout les fesses, mais point les tétons.

102. Il la scarifie fortement, et surtout sur le sein près du bout, et près du trou du cul quand il en est aux fesses ; ensuite il cautérise les plaies avec un fer rouge.

103. On l’attache à quatre pattes comme une bête féroce ; il est recouvert d’une peau de tigre. En cet état on l’excite, on l’irrite, on le fouette, on le bat, on lui branle le cul. Vis-à-vis de lui est une jeune fille très grasse, nue, et fixée par les pieds au parquet, et par le cou au plafond, de manière qu’elle ne peut bouger. Dès que le paillard est bien en feu, on le lâche, il se jette comme une bête féroce sur la fille, et la mord sur toutes les chairs, et principalement sur le clitoris et le bout des tétons, qu’il emporte ordinairement avec ses dents. Il hurle et crie comme une bête, et décharge en hurlant. Il faut que la fille chie ; il va manger son étron à terre.


Ce même soir, l’évêque dépucelle Narcisse ; il est livré le même soir, pour ne pas déranger la fête du 2. Le duc, avant de l’enculer, le fait chier dans sa bouche et y rendre le foutre de ses prédécesseurs. Après l’avoir enculé, il lui donne le fouet.


Le vingt-deux. 104. Il arrache des dents et égratigne les gencives avec des aiguilles. Quelquefois il les brûle.

105. Il lui casse un doigt de la main, quelquefois plusieurs.

106. Il lui en aplatit vigoureusement un des pieds avec un coup de marteau.

107. Il lui démet un poignet.

108. Il lui donne un coup de marteau sur les dents de devant, en déchargeant. Son plaisir, avant, est de beaucoup sucer la bouche.


Le duc, ce soir-là, dépucelle Rosette en cul, et à l’instant où le vit entre dans le cul, Curval arrache une dent à la petite fille, pour qu’elle éprouve à la fois deux terribles douleurs. Le même soir, elle est livrée pour ne pas déranger la fête du lendemain. Quand Curval lui a déchargé dans le cul (et il n’a passé que le dernier), quand il a fait, dis-je, il jette la petite fille à la renverse par un soufflet a tour de bras.


Le vingt-trois, à cause de la fête on n’en compte que quatre.

109. Il lui démet un pied.

110. Il lui casse un bras en l’enculant.

111. Il lui casse un os des jambes, d’un coup de barre de fer, et l’encule après.

112. Il la lie sur une échelle double, les membres attachés en sens bizarre. Une corde tient à l’échelle ; on tire la corde, l’échelle tombe. Elle se brise tantôt un membre, tantôt un autre.


Ce jour-là, on a fait le mariage de Bande-au-ciel et de Rosette pour célébrer la douzième semaine. Ce soir-là, on saigne Rosette quand elle a été foutue et Aline qu’on fait foutre à Hercule ; toutes deux sont saignées de manière à ce que leur sang jaillisse sur les cuisses et les vits de nos libertins, qui se branlent à ce spectacle, et déchargent quand toutes deux s’évanouissent.


Le vingt-quatre. 113. Il lui coupe une oreille. (Ayez attention de spécifier partout ce que tous ces gens-là font avant.)


114. Il lui fend les lèvres et les narines.

115. Il lui perce la langue avec un fer chaud, après la lui avoir sucée et mordue.

116. Il lui arrache plusieurs ongles des doigts, des mains ou des pieds.

117. Il lui coupe le petit bout d’un doigt.


Et l’historienne interrogée ayant dit qu’une telle mutilation pansée sur-le-champ n’entraîne aucune suite fâcheuse, Durcet dès le même soir coupe le bout du petit doigt à Adélaïde, contre laquelle sa taquinerie lubrique éclate toujours de plus en plus. Il en décharge avec des transports inouïs. Ce même soir, Curval dépucelle Augustine en cul, quoique femme du duc. Supplice qu’elle éprouve. Rage de Curval contre elle, après ; il fait cabale avec le duc pour la descendre au caveau dès le même soir, et ils disent à Durcet que, si on veut le leur permettre, ils permettront à lui, Durcet, d’expédier Adélaïde tout de suite aussi ; mais l’évêque harangue et obtient qu’ils attendent encore, pour l’intérêt même de leur plaisir. Curval et le duc se contentent donc de fouetter vigoureusement Augustine, chacun dans les bras de l’autre.


Le vingt-cinq. 118. Il distille quinze ou vingt gouttes de plomb fondu tout bouillant dans la bouche, et brûle les gencives avec de l’eau-forte.

119. Il coupe un bout de la langue, après s’être fait torcher le cul merdeux avec cette même langue, puis l’encule quand sa mutilation est faite.

120. Il a une machine de fer ronde qui entre dans les chairs et qui coupe, laquelle, quand elle est retirée, enlève un morceau rond de chair aussi profond que l’on a laissé descendre la machine, qui creuse toujours si on ne la retient pas.

121. Il fait eunuque un garçon de dix à quinze ans.

122. Il serre et enlève avec des tenailles le bout des seins et les coupe avec des ciseaux.


Ce même soir, Augustine est livrée pour le cul. Curval, en l’enculant, avait voulu baiser la gorge de Constance, et en déchargeant, il lui a enlevé le bout avec ses dents ; mais comme on la panse tout de suite, on assure que ça ne fera rien a son fruit. Curval dit à ses confrères, qui plaisantent de sa rage contre cette créature, qu’il n’est pas le maître des sentiments de rage qu’elle lui inspire. Lorsque à son tour le duc encule Augustine, celle qu’il a contre cette belle fille s’exhale on ne saurait plus vivement : si on n’y avait pas eu l’œil, il l’aurait blessée ou au sein, ou en lui serrant le cou de toute sa force, en déchargeant. Il demande encore à l’assemblée d’en être le maître, mais on lui objecte qu’il faut attendre les narrations de Desgranges. Son frère le prie de prendre patience jusqu’à ce qu’il lui donne lui-même l’exemple sur Aline ; que ce qu’il veut faire avant dérangerait toute l’économie des arrangements. Cependant, comme il n’en peut plus, qu’il lui faut absolument un supplice contre cette belle fille, on lui permet de lui faire une légère blessure au bras : il la fait dans les chairs de l’avant-bras gauche, en suce le sang, décharge, et on panse cette blessure, de manière à ce que, le quatrième jour, il n’y paraît plus.


Le vingt-six. 123. Il casse une bouteille légère de verre blanc sur le visage de la fille, attachée et hors de défense ; il a beaucoup sucé la bouche et la langue, avant.

124. Il lui attache les deux jambes, il lui lie une main derrière le dos, lui donne dans l’autre main un petit bâton pour se défendre, puis il l’attaque à grands coups d’épée, lui fait plusieurs blessures dans les chairs, et va décharger sur les plaies.

125. Il l’étend sur une croix de Saint-André, fait la cérémonie de la rompre, offense trois membres sans luxation, et brise décidément ou un bras ou une jambe.

126. Il la fait mettre de profil, et lâche un coup de pistolet chargé à plomb qui lui effleure les deux seins ; il vise à emporter un des petits bouts.

127. Il la place en levrette à vingt pas de lui, et tire à balle un coup de fusil dans les fesses.


Ce même soir, l’évêque dépucelle Fanny en cul.


Le vingt-sept. 128. Le même homme dont Desgranges parlera le 24 février fait avorter une femme grosse à force de coups de fouet sur le ventre ; il veut la voir pondre devant lui.

129. Il fait eunuque tout ras un jeune garçon de seize à dix-sept ans. Il l’encule avant et le fouette.

130. Veut une pucelle ; il lui coupe le clitoris avec un rasoir, puis la déflore avec un cylindre de fer chaud qu’il enfonce à coups de marteau.

131. Fait avorter à huit mois, au moyen d’un breuvage qui fait pondre à l’instant à la femme son enfant mort. D’autre fois, il détermine un accouchement par le trou du cul, mais l’enfant sort sans vie et la mère risque la vie.

132. Il coupe un bras.


Ce soir-là, Fanny est livrée en cul. Durcet la sauve d’un supplice que l’on lui préparait ; il la prend pour femme, se fait marier par l’évêque, et répudie Adélaïde, à qui l’on fait le supplice destiné à Fanny, qui consistait à avoir un doigt cassé. Le duc l’encule pendant que Durcet casse le doigt.


Le vingt-huit. 133. Il coupe les deux poignets et cautérise avec un fer chaud.

134. Il coupe la langue dès la racine et cautérise avec un fer chaud.

135. Il coupe une jambe, et plus souvent la fait couper pendant qu’il encule.

136. Il arrache toutes les dents, et met en place un clou rouge qu’il enfonce avec un marteau ; il fait cela en venant de foutre la femme en bouche.

137. Il enlève un œil.


Ce soir-là, on fouette Julie à tour de bras, et on la pique sur tous les doigts avec une aiguille. Cette opération se fait pendant que l’évêque l’encule, quoiqu’il l’aime assez.


Le vingt-neuf. 138. Il éteint et absorbe les deux yeux en laissant tomber de la cire d’Espagne dedans.

139. Il lui coupe un téton tout ras, et cautérise avec un fer chaud. La Desgranges dira là que c’est cet homme-là qui lui a coupé le téton qui lui manque, et qu’elle est sûre qu’il le mange sur le gril.

140. Il coupe les deux fesses, après l’avoir enculée et fouettée. On dit aussi qu’il les mange.

141. Il coupe ras les deux oreilles.

142. Coupe toutes les extrémités, les vingt doigts, le clitoris, le bout des seins, de la langue.


Ce soir-là, Aline, après avoir été vigoureusement fouettée par les quatre amis et enculée par l’évêque pour la dernière fois, est condamnée à avoir un doigt de chaque membre coupé par chaque ami.


Le trente. 143. Il lui enlève plusieurs morceaux de chair de dessus tout le corps, les fait rôtir, et l’oblige de les manger avec lui. C’est le même homme du 8 et du 17 février de Desgranges.

144. Il coupe les quatre membres d’un jeune garçon, encule le tronc, le nourrit bien, et le laisse vivre ainsi ; or, comme les membres ne sont pas coupés trop près du tronc, il vit longtemps. Il l’encule plus d’un an ainsi.

145. Il attache la fille fortement par une main, et la laisse ainsi sans la nourrir ; à côté d’elle est un large couteau, et devant elle un excellent repas : si elle veut se nourrir, il faut qu’elle coupe sa main, sinon elle meurt ainsi. Précédemment, il a foutu en cul. Il l’observe par une fenêtre.

146. Il attache la fille et la mère ; pour que l’une des deux vive et fasse vivre l’autre, il faut qu’elle se coupe la main. Il s’amuse à voir le débat, et laquelle des deux se sacrifiera pour l’autre.


Elle ne conte que quatre histoires, afin de célébrer, ce soir-là, la fête de la treizième semaine, dans laquelle le duc épouse, comme lui étant fille, Hercule en qualité de mari, et comme lui étant homme, Zéphire en qualité de femme. Le jeune bardache, qui, comme on sait, a le plus beau cul des huit garçons, est présenté vêtu en fille et est ainsi joli comme l’Amour. La cérémonie est consacrée par l’évêque et se passe devant tout le monde. Ce jeune garçon n’est dépucelé que ce jour-là ; le duc y prend grand plaisir, et y a beaucoup de peine ; il le met en sang. Hercule le fout toujours pendant l’opération.


Le trente et un. 147. Il lui crève les deux yeux, et la laisse enfermée dans une chambre, en lui disant qu’elle a devant elle de quoi manger, qu’elle n’a qu’à l’aller chercher. Mais, pour cela, il faut qu’elle passe sur une plaque de fer qu’elle ne voit pas et qu’on tient toujours rouge. Il s’amuse par une fenêtre à voir comment elle va faire : si elle se brûlera, ou si elle aimera mieux mourir de faim. Précédemment, elle a été très fouettée.

148. Il lui donne le supplice de la corde, qui consiste à avoir les membres liés à des cordes et à être, par ces cordes, enlevé très haut ; il vous laisse retomber de toute la hauteur à plomb : chaque chute disloque et brise tous les membres, parce qu’elle se fait en l’air et qu’on n’est soutenu que par les cordes.

149. Il lui fait de profondes blessures dans les chairs, au milieu desquelles il distille de la poix bouillante et du plomb fondu.

150. Il l’attache nue et sans secours, au moment où elle vient d’accoucher ; il attache son enfant vis-à-vis d’elle, qui crie, et qu’elle ne peut secourir. Il faut qu’elle le voie ainsi mourir. En suite de cela il fouette à tour de bras la mère sur le con, en dirigeant ses coups dans le vagin. C’est lui qui ordinairement est le père de l’enfant.

151. Il la gonfle d’eau ; ensuite il lui coud le con et le cul, ainsi que la bouche, et la laisse ainsi jusqu’à ce que l’eau crève les conduits, ou qu’elle y périsse. (Vérifiez pourquoi une de trop, et s’il y en a une à supprimer que ce soit cette dernière que je crois déjà faite.)


Ce même soir, Zéphire est livré pour le cul, et Adélaïde est condamnée à une rude fustigation après laquelle on la brûlera avec un fer chaud, tout auprès de l’intérieur du vagin, sous les aisselles, et un peu grésillée sous chaque téton. Elle endure tout cela en héroïne et en invoquant Dieu, ce qui irrite davantage ses bourreaux.


Quatrième partie


Les cent cinquante passions meurtrières, ou de quatrième classe, composant vingt-huit journées de février, remplies par les narrations de la Desgranges, auxquelles on a joint le journal exact des événements scandaleux du château pendant ce mois-là.


(Plan.)




Établissez d’abord que tout change de face, ce mois-là ; que les quatre épouses sont répudiées, que cependant Julie a trouvé grâce près de l’évêque qui l’a prise chez lui en qualité de servante, mais qu’Aline, Adélaïde et Constance sont sans feu ni lieu, excepté pourtant cette dernière qu’on a permis à Duclos de reléguer chez elle parce qu’on veut ménager son fruit. Mais pour Adélaïde et Aline, elles couchent à l’étable des bêtes destinées à la nourriture. Ce sont les sultanes Augustine, Zelmire, Fanny et Sophie, qui remplacent les épouses dans toutes leurs fonctions, savoir : aux garde-robes, au service du dîner, aux canapés, et dans le lit de messieurs, la nuit. De façon qu’à cette époque voici comme sont les chambres de messieurs pendant les nuits. Indépendamment de chacun un fouteur à tour de rôle, ils ont : le duc Augustine, Zéphire et Duclos dans son lit avec le fouteur ; il couche au milieu des quatre, et Marie sur le canapé ; Curval couche de même entre Adonis, Zelmire, un fouteur et Fanchon ; personne d’ailleurs ; Durcet couche entre Hyacinthe, Fanny, un fouteur et la Martaine (Vérifiez), et, sur le canapé, Louison ; l’évêque couche entre Céladon, Sophie, un fouteur et Julie, et, sur le canapé, Thérèse. Ce qui fait voir que les petits ménages de Zéphire et d’Augustine, d’Adonis et Zelmire, d’Hyacinthe et Fanny, de Céladon et Sophie, qui ont été tous mariés ensemble, appartiennent au même maître. Il n’y a plus que quatre jeunes filles au sérail des filles, et quatre au sérail des garçons. Champville couche dans celui des filles et Desgranges dans celui des garçons, Aline à l’étable, comme on l’a dit, et Constance dans la chambre de Duclos, seule, puisque Duclos couche avec le duc toutes les nuits. Le dîner est toujours servi par les quatre sultanes représentant les quatre épouses, et le souper par les quatre sultanes qui restent ; un quadrille sert toujours le café ; mais les quadrilles des récits, vis-à-vis chaque niche de glace, ne sont plus composés que d’un garçon et d’une fille. À chaque récit, Aline et Adélaïde sont attachées aux piliers du salon d’histoire dont on a parlé ; elles y sont liées, les fesses en face des canapés, et près d’elles, une petite table garnie de verges, de façon qu’elles sont toujours prêtes à recevoir le fouet. Constance a permission d’être assise au rang des historiennes. Chaque vieille se tient à son couple, et Julie, nue, erre d’un canapé à l’autre, pour prendre les ordres et les exécuter sur-le-champ. Du reste, toujours de même, un fouteur par canapé. C’est en cet état que Desgranges commence ses récits. Dans un règlement particulier, les amis ont statué que, dans le cours de ce mois, Aline, Adélaïde, Augustine et Zelmire seraient livrées à la brutalité de leurs passions, et qu’ils pourraient au jour prescrit, ou les immoler seuls, ou inviter au sacrifice celui qu’ils voudraient de leurs amis, sans que les autres s’en fâchassent ; qu’à l’égard de Constance, elle servirait à la célébration de la dernière semaine, ainsi que cela sera expliqué en temps et lieu. Quand le duc et Curval, qui par cet arrangement redeviendront veufs, voudront, pour finir le mois, reprendre une épouse pour les fonctions, ils le pourront, en prenant dans les quatre sultanes restantes. Mais les piliers resteront dégarnis dès que les deux femmes qui les garnissaient n’y seront plus. Desgranges commence, et après avoir prévenu qu’il ne va plus s’agir que de meurtres, elle dit qu’elle aura soin, ainsi que l’on lui a recommandé, d’entrer dans les plus minutieux détails, et surtout de prévenir des goûts ordinaires que ces meurtriers de débauche faisaient précéder dans leurs passions, afin qu’on puisse juger les rapports et les enchaînures et voir quel est le genre de libertinage simple qui, rectifié par des têtes sans mœurs et sans principes, peut conduire au meurtre, et à quel genre de meurtre. Ensuite elle commence.


Le premier de février. 1. Il aimait à s’amuser avec une pauvresse qui n’eût pas mangé de trois jours ; et sa seconde passion est de laisser mourir une femme de faim au fond d’un cachot, sans lui donner le moindre secours ; il l’observe et se branle en l’examinant, mais il ne décharge que le jour qu’elle périt.

2. Il l’y entretient longtemps, en diminuant chaque jour un peu de sa portion ; il fait chier avant, et mange l’étron dans un plat.

3. Il aimait à sucer la bouche, à avaler la salive, et, pour seconde, il mure la femme dans un cachot, avec des vivres seulement pour quinze jours ; le trentième jour, il y entre et se branle sur le cadavre.

4. Il faisait pisser et, pour seconde, il la fait mourir à petit feu en l’empêchant de boire et lui donnant beaucoup à manger.

5. Il fouettait, et fait mourir la femme en l’empêchant de dormir.


Ce même soir, Michette est pendue par les pieds, après avoir beaucoup mangé, jusqu’à ce qu’elle ait tout vomi sur Curval, qui se branle dessous et avale.


Le deux. 6. Il faisait chier dans sa bouche et mangeait à mesure ; sa seconde est de ne nourrir qu’avec de la mie de pain et de vin. Elle en crève au bout d’un mois.

7. Il aimait à foutre le con ; il lui donne, à la femme, une maladie vénérienne par injection, mais d’une si mauvaise espèce qu’elle en crève au bout de très peu de temps.

8. Il faisait vomir dans sa bouche, et, pour seconde, il lui donne, par le moyen d’une boisson, une fièvre maligne dont elle crève fort vite.

9. Il faisait chier, et, pour seconde, il donne un lavement d’ingrédients empoisonnés dans une eau bouillante ou de l’eau-forte.

10. Un fameux fustigateur place une femme sur un pivot sur lequel elle tourne sans cesse jusqu’à la mort.


Le soir, on donne un lavement d’eau bouillante à Rosette, au moment où le duc vient de l’enculer.


Le trois. 11. Il aimait à donner des soufflets, et, pour seconde, il tourne le cou sens devant derrière, de manière qu’elle a le visage du côté des fesses.

12. Il aimait la bestialité, et, pour seconde, il aime à faire dépuceler une fille devant lui par un étalon qui la tue.

13. Il aimait à foutre en cul, et, pour seconde, il l’enterre à mi-corps, et la nourrit ainsi jusqu’à ce que la moitié du corps soit pourrie.

14. Il aimait à branler le clitoris, et il fait branler par un de ses gens une fille sur le clitoris jusqu’à la mort.

15. Un fustigateur, en perfectionnant sa passion, fouette jusqu’à la mort la femme sur toutes les parties du corps.


Ce soir-là, le duc veut qu’Augustine soit branlée sur le clitoris, qu’elle a très chatouilleux, par la Duclos et la Champville, qui se relaient et qui la branlent jusqu’à l’évanouissement.


Le quatre. 16. Il aimait à serrer le cou, et, pour seconde, il attache la fille par le cou. Devant elle est un grand repas, mais pour y atteindre, il faut qu’elle s’étrangle elle-même ou qu’elle meure de faim.

17. Le même homme qui a tué la sœur de Duclos, et dont le goût est de patiner longtemps les chairs, pétrit la gorge et les fesses d’une si furieuse force qu’il fait mourir par ce supplice.

18. L’homme dont Martaine a parlé le 20 janvier, et qui aimait à saigner les femmes, les tue à force de saignées renouvelées.

19. Celui dont la passion était de faire courir une femme nue jusqu’à ce qu’elle tombe, et dont on a parlé, a, pour seconde, de l’enfermer dans une étuve brûlante, où elle meurt comme étouffée.

20. Celui dont Duclos a parlé, qui aimait à se faire emmailloter et à qui la fille donnait sa merde au lieu de bouillie, serre une femme si étroitement dans des langes qu’il la fait mourir ainsi.


Ce soir-là, un peu avant de passer au salon d’histoire, on a trouvé Curval enculant une des servantes de la cuisine. Il paye l’amende ; la fille a ordre de se trouver aux orgies où le duc et l’évêque l’enculent à leur tour, et elle reçoit deux cents coups de fouet de la main de chacun. C’est une grosse Savoyarde de vingt-cinq ans, assez fraîche, et qui a un beau cul.


Le cinq. 21. Il aime en première passion la bestialité, et, pour seconde, il coud la fille dans une peau d’âne toute fraîche, la tête en dehors, il la nourrit, et on la laisse là-dedans jusqu’à ce que la peau de l’animal l’étouffe en se rétrécissant.

22. Celui dont Martaine a parlé le 15 janvier, et qui aimait à pendre en jouant, pend la fille par les pieds et la laisse là jusqu’à ce que le sang l’ait étouffée.

23. Celui du 27 novembre, de Duclos, qui aimait à faire saouler la putain, fait mourir la femme en la gonflant d’eau avec un entonnoir.

24. Il aimait à molester les tétons, et perfectionne cela en enchâssant les deux tétons de la femme dans deux espèces de pots de fer ; ensuite, on place la créature, ses deux tétons ainsi cuirassés, sur deux réchauds, et on la laisse crever dans ces douleurs-là.

25. Il aimait à voir nager une femme, et, pour seconde, il la jette dans l’eau, et la retire mi-noyée ; il la pend ensuite par les pieds pour faire dégorger l’eau. Dès qu’elle est revenue à elle on la rejette, et ainsi plusieurs fois, jusqu’à ce qu’elle crève.


Ce jour-là, à la même heure que la veille, on trouve le duc enculant une autre servante ; il paye l’amende ; la servante est mandée aux orgies, où tout le monde en jouit, Durcet en bouche, le reste en cul, et même en con, car elle est pucelle, et elle est condamnée à deux cents coups de fouet par chacun. C’est une fille de dix-huit ans, grande et bien faite, un peu rousse, et un très beau cul. Ce même soir, Curval dit qu’il est essentiel de saigner encore Constance pour sa grossesse ; le duc l’encule et Curval la saigne, pendant qu’Augustine le branle sur les fesses de Zelmire et qu’on le fout. Il pique en déchargeant, et ne la manque pas.


Le six. 26. Sa première passion était de jeter une femme dans un brasier avec un coup de pied au cul, mais dont elle sortait assez tôt pour ne souffrir que fort peu. Il perfectionne en obligeant la fille à se tenir droite devant deux feux, dont l’un la grille par-devant et l’autre par-derrière ; on la laisse là jusqu’à ce que ses graisses soient fondues.


Desgranges prévient qu’elle va parler de meurtres qui entraînent une mort prompte et dont on ne souffre presque pas.


27. Il aimait à gêner la respiration avec ses mains, soit en serrant le col, soit en pesant longtemps sa main sur la bouche, et il perfectionne cela en étouffant entre quatre matelas.

28. Celui dont Martaine a parlé et qui donnait à choisir de trois morts (voyez le 14 janvier), brûle la cervelle d’un coup de pistolet sans laisser de choix ; il encule, et en déchargeant il lâche le coup.

29. Celui dont Champville a parlé le 22 décembre, qui faisait sauter dans la couverture avec un chat, la précipite du haut d’une tour sur des cailloux, et décharge en entendant sa chute.

30. Celui qui aimait à serrer le cou en enculant, et dont Martaine a parlé le 6 janvier, encule la fille, un cordon de soie noire passé autour de son cou, et décharge en l’étranglant. (Qu’elle dise que cette volupté est une des plus raffinées qu’un libertin puisse se procurer.)


On célèbre, ce jour-là, la fête de la quatorzième semaine et Curval épouse, lui comme femme, Brise-cul en qualité de mari, et lui comme homme, Adonis, en qualité de femme. Cet enfant n’est dépucelé que ce jour-là, devant tout le monde, pendant que Brise-cul fout Curval. On se saoule au souper ; et on fouette Zelmire et Augustine sur les reins, les fesses, les cuisses, le ventre, la motte et les cuisses par-devant ; ensuite Curval fait foutre Zelmire, sa nouvelle épouse, par Adonis, et les encule tour à tour tous deux.


Le sept. 31. Il aimait primitivement à foutre une femme assoupie, et il perfectionne en faisant mourir par une forte dose d’opium ; il l’enconne pendant le sommeil de mort.

32. Le même homme dont elle vient de parler, et qui jette plusieurs fois dans l’eau, a encore pour passion de noyer une femme avec une pierre au cou.

33. Il aimait à donner des soufflets, et, pour seconde, il lui coule du plomb fondu dans l’oreille pendant qu’elle dort.

34. Il aimait à fouetter sur le visage. Champville en a parlé le 30 décembre. (Vérifiez.) Il tue tout de suite la fille d’un vigoureux coup de marteau sur la tempe.

35. Il aimait à voir brûler jusqu’au bout une bougie dans l’anus de la femme : il l’attache au bout d’un conducteur, et la fait écraser par le tonnerre.

36. Un fustigateur. Il la braque en posture à la levrette, au bout d’une pièce de canon ; le boulet l’emporte par le cul.


Ce jour-là, on a trouvé l’évêque enculant la troisième servante. Il paye l’amende ; la fille est mandée aux orgies, le duc et Curval l’enculent et l’enconnent, car elle est vierge ; puis on lui donne huit cents coups de fouet : deux cents chacun. C’est une Suissesse de dix-neuf ans, très blanche, fort grasse, et un très beau cul. Les cuisinières se plaignent, et disent que le service ne pourra plus aller si on tracasse les servantes, et on les laisse là jusqu’au mois de mars. Ce même soir on coupe un doigt à Rosette, et on cautérise avec le feu. Elle est entre Curval et le duc pendant l’opération ; l’un fout en cul, l’autre en con. Le même soir, Adonis est livré pour le cul, de manière que le duc a foutu ce soir-là une servante et Rosette en con, même servante en cul, Rosette aussi en cul (ils ont changé) et Adonis. Il est rendu.


Le huit. 37. Il aimait à fouetter sur tout le corps avec un nerf de bœuf, et c’est le même dont Martaine parle, qui roua en effleurant trois membres et n’en cassant qu’un. Il aime à rouer tout à fait la femme, mais il l’étouffe sur la croix même.

38. Celui dont Martaine a parlé, qui fait semblant de couper le cou de la fille et qu’on retire par une corde, le coupe très effectivement en déchargeant. Il se branle.

39. Celui du 30 janvier, de la Martaine, qui aimait faire des scarifications, fait passer par les oubliettes.

40. Il aimait à fouetter des femmes grosses sur le ventre, et perfectionne en laissant tomber sur le ventre d’une femme grosse un poids énorme qui l’écrase sur-le-champ, elle et son fruit.

41. Il aimait à voir nu le col d’une fille, à le serrer, le molester un peu : il enfonce une épingle vers la nuque du col dans un certain endroit, dont elle meurt sur-le-champ.

42. Il aimait à brûler doucement, avec une bougie, sur différentes parties du corps. Il perfectionne en jetant dans une fournaise ardente, qui est si violente qu’elle est à l’instant consumée.

Durcet, qui bande beaucoup, et qui a été, pendant les récits, fouetter deux fois Adélaïde au pilier, propose de la mettre en travers dans le feu, et quand elle a eu tout le temps de frémir de la proposition, qu’il ne s’en faut de rien que l’on accepte, par accommodement on lui brûle le petit bout des seins : Durcet, son mari, l’un, Curval son père l’autre ; tous deux déchargent à cette opération.


Le neuf. 43. Il aimait à faire des piqûres d’épingles, et, pour seconde, décharge en donnant trois coups de poignard dans le cœur.

44. Il aimait à faire brûler de l’artifice dans le con : il attache une jeune fille mince et bien faite, pour baguette, à une grosse fusée volante ; elle est enlevée et retombe avec la fusée.

45. Le même remplit une femme de poudre dans toutes ses ouvertures, il y met le feu, et tous les membres partent et s’écartent à la fois.

46. Il aimait à faire prendre, par surprise, de l’émétique dans ce que mangeait la fille : il lui fait pour seconde, respirer une poudre dans du tabac ou dans un bouquet, qui la jette morte à la renverse sur-le-champ.

47. Il aimait à fouetter sur le sein et sur le col : il perfectionne en jetant à bas d’un coup de barre vigoureusement appliqué sur le gosier.

48. Le même dont a parlé Duclos le 27 novembre et Martaine le 14 janvier. (Vérifiez.) Elle vient chier devant le paillard, il la gronde, il la poursuit à grands coups de fouet de poste dans une galerie. Une porte qui donne sur un petit escalier s’ouvre, elle y croit trouver sa sûreté, elle s’y jette, mais une marche manque et la précipite dans une baignoire d’eau bouillante qui se referme aussitôt sur elle et où elle meurt brûlée, noyée, et étouffée. Ses goûts sont de faire chier et de fouetter la femme pendant qu’elle chie.


Ce soir-là à la fin de ce récit, Curval a fait chier Zelmire le matin, le duc lui demande de la merde. Elle ne peut ; on la condamne sur-le-champ à avoir le cul piqué avec une aiguille d’or jusqu’à ce que la peau soit tout inondée de sang, et comme c’est le duc qui est lésé par ce refus, c’est lui qui opère. Curval demande de la merde à Zéphire : il dit que le duc l’a fait chier le matin. Le duc le nie ; on appelle la Duclos à témoigner, qui le nie, quoique cela soit vrai. En conséquence, Curval a le droit de punir Zéphire quoique amant du duc, comme celui-ci vient de punir Zelmire, quoique femme de Curval. Zéphire est fouetté jusqu’au sang par Curval et reçoit six croquignoles sur le haut du nez ; il en saigne, ce qui fait beaucoup rire le duc.


Le dix. Desgranges dit qu’elle va parler de meurtres, de trahison, où la manière est le principal et l’effet, c’est-à-dire le meurtre, n’est qu’accessoire. Et, en conséquence, elle dit qu’elle va placer les poisons d’abord.


49. Un homme, dont le goût était de foutre en cul, et jamais autrement, empoisonne toutes ses femmes ; il est à sa vingt-deuxième. Il ne les foutait jamais qu’en cul et ne les avait jamais dépucelées.

50. Un bougre invite des amis à un festin, et en empoisonne une partie, chaque fois qu’il donne à manger.

51. Celui du 26 novembre, de Duclos, et du 10 janvier, de Martaine, lequel est bougre, fait semblant de soulager des pauvres ; il leur donne des vivres, mais ils sont empoisonnés.

52. Le bougre a l’usage d’une drogue qui, semée à terre, jette morts à la renverse ceux qui marchent dessus, et il s’en sert très souvent.

53. Un bougre a l’usage d’une autre poudre qui vous fait mourir dans des tourments inconcevables ; ils durent quinze jours, et aucun médecin n’y peut rien connaître. Son plus grand plaisir est de vous aller voir quand vous êtes dans cet état.

54. Un bougre, avec les hommes et avec les femmes, a l’usage d’une autre poudre, dont l’effet est de vous ôter l’usage des sens et de vous rendre comme si vous étiez mort. On vous croit tel, on vous enterre, et vous mourez désespéré dans votre bière, où vous n’êtes pas plus tôt, que la connaissance vous revient. Il tâche de se trouver au-dessus de l’endroit où vous êtes enterré, pour voir s’il n’entendra pas quelques cris ; s’il en entend, il s’évanouit de plaisir. Il a fait mourir ainsi une partie de sa famille.


On fait prendre à Julie, ce soir-là, en badinant, une poudre qui lui donne des tranchées affreuses ; on lui dit qu’elle est empoisonnée, elle le croit, elle se désole. Pendant le spectacle de ses convulsions, le duc s’est fait branler en face d’elle par Augustine. Elle a le malheur de recouvrir le gland avec le prépuce, ce qui est une des choses qui déplaît le plus au duc ; il allait décharger, ça l’en empêche. Il dit qu’il veut couper un doigt à cette bougresse-là, et le coupe à la main dont elle l’a manqué, pendant que sa fille Julie, qui se croit empoisonnée, vient le faire décharger. Julie est guérie le même soir.


Le onze. 55. Un bougre allait souvent chez des connaissances ou des amis, et ne manquait jamais d’empoisonner ce que cet ami avait de plus cher en créatures humaines. Il se servait d’une poudre qui faisait crever au bout de deux jours dans d’horribles douleurs.

56. Un homme dont le goût était de molester la gorge, perfectionnait en empoisonnant des enfants sur le sein même des nourrices.

57. Il aimait à se faire rendre des lavements de lait dans la bouche, et, pour seconde, il en donnait d’empoisonnés qui faisaient mourir dans d’horribles coliques d’entrailles.

58. Un bougre, dont elle aura occasion de reparler le 13 et le 26, aimait à mettre le feu dans des maisons de pauvres, et s’y prenait toujours de façon à ce qu’il y eût beaucoup de monde de brûlé, et surtout des enfants.

59. Un autre bougre aimait à faire mourir des femmes en couches, en venant les voir ayant sur lui une poudre dont l’odeur les jette dans des spasmes et des convulsions dont la mort est la suite.

60. Celui dont Duclos parle dans sa vingt-huitième soirée veut voir accoucher une femme ; il tue l’enfant au sortir du ventre de la mère et à ses yeux, et cela en faisant semblant de le caresser.


Ce soir-là, Aline est d’abord fouettée jusqu’au sang de cent coups par chaque ami, ensuite on lui demande de la merde ; elle l’a donnée le matin à Curval, qui le nie. En conséquence, on la brûle aux deux seins, dans chaque creux de main ; on lui laisse dégoutter de la cire d’Espagne sur les cuisses et sur le ventre, on lui en remplit le creux du nombril, on lui brûle le poil du con avec de l’esprit-de-vin. Le duc cherche querelle à Zelmire et Curval lui coupe deux doigts, un à chaque main. Augustine est fouettée sur la motte et sur le cul.


Le douze. Les amis s’assemblent le matin, et décident que, les quatre vieilles leur devenant inutiles et pouvant être facilement remplacées dans leurs fonctions par les quatre historiennes, on doit s’en amuser et les martyriser l’une après l’autre, à commencer dès le même soir. On propose aux historiennes de tenir place ; elles acceptent, sous la condition qu’elles ne seront point sacrifiées. On le leur promet.

61. Les trois amis, d’Aucourt, l’abbé et Desprès, dont Duclos a parlé le 12 novembre, s’amusent encore ensemble pour cette passion-ci : ils veulent une femme grosse de huit à neuf mois, ils lui ouvrent le ventre, en arrachent l’enfant, le brûlent aux yeux de la mère, lui remettent en place dans l’estomac un paquet de soufre combiné avec le mercure et le vif-argent qu’ils allument, puis ils recousent le ventre et la laissent ainsi mourir devant eux dans des douleurs inouïes, en se faisant branler par cette fille qu’ils ont avec eux. (Vérifiez le nom.)


62. Il aimait à prendre des pucelages, et perfectionne en faisant une grande quantité d’enfants à plusieurs femmes ; puis, dès qu’ils ont cinq ou six ans, il les dépucelle, soit fille ou garçon, et les jette dans un four ardent sitôt qu’ils les a foutus, au moment même de sa décharge.

63. Le même homme dont Duclos a parlé le 27 novembre, Martaine le 15 janvier, et elle-même le 5 février, dont le goût était de pendre en plaisantant, de voir pendre, etc., ce même, dis-je, cache de ses effets dans les coffres de ses domestiques et dit qu’ils l’ont volé. Il tâche de les faire pendre, et s’il réussit, il va jouir du spectacle ; sinon, il les enferme dans une chambre et les fait mourir en les étranglant. Il décharge pendant l’opération.

64. Un grand amateur de merde, celui dont Duclos a parlé le 14 novembre, a chez lui un siège de commodités préparé ; il engage à se mettre dessus la personne qu’il veut faire périr, et dès qu’elle y est assise, le siège s’enfonce et précipite la personne dans une fosse de merde très profonde où il la laisse mourir.

65. Un homme dont Martaine a parlé et qui s’amusait à voir tomber une fille de dessus l’échelle perfectionne ainsi sa passion (Mais vérifiez lequel). Il fait placer la fille sur un petit tréteau, en face d’une mare profonde, au-delà de laquelle est un mur qui lui offre une retraite d’autant plus assurée qu’il y a une échelle appliquée contre ce mur. Mais il faut se jeter dans la mare, et elle en est d’autant plus pressée que derrière le tréteau sur lequel elle est placée, est un feu lent qui la gagne peu à peu. Si le feu l’attrape, elle va être consumée, et, comme elle ne sait pas nager, si, pour éviter le feu, elle se jette à l’eau, elle est noyée. Gagnée par le feu, elle prend pourtant le parti de se jeter à l’eau et d’aller chercher l’échelle qu’elle voit au mur. Souvent elle se noie : alors tout est dit. Est-elle assez heureuse pour gagner l’échelle, elle y grimpe, mais un échelon, préparé vers le haut, se brise sous ses pieds quand elle l’atteint et la précipite dans un trou recouvert de terre qu’elle n’avait pas vu, et qui, fléchissant sous son poids, la jette dans un brasier ardent où elle périt. Le libertin, à portée du spectacle, se branle en l’observant.

66. Le même dont Duclos a parlé le 29 novembre, le même qui a dépucelé la Martaine en cul à cinq ans, et le même aussi dont elle annonce qu’elle reparlera dans la passion par laquelle elle clora ses récits (celle de l’enfer), ce même, dis-je, encule une fille de seize à dix-huit ans, la plus jolie qu’on lui peut trouver. Un peu avant sa décharge, il lâche un ressort, qui fait tomber, sur le col nu et bien dégarni de la fille, une machine d’acier à dents, et qui scie peu à peu et en détail le col de la fille, pendant qu’il fait sa décharge, laquelle est toujours très longue.


On découvre, ce soir-là, l’intrigue d’un des fouteurs subalternes et d’Augustine. Il ne l’avait pas encore foutue, mais pour y parvenir, il lui proposait une évasion et la lui montrait comme très facile. Augustine avoue qu’elle était au moment de lui accorder ce qu’il demandait d’elle, pour se sauver d’un endroit où elle croit sa vie en danger. C’est Fanchon qui découvre tout et qui en rend compte. Les quatre amis se jettent à l’improviste sur le fouteur, le lient, le garrottent et le descendent au caveau, où le duc l’encule de force, sans pommade, pendant que Curval lui coupe le col et que les deux autres le brûlent avec un fer rouge sur toutes les chairs. Cette scène s’est passée en sortant du dîner au lieu du café ; on va au salon d’histoire, comme à l’ordinaire, et, à souper, on se demande entre soi si, en raison de la découverte de la conjuration, on ne fera point grâce à Fanchon qui, en conséquence de la décision du matin, devait être vexée le même soir. L’évêque s’oppose à ce qu’on l’épargne, et dit qu’il serait indigne à eux de céder au sentiment de la reconnaissance, et qu’on le verra toujours du parti des choses qui peuvent rapporter une volupté de plus a la société, comme contraire à celles qui peuvent la priver d’un plaisir. En conséquence, après avoir puni Augustine de s’être prêtée à la conjuration, d’abord en la faisant assister à l’exécution de son amant, ensuite en l’enculant et en lui faisant croire qu’on va lui couper aussi la tête, et définitivement en lui arrachant deux dents, opération que fait le duc pendant que Curval encule cette belle fille, l’avoir enfin bien fouettée, après tout cela, dis-je, on fait paraître Fanchon, on la fait chier, chaque ami lui donne cent coups de fouet, et le duc lui coupe le téton gauche tout ras de la chair. Elle se récrie beaucoup sur l’injustice du procédé. « S’il était juste, dit le duc, il ne nous ferait pas bander ! » Ensuite, on la panse, afin qu’elle puisse servir à d’autres supplices. On s’aperçoit qu’il y avait un petit commencement d’émeute générale parmi les fouteurs subalternes, que cet événement du sacrifice d’un d’entre eux calme tout à fait. Les trois autres vieilles sont, ainsi que Fanchon, déchues de tout emploi, et remplacées par les historiennes et Julie. Elles frémissent, mais quel moyen d’éviter leur sort ?


Le treize. 67. Un homme qui aimait beaucoup le cul attire une fille, qu’il dit aimer, dans une partie sur l’eau ; la barque est préparée, elle se fend, et la fille se noie. Quelquefois, le même s’y prend différemment : il a un balcon préparé dans une chambre fort haute, la fille s’y appuie, le balcon cède, et elle se tue.

68. Un homme, qui aimait à fouetter et à enculer après, perfectionne en attirant une fille dans une chambre préparée. Une trappe s’enfonce, elle tombe dans un caveau où est le paillard ; il lui plonge un poignard dans les tétons, dans le con et dans le trou du cul, au moment de sa chute ; ensuite il la jette, morte ou non, dans un autre caveau, sur l’entrée duquel une pierre se ferme, et elle tombe sur un tas d’autres cadavres qui l’on précédée, où elle expire enragée, si elle n’est pas morte. Et il a bien soin de ne donner ses coups de poignard que faiblement, afin de ne la pas tuer et qu’elle ne meure que dans le dernier caveau. Il encule, fouette et décharge toujours avant. C’est de sens froid qu’il procède à celle-ci.

69. Un bougre fait monter la fille sur un cheval indompté qui la traîne et la tue dans des précipices.

70. Celui dont Martaine a parlé le 18 janvier, et dont la première passion est de brûler avec des amorces de poudre, perfectionne en faisant mettre la fille dans un lit préparé. Dès qu’elle y est couchée, le lit s’enfonce dans un brasier ardent, mais dont elle peut sortir. Il est là, et à mesure qu’elle veut sortir, il la repousse à grands coups de broche dans le ventre.

71. Celui dont elle a parlé le 11, et qui aimait à incendier des maisons de pauvres, tâche d’en attirer chez lui, homme ou femme, sous prétexte de charité ; il les encule, homme ou femme, puis leur casse les reins, et les laisse mourir de faim dans un cachot, ainsi disloqués.

72. Celui qui aimait à jeter une femme par la fenêtre sur un fumier, et dont Martaine a parlé, exécute ce qu’on va voir, pour seconde passion. Il laisse coucher la fille dans une chambre qu’elle connaît et dont elle sait que la fenêtre est fort basse ; on lui donne de l’opium ; dès qu’elle est bien endormie, on la transporte dans une chambre toute pareille à la sienne, mais dont la fenêtre est très haute et donne sur des pierres aiguës. Ensuite, on entre précipitamment dans sa chambre en lui faisant une très grande frayeur ; on lui dit qu’on va la tuer. Elle, qui sait que sa fenêtre est basse, l’ouvre et s’y jette fort vite, mais elle tombe sur les pierres aiguës, de plus de trente pieds de haut, et elle se tue elle-même et sans qu’on la touche.


Ce soir-là, l’évêque, épouse lui comme femme, Antinoüs en la qualité de mari, et lui comme homme, Céladon en qualité de fille, et cet enfant n’est enculé pour la première fois que ce jour-là. Cette cérémonie célèbre la fête de la quinzième semaine. Le prélat veut que pour achever de la célébrer on vexe fortement Aline, contre laquelle sa rage libertine éclate sourdement. On la pend et la dépend fort vite, et tout le monde décharge en la voyant accrochée. Une saignée, que Durcet lui fait, la tire d’affaire, et il n’y paraît pas le lendemain, mais cela l’a grandie d’un pouce. Elle raconte ce qu’elle a éprouvé durant ce supplice. L’évêque, pour qui tout est en fête ce jour-là, coupe un téton tout ras sur le sein de la vieille Louison : alors les deux autres voient bien quel va être leur sort.


Le quatorze. 73. Un homme, dont le goût simple était de fouetter une fille, perfectionne, en enlevant tous les jours gros comme un pois de chair sur le corps de la fille ; mais on ne la panse point, et elle périt ainsi à petit feu.


Desgranges avertit qu’elle va parler de meurtres très douloureux, et que c’est l’extrême cruauté qui fera le principal ; alors on lui recommande plus que jamais les détails.


74. Celui qui aimait à saigner ôte tous les jours une demi-once de sang jusqu’à la mort. Celui-là est fort applaudi.

75. Celui qui aimait piquer le cul avec des épingles donne chaque jour un léger coup de poignard. On arrête le sang, mais on ne panse pas, et elle meurt ainsi lentement.

75 bis. Un fustigateur scie tous les membres doucement et l’un après l’autre.

76. Le marquis de Mesanges, dont Duclos a parlé relativement à la fille du cordonnier Petignon qu’il a achetée à Duclos, et dont la première passion était de se faire fouetter quatre heures sans décharger, a pour seconde de placer une petite fille dans la main d’un colosse, qui suspend cet enfant par la tête sur un grand brasier qui ne le brûle que très doucement ; il faut que les filles soient vierges.

77. Sa première passion est de brûler peu à peu les chairs du sein et des fesses avec une allumette, et sa seconde de larder sur tout le corps une fille avec des mèches soufrées qu’il allume l’une après l’autre, et il la regarde mourir ainsi.


« Il n’ y a point de mort plus douloureuse, dit le duc, qui avoue s’être livré à cette infamie, et en avoir vigoureusement déchargé ; on dit que la femme vit six ou huit heures. » Le soir, Céladon est livré pour le cul ; le duc et Curval s’en donnent avec lui. Curval veut qu’on saigne Constance pour sa grossesse, et il la saigne lui-même en déchargeant dans le cul de Céladon ; puis il coupe un téton à Thérèse en enculant Zelmire, et le duc encule Thérèse pendant qu’on l’opère.


Le quinze. 78. Il aimait sucer la bouche et à avaler de la salive, et il perfectionne en faisant avaler tous les jours, pendant neuf jours, une petite dose de plomb fondu, avec un entonnoir ; elle crève le neuvième.

79. Il aimait à tordre un doigt, et, pour seconde, il casse tous les membres, arrache la langue, crève les yeux, et laisse vivre ainsi, en diminuant tous les jours la nourriture.

80. Un sacrilège, le second dont a parlé Martaine le 3 janvier, attache un beau garçon, avec des cordes, sur une croix très élevée, et le laisse là manger aux corbeaux.

81. Un qui sentait les aisselles et les foutait, et dont a parlé Duclos, pend une femme par les aisselles, liée de partout, et va la piquer tous les jours en quelque partie du corps, pour que le sang attire les mouches ; il la laisse ainsi mourir peu à peu.

82. Un homme, passionné pour le cul, rectifie en enterrant la fille dans un caveau où elle a de quoi vivre trois jours ; il la blesse avant pour rendre sa mort plus douloureuse. Il les veut vierges, et leur baise le cul pendant huit jours avant de les livrer à ce supplice.

83. Il aimait à foutre des bouches et des culs fort jeunes : il perfectionne en arrachant le cœur d’une fille toute vivante ; il y fait un trou, fout ce trou tout chaud, remet le cœur à sa place avec son foutre dedans ; on recoud la plaie, et on laisse la fille finir son sort sans secours ; ce qui n’est pas long dans ce cas-là.


Ce soir-là, Curval, toujours animé contre la belle Constance, dit qu’on peut bien accoucher avec un membre cassé, et, en conséquence, on casse le bras droit de cette infortunée. Durcet, le même soir, coupe un téton à Marie, qu’on a fouettée et fait chier auparavant.


Le seize. 84. Un fustigateur perfectionne en dégarnissant doucement les os ; il en pompe la moelle et il y verse du plomb fondu en place.


Ici, le duc s’écrie qu’il ne veut foutre en cul de sa vie, si ce n’est pas là le supplice qu’il destine à Augustine. Cette pauvre fille, qu’il enculait pendant ce temps-là, jette des cris et verse un torrent de larmes. Et comme, par cette scène, elle lui fait manquer sa décharge, il lui donne, en se branlant et déchargeant seul, une douzaine de soufflets qui font retentir la salle.


85. Un bourreau hache, sur une machine préparée, la fille en petits morceaux ; c’est un supplice chinois.

86. Il aimait les pucelages de filles, et sa seconde est d’enfourcher une pucelle par le con avec un pieu pointu ; elle est là comme à cheval, on le lui enfonce, un boulet de canon à chaque pied, et on la laisse ainsi mourir à petit feu.

87. Un fustigateur pèle la fille trois fois ; il enduit la quatrième peau d’un caustique dévorant qui la fait mourir dans des douleurs horribles.

88. Un homme, dont la première passion était de couper un doigt, a, pour seconde, de saisir un morceau de chair avec des tenailles rouges ; il coupe avec des ciseaux ce morceau de chair, puis il brûle la plaie. Il est quatre ou cinq jours à décharner ainsi, peu à peu, tout le corps, et elle meurt dans les douleurs de cette cruelle opération.


Ce soir-là, on punit Sophie et Céladon, qui ont été trouvés s’amusant ensemble. Tous deux sont fouettés sur tout le corps par l’évêque, à qui ils appartiennent. On coupe deux doigts à Sophie et autant à Céladon, qui guérit tout de suite. Ils n’en servent pas moins, après, aux plaisirs de l’évêque. On remet Fanchon sur la scène, et, après l’avoir fouettée avec un nerf de bœuf, on la brûle à la plante des pieds, à chaque cuisse par-devant et par-derrière, au front, dans chaque main, et on lui arrache ce qui lui reste de dents. Le duc a presque toujours le vit dans son cul pendant qu’on opère. (Dites qu’on a prescrit pour loi de ne point gâter les fesses que le jour même du dernier supplice.)


Le dix-sept. 89. Celui du 30 janvier, de Martaine, et qu’elle a conté le 5 février, coupe les tétons et les fesses d’une jeune fille, les mange, et met sur les plaies des emplâtres qui brûlent les chairs avec une telle violence qu’elle en meurt. Il la force à manger aussi de sa propre chair qu’il vient de couper et qu’il a fait griller.

90. Un bougre fait bouillir une petite fille dans une marmite.

91. Un bougre la fait rôtir toute vive à la broche en venant de l’enculer.

92. Un homme, dont la première passion était de faire enculer des garçons et des filles devant lui par de très gros vits, empale par le cul, et laisse mourir ainsi, en observant les contorsions de la fille.

93. Un bougre attache une femme sur une roue, et, sans lui avoir fait aucun mal avant, la laisse mourir de sa belle mort.


Ce soir-là, l’évêque très en feu veut qu’Aline soit tourmentée ; sa rage contre elle est au dernier période. Elle paraît nue, il la fait chier et l’encule, puis, sans décharger, sortant plein de fureur de ce beau cul, il lui donne un lavement d’eau bouillante qu’on oblige de rendre ainsi tout bouillant sur le nez de Thérèse. Ensuite on coupe à Aline tous les doigts des mains et des pieds qui lui restent, on lui casse les deux bras, on les lui brûle avant avec un fer rouge. Alors on la fouette et on la soufflette, puis l’évêque tout en feu lui coupe un téton et décharge. On passe de là à Thérèse, on lui brûle l’intérieur du con, les narines, la langue, les pieds et les mains, et on lui donne six cents coups de nerf de bœuf ; on lui arrache ce qui lui reste des dents et on lui brûle le gosier par-dedans la bouche. Augustine, témoin, se met à pleurer ; le duc la fouette sur le ventre et sur le con, jusqu’au sang.


Le dix-huit. 94. Il avait pour première passion de scarifier les chairs, et pour seconde, il fait écarteler à quatre jeunes arbres.

95. Un fustigateur suspend à une machine qui plonge la fille dans un grand feu et l’en retire aussitôt, et cela dure jusqu’à ce qu’elle soit ainsi toute brûlée.

96. Il aimait à lui éteindre des bougies sur les chairs. Il l’enveloppe de soufre et la fait servir de flambeau, en observant que la fumée ne puisse l’étouffer.

97. Un bougre arrache les entrailles d’un jeune garçon et d’une jeune fille, met les entrailles du jeune garçon dans le corps de la fille et celles de la fille dans le corps du garçon, puis il recoud les plaies, les lie dos à dos, ayant un pilier qui les contient, et placé entre eux deux, et il les regarde mourir ainsi.

98. Un homme, qui aimait à brûler légèrement, rectifie en faisant rôtir sur un gril, en tournant et retournant.


Ce soir-là, on expose Michette à la fureur des libertins. Elle est d’abord fouettée par tous quatre, puis chacun lui arrache une dent ; on lui coupe quatre doigts (chacun en coupe un) ; on lui brûle les cuisses par-devant et par-derrière, à quatre endroits ; le duc lui pétrit un téton, jusqu’à ce qu’il soit tout meurtri, pendant qu’il encule Giton. Ensuite Louison paraît. On la fait chier, on lui donne huit cents coups de nerf de bœuf, on lui arrache toutes les dents, on la brûle sur la langue, au trou du cul, dans le con, au téton qui lui reste et à six endroits des cuisses. Dès que tout le monde est couché, l’évêque va chercher son frère. Ils emmènent avec eux Desgranges et Duclos ; tous quatre descendent Aline au caveau ; l’évêque l’encule, le duc aussi, on lui déclare sa mort, et on la lui donne dans des tourments excessifs et qui durent jusqu’au jour. En remontant, ils se louent de ces deux historiennes et conseillent aux deux autres de les employer toujours dans les supplices.


Le dix-neuf. 99. Un bougre : il place la femme sur un pieu à tête de diamant placée sur le croupion, ses quatre membres assujettis en l’air par des ficelles seulement ; les effets de cette douleur sont de faire rire et le supplice est affreux.

100. Un homme, qui aimait à couper un peu de chair sur le cul, perfectionne en faisant scier la fille très doucement entre deux planches.

101. Un bougre avec les deux sexes fait venir le frère et la sœur. Il dit au frère qu’il va le faire mourir dans un supplice affreux dont il lui fait voir les apprêts, que cependant il lui sauvera la vie s’il veut d’abord foutre sa sœur et l’étrangler ensuite devant lui. Le jeune homme accepte, et pendant qu’il fout sa sœur, le libertin encule tantôt le garçon, tantôt la fille. Puis le frère, de peur de la mort qu’on lui présente, étrangle sa sœur, et au moment où il est après l’expédition, une trappe préparée s’ouvre, et tous deux, aux yeux du paillard, tombent dans un brasier ardent.

102. Un bougre exige qu’un père foute sa fille devant lui. Il encule ensuite la fille tenue par le père ; ensuite il dit au père qu’il faut absolument que sa fille périsse, mais qu’il a le choix ou de la tuer lui-même en l’étranglant, ce qui ne la fera point souffrir, ou, s’il ne veut pas tuer sa fille, que lui alors va la tuer, mais que ce sera, et devant les yeux du père et dans des supplices épouvantables. Le père aime mieux tuer sa fille avec un cordon serré autour du col que de la voir souffrir des tourments affreux, mais quand il va s’y réparer, on le lie, on le garrotte et on écorche sa fille devant lui, que l’on roule ensuite sur des épines de fer brûlantes, puis on la jette dans un brasier, et le père est étranglé pour lui apprendre, dit le libertin, à consentir à vouloir étrangler lui-même sa fille. On le jette, après, dans le même brasier de sa fille.

103. Un grand amateur de culs et de fouet réunit la mère et la fille. Il dit à la fille qu’il va tuer sa mère, si elle ne consent pas à avoir les deux mains coupées : la petite y consent ; on les coupe. Alors il sépare ces deux êtres-la, on lie la fille par le col à une corde, les pieds sur un tabouret ; au tabouret est une autre corde dont le bout passe dans la chambre où l’on tient la mère. On dit à la mère de tirer cette corde : elle la tire sans savoir ce qu’elle fait ; on la mène sur-le-champ contempler son ouvrage, et, dans le moment du désespoir, on lui abat par-derrière la tête d’un coup de sabre.


Ce même soir, Durcet, jaloux du plaisir qu’ont eu, la nuit passée, les deux frères, veut qu’on vexe Adélaïde, dont il assure que ce sera bientôt le tour. En conséquence, Curval son père et Durcet son mari lui pincent les cuisses avec des tenailles brûlantes, pendant que le duc l’encule sans pommade. On lui perce le bout de la langue, on lui coupe les deux bouts des oreilles, on lui arrache quatre dents, ensuite ou la fouette à tour de bras. Ce même soir, l’évêque saigne Sophie devant Adélaïde, sa chère amie, jusqu’à l’évanouissement ; il l’encule en la saignant, et reste tout le temps dans son cul. On coupe deux doigts à Narcisse, pendant que Curval l’encule ; puis on fait paraître Marie, on lui enfonce un fer brûlant dans le cul et dans le con, on la brûle avec un fer chaud à six endroits des cuisses, sur le clitoris, sur la langue, sur le téton qui lui reste, et on lui arrache ce qui lui reste de dents.


Le vingt février. 104. Celui du 5 décembre, de Champville, dont le goût était de se faire prostituer le fils par la mère, pour l’enculer, rectifie en réunissant la mère et le fils. Il dit à la mère qu’il va la tuer, mais qu’il lui fera grâce si elle tue son fils. Si elle ne le tue pas, on égorge l’enfant devant elle, et si elle le tue, on la lie sur le corps de son fils, et on la laisse ainsi périr à petit feu sur le cadavre.

105. Un grand incestueux réunit les deux sœurs après les avoir enculées ; il les lie sur une machine chacune un poignard à la main ; la machine part, les filles se rencontrent, et elles se tuent ainsi mutuellement.

106. Un autre incestueux veut une mère et quatre enfants ; il les enferme dans un endroit d’où il puisse les observer ; il ne leur donne aucune nourriture, afin de voir les effets de la faim sur cette femme et lequel de ses enfants elle mangera le premier.

107. Celui du 29 décembre, de Champville, qui aimait à fouetter des femmes grosses, veut la mère et la fille toutes deux grosses ; il les lie chacune sur une plaque de fer, l’une au-dessus de l’autre ; un ressort part, les deux plaques se rejoignent étroitement, et avec une telle violence, que les deux femmes sont réduites en poudre, elles et leurs fruits.

108. Un homme très bougre s’amuse de la façon suivante. Il réunit l’amant et la maîtresse : « Il n’y a qu’un seul être dans le monde, dit-il à l’amant, qui s’oppose à votre bonheur ; je vais le remettre entre vos mains. » Il le mène dans une chambre obscure où une personne dort dans un lit. Vivement excité, le jeune homme va percer cette personne. Dès qu’il a fait, on lui fait voir que c’est sa maîtresse qu’il a tuée ; de désespoir, il se tue lui-même. S’il ne le fait pas, le paillard le tue à coups de fusil, n’osant pas entrer dans la chambre où est ce jeune homme furieux et armé. Avant, il a foutu le jeune garçon et la jeune fille, dans l’espoir de les servir et de les réunir, et c’est après en avoir joui qu’il fait ce coup-là.


Ce soir-là, pour célébrer la seizième semaine, Durcet épouse, lui comme femme, Bande-au-ciel en qualité de mari, et lui comme homme, Hyacinthe en qualité de femme ; mais, pour les noces, il veut tourmenter Fanny, son épouse féminine. En conséquence, on la brûle sur les bras et sur les cuisses à six endroits, on lui arrache deux dents, on la fouette, on oblige Hyacinthe qui l’aime et qui est son mari par les arrangements voluptueux dont on a parlé ci-devant, on l’oblige, dis-je, à chier dans la bouche de Fanny, et celle-ci à le manger. Le duc arrache une dent à Augustine et la fout en bouche tout de suite après. Fanchon reparaît ; on la saigne, et pendant que le sang coule du bras, on le lui casse ; ensuite on lui enlève les ongles des pieds et on lui coupe des doigts des mains.


Le vingt et un. 109. Elle annonce que les suivants sont des bougres qui ne veulent que des meurtres masculins. Il enfonce un canon de fusil, chargé à grosse mitraille, dans le cul du garçon qu’il vient de foutre, et lui lâche le coup en déchargeant.

110. Il oblige le jeune garçon à voir mutiler sa maîtresse devant ses yeux, et il lui en fait manger la chair, et principalement les fesses, les tétons et le cœur. Il faut ou qu’il mange ces mets, ou qu’il meure de faim. Dès qu’il a mangé, si c’est là le parti qu’il prend, il lui fait plusieurs blessures sur le corps, et le laisse mourir ainsi en perdant son sang, et s’il ne mange pas, il meurt de faim.

111. Il lui arrache les couilles et les lui fait manger sans le lui dire, puis remplace ces testicules par des boules de mercure, de vif-argent et de soufre, qui lui causent des douleurs si violentes qu’il en meurt. Pendant ces douleurs, il l’encule, et les lui augmente en le brûlant partout avec des mèches de soufre, en l’égratignant et en brûlant sur les blessures.

112. Il le cloue par le trou du cul sur un pieu très étroit, et le laisse finir ainsi.

113. Il encule, et pendant qu’il sodomise, il enlève le crâne, ôte la cervelle, et la remplace par du plomb fondu.


Ce soir-là Hyacinthe est livré pour le cul, et vigoureusement fustigé avant l’opération. Narcisse est présenté ; on lui coupe les deux couilles. On fait venir Adélaïde ; on lui passe une pelle rouge sur les cuisses par-devant, on lui brûle le clitoris, on lui perce la langue, on la fouette sur la gorge, on lui coupe les deux boutons du sein, on lui casse les deux bras, on lui coupe ce qui lui reste de doigts, on lui arrache les poils du con, six dents et une poignée de cheveux. Tout le monde décharge, excepté le duc, qui, bandant comme un furieux, demande à exécuter seul Thérèse. On lui accorde ; il lui enlève tous les ongles avec un canif et lui brûle les doigts à sa bougie, à mesure, puis il lui casse un bras, et ne déchargeant point encore, il enconne Augustine et lui arrache une dent en lui lâchant son foutre dans le con.


Le vingt-deux. 114. Il rompt un jeune garçon, puis l’attache sur la roue où il le laisse expirer ; il y est tourné de manière à montrer les fesses de près, et le scélérat qui le tourmente fait mettre sa table sous la roue, et va dîner là tous les jours, jusqu’à ce que le patient soit expiré.

115. Il pèle un jeune garçon, le frotte de miel, et le laisse ainsi dévorer aux mouches.

116. Il lui coupe le vit, les mamelles, et le place sur un pieu où il est cloué par un pied, se soutenant à un autre pieu où il est cloué par la main ; il le laisse ainsi mourir de sa belle mort.

117. Le même homme, qui avait fait dîner Duclos avec ses chiens, fait dévorer un jeune garçon par un lion devant lui, en lui donnant une légère gaule pour se défendre, ce qui n’anime que davantage la bête contre lui. Il décharge quand tout est dévoré.

118. Il livre un jeune garçon à un cheval entier dressé à cela, qui l’encule et le tue. L’enfant est recouvert d’une peau de jument, et a le trou du cul frotté de foutre de jument.


Le même soir, Giton est livré à des supplices : le duc, Curval, Hercule et Brise-cul le foutent sans pommade ; on le fouette à tour de bras, on lui arrache quatre dents, on lui coupe quatre doigts (toujours par quatre, parce que chacun officie), et Durcet lui écrase une couille entre ses doigts. Augustine est fouettée par tous quatre à tour de bras ; son beau cul est mis en sang ; le duc l’encule pendant que Curval lui coupe un doigt, puis Curval l’encule pendant que le duc la brûle sur les cuisses, avec un fer rouge, à six endroits ; il lui coupe encore un doigt de la main, à l’instant de la décharge de Curval ; et, malgré tout cela, elle n’en va pas moins coucher encore avec le duc. On casse un bras à Marie, on lui arrache les ongles des doigts et on les lui brûle. Cette même nuit, Durcet et Curval descendent Adélaïde au caveau, aidés de Desgranges et de Duclos. Curval l’encule pour la dernière fois, puis ils la font périr dans des supplices affreux que vous détaillerez.


Le vingt-trois. 119. Il place un jeune garçon dans une machine qui le tire en le disloquant, tantôt en haut, tantôt en bas ; il est brisé en détail, on l’ôte et le remet ainsi plusieurs jours de suite jusqu’à la mort.

120. Il fait polluer et exténuer un jeune garçon par une jolie fille ; il s’épuise, on ne le nourrit point, et il meurt dans des convulsions terribles.

121. Il lui fait dans le même jour l’opération de la pierre, du trépan, de la fistule à l’œil, de celle à l’anus. On a bien soin de les manquer toutes, puis on l’abandonne ainsi sans secours jusqu’à la mort.

122. Après avoir coupé tout ras le vit et les couilles, il forme un con au jeune homme avec une machine de fer rouge qui fait le trou et qui cautérise tout de suite ; il le fout dans cette ouverture et l’étrangle de ses mains en déchargeant.

123. Il l’étrille avec une étrille de cheval ; quand il l’a mis en sang de cette manière, il le frotte d’esprit-de-vin qu’il allume, puis étrille encore, et refrotte d’esprit-de-vin qu’il enflamme, et toujours ainsi jusqu’à la mort.


Ce même soir, on présente Narcisse aux vexations ; on lui brûle les cuisses et le vit, on lui écrase les deux couilles. On reprend Augustine, à la sollicitation du duc qui est acharné sur elle ; on lui brûle les cuisses et les aisselles, on lui enfonce un fer chaud dans le con. Elle s’évanouit ; le duc n’en devient que plus furieux ; il lui coupe un téton, boit son sang, lui casse les deux bras et lui arrache le poil du con, toutes les dents, et lui coupe tous les doigts des mains qu’il cautérise avec le feu. Il couche encore avec elle, et, à ce qu’assure la Duclos, il la fout en con et en cul toute la nuit, en lui annonçant qu’il l’achèvera le lendemain. Louison paraît ; on lui casse un bras, on la brûle à la langue, au clitoris, on lui arrache tous les ongles et on lui brûle le bout des doigts ensanglantés. Curval la sodomise en cet état, et, dans sa rage, foule et pétrit de toute sa force un téton de Zelmire en déchargeant. Non content de cet excès, il la reprend et la fouette à tour de bras.


Le vingt-quatre. 124. Le même que le quatrième du 1er janvier de Martaine veut enculer le père au milieu de ses deux enfants, et, en déchargeant d’une main, il poignarde un de ces enfants, de l’autre il étrangle le second.

125. Un homme, dont la passion était de fouetter des femmes grosses sur le ventre, a pour seconde d’en assembler six au terme de huit mois. Il les lie toutes, dos à dos, présentant le ventre ; il fend l’estomac de la première, il perce celui de la seconde à coups de couteau, donne cent coups de pied dans celui de la troisième, cent coups de bâton sur celui de la quatrième, brûle celui de la cinquième et râpe celui de la sixième, et puis il assomme à coups de massue sur le ventre celle que son supplice n’a pas encore fait mourir.


Curval interrompt par quelque scène furieuse, cette passion l’échauffant beaucoup.


126. Le séducteur dont a parlé Duclos assemble deux femmes. Il exhorte l’une, pour sauver sa vie à renier Dieu et la religion, mais elle a été soufflée et on lui a dit de n’en rien faire, parce que si elle le faisait elle serait tuée, et qu’en ne le faisant pas elle n’avait rien à craindre. Elle résiste, il lui brûle la cervelle : « En voilà une à Dieu ! Il fait venir la seconde qui, frappée de cet exemple et de ce qu’on lui a dit en dessous qu’elle n’avait d’autre façon de sauver ses jours que de renier, fait tout ce qu’on lui propose. Il lui brûle la cervelle : « En voilà une autre au diable ! » Le scélérat recommence ce petit jeu-là toutes les semaines.

127. Un très grand bougre aime à donner des bals, mais c’est un plafond préparé, qui fond dès qu’il est chargé, et presque tout le monde périt. S’il demeurait toujours dans la même ville, il serait découvert, mais il change de ville très souvent ; il n’est découvert que la cinquantième fois.

128. Le même de Martaine, du 27 janvier, dont le goût est de faire avorter, met trois femmes grosses dans trois postures cruelles, de manière à former trois plaisants groupes. Il les regarde accoucher en cette situation ; ensuite il leur lie leurs enfants au col, jusqu’à ce que l’enfant soit mort, ou qu’elles l’aient mangé, car il les laisse dans cette posture sans les nourrir.

128 bis. Le même avait encore une autre passion : il faisait accoucher deux femmes devant lui, leur bandait les yeux, mêlait les enfants, que lui seul connaissait à une marque, puis leur ordonnait d’aller les reconnaître. Si elles ne se trompaient pas, il les laissait vivre ; si elles se trompaient, il les pourfendait à coups de sabre sur le corps de l’enfant qu’elles prenaient pour le leur.


Ce même soir, on présente Narcisse aux orgies ; on achève de lui couper tous les doigts des mains. Pendant que l’évêque l’encule et que Durcet opère, on lui enfonce une aiguille brûlante dans le canal de l’urètre. On fait venir Giton, on se le pelote et on joue à la balle avec, et on lui casse une jambe pendant que le duc l’encule sans décharger. Arrive Zelmire : on lui brûle le clitoris, la langue, les gencives, on lui arrache quatre dents, on la brûle en six endroits des cuisses par-devant et par-derrière, on lui coupe les deux bouts des tétons, tous les doigts des mains, et Curval l’encule en cet état sans décharger. On amène Fanchon à qui on crève un œil. — Pendant la nuit, le duc et Curval, escortés de Desgranges et de Duclos, descendent Augustine au caveau. Elle avait le cul très conservé, on la fouette, puis chacun l’encule sans décharger ; ensuite le duc lui fait cinquante-huit blessures sur les fesses, dans chacune desquelles il coule de l’huile bouillante. Il lui enfonce un fer chaud dans le con et dans le cul, et la fout sur les blessures avec un condom de peau de chien de mer qui redéchirait les brûlures. Cela fait, on lui découvre les os et on les lui scie en différents endroits. Puis l’on découvre ses nerfs en quatre endroits formant la croix, on attache à un tourniquet chaque bout de ces nerfs, et on tourne, ce qui lui allonge ces parties délicates et la fait souffrir des douleurs inouïes. On lui donne du relâche pour la mieux faire souffrir, puis on reprend l’opération, et, à cette fois, on lui égratigne les nerfs avec un canif, à mesure qu’on les allonge. Cela fait, on lui fait un trou au gosier, par lequel on ramène et fait passer sa langue ; on lui brûle à petit feu le téton qui lui reste, puis on lui enfonce dans le con une main armée d’un scalpel avec lequel on brise la cloison qui sépare l’anus du vagin ; on quitte le scalpel, on renfonce la main, on va chercher dans ses entrailles et la force à chier par le con ; ensuite, par la même ouverture, on va lui fendre le sac de l’estomac. Puis l’on revient au visage : on lui coupe les oreilles, on lui brûle l’intérieur du nez, on lui éteint les yeux en laissant distiller de la cire d’Espagne brûlante dedans, on lui cerne le crâne, on la pend par les cheveux en lui attachant des pierres aux pieds, pour qu’elle tombe et que le crâne s’arrache. Quand elle tomba de cette chute, elle respirait encore, et le duc la foutit en con dans cet état ; il déchargea et n’en sortit que plus furieux. On l’ouvrit, on lui brûla les entrailles dans le ventre même, et on passa une main armée d’un scalpel qui fut lui piquer le cœur en dedans, à différentes places. Ce fut là qu’elle rendit l’âme. Ainsi périt à quinze ans et huit mois une des plus célestes créatures qu’ait formée la nature, etc. Son éloge.


Le vingt-cinq. (Dès ce matin-là, le duc prend Colombe pour femme, et elle en remplit les fonctions.)


129. Un grand amateur de culs encule la maîtresse aux yeux de l’amant et l’amant aux yeux de la maîtresse, puis il cloue l’amant sur le corps de la maîtresse, et les laisse ainsi mourir l’un sur l’autre et bouche à bouche.


Ce sera le supplice de Céladon et de Sophie qui s’aiment, et on interrompt pour obliger Céladon à distiller lui-même de la cire d’Espagne sur les cuisses de Sophie ; il s’évanouit ; l’évêque le fout en cet état.


130. Le même qui s’amusait à jeter une fille dans l’eau et à la retirer a, pour seconde, de jeter sept ou huit filles dans un étang et de les voir se débattre : il leur fait présenter une barre rouge, elles s’y prennent, mais il les repousse, et pour qu’elles périssent plus sûrement, il leur a coupé à chacune un membre en les jetant.

131. Il avait pour premier goût de faire vomir : il perfectionne en usant d’un secret au moyen duquel il répand la peste dans une province entière ; il est inouï ce qu’il a déjà fait périr de monde. Il empoisonnait aussi les fontaines et les rivières.

132. Un homme qui aimait le fouet fait mettre trois femmes grosses dans une cage de fer avec chacune un enfant. On chauffe en dessous la cage ; à mesure que la plaque s’échauffe, elles cabriolent, prennent leurs enfants dans leurs bras, et finissent par tomber et mourir ainsi. (On y a renvoyé de quelque part plus haut, voyez où.)

133. Il aimait à piquer avec une alêne, et il perfectionne en enfermant une femme grosse dans un tonneau rempli de pointes, puis il fait rouler le tonneau fortement dans un jardin.


Constance a eu autant de chagrin à ces récits de supplices de femmes grosses que Curval en a eu de plaisir. Elle ne voit que trop son sort. Comme il approche, on croit pouvoir commencer à la vexer : on lui brûle les cuisses en six endroits, on lui laisse tomber de la cire d’Espagne sur le nombril, et on lui pique les tétons avec des épingles. Giton paraît ; on lui enfonce une aiguille brûlante dans la verge, de part en part, on lui pique les couilles, on lui arrache quatre dents. Puis arrive Zelmire dont la mort approche. On lui enfonce un fer rouge dans le con, on lui fait six blessures sur le sein et douze sur les cuisses, on lui pique fort avant le nombril, elle reçoit vingt soufflets de chaque ami, on lui arrache quatre dents, on la pique dans un œil, on la fouette, et on l’encule. En la sodomisant, Curval, son époux, lui annonce sa mort pour le lendemain ; elle s’en félicite, en disant que ce sera la fin de ses maux. Rosette paraît ; on lui arrache quatre dents, on la marque d’un fer chaud sur les deux omoplates, on la coupe sur les deux cuisses et au gras des jambes ; puis on l’encule en lui pétrissant les tétons. Thérèse paraît, on lui crève un œil et on lui donne cent coups de nerf de bœuf sur le dos.


Le vingt-six. 134. Un bougre se place au bas d’une tour, dans un endroit garni de pointes de fer. On précipite vers lui, du haut de la tour, plusieurs enfants des deux sexes qu’il a enculés avant : il se plaît à les voir se transpercer et à être éclaboussé de leur sang.

135. Le même dont elle a parlé les 11 et 13 février, et dont le goût est d’incendier, a aussi pour passion d’enfermer six femmes grosses dans un endroit où elles sont liées sur des matières combustibles ; il y met le feu, et si elles veulent se sauver, il les attend avec une broche de fer, les bourre et les rejette dans le feu. Cependant, à demi rôties, le plafond s’enfonce ; et elles tombent dans une grande cuve d’huile bouillante préparée en dessous, où elles achèvent de périr.

136. Le même de la Duclos qui déteste si bien les pauvres, et qui a acheté la mère de Lucile, sa sœur et elle, qui a été aussi cité par Desgranges (Vérifiez-le), a pour autre passion de réunir une pauvre famille sur une mine et de l’y voir sauter.

137. Un incestueux, grand amateur de sodomie, pour réunir ce crime à ceux de l’inceste, du meurtre, du viol et du sacrilège, et de l’adultère, se fait enculer par son fils avec une hostie dans le cul, viole sa fille mariée et tue sa nièce.

138. Un grand partisan de culs étrangle une mère en l’enculant ; quand elle est morte, il la retourne et la fout en con. En déchargeant, il tue la fille sur le sein de la mère à coups de couteau dans le sein, puis il fout la fille en cul quoique morte ; puis, très assuré qu’elles ne sont pas encore mortes et qu’elles souffriront, il jette les cadavres au feu, et décharge en les voyant brûler. C’est le même dont a parlé Duclos le 29 novembre ; qui aimait à voir une fille sur un lit de satin noir ; c’est aussi le même que Martaine conte le premier du 11 janvier.


Narcisse est présenté aux supplices ; on lui coupe un poignet. On en fait autant à Giton. On brûle Michette dans l’intérieur du con ; autant à Rosette ; et toutes deux sont brûlées sur le ventre et sur les tétons. Mais Curval, qui n’est pas maître de lui malgré les conventions, coupe un téton entier à Rosette en enculant Michette. Ensuite vient Thérèse, à qui on donne deux cents coups de nerf de bœuf sur le corps et à qui on crève un œil. — Cette nuit-là, Curval vient chercher le duc, et escorté de Desgranges et de Duclos, ils font descendre Zelmire au caveau, où les supplices les plus raffinés sont mis en usage pour la faire périr. Ils sont tous bien plus forts encore que ceux d’Augustine, et on les trouve encore à l’opération de lendemain matin, à l’heure du déjeuner. Cette belle fille meurt à quinze ans et deux mois : c’était elle qui avait le plus beau cul du sérail des filles. Et dès le lendemain, Curval, qui n’a plus de femme, prend Hébé.


Le vingt-sept. On remet au lendemain à célébrer la fête de la dix-septième et dernière semaine, afin que cette fête accompagne la clôture des récits ; et Desgranges conte les passions suivantes :


139. Un homme dont Martaine a parlé le 12 janvier, et qui brûlait de l’artifice dans le cul, a pour seconde passion de lier deux femmes grosses ensemble, en forme de boule, et de les faire partir dans un pierrier.

140. Un dont le goût était de scarifier oblige deux femmes grosses à se battre dans une chambre (on les observe sans risque), à se battre, dis-je, à coups de poignard. Elles sont nues ; il les menace d’un fusil braqué sur elles, si elles n’y vont pas de bon cœur. Si elles se tuent, c’est ce qu’il veut ; sinon, il se précipite dans la chambre où elles sont, l’épée à la main, et quand il en a tué une, il éventre l’autre et lui brûle les entrailles avec des eaux fortes, ou des morceaux de fer ardent.

141. Un homme, qui aimait à fouetter des femmes grosses sur le ventre, rectifie en attachant la fille grosse sur une roue, et dessous est fixée dans un fauteuil, sans en pouvoir bouger, la mère de cette fille, la bouche ouverte en l’air et obligée de recevoir dans sa bouche toutes les ordures qui découlent du cadavre, et l’enfant si elle en accouche.

142. Celui dont Martaine a parlé le 16 janvier, et qui aimait à piquer le cul, attache une fille sur une machine toute garnie de pointes de fer ; il la fout là-dessus, de manière qu’à chaque secousse qu’il donne, il la cloue ; ensuite, il la retourne et la fout en cul pour qu’elle se pique également de l’autre côté, et il lui pousse le dos pour qu’elle s’enferre les tétons. Quand il a fait, il pose dessus elle une seconde planche également garnie, puis, avec des vis, les deux planches se resserrent. Elle meurt ainsi, écrasée et piquée de partout. Ce resserrement se fait peu à peu ; on lui donne tout le temps de mourir dans les douleurs.

143. Un fustigateur pose une femme grosse sur une table ; il la cloue sur cette table en enfonçant d’abord un clou brûlant dans chaque œil, un dans la bouche, un dans chaque téton ; puis il lui brûle le clitoris et le bout des tétons avec une bougie, et, lentement, il lui scie les genoux à moitié, lui casse les os des jambes, et finit par lui enfoncer un clou rouge et énorme dans le nombril, qui achève son enfant et elle. Il la veut prête d’accoucher.


Ce soir-là, on fouette Julie et Duclos, mais par amusement, puisqu’elles sont toutes deux du nombre des conservées. Malgré cela on brûle Julie en deux endroits des cuisses, et on l’épile. Constance, qui doit périr le lendemain, paraît, mais elle ignore encore sa destinée. On lui brûle les deux bouts des seins, on lui distille de la cire d’Espagne sur le ventre, on lui arrache quatre dents et on la pique avec une aiguille dans le blanc des yeux. Narcisse, qui doit être aussi immolé le lendemain, paraît ; on lui arrache un œil et quatre dents. Giton, Michette et Rosette, qui doivent aussi accompagner Constance au tombeau, ont chacun un œil arraché et quatre dents ; Rosette a les deux bouts des tétons coupés, et six morceaux de chair coupés, tant sur les bras que sur les cuisses ; on lui coupe tous les doigts des mains, et on lui enfonce un fer rouge dans le con et dans le cul, Curval et le duc déchargeant chacun deux fois. Arrive Louison, à qui on donne cent coups de nerf de bœuf, et à qui on arrache un œil, que l’on oblige d’avaler ; et elle le fait.


Le vingt-huit. 144. Un bougre fait chercher deux bonnes amies, il les lie l’une à l’autre bouche à bouche, en face d’elles est un excellent repas, mais elles ne peuvent l’atteindre, il les regarde se dévorer toutes deux quand la faim vient à les presser.

145. Un homme, qui aimait à fouetter des femmes grosses, en enferme six de cette espèce dans un rond formé par des cercles de fer : cela forme une cage dans laquelle elles sont toutes face à face en dedans. Peu à peu, les cercles se compriment et se resserrent, et elles sont, ainsi, aplaties et étouffées toutes six avec leurs fruits ; mais, avant, il leur a coupé à toutes une fesse et un téton qu’il leur ajuste en palatine.

146. Un homme, qui aimait aussi à fouetter des femmes grosses, en lie deux, chacune à une perche qui, par le moyen d’une machine, les jette et les pelote l’une contre l’autre. À force de se choquer, elles se tuent ainsi mutuellement, et il décharge. Il tâche d’avoir la mère et la fille, ou les deux sœurs.

147. Le comte dont Duclos a parlé, et dont Desgranges a aussi parlé le 26, celui qui acheta Lucile, sa mère et la petite sœur de Lucile, dont Martaine a aussi parlé le quatrième du 1er janvier, a pour dernière passion d’accrocher trois femmes au-dessus de trois trous : l’une est pendue par la langue, et le trou qu’elle a sous elle est un puits très profond ; la seconde est pendue par les tétons, et le trou qu’elle a sous elle est un brasier ; la troisième a le crâne cerné et est accrochée par les cheveux, et le trou qu’elle a sous elle est garni de pointes de fer. Quand le poids du corps de ces femmes les entraîne, que les cheveux s’arrachent avec la peau du crâne, que les tétons se déchirent et que la langue se coupe, elles ne sortent d’un supplice que pour passer dans l’autre. Quand il peut, il met là trois femmes grosses, ou sinon une famille, et c’est à cela qu’il a fait servir Lucile, sa sœur et sa mère.

148. La dernière. (Vérifiez pourquoi ces deux manquent, tout y était sur les brouillons.) Le grand seigneur qui se livre à la dernière passion que nous désignerons sous le nom de l’enfer a été cité quatre fois : c’est le dernier du 29 novembre de Duclos, c’est celui de Champville qui ne dépucelle qu’à neuf ans, celui de Martaine qui dépucelle en cul à trois ans, et celui dont Desgranges a elle-même parlé un peu plus haut (Vérifiez où). C’est un homme de quarante ans, d’une taille énorme, et membré comme un mulet ; son vit a près de neuf pouces de tour sur un pied de long. Il est très riche, très grand seigneur, très dur et très cruel. Pour cette passion-ci, il a une maison à l’extrémité de Paris, extrêmement isolée. L’appartement où se passe sa volupté est un grand salon fort simple, mais rembourré et matelassé de partout ; une grande croisée est la seule ouverture qu’on voie à cette chambre ; elle donne sur un vaste souterrain à vingt pieds au-dessous du sol du salon ou il se tient, et, sous la croisée, sont des matelas qui reçoivent les filles à mesure qu’il les jette dans ce caveau, à la description duquel nous reviendrons tout à l’heure. Il lui faut quinze filles pour cette partie, et toutes entre quinze et dix-sept ans, ni au-dessus ni au-dessous. Six maquerelles sont employées dans Paris, et douze dans les provinces, à lui chercher tout ce qu’il est possible de trouver de plus charmant dans cet âge, et on les réunit en pépinière, à mesure qu’on les trouve, dans un couvent de campagne dont il est le maître ; et de là se tirent les quinze sujets pour sa passion qui s’exécute régulièrement tous les quinze jours. Il examine lui-même, la veille, les sujets ; le moindre défaut les fait réformer : il veut qu’elles soient absolument des modèles de beauté. Elles arrivent, conduites par une maquerelle, et demeurent dans une chambre voisine de son salon de volupté. On les lui fait voir d’abord dans cette première pièce, toutes les quinze nues ; il les touche, il les manie, il les examine, les suce sur la bouche, et les fait toutes chier l’une après 1’autre dans sa bouche, mais il n’avale pas. Cette première opération faite avec un sérieux effrayant, il les marque toutes sur l’épaule avec un fer rouge au numéro de l’ordre dans lequel il veut qu’on les lui fasse passer. Cela fait, il passe seul dans son salon, et reste un instant seul, sans qu’on sache à quoi il emploie ce moment de solitude. Ensuite, il frappe ; on lui jette la fille numérotée 1, mais jette, exactement : la maquerelle la lui lance, et il la reçoit dans ses bras ; elle est nue. Il ferme sa porte, prend des verges, et commence à fouetter sur le cul ; cela fait, il la sodomise de son vit énorme, et n’a jamais besoin d’aide. Il ne décharge point. Il retire son vit bandant, reprend les verges et fouette la fille sur le dos, les cuisses, par-devant et par-derrière, puis il la recouche et la dépucelle par-devant ; ensuite, il reprend les verges et la fouette à tour de bras sur la gorge, puis il lui saisit les deux seins et les lui pétrit tant qu’il a de force. Cela fait, il fait six blessures, avec une alêne, dans les chairs, dont une sur chaque téton meurtri. Ensuite, il ouvre la croisée qui donne sur le souterrain, place la fille droite lui tournant le cul, et presque au milieu du salon en face de la croisée ; de là, il lui donne un coup de pied dans le cul, si violent qu’il la fait passer par la croisée, où elle va tomber sur les matelas. Mais avant de les précipiter ainsi, il leur passe un ruban au col, et ce ruban qui signifie un supplice est analogue à celui auquel il s’imagine qu’elles seront le plus propres, ou qui deviendra le plus voluptueux à infliger, et il est inouï comme il a le tact et la connaissance de cela. Toutes les filles passent ainsi, l’une près l’autre, et toutes subissent absolument la même cérémonie, de façon qu’il a trente pucelages dans sa journée, et tout cela sans répandre une goutte de foutre. Le caveau où les filles tombent est garni de quinze différents assortiments de supplices effroyables, et un bourreau, sous le masque et l’emblème d’un démon, préside à chaque supplice, vêtu de la couleur affectée à ce supplice. Le ruban que la fille a au col répond à une des couleurs affectées à ces supplices et dès qu’elle tombe, le bourreau de cette couleur s’empare d’elle et la mène au supplice où il préside ; mais on ne commence à les y appliquer toutes qu’à la chute de la quinzième fille. Dès que celle-ci est tombée, notre homme, dans un état furieux, qui a pris trente pucelages sans décharger, descend presque nu et le vit collé contre son ventre dans cet infernal repaire. Alors tout est en train et tous les tourments agissent, et agissent à la fois.

Le premier supplice est une roue sur laquelle est la fille, et qui tourne sans cesse en effleurant un cercle garni de lames de rasoir où la malheureuse s’égratigne et se coupe en tous les sens à chaque tour ; mais comme elle n’est qu’effleurée, elle tourne au moins deux heures avant que de mourir.

Le 2. La fille est couchée à deux pouces d’une plaque rouge qui fond lentement.

3. Elle est fixée par le croupion sur une pièce de fer brûlant, et chacun de ses membres contourné dans une dislocation épouvantable.

4. Les quatre membres attachés à quatre ressorts qui s’éloignent peu à peu et les tiraillent lentement, jusqu’à ce qu’enfin ils se détachent et que le tronc tombe dans un brasier.

5. Une cloche de fer rouge lui sert de bonnet sans appuyer, de manière que sa cervelle fond lentement et que sa tête grille en détail.

6. Elle est dans une cuve d’huile bouillante enchaînée.

7. Exposée droite à une machine qui lui lance six fois par minute un trait piquant dans le corps, et toujours à une place nouvelle ; la machine ne s’arrête que quand elle en est couverte.

8. Les pieds dans une fournaise, et une masse de plomb sur sa tête l’abaisse peu à peu, à mesure qu’elle se brûle.

9. Son bourreau la pique à tout instant avec un fer rouge ; elle est liée devant lui ; il blesse ainsi peu à peu tout le corps en détail.

10. Elle est enchaînée à un pilier sous un globe de verre et vingt serpents affamés la dévorent en détail toute vive.

11. Elle est pendue par une main avec deux boulets de canon aux pieds ; si elle tombe, c’est dans une fournaise.

12. Elle est empalée par la bouche, les pieds en l’air ; un déluge de flammèches ardentes lui tombe à tout instant sur le corps.

13. Les nerfs retirés du corps et liés à des cordons qui les allongent ; et, pendant ce temps-là, on les larde avec des pointes de fer brûlantes.

14. Tour à tour tenaillée et fouettée sur le con et le cul avec des martinets de fer à molettes d’acier rouges, et, de temps en temps, égratignée avec des ongles de fer ardents.

15. Elle est empoisonnée d’une drogue qui lui brûle et déchire les entrailles, qui lui donne des convulsions épouvantables, lui fait pousser des hurlements affreux, et ne doit la faire mourir que la dernière ; ce supplice est un des plus terribles.

Le scélérat se promène dans son caveau aussitôt qu’il est descendu ; il examine un quart d’heure chaque supplice, en blasphémant comme un damné et en accablant la patiente d’invectives. Quand à la fin il n’en peut plus, et que son foutre, captivé si longtemps, est prêt à s’échapper, il se jette dans un fauteuil d’où il peut observer tous les supplices. Deux des démons l’approchent, montrent leur cul et le branlent, et il perd son foutre en jetant des hurlements qui couvrent totalement ceux des quinze patientes. Cela fait, il sort ; on donne le coup de grâce à celles qui ne sont pas encore mortes, on enterre leurs corps, et tout est dit pour la quinzaine.


Ici Desgranges termine ses récits ; elle est complimentée, fêtée, etc. Il y a eu, dès le matin de ce jour-là, des préparatifs terribles pour la fête qu’on médite. Curval, qui déteste Constance, a été la foutre en con dès le matin et lui a annoncé son arrêt en la foutant. Le café a été présenté par les cinq victimes, savoir : Constance, Narcisse, Giton, Michette et Rosette. On y a fait des horreurs ; au récit qu’on vient de lire, ce qu’on a pu arranger de quadrilles y a été nu. Et dès que la Desgranges a eu fini, on a fait paraître d’abord Fanny, on lui a coupé les doigts qui lui restent aux mains et aux pieds, et elle a été enculée sans pommade par Curval, le duc et les quatre premiers fouteurs. Sophie est arrivée ; on a obligé Céladon, son amant, à lui brûler l’intérieur du con, on lui a coupé tous les doigts des mains et on l’a saignée des quatre membres, on lui a déchiré l’oreille droite et arraché l’œil gauche. Céladon a été contraint d’aider à tout et d’agir souvent lui-même, et, à la moindre grimace, il était fouetté avec des martinets à pointes de fer. Ensuite, on a soupé ; le repas a été voluptueux, et l’on n’y a bu que du champagne mousseux et des liqueurs. Le supplice s’est fait à l’heure des orgies. On est venu au dessert avertir messieurs que tout était prêt ; ils ont descendu, et ont trouvé le caveau très orné et très bien disposé. Constance était couchée sur une espèce de mausolée, et les quatre enfants en ornaient les quatre coins. Comme les culs étaient très frais, on a eu encore beaucoup de plaisir à les molester. Enfin on a commencé le supplice : Curval a ouvert lui-même le ventre de Constance en enculant Giton, et il en a arraché le fruit, déjà très formé et désigné au sexe masculin ; puis on a continué les supplices sur ces cinq victimes, qui tous ont été aussi cruels que variés.

Le 1er mars, voyant que les neiges ne sont pas encore fondues, on se décide à expédier en détail tout ce qui reste. Les amis font de nouveaux ménages dans leurs chambres, et décident de donner un ruban vert à tout ce qui doit être ramené en France, sous condition de prêter la main aux supplices du reste. On ne dit rien aux six femmes de la cuisine, mais on décide à supplicier les trois servantes qui en valent bien la peine, et à sauver les trois cuisinières à cause de leurs talents. En conséquence, on fait la liste, et l’on voit qu’à cette époque il y a déjà de sacrifiés :


En épouses : Aline, Adélaïde et Constance 3

En filles du sérail : Augustine, Michette, Rosette
et Zelmire 4

En bardaches : Giton et Narcisse 2

En fouteurs : un des subalternes 1

Total : 10


Passez à la marque à la dernière bande du recto.

Fol. 33 recto.

Ici commence la fin et la suite du verso.


Les nouveaux ménages s’arrangent donc. Le duc prend avec lui ou sous sa protection : Hercule, la Duclos et une cuisinière 4

Curval prend : Brise-cul, Champville et une cuisinière 4

Durcet prend : Bande-au-ciel, Martaine et une
cuisinière 4

Et l’évêque : Antinoüs, la Desgranges et Julie 4

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Et on décide que dans l’instant, et par le ministère des quatre amis, des quatre fouteurs et des quatre historiennes (ne voulant point employer les cuisinières), on se saisira de tout ce qui reste, le plus traîtreusement que faire se pourra, excepté les trois servantes qu’on ne saisira que les derniers jours, et que l’on formera, des appartements du haut, quatre prisons ; que l’on mettra les trois fouteurs subalternes dans la plus forte, et enchaînés ; dans la seconde, Fanny, Colombe, Sophie et Hébé ; dans la troisième, Céladon, Zélamir, Cupidon, Zéphire, Adonis et Hyacinthe ; et dans la quatrième, les quatre vieilles ; et que, comme on va expédier un sujet tous les jours, quand on voudra arrêter les trois servantes, on les mettra dans celle des prisons qui se trouvera vide. Cela fait, on donne à chaque historienne le district d’une prison. Et messieurs vont s’amuser, quand il leur plaît, avec ces victimes, ou dans leur prison, ou ils les font venir dans les salles ou dans leur chambre ; le tout suivant leur gré. En conséquence, on expédie donc, comme il vient d’être dit, un sujet chaque jour dans l’ordre suivant :


Le 1er mars, Fanchon. Le 2, Louison. Le 3, Thérèse. Le 4, Marie. Le 5, Fanny. Le 6 et le 7, Sophie et Céladon ensemble, comme amants, et ils périssent, comme il a été dit, cloués l’un sur l’autre. Le 8, un des fouteurs subalternes. Le 9, Hébé. Le 10, un des fouteurs subalternes. Le 11, Colombe. Le 12, le dernier des fouteurs subalternes. Le 13, Zélamir. Le 14, Cupidon. Le 15, Zéphire. Le 16, Adonis. Le 17, Hyacinthe. Le 18, au matin, on se saisit des trois servantes, que l’on enferme dans la prison des vieilles, et on les expédie le 18, le 19 et le 20.

Total : 20


Cette récapitulation fait voir l’emploi de tous les sujets, puisqu’il y en avait en tout quarante-six, savoir :


Maîtres 4

Vieilles 4

À la cuisine 6

Historiennes 4

Fouteurs 8

Jeunes garçons 8

Épouses 4

Jeunes filles 8

Total : 46


Que, sur cela, il y en a eu trente d’immolés et seize qui s’en retournent à Paris.



Compte du total :


Massacrés avant le 1er mars dans les
premières orgies 10

Depuis le 1er mars 20

Et ils s’en retournent 16 personnes

Total : 46


À l’égard et des supplices des vingt derniers sujets et de la vie qu’on mène jusqu’au départ, vous le détaillerez à votre aise. Vous direz d’abord que les douze restants mangeaient tous ensemble, et les supplices à votre choix.



Notes

Ne vous écartez en rien de ce plan : tout y est combiné plusieurs fois et avec la plus grande exactitude.

Détaillez le départ. Et dans le total, mêlez surtout de la morale aux soupers.

Quand vos mettrez au net, ayez un cahier où vous placerez les noms de tous les personnages principaux et de tous ceux qui jouent un grand rôle, tels que ceux qui ont plusieurs passions et dont vous reparlerez plusieurs fois, comme celui de l’enfer ; laissez une grande marge auprès de leur nom, et remplissez cette marge de tout ce que vous rencontrerez, en copiant, d’analogue à eux. Cette note est très essentielle, et c’est la seule façon dont vous puissiez voir clair à votre ouvrage et éviter les redites.

Adoucissez beaucoup la première partie : tout s’y développe trop ; elle ne saurait être trop faible et trop gazée. Ne faites surtout jamais rien faire aux quatre amis qui n’ait été raconté, et vous n’avez pas eu ce soin-là.

À la première partie, dites que l’homme qui fout en bouche la petite fille prostituée par son père est celui qui fout avec un vit sale et dont elle a déjà parlé.

N’oubliez pas de placer dans décembre la scène des petites filles servant au souper, venant seringuer des liqueurs dans les verres des amis avec leurs culs : vous l’avez annoncé, et n’en avez point parlé dans le plan.



Supplices en supplément

Au moyen d’un tuyau, on lui introduit une souris dans le con ; le tuyau se retire, on coud le con, et l’animal, ne pouvant sortir, lui dévore les entrailles.

On lui fait avaler un serpent qui va de même la dévorer.


En général, peignez Curval et le duc scélérats fougueux et impétueux. C’est comme cela que vous les avez pris dans la première partie et dans le plan ; et peignez l’évêque un scélérat froid, raisonné et endurci. Pour Durcet, il doit être taquin, faux, traître et perfide. Faites-leur faire, d’après cela, tout ce qui devient analogue à ces caractères-là.

Récapitulez avec soin les noms et qualités de tous les personnages que vos historiennes désignent, pour éviter les redites.

Que, dans le cahier de vos personnages, le plan du château, appartement par appartement, y ait une feuille, et dans le blanc que vous laisserez à côté, placez les sortes de choses que vous faites faire dans telle ou telle pièce.


Toute cette grande bande a été commencée le 22 octobre 1785 et finie en trente-sept jours.